‹ Traité de plessimétrisme et d'organographismeChapitre 156 sur 207 · FONCTIONS PRÉSUMÉES DE LA RATE · texte numérisé non relu

FONCTIONS PRÉSUMÉES DE LA RATE

fluence de l’absorption des effluves des marais ; on la voit devenir d'autant plus volumineuse qu’ils sont plus actifs et qu’on y reste plus longtemps exposé. Quand le miasme est très-énergique, elle se tuméfie tellement qu’elle vient à se rompre, et quand cette tuméfaction semble être insuffisante pour contrebalancer l'influence du miasme, d’autres organes sont frappés de congestion et de désorganisation; puis l'organe reste hypertrophié. Il ne revient sur lui-même qu'avec une extrême lenteur et comme s’il retenait dans son tissu les résultats de l’absorption des matières délétères , comme s’il ne les rendait à l’organisme que par des doses fort petites. De plus, dans les fièvres graves dues aussi , suivant nous, à des matières altérées infectant l'air, souvent la rate devient aussi volumineuse; dans la septicopyémie, ce viscère se mégalise ; on le ramène par le berberis et le sulfate de quinine. à sa dimension normale, mais il grossit de nouveau tant que du pus septique rentre dans la circulation. Certes en voilà bien assez pour rendre probable la théorie qui porterait à regarder la rate. comme un moyen de retenir en quelque sorte en dehors de l’économie certains miasmes portés dans le sang.

« Ainsi l’on se rendrait compte de toutes ces expériences d’après lesquelles la rate semblerait au premier abord être un organe inutile ; ainsi l’on s’expliquerait les phénomènes morbides quelle présente sous influence des miasmes des marais.

«Une grave objection se présenterait cependant ici ; c'est que, | sous l'influence du sulfate de quinine, la rate diminue brusquement, et cela avec avantage pour la santé ; que deviendrait alors la matière du miasme resté dans l’organe ? pourquoi n’empoisonnerait-elle pas le sang, et partant l’économie? Mais cette argumentation est faible, car, de toute évidence, l’agent délétère séjournant dans les vacuoles de la rate, à la longue a dû s’y modifier et même y devenir tout à fait innocent ; d’ailleurs le sel de quinquina pourrait, à la rigueur, exercer une action chimique spéciale sur les miasmes ou sur leurs produits, et qui fût propre à détruire les propriétés délétères de ceux-ci.

« L'usage qui vient d’être attribué à la rate ne serait pas d’une faible importance, car il pourrait s’étendre à une sorte de préser: vation contre l’action des miasmes, dans un grand nombre de maladies infectieuses, dans lesquelles la rate est volumineuse. D'ailleurs, quand il s'agirait seulement d’une disposition organique que l’économie pût opposer aux effets funestes des.miasmes

FONCTIONS PRÉSUMÉES DE LA RATE. 181 paludéens, certes ce serait là, dans le plan général de la nature, un fait d’une haute utilité. L'homme, surtout à l’état primitif, est à chaque instant exposé à l’action des effluves marécageux, et il était bien nécessaire qu’il possédât en lui quelque moyen de résister à leur influence pernicieuse.

« Il est une raison de plus en faveur de la théorie dont il vient d’être parlé ; c’est la promptitude avec laquelle le sulfate de quinine modifie la rate. De la même façon en effet que le sel de quinquina et l'extrait de berbéris agissent en un très-court espace de temps sur cet organe, de la même manière, aussi, l’on conçoit que les miasmes paludéens circulant avec le sang, puissent être déposés dans ce viscère d’une manière très-rapide.

« Dans notre opinion, de toutes les théories des fonctions de la rate, celle-ci est la plus probable. Elle s’accorde merveilleusement avec la manière de voir de M. Bourgery, qui anatomiquement compare cet organe à un ganglion lymphatique. Les fonctions de l’une seraient en effet fort analogues aux fonctions de l'autre. Les bases de la théorie proposée sont principalement fondées sur des faits pathologiques et cliniques : tant il est vrai que l’histoire de l’homme malade éclaire celle de l’homme en santé de la même façon que la physiologie est l’un des principaux flambeaux de la médecine pratique. L’anatomiste, le physiologiste et le médecin doivent se prêter un mutuel secours pour éclairer la science de l’organisation.

« Ces considérations sur les fonctions de la rate, rapprochées des observations et des inductions qui constituent ce travail, confirment pleinement la théorie que j’avais déjà donnée des fièvres intermittentes (7raité de diagnostic, du n° 1982 au n° 1990), théorie que nous allons reproduire ici, et qui servira de conclu: sion à ce chapitre. »

1098. Cette théorie relative à la pathogénie des fièvres intermittentes a été la conséquence forcée de mes travaux plessimétriques sur la rate normale et anormale.

1099. «1° Un accès de fièvre complet : frisson, chaleur et sueur, est un accès de névropathie progressive (1), de névropallie prosasique, qui part des plexus abdominaux ou thoraciques, et notamment de ceux de la rate et même des reins et des organes génitaux. — Cette névrie parcourt d’une manière successive, à

(1) Clinique médicale de la Pitié, p. 301 et suiv.

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