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CHAPITRE XVIT

LESSIMÉTRISME DES INTESTINS.

$ 4. Anatomie des gros intestins dans les étais normal et anormal.

1333. L'étude des intestins grêles, explorés par le plessimètre, me paraît devoir suivre celle des gros intestins, parce que ces derniers organes se prêtent à des expérimentations plus positives que les faits qui se rapportent à la partie moyenne du canal alimentaire et que les recherches diagnostiques faites sur les côlons et le rectum, recherches, qui du reste sont d’une ex-

trême importance, éclairent infiniment l’exploration des états matériels que présentent le jéjunum et l’iléon.

1334. État normal. La situation du gros inlestin est plus fixe que celle des autres portions du tube digestif. Le cœcum, les côlons ascendant, moyen, descendant et iliaque sont disposés circulairement autour du jéjunum et de l’iléon. Le cœcum, les côlons ascendant, moyen el PS iliaque se trouvent assez superficiellement placés sous les parois abdominales. Le côlon descendant est situé plus profondément dans le flane gauche ; le rectum situé en bas et en arrière s’enfonce dans l’excavation du bassin; son extrémilé supérieure seule correspond à la région vésicale, et dans le reste de son étendue il est recouvert postérieurement par le sacrum. Du reste le siége des gros intestins est modifié par leur état de dilatation ou de resserrement ; lorsque ces organes sont très-distendus, ils n’occupent pas seulement les espaces où on les rencontre ordinairement, mais ils s'étendent encore dans les régions voisines.

1335. Les rapports du gros-intestin avec le jéjunum et liléon sont tels que ceux-ci ou la plus grande partie de ceux-ci se trouvent environnés par le premier. L’estomac, par sa grande courbure, touche souvent au côlon transverse. Tous ces organes sont membraneux, et contiennent des gaz; mais la cavité de chacun d’eux n’est pas également vaste, el leur état normal de tension n’est pas non plus le même. Ainsi l’estomac présente une plus grande cavité, mais dans Pétat de vacuité il est ordinairement mou. L’intestin grêle a une capacité plus petite, et, dans beaucoup de cas, ne contient qu’une quantité de fluides élastiques peu considérable ; le cœcum, au contraire, offre une vaste excavalion, el ses parois sont le plus souvent tout à fait distendues, par des gaz abondants. Les diverses portions du côlon se trouvent à peu près dans le même état de distension que le cœcum, mais leur capacité est un peu moins grande; le rectum contient généralement peu de fluides élastiques. |

1336. La proportion de tissu dense qui entre dans la masse des différents organes appartenant au tube digestif, comparée au volume de gaz qu’ils renferment, est bien loin d’être la même pour chacun d’eux. Dans l’état normal, les boissons n'arrivent pas aux gros intestins : des expériences nombreuses ont appris à Magendie que le plus souvent elles sont absorbées dans les premières portions du tube digestif, Lors de laccomplissement régulier des

fonctions, les matières qui sont contenues dans le cœcum et le côlon ne sont pas liquides; elles acquièrent même d'autant plus de solidité et de densité qu’elles y séjournent davantage, et qu’elles parviennent à une partie plus reculée du canal alimentaire. Rarement leur quantité est-elle assez considérable, dans le cœcum et dans les trois premières portions du côlon, pour oblitérer la cavité de ces cylindres creux.

+: 1337. En même temps que les fèces, des fluides élastiques se trouvent abondamment contenus dans les gros intestins, et ce n’est guère qu’au moment de la contraction de ces viscères que la membrane muqueuse, pressée alors par les fibres charnues, s’applique exactement sur toute la surface des matières stercorales, Il est du moins certain que le côlon, et principalement le cœcum, à quelque époque de la digestion qu’ils soient percutés, contiennent toujours, chez la plupart des hommes, des fluides élastiques. De là le son gazique ou tympanique auquel donne lieu l’exploration de ces viscères par le plessimètre. Dans certains cas cependant beaucoup de matières stercorales sont accumulées dans le côlon transverse; mais bien plus souvent la portion iliaque du côlon, et quelquefois le rectum, sont distendus par une grande quantité de scories. Elles acquièrent parfois, dans ces divers organes, une compacité très-grande et une dureté extrême. 1338. A l’aide d’injections dans le rectum, on porte facilement dans toute l’étendue des gros intestins, des substances liquides : le fluide peut alors, en raison de son volume, tantôt remplir en partie la cavité d’une portion de ces organes, tantôt s’étendre dans tous les points des gros intestins. Comme ces viscères trèsspacieux, sont le plus souvent vides de substances solides, et qu'ils sont susceptibles d’une très-grande dilatation, beaucoup de liquide doit être introduit dans le rectum pour remplir PS iliaque et le côlon descendant ; il en faut beaucoup plus encore pour que ce fluide aqueux parvienne dans le côlon transverse, et à plus forte raison dans le côlon ascendant et dans le cœcum. 1339, Bien que la quantité de hquide injecté dans le rectum ne soit pas considérable, il est cependant possible de faire parvenir de l’eau dans les premières portions du gros intestin; mais alors on doit placer la personne examinée dans des attitudes variées, et telles que, conformément aux lois de la pesanteur, le

fluide puisse parcourir successivement les diverses parties du tube digestif.

1340. Ainsi porté dans le gros inteslin, le liquide peut s’y trouver seul; il en est surtout ainsi lorsqu'il est abondant, et lorsqu’il est placé sur les points déclives de l’organe qui le contient, ou bien encore dans les parties du viscère qui se contractent pour lexpulser. Ce liquide peut avoir des rapports de contiguité avec des fluides élastiques, et c’est ce qui a lieu lorsque sa quantité est peu considérable et que l’intestin renferme beaucoup de gaz; dans d’autres cas enfin il se trouve contenu dans la cavité digestive conjointement avec des fèces,

$S 2. Anatomie anormale des gros intestins.

134. État anormal. Dans l’état anormal, la situation du gros intestin est susceptible de très-grandes modifications. Cependant le cœcum est assez fixe dans sa position, et bien qu’on Pait vu quelquefois contenu dans une hernie, ce genre de déplacement est plus fréquent dans les diverses portions du côlon. Ce dernier viscère est susceptible des plus grandes anomalies de situation : tantôt ses portions superficielles deviennent profondes, et vice versa ; tantôt le côlon transverse, loin de mériter ce nom, s’élève perpendiculairement au devant de l’estomac, ou se contourne autour de ce dernier. Le gros intestin est le siége d’une inversion latérale, alors que les autres viscères la présentent également, etc.

1342. Les variations survenues dans le rapport des gros intestins avec les autres organes abdominaux sont en raison des modifications que les uns et les autres présentent dans leur situation. Amor |

1343. Des tumeurs manifestées aux environs des gros intestins ou dépendant de ces organes, une épaisseur insolite des parois de ces viscères, des altérations en plus ou en moins survenues dans leur capacité, l’accumulation de substances gazeuses, liquides, pâteuses ou solides dans leur cavité et s’y trouvant isolément ou simultanément, telles sont les principales conditions physiques de l’état anormal où la percussion médiate de la dernière portion du tube digestif peut avoir de l’avantage. Il en est encore ainsi d’une dilatation extrême et anormale des gros intestins, ou d’une diminution dans le calibre de chacun d’eux, et des coarctations qui peuvent survenir sur un ou plusieurs points de leur étendue. Traiter de ces diverses allérations organiques me ferait entrer dans des détails qui me paraissent ici dépourvus d'utilité.

$ 3, Expériences ef, recherches cadavériques sur la percussion médiate des gros intestins (1827).

4344. « Sur un très-grand nombre de cadavres, la percussion médiate de l’estomac donnait des résultats analogues à ceux qui ont été précédemment signalés. On trouvait au-dessous de lespace occupé par le ventricule un son gazique dont la nuance était différente de celle qui était donnée par la percussion gastrique. C’était dans la hauteur de 6 à 8 ou à 10 centimètres et dans l’étendue d’une ligne transversale, qui, de la région sous-hépatique, s’étendait aux régions colique moyenne et intestinale, que cette dernière résonnance élait obtenue. Ce bruit ne pouvait appartenir au ventricule; car si Pon injectait du liquide dans l’œsophage, et si lon variait la position des sujets, il continuait à être le même; il ne devenait pas mat lorsque le cadavre était incliné” en avant; il ne se compliquait pas non plus de résonnance hydraérique après l’injection de liquides dans lestomac. Des aiguilles furent alors implantées sur les points où-ces nuances de son existaient ; et, lors de l’ouverture des cadavres, les carrelets étaient exactement situés autour du côlon transverse, Ce viscère était, dans ces cas, distendu par des gaz abondants; et son volume était de beaucoup supérieur à celui des intestins grêles placés au-dessus de lui. L’estomac, dans les expériences dont il s’agit, élait situé au-dessus du côlon et avait été très-exactement reconnu.

1345. «Dans quelques cas, on ne trouvait pas de différence sensible entre le son fourni par le côlon transverse et celui auquel l'intestin grêle donnait lieu. I en était ainsi loutes les fois que le volume du premier de ces organes n’était pas supérieur à celui du jéjunum et de liléon. Il était alors impossible de distinguer par des nuances de son quel était le viscère que lon percutait.. Nous verrons bientôt qu’à laide d’injections dans le rectum cette distinction devenait possible. |

1346. « Dans un grand nombre d’autres expériences dans lesquelles le foie, l’estomac, la rate, etc., donnaient lieu, par la médio-percussion, aux résullats accoutumés, on trouvait dans la région cœæcale un bruit hyper-gazique plus marqué que dans les parties voisines. Cette résonnance, qui se rencontrait dans un espace très-nettement circonscrit, ne variait pas de sonorité ni de

timbre suivant les diverses attitudes que l’on faisait prendre aux sujets. Au-dessus et à gauche du lieu où cette nuance était obtenue, le son et le tact gaziques se manifestaient avec une nuance moins claire. Des incisions, et Pimplantation d’aiguilles autour de l’espace où la résonnance très-tympanique avait été observée, démontrèrent qu’elle correspondait exactement au cœæcum, et que le son et le tact gaziques qui Pavoisinaient étaient dus à la présence des intestins grêles,

4347. « Dans un assez grand nombre de cas, la percussion médiate de la région iliaque donna lieu à un son presque aussi clair que le bruit qui était fourni par le plessimètre appliqué sur la région cœcale.. Toutefois la résonnance avait été, en général, plus claire dans ce dernier espace que cela n’avait eu lieu dans le premier. En haut et à droite de la région iliaque se trouvaient le bruit el le lact gaziques. On implanta des aiguilles sur les points où la résonnance cessait d’être la même; et l’on trouva, lors de louverture du cadavre, que le bruit le plus retentissant et le plus tympanique correspondait exactément à PS iliaque du côlon, et que la nuance de son la moins claire était en rapporté avec lai inlestins grêles.

1348. « Quelquelois, dans tin gauche, la résonnance el le lact étaient les mêmes que dans les régions colique moyenne et intestinale. On ne distinguai£ pas alors de nuance de son que lon pût rapporter à telle portion du tube digestif plutôt qu’à telle autre. Dans ces cas, lors de l’ouverture, lS iliaque n’était pas plus volumineuse et ne contenait pas plus de gaz que les intestins grêles, Tantôt elle répondait superficiellement aux parois de la région iliaque, et d’autres fois, revenue sur elle-même, profondément placée dans la même région, elle-était recouverte par des anses d'intestins grêles. Sur quelques sujets, le son et le tact étaient plus mats dans l’aine gauche que dans toutes les régions voisines. Ils ressemblaient assez alors à ceux que, dans l’état normal, fournissent le foie et la rate. Lors de louverture des cadavres, VS iliaque était remplie de matières.

1349. « Presque toujours, lorsque cette matité avait lieu, on pouvait déprimer assez profondément la région iliaque sans que le son mat changeât de nature et sans qu’il prit le caractère sclérosique. Les matières accumulées dans PS iliaque avaient alors une consistance assez molle. Le plessimétrisme de la région iliaque donnerait lieu à un bruit sclérosique, si des scories très-

dures étaient contenues dans la portion du côlon qui correspond à cet espace.

1350. « Quelques cadavres présentaient, dans la région iliaque, un son hyper-tympanique; la région correspondant aux intestins grêles donnait lieu à une résonnance moins claire, moins pure, et sans mélange de bruit gazique : enfin la région colique gauche fournissait un son et un tact hydraérique ou gazique. On voulut injecter de l’eau dans le rectum de ces cadavres, mais le liquide s’écoula entièrement au dehors de l’anus relâché et largement ouvert. Il fallut en conséquence circonscrire le rectum par une incision, le détacher et le lier sur la canule de la seringue. :

1351. «On introduisit alors dans l’intestin un demi-litre d’eau: le son produit par la percussion de la région iliaque devint à instant plus mat, et se mélangea de bruit hydraérique. Des quantités de liquides de plus en plus grandes furent injectées; el plus elles étaient considérables, plus aussi le bruit et le tact de laine gauche présentaient de matilé. Bientôt le son hydraérique cessa sur ce point, mais il se manifesta dans la région colique gauche, et il arriva même que dans celle-ci il fut enfin remplacé par un son complétement hydrique.

4352. « En déprimant avec le plessimètre à une assez grande profondeur la région intestinale, on pouvait aussi y distinguer un bruit et un tact hyper-gaziques, tandis qu’une application légère de la plaque d'ivoire donnait lieu au son gazique. C’est que, dans ce dernier cas, l’instrument correspondait seulement aux intestins grêles contenant des gaz; tandis que, dans le premier, il était mis en rapport avec des portions de côlon qui renfermaient du liquide. Quelquefois encore on trouvait sur ce point le bruit hydraérique. On se rend facilement raison de la cause de ce fait. par les considérations établies précédemment.

1353. «Il était rare, lorsque l’on ne changeaït pas la position du sujet, que l’on püût faire parvenir par les injections rectales le liquide dans le côlon transverse et dans le cœcum; mais cela avait lieu si l’on plaçait successivement le cadavre dans des positions telles que le fluide, par son propre poids, pénétrât dans ces portions du tube digestif, Il ne fallait même pas injecter une trèsgrande quantité d’eau pour obtenir, à l’aide de ces changements d’attitude, le résultat dont il s’agit. Jamais cependant on n’en put faire pénétrer assez pour que la percussion de ces intestins donnât lieu à un son très-mat; mais le bruit hydraérique devint alors

PLESSIMÉTRISME DES GROS INTESTINS ; EXPÉRIENCES. 573 très-manifeste dans les régions occupées par ces viscères, et succéda à la résonnance très-claire qui y avait eu lieu auparavant.

1354. «A l'ouverture des cadavres, le son mat dans les régions iliaque et colique gauche correspondait au côlon distendu par de l’eau; et le bruit hydraérique avait été obtenu sur les points où l'intestin contenait à la fois des liquides et des gaz (MM. Manec, Jules de Dervieu, un grand nombre d'élèves), »

$S 4. Expériences plessimétriques sur les gros intestins de i’homme vivant (1827).

1355. «Les expériences faites sur des personnes vivantes onf con-

duit, sousle rapport de la percussion médiate, à des résultats semblables à ceux qui avaient été recueillis sur les cadavres; seulement il ne fut pas nécessaire alors d’injecter autant d’eau dans le rectum pour obtenir des changements de son et de lact dans les espaces . qui correspondaient au côlon. Cette différence était le résultat de la facilité avec laquelle les intestins se laissent distendre après la mort, et des contractions auxquelles ils se livrent lorsqu'ils sont stimulés pendant la vie. On pouvait, sur le vivant comme sur le cadavre, faire parvenir des liquides dans l'arc du côlon et dans le cœcum, en plaçant le sujet dans des attitudes telles qu'elles favorisassent l'écoulement du fluide dans ces viscéres. 1356. « Pour éviter des répétitions, je ne mentionnerai en détail que deux de mes nombreuses expériences, L’une d'elles a été recueillie sur un homme en état de santé; l’autre est un fait pathologique qui ne me paraît pas dépourvu d'intérêt.

1357. «Sur un homme bien portant, et qui, trois heures aupara- Vant, avait pris quelques aliments, la région épigastrique percutée fournissait un son légèrement mat; plus bas la région colique moyenne offrait une résonnance intestinale tout à fait semblable à celle qui avait été produite par l’exploration des espaces qui correspondent aux intestins grèles; la région iliaque donnait lieu, au contraire, à une résonnance tympanique difiérente et plus claire; la région cœcale, enfin, produisait un son dont le Caractère était hyper-tympanique. |

41358. « La personne explorée étant debout, ün démi-litre d’eau fut alors injecté dans le rectum : le son devint immédiatement beaucoup moins clair dans la partie déclive de la région ihaque: La percussion médiate des intestins grêles, situés au-dessus et à

#14 PLESSIMÉTRISME DES GROS INTESTINS ; EXPÉRIENCES. droite de cette région, donna lieu à une résonnance dont le timbre ne différail pas de celui qui avait été obtenu avant l'injection.

1559. « On introduisit alors dans le rectum une nouvelle quantité de liquides : aussitôt toute la région iliaque fournit, par la percussion, un son mat qui s’étendail jusqu’au niveau de l’épiné antérieure et supérieure de l’os des iles; mais de plus, sur la partie la plus élevée de l’espace où le plessimètre faisait distinguer de la matité, et dans l’étendue de quatre à cinq centimètres, la résonnance hydraérique devenait tout à fait évidente.

1360. « Une: troisième injection fut pratiquée : la résonnance hydraérique disparut complétement dans le lieu où d’abord elle. avail été observée ; elle y fut remplacée par un son mat. Celui-ci s'éleva même dans la région colique gauche. Dans cette même région enfin, et supérieurement à l’espace où la matité était ob° servée, se rencontrait encore le bruit hydraérique. |

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Les intestins grèles remplis de :chy- 1 TT EARNENE &—

«3 Matité hydrique de PS iliaque et du côlon descendant, due à des injections dans le recum.

( Figure 73.)

L'S iliaque, le côlon pleins de liquides injectés par le rectum, et donnant lieu à un son hydrique.

1361. Plusieurs selles suivirent ces injections; elles eurent lieu à quelque intervalle les unes des autres. La percussion médiate fut pratiquée à différentes reprises. Le plessimètre fit découvrir le retour d’un son gazique sur les points où la matité avait été observée. Ce relour eut lieu d’une manière successive et grä-

duée : le son clair reparut d’abord en haut; puis, plus inférieurement, puis enfin sur les parties les plus déclives de la région iliaque, et enfin dans toute cette région.

1362. « La résonnance hydraérique s’abaissa aussi d’une manière successive : elle parut toujours se manifester sur les points de l'intestin où le liquide correspondait aux fluides élastiques contenus dans ce viscère.

1363. «Le son de la région 1liaque étant devenu clair, quelques coliques eurent lieu. La percussion de cet espace fit de nouveau reconnaître la matité. Une selle survint, beaucoup de liquide s’écoula ; le plessimètre, appliqué sur laine gauche, donna lieu à la résonnance gazique que cet espace offre ordinairement.

4364. « Dans quelques autres expériences sur le vivant, des injections abondantes dans le rectum ont été suivies de l'apparition du bruit hydraérique dans la région cœcale, où auparavant cette résonnance n'avait pas été obtenue.

4365. « M. le docteur Edwards donnait des soins à un malade qu'il savait être atteint d’un rétrécissement du rectum: Il me fit l'honneur de m'appeler en consultation. Nous examinâmes conjointement cet homme, qui avait eu plusieurs hémorrhagies inteslihales. Le doigt introduit très-profondément dans l’anus trouvait, à cinq pouces et demi au-dessus de cet orifice, un bourrelet que surmontaient des végétations volumineuses; et dans lequel l’extrémité du doigt pénétrait avec peine. Nous désirions savoir si cette maladie s’étendait vers le grand bassin et dans Pabdomen, mais la percussion médiate des régions qui correspondent à ces parties donna presque partout lieu aux résultats que l’on observe dans l’état normal, Cependant la région cœcale fournissait un son

Mrès-mat et hyper-hydrique. Cette région était dépressible, et, soit que le plessimètre fût superficiellement appliqué, soit qu'il fût hppuyé davantage et qu’il fût porté à une profondeur plus grande, le bruit continuait à être le même, Ce fait fut constaté avec le plus grand soin. Les intestins grêles, situés au-dessus et à wauche du lieu où la matité était observée, fournirent, par la médio-percüssion, la résonnance gazique qui leur est particulière. La palpation ne faisait pas découvrir de tumeur sur le point où le son mat était obsérvé. Ce son mat enfin ne variait pas en raison des attitudes diverses que nous fimes prendre au malade,

1366. « Quelle était la cause de la matité observée dans la région cœcale? M. Edwards et moi nous raisonnâmes ainsi : Ce n’est

pas à une tumeur ni à des malières fécales endurcies qu’on peut attribuer le son hyper-hydrique. Le plessimètre en effet déprime la région cœcale à une grande profondeur sans trouver de résistance. Le bruit qui y est obtenu n’est pas sclérosique, comme cela a lieu dans le cas de tumeur cancéreuse, et la main ne découvre non plus rien qui ressemble à une affection de cette nature. C’est donc une substance molle qui correspond au point dont il s’agit : or le cœcum est ordinairement situé dans cet espace ; l'individu est sujet à des hémorrhagies intestinales abondantes, tout porte donc à croire que du sang est contenu dans le premier des gros intestins, et qu’il y donne lieu au son mat.

1367. Un quart-d’heure après, et pendant que nous conférions encore sur l’état de ce malade, une selle eut lieu. Elle donna issue à beaucoup de sang noir et en partie coagulé. La percussion médiate fut alors pratiquée de nouveau : le son mat de la région cœcale avait disparu et.était remplacé par la réspnnance tympanique que présente ordinairement cet espace. Ce fait nous porta à admettre que la source du sang était bien au-dessus du rétrécissement que le doigt faisait sentir dans le rectum. Nous convinmes cependant qu’il était possible que le fluide eût reflué de la partie inférieure vers la partie supérieure du gros Intestin. »

1368. Voici quelles sont les conclusions des expériences qui précèdent telles qu’elles ont été exposées dans le Traité de la percussion médiate, p. 304. (1827.)

1° «Lorsque le plessimètre fait distinguer, par des nuances de son et de tact caractéristiques, le volume et Le siége de l'estomac, on peut fréquemment juger, par l'emploi de cet instrument, de la place qu’occupe le côlon transverse.

90 «Lorsque cette portion du gros intestin est plus volumineuse" et plus dilatée par des gaz que le jéjunum et liléon, il est possible d’assigner approximativement la place qu’elle occupe. Or, le plus souvent l’arc du côlon a une grande dimension. Il donne lieu, audessous de l’estomac, à une résonnance lympanique très-diffé= rente de celle qui est produite par la percussion de ce viscère: Cette résonnance est aussi très-distincte du bruit gazique auquel donne lieu plus bas l'exploration plessimétrique de lintestin grêle.

3° « Le son et le tact qui caractérisent le côlon transverse existent ordinairement dans la hauteur de 6 à 11 centimètres, et s’étendent‘de la région sous-hépatique aux régions colique-moyenne et intestinale.

1369. «4° Si les différences de timbre entre le son dont il s’agit et le bruit auquel donne lieu la médio-percussion des régions occupées par l’estomac et les intesüins ne sont pas très-manifestes, il faut se défier du diagnostic que l’on établit. Ces premières tentatives ne peuvent même donner que des probabilités dont on peut augmenter l’importance par des expérimentations ultérieures.

1370. « 5° Les injections dans le rectum dissiperont les doutes que l’on conserve sur le siége de l’arc du côlon. Elles feront même reconnaître la place qu’occupera ce viscère lorsqu'il ne sera pas plus dilaté que les intestins grêles. Après avoir bien constaté le timbre du bruit fourni par la région colique moyenne, et s’être bien assuré qu’elle ne présente ni matité, ni bruit hydrique, on fera injecter une grande quantité d’eau dans-le rectum : s’il arrive alors qu’un son obscur ou une résonnance hydraérique se manifeste dans la région colique moyenne, on peut, en quelque sorte, affirmer que le côlon transverse correspond à cette région.

1371. « 6° Pour que les injections dans le rectum produisent l'effet que l’on cherche à en obtenir, il faut que plus d’un litre d’eau y soit introduit. Le sujet sera d’ailleurs placé dans des positions variées et successives, de telle sorte que le liquide puisse, en vertu de sa pesanteur, couler vers l’anse d’intestin qu’on explore. L’écoulement du fluide injecté vers les anses intestinales déclives a également lieu pendant la vie. Pour parvenir à faire convenablement les injections dans le gros inteslin du cadavre, il faut préalablement lier sur la canule de la seringue l'extrémité inférieure du rectum.

4372. «7° Le cœcum peut être très-exactement limité à l’aide de la percussion plessimétrique. Cet intestin fournit une résonnance hyper-tympanique ; celle-ci continue à être observée dans le même lieu, c’est-à-dire dans la région, cæcale, et cela quelle que soit la position du sujet et indépendamment des mouvements que l’on fait exécuter au malade.

1373. «8° À l’aide des injections ne le rectum, el lorsque la quantité d’eau introduite est très-considérable, on parvient quelquefois à faire arriver une partie du liquide dans le cœcum, Ceci ne peut guère avoir lieu qu’en ayant recours à des attitudes sucsives et variées qui facilitent l’écoulement du liquide que la pesanteur tend à entrainer vers les parties déclives. Le bruit hydraérique peut alors se manifester dans le cœcum, tandis qu’auparavant on ne lv observait pas. |

18374. «9° On pourra quelquefois, à l’aide du plessimétrisme, reconnaître l’accumulation dans le cœcum de sang ou de scories liquides. Un son mat observé dans la région cœcale, d’ailleurs facilement dépressible, fera établir cette diagnose conjointement avec la palpation, qui apprendra qu'aucune tumeur n’est située sur ce point. Pour que le jugement que lon porte ait toute la certitude désirable, il faudra que l’espace où la matité sera reconnue corresponde aux dimensions et à la forme du cœcum, et que le son tympanique propre à ce dernier intestin ne se rencontre pas sur d’autres poinis de l’abdomen.

4375. « 10° Lorsque la portion iliaque du côlon est distendue par des gaz, elle fournit une résonnance presque aussi tympanique que celle à laquelle donne lieu le plessimètre appliqué sur le cœæcum ; cette résonnance est très-distincte du son moins clair produit par la percussion des intestins grêles.

1376. « 11° Lorsque PS iliaque du côlon ne contient qu’une peüte quantité de fluides élastiques, on ne peut établir de différence entre les sons qu’elle fournit et ceux qui sont produits par les intestins grêles que l’on explore.

1377. «19° Soit que la portion iliaque du côlon renferme beaucoup de gaz, soit qu’elle contienne une petite quantité de fluides élastiques, les injections dans le rectum, lors même qu’elles sont peu abondantes, font bien juger du siége qu’elle occupe. Ce siége est assez constämment la région iliaque. Avant l’imjection, on trouvait sur ce point un son tympanique plus où moins clair; et lorsqu'elle est pratiquée, cet espace percuté donne lieu : soit à une résonnance hydraérique, soit à un bruit dont la matité est remarquable.

1378. «13° IlLest plus difficile de reconnaitre, par la percussion médiate, la situation des côlons ascendant et descendant que d'apprécier le siége du cœcum et de VS iliaque. Toutefois, les nuances de son que les premiers fournissent avant les injections, comparées aux bruits qui sont obtenus lorsque le fluide a pénétré dans leur cavité, font encore distinguer le siége des côlons ascendant et descendant. Cette distinction est plus'facile pour le dernier de ces viscères que pour le premier d’entre eux, parce qu'il est plus aisé de faire pénétrer du fluide dans lun que dans l’autre. | |

1379. 44° Quand le côlon transverse et PS iliaque sont remplis de matières solides, ils donnent lieu, par la percussion, à un son

et à un act malaxiques ou même sclérosiques qui deviennent gaziques dès que les contractions ont porté plus loin les substances que contenait le viscère,

1380. « 15° Dans le cas où un obstacle au cours des matières existerait sur un des points du gros intestin, la médio-percussion aurait encore une grande utilité. Ne serait-il pas possible, en effet, que des injections de liquides portées en telle quantité qu’elles produisissent une matité marquée au-dessous du point rétréci, éclairassent sur le siége de la lésion soupçonnée ? Ne pourrait-on pas tirer quelque parti de cette idée dans les cas de volvulus , et dans ceux où des viscères herniés sont. atteints d’engouement ou d’étranglement ?

1381. «16° Dans le cas où une vive douleur aurait son siége dans l’abdomen et où l’on désirerait savoir si elle dépend ou non des gros intestins, la percussion médiate, éclairée par les injections, pourra résoudre la difficulté. »

1382. Les expériences et les faits précédents relatifs au plessimétrisme des intestins et publiés dès 1827, ont été suivis d’un nombre infini d'observations recueillies depuis cette époque jusqu’en 1866. Parmi ces observations, quelques-unes ont été insérées soit dans le Procédé opératoire, soit dans les Traités de diagnostie ou de Médecine pratique, soit dans la Gazette des hôpitaux. Leurs matériaux ont été puisés à la Clinique, dans les services d’hôpitaux auxquels, pendant cette longue période de temps, j'ai été attaché. Or, j'affirme sans crainte que le plus grand nombre des malades qui se trouvaient dans les salles furent soumis aux recherches de médio-percussion relatives aux intestins, et qu'ils ont présenté des phénomènes confirmatifs des faits qui viennent d’être relatés.

1383. DUVPUE, apres Pexposition des faits qui concernent Pine testin grêle, j'aurai à parler des applications pratiques du plessimétrisme des intestins en général, je reviendrai sur les expérimentations du même genre auxquelles le thérapisme m'a conduit, La médio-percussion des gros intestins exigeant le même manuel que celui des parois abdominales et de la médio-percussion de l’iléon, je passe tout d’abord aux considérations anatomiques qui se rapportent à l’étude plessiméirique des intestins sue

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