EXPÉRIENCES CADAVÉRIQUES SUR LES PÉRICARDIES
972. Il n’en est pas ainsi de la proportion des liquides que le péricarde contient et qui peut être minime, comme elle est d’autres fois portée à un tel degré, que l'enveloppe du cœur, distendue par une énorme quantité de sérosité, de sang, de pus, envahit une étendue considérable de la poitrine, en écartant les organes qui l'entourent : c’est ce qu’il est facile de démontrer expérimentalement.
8 2. Expériences cadavériques relatives aux épanchements péricardiques {procédé opératoire n° 178).
973. «Sur un cadavre dont la trachée-artère a été liée, on ouvre, avec précaution, le péricarde, et on y injecte le plus d’eau possible : on voit alors celui-ci s’étendre et se porter en haut. Lors même que sa dilatation à été très-grande, 1l s’écarte peu, soit à droite, soit à gauche, de la surface du cœur, et n’en est séparé dans ces deux sens que par une épaisseur d’eau de quelques centimètres; tout au contraire, en haut, le cœur est recouvert par 6 ou 8 centimètres de liquide, qui remonte derrière le sternum et jusques auprès des articulations sterno-claviculaires. La poche que représente alors le péricarde offre une forme pyramidale, cest-a-dire que, se rétrécissanf en haut de plusieurs centimètres, 1l s'élargit successivement en bas, et finit par y présenter une largeur un peu plus grande que celle du cœur. Ce dernier organe, malgré lépanchement, repose toujours sur le diaphragme, surtout dans l’attitude assise. Cette position, résultat du poids du cœur, ne serait peut-être pas la même si l’on ouvrait l’abdomen en même temps que le thorax. L’injection d’air dans le péricarde donne lieu aux mêmes résultats. Cette expérience, que j'ai répétée un grand nombre de fois, doit être faite par les médecins qui veulent étudier avec soin la diagnose des maladies du cœur.
974. « Pendant qu’on se livrera à des recherches du même genre que les précédentes , il faudra percuter sur le plessimètre, et à nu, toutes les parties que nous avons énumérées, et réitérer un grand nombre de fois les expérimentations comparatives sur les sensations plessimétriques que l’on obtiendra. Bientôt alors il deviendra facile de reconnaître que le venfricule. gauche, surtout lorsqu'il est hypertrophié, présente à l'oreille une matité, et au doigt un senfiment de résistance beaucoup plus marqués que le ventricule droit (n° 860). Dans le cas où celui-ci serait très-dilaté, les sensations qu'il donnerait, correspondant à la présence du liquide qu'il contien-
EXPÉRIENCES CADAVÉRIQUES SUR LES PÉRICARDIES. 493 drait, ne pourraient pas être aussi facilement distinguées de celles qui seraient les résultats de la percussion du péricarde rempli d'eau. 1] faut cependant noter ici que les espaces où l’on rencontrera tel degré de résistance ou de matité au doigt, en rapport avec telle des parties du cœur ou du péricarde, correspondront parfaitement aux points où ces parties se trouveront placées. Si l’on vient même à placer sur le cœur et le péricarde distendu par de l’eau, soit des portions minces du poumon, soit des parties détachées de la paroi thoracique, ou des lambeaux de téguments, et si l’on percute sur le plessimètre à travers une semblable superposition d'organes, on obtiendra encore les différences de sensations tactiles et acoustiques qui viennent d’être signalées.
975. « Que si l’on venait à objecter à ce fait, que j’admets comme positif : de la forme pyramidale que présente le péricarde injecté, que le cœur et son enveloppe seraient, après l’ouverture du thorax, très-modifiés à cause de l’affaissement du poumon, qui permettrait au péricarde de s’affaisser, il serait facile de répondre que, dans mes expériences, la trachée-artère ayant été préalablement liée, les poumons ont conservé dans ce cas le volume qu'ils avaient avant l’ouverture du thorax. D’ailleurs, dans les cas d’hydropéricardie observés pendant la vie, la forme conique du péricarde est la même que celle qui vient d’être signalée. »
976. Les expériences dont il vient d’être fait mention, et qui sont relatives au siége et à la forme du péricarde, rempli d’eau, de sérosité, ou de tout autre liquide, ainsi qu’au déplacement de » lépanchement péricardique en rapport avec le changement de position du malade, ont été publiées par M. Quesne, interne dans mon service à la Pitié, et par moi dans un article sur la percussion médiate, consigné dans le Journal hebdomadaire, (octobre 4829). Ce même M. Quesne a renouvelé cette publication dans sa thèse inaugurale, 11 novembre 1829. Vers la même époque, j'ai eu l’occasion d'observer en ville des faits" de ce genre, et je les ai reproduits alors à volonté sur les cadavres (Procédé opératoire , n° 178). C’est seulement en 4830, ef bien après les publications qui viennent d’être rappelées, que M. Reynaud a inséré, dans le Journal hebdomadaire , (n° 99, 1830), trois faits de ce genre. Dans une des observations signalées par ce médecin, le péricarde distendu faisait saillir les parois pectorales dans la kauteur de cing pouces et demi et dans la largeur de trois ct demi.