CHAPITRE XIIT
PLESSIMÉTRISME DU RACHIS,
1121. S'il fallait suivre dans cet ouvrage l’ordre anatomique ou physiologique, j'aurais actuellement à traiter de l’exploration plessimétrique du tube digestif, en commençant par l’œsophage; mais avant tout, il s’agit d'exposer ici les méthodes à suivre pour percuter le mieux et le plus facilement possible les organes accessibles à la médio-percussion. Or, pour comprendre les faits de plessimétrisme qui se rapportent à l’examen de la partie supérieure du tube alimentaire, et, pour parvenir à limiter le pancréas, les reins et l’utérus en arrière, il est d’une nécessité indispensable de s’occuper d’abord de la percussion du rachis. Sans
la connaissance de cette dernière percussion, il est impossible de se faire une idée exacte, au moyen des sensations aphé et acouplessiques, de l’état matériel des parties dont il vient d’être fait mention.
1122. Je m’écarterai, dans ce chapitre, de l’ordre général que j'ai suivi dans ceux qui l’ont précédé. Les notions anatomiques relatives au siége, au volume, à la forme, à la densité, à la structure, etc., du rachis, sont généralement si connues, que je puis me dispenser d’entrer dans des détails sur son anatomie nor- , male, considérée au point de vue du plessimétrisme, et quant aux états pathologiques que la colonne vertébrale peut présenter, on trouvera, dans le courant de cet article, des notions suffisantes pour l’intelligence des faits de médio-percussion qui s’y rapportent. L'historique de la médio-percussion rachidienne , les expériences faites pendant la vie et après la mort sur l’exploration plessimétrique de la colonne vertébrale, les observations recueillies sur ce même sujet, seront indiquées dans le courant de ce travail, qui sera extrait en grande partie du Traité de médecine pratique.
S 1. Position du médecin et du malade lors du plessimétrisme du rachis. Lignes plessimétriques qu'il convient de suivre pour l’exécuter. Manuel et résultats de la médio-percussion rachidienne.
1123. Pour percuter convenablement la colonne vertébrale, il est bon de faire asseoir le malade, de se placer derrière lui, d’explorer alors et de limiter le rachis dans cette position. Ensuite on le fait coucher sur un lit, en ayant le soin de refouler vers les lombes les gaz abdominaux, et cela au moyen de coussins placés sous le ventre ; on trouve dans cette position le double avantage de faire bomber la région lombaire et de rendre plus faciles à saisir les différences de son existant entre les vertèbres et les parties qui, par rapport à elles, sont latéralement placées. — Quand ces précautions ont été prises, on palpe avec soin et dans toute la longueur du rachis, les sommets des apophyses épineuses, et Von indique la série de ces sommets au moyen d’une ligne tracée au crayon ou autrement. Il est encore utile de représenter par d’autres traces noires les points qui correspondent à la crête iliaque et au rebord inférieur des côtes, etc. — On fait aussi éloigner le plus possible les épaules et les épines dorsales, et cela à
l'effet de laisser entre ces parties un espace assez large pour que le plessimétrisme y devienne facile.
412%. Percutant alors de chaque côté de la série des apophyses épineuses, on suit pour le faire une succession de petites lignes horizontales qui, partant des points les plus voisins des apophyses dont il s’agit, se portent à cinq ou six centimètres en dehors, et cela, soit à gauche, soit à droite de la rangée des épines vertébrales. Ces lignes transversales qui coupent à angle droit la direction générale du rachis doivent être aussi nombreuses que les vertèbres. — Le plessimètre sera donc successivement appliqué sur les divers points de chacune de ces lignes, eé 0! faudra le tenir de façon à ce qu'il y déprime avec beaucoup de force les parties molles, car il faut le bien fixer sur les surfaces osseuses qu’il s’agit d'explorer. — Le choc de la percussion doit être ici alternativement fort'et faible, superficiel et profond. — Or, tant que l'on pereute sur des points qui correspondent au corps des vertebres, le son que l’on obtient est très-sec et la résistance au doigt très-prononcée. — Tout aussitôt que l’on dépasse la limite de ces mêmes corps, on entend et l’on sent très-manifestement des résultats plessimétriques en rapport : 1° dans la région cervicale, avec la présence des muscles du larynx et de la trachée ; 2° dans la région dorsale, avec le tube digestif et le pancréas ; 3° dans la région lombaire, avec le foie, la rate, les côlons ; 4° dans la région sacrée, et chez la femme avec l'utérus, etc. — Après la constatation de ces faits, rien n’est plus facile que de tracer, au moyen du crayon dermographique, le dessin de la colonne vertébrale entière, et d'obtenir la limitation de ses bords droit ou gauche et de ses diverses parties.
Ce qui vient d’être dit se rapporte à l'appréciation de la dimension transversale du rachis ; mais si l’on percute avec un certain degré de force sur les apophyses vertébrales, el si l’on compare les degrés de sonorité, de sécheresse, de matité, etc., qu’elles donnent, on parvient à saisir, au moyen de nuances variées de dureté ou de matité que l'on obtient, l'épaisseur approximative du corps des diverses vertèbres. |
8 2. Caractères plessimétriques des dév'ations et des courbures du rachis. :
4125. En s’y prenant comme il vient d’être dit, on peut constater dans des cas divers : 1° que le rachis présente sa conforma-
tion normale et une direction régulière ; — 2° que les courbures légères qui naturellement existent au dos et aux lombes sont parfois exagérées à des degrés variés; — 3° que cette exagération est souvent beaucoup plus forte en réalité que l'examen superficiel et la simple vue l’auraient d’abord fait penser ; — 4° que les apophyses épineuses paraissant à l’inspection parfaitement droites, il arrive parfois que le plessimétrisme permet de constater la présence du corps des vertèbres dorsales tout à fait à droïte des apophyses épineuses ; alors au niveau de celles-ci on trouve le son du poumon, tandis que beaucoup plus à droite sont obtenus les résultats plessimétriques en rapport âvec la masse du rachis; — 5° que dans de tels cas, au niveau des lombes /es corps des vertèbres se rencontrent latéralement aux épines dorsales qui, percutées, font entendre une résonnance en rapport avec la présence sur ce point de l’'angibrôme ou des autres organes contenus dans l’abdomen,
(Figure 59.)
Déviation latérale du corps des vertèbres, tandis que les apophyses épineuses restent sur la ligne médiane.
1126. De tels faits ont été dans ma pratique d’une très-grande utilité : chez de jeunes demoiselles que l’on croyait être très-bien
conformées , et dont la taille, en s’en rapportant à l’inspection de l’épine, était très-droite, il nous à été maintes fois facile de reconnaître par le plessimétrisme une déviation considérable et de la nature de celle dont il vient d’être fait mention. A l'hôpital de la Pitié, de la Charité, de l’'Hôtel-Dieu, et sur de nombreux malades, j'ai fait voir à ma clinique des ‘faits de ce genre. Ce n’est pas là du reste une découverte récente. En 1898 et 1829, alors que j'étais attaché comme médecin à l’hospice de la Salpêtrière, j'avais reconnu chez les vieilles femmes de nombreux cas de ce genre, et j’en avais fait part à M. le docteur J. Guérin, qui recueilhit, vers cette époque et dans mon service, des observations nombreuses sur ce sujet, observations qui ont fait partie de ses belles et utiles recherches sur le rachitisme. Déjà, comme nous le lui avions dit à cette époque, et au moyen du plessimétrisme, j'avais reconnu chez nos vieilles malades la fréquence extrême des déviations du rachis et du mouvement de rotation des corps des vertèbres, alors que ces corps se dévient latéralement. Les épines restent alors sur la ligne médiane, tandis que les corps des vertèbres sont, au dos, déviés à droite, et, aux lombes, portés à gauche. Ceci, du reste, n’est en rien une réclamation de priorité; les travaux de plusieurs orthopédistes et de M. J. Guérin sont bien à eux, comme les recherches sur le plessimétrisme du rachis m’appartiennent. Il y a même déjà plusieurs années qu’à l’occasion de discussions sur l’orthopédie, je parlai à l’Académie du plessimétrisme du rachis; alors il y eut dans l’auditoire un murmure improbateur ; maintenant que le temps a fait justice des sentiments qui provoquaient ces petites hostilités, on pensera sans doute qu’il est plus convenable d'apprendre à bien percuter le rachis que de se récrier alors qu'il s’agit d'applications nouvelles du plessimétrisme à l’étude des organopathies ! — On ne doit jamais oublier, avant d’explorer les poumons par la percussion, de bien rechercher si le rachis n’est pas incurvé à droite et à gauche, car, dans le cas où il en arrive ainsi, rien ne serait plus facile que de prendre pour des pneumosclérosies le corps des vertèbres dévié de sa -rectitude naturelle.
1127. Si l’on suit exactement le procédé de percussion médiate précédemiment indiqué, on trouve, pour peu que les corps des vertèbres commencent à se dévier et à éprouver ce mouvement de torsion dont il vient d’être parlé, et en vertu duquel
PLESSIMÉTRISME; MAL DE POTT (RACHISOCÉLIES). 489
les épines restent sur la ligne médiane, tandis que les corps sont contournés, on trouve, disons-nous, que la matité de ces COrps ne correspond plus exactement aux apophyses. Elle s’étend plus d’un côté que de l'autre, parfois de 4 à 5 millimètres, ailleurs de 4 centimètre ou plus, et ce déplacement finit souvent par être tel, que la saillie apophysaire correspondant encore à la ligne médiane, l’espace limité à droite et à gauche par les transitions de son en rapport avec les bords du rachis se trouve sur le côté de 2 centimètres et davantage. Lorsqu'une telle déviation dans le dos est observée à droite, elle se rencontre à gauche vers la région lombaire, et son degré d’écartement et d’éloignement par rapport à la ligne des épines est proportionné des deux côtés. — Entre les deux courbures la figure plessimétrique de la colonne vertébrale tracée au moyen du crayon, traverse le plan plus ou moins vertical formé par la série des apophyses de manière à former le milieu d’un $ dont les déviations dorsales et lombaires constituent les courbures. Au-dessus et au-dessous de celles-ci, la colonne se contourne en sens inverse. — Dans les mouvements de flexion du thorax et de l’abdomen, les déviations latérales dont il s’agit sont moins sensibles que dans la station ou dans l'attitude assise.
1128. Les degrés auxquels les déviations précédentes sont portées varient infiniment ; il importe surtout, à l'effet d’y remédier tout d’abord, de les reconnaître lorsqu'elles sont à peine marquées. Sous ce rapport, le plessimétrisme est d’une extrême utilité, et l’on peut dire, sans crainte d’exagération, que c’est là une de ses plus remarquables applications. — Que de fois n’avons-nous pas ainsi, et alors qu’une mère inquiète nous consultait sur l’état de la poitrine de sa fille, reconnu une déviation commençante du rachis, et n’avons-nous pas, en prenant le mal dans son origine, employé d’utiles moyens de traitement !
S'3. Caractères plessimétriques des tumeurs vertébrales. Manuel de leur percussion. sa
1129. Le plessimétrisme permet de dessiner, dès les premiers temps de leur développement, les rachisocélies et notamment celles qui sont les résultats du développement de phymies. — Si Von suit en effet les règles indiquées précédemment, on trouve sur les points du rachis atteint de ces lésions que l’étendue de