CONCLUSIONS DES FAITS PRÉCÉDENTS
1413. « 7° Ces considérations font distinguer exactement ce cas d’un épanchement abdominal. Pour ne pas s’exposer à commettre d'erreur, il faut faire alternativement coucher le sujet sur le côté droit et sur le côté gauche, et percuter ensuite.
1414. «8° Lorsque, dans l’hydropéritonie, les intestins grêles, les gros intestins ou l’estomac sont écartés par du liquide de lenveloppe abdominale, l’application légère du plessimètre que lon percute sur le point des parois correspondant à ces organes, fournit un bruit hydrique ou hydraérique. Si les viscères creux pleins de gaz sont immédiatement en contact avec la face postéreure de la paroi que l’on explore antérieurement, une résonnance claire se fait entendre. Si dans les points où la sérosité est - interposée au péritoine pariélal et aux intestins, on déprime les muscles abdominaux avec le plessimètre, l'instrument est mis en contact avec les viscères, on obtient un tact et un bruit gaziques caractéristiques de la présence de ces viscères.
4445. « 9° On peut juger, par la profondeur à laquelle il faut porter le plessimètre, de la distance qui sépare l’intestin et la paroi abdominale.
1416. «10° Il résulte des considérations qui viennent d’être établies que, dans l’hydropéritonie, lorsqu'on voudra pratiquer la paracentèse, 1l faudra préalablement percuter la région sur laquelle le trois-quarts devra pénétrer et qu’il sera utile dé le faire avec beaucoup de soin, en appliquant le plessimètre avec légèreté et en déprimant profondément les parois abdominales.
AAAT7. «La constatation par le plessimétrisme du siége qu'occupe. telle ou telle partie du tube digestif est d’une immense portée, J’ai : démontré qu’il en est ainsi relativement à l’estomac. L’importance de la détermination par les résultats de la médio-percussion des points de l’abdomen où PS iliaque, les côlons descendant, transverse et ascendant, le cœcum, se trouvent situés, est non moins grande; par cela même que l’on peut parvenir par cette médio-percussion à reconnaître le lieu où les gros intestins sont placés, on sait tout d’abord que les points du ventre où ils ne se rencontrent pas correspondent à l’intestin grêle. Il est une remarque utile à faire ici : c’est que la dernière portion de l’iléon est située ordinairement dans le côté droit du bassin et aux environs . des fosses iliaques externe et interne. La connaissance de ce siége contribue beaucoup à élucider la question de savoir si, dans l’iléospilosie et dans quelques autres cas, des scories, des hydroscories
588 PLESSIMÉTRISME DES HERNIES.
ou des gaz sont contenus : soit au-dessus de la valvule iléo-cœcale, soit dans les parties ultimes du petit intestin. Or, le plessimétrisme donne les moyens d’élucider la question. »
1418. Dans ces derniers temps, percutant le sacrum à l'effet d'explorer l'utérus en arrière, moyen d’exploration dont bientôt il sera parlé, je constatai que cet os servait, en quelque sorte, de plessimètre à l’intestin, et que de là résultaient la sonorité et l’élasticité marquées que l’on obtenait sur la région sacrée dans certains cas, et la matité que plus rarement on y constatait dans d’autres. A peine est-il besoin de dire que ces caractères plessimétriques sont ordinairement en rapport : les premiers, avec la présence du gaz dans le rectum; le second, avec celle de liquides ou de solides dans cet intestin. Des injections rectales-et la médio-percussion donnent la preuve de ce fait, qui aura certainement des applications pratiques ultérieures.
& 9. Manuel du plessimétrisme des gros intestins et des intestins grèles.
1419. Le plessimétrisme des intestins ne diffère en rien de celui qui a été décrit pour la médio-percussion de l’abdomen, les lignes qui ont été établies à l’occasion de celle-ci sont les mêmes que celles qui conviennent pour explorer les organes entériques. Je renouvellerai seulement ici une remarque relative à la diagnose de l’état des intestins grêles (n° 1394), c’est qu'il est possible et même facile d'explorer, par le plessimétrisme, la dernière portion de l’iléon, alors qu’elle plonge dans le petit bassin; il suffit, pour le faire, de percuter en dehors et à droite sur la fesse, au niveau du rebord pelvien et au-dessous de ce rebord, pour constater, par le son gazique ou malaxique obtenu, la présence de fluides élastiques ou des matières dans le dernier des intestins grèles. L’utlité, dans liléospilosie, de la connaissance de ce fait, est si évidente, qu’il n’est en rien besoin d’y insister ici,
8 10. Plessimétrisme des hernies.
1420. C'est particulièrement dans les hernies qu'il est utile de déterminer avec certitude, à l’aide de la sonorité et de l’élasticité ou des autres sensations plessimétriques, st telle ou telle portion de l'angibrôme est contenue dans une tumeur des parois abdominales. D’après tout ce qui a été dit précédemment, je pourrais ne pas insister sur les moyens de reconnaître la situation de l’estomac et
PLESSIMÈTRISME DES HERNIES. 589 des gros intestins dans les hernies. Je citerai cependant quelques faits qui éclaireront cette importante question.
1421. «Un vieillard de 73 ans, placé dans l’une des salles dé Bicêtre, présentait une énorme tumeur du scrotum, qui à sa partie moyenne avait 90 centimètres de circonférence ; elle descendait jusqu'aux genoux, elle était pédiculée à son sommet et était surmontée par les deux espaces inguinaux tuméliés; une ouverture située vers le centre de la masse en avant, rappelait seule la présence de la verge. Les téguments étaient minces et non adhérents en haut, infiltrés et mamelonnés en bas. M. Fabre (1), qui considérait d’abord ce fait comme un cas d’éléphantiasis, voulut s'assurer de sa nature et des parties qui entraient dans sa composition. La présence des deux saillies oblongues sur le trajet de chaque canal inguinal lui faisait soupçonner l’existence d’une double hernie ; mais le volume du ventre proportionné à la maigreur de individu, Pirréductibilité de la tumeur faisaient naitre des doutes sur cette idée ; les signes fonctionnels et les antécédents n’éclairèrent pas son jugement. Il eut alors, dit-il, recours à la percussion médiate, qui écarta complétement toute incertitude : à la partie antérieure de la tumeur et de chaque côté jusqu’un peu au-dessous de sa partie moyenne, sur les canaux inguinaux, M. Fabre trouva un son gazique manifeste ; inférieurement on constatait une matité remarquable ; donc, une partie du tube digestif était contenue dans la tumeur ; mais quelle était cette partie?
1422. « Quand le vieillard était à jeûn, partout, dans la masse malade, se trouvait de la sonorité ; tmmédiatement après le repas, le côté droit de la tumeur devenait mat, tandis qu’alors il restait encore gazique à gauche; des épreuves de ce genre réitérées firent admettre par M. Fabre que l'estomac était contenu dans la partie où la matité avait lieu et que les intestins étaient situés sur le côté gauche où le son clair se faisait toujours entendre. Quant à la partie inférieure où la matité ne variait pas et qui était indurée, elle était atteinte de l’éléphantiasis des Arabes.”
1423. « Deux autres élèves, MM. Bérgeon et Marcus, mirent en doute ce fait si rare d’une hernie de l’estomac à travers le canal “inguinal ; ‘ils firent de nouveau l’expérience qui les conduisit au même résultat; mais bien plus, dit M. Fabre : « à mesure que
(1) Ce n’est pas notre ami et compatriote M. le docteur Henri Fabre ni Fabre,
rédacteur de /a Lancetté, mais bien le docteur Fäbre, alors interne à Bicêtre, qui à recueilli ce fait intéressant.
590 PLESSIMÉTRISME DES HERNIES.
« nous faisions manger le vieillard, nous voyions très-sensible- « ment la tuméfaction progressive de la région antérieure et supé- «rieure droite de-la tumeur, et appliquant la main sur cette « partie et faisant boire en même temps le malade, nous per- « cûmes très-distinctement le choc du liquide, qui presque instanæ « tanément pénétrait dans son intérieur.»
1424. L'observation publiée dans le n° 68 du bulletin clinique se rapporte à la sténosie œsophagienne du comte de D. (n° 1213). Il y est fait mention d’une énorme tumeur du scrotunt que ce lord avait portée,-et qu'on allait opérer comme étant une hydrocèle. Des symptômes d’engouement intestinal s'étaient cependant déclarés; ce fut alors que je fus appelé. Au sommet de la tumeur, le plessimétrisme démontra la présence d’une sonorité et d’une élasticité qui prouvèrent bientôt-qu’il s'agissait ici d’une hernie énorme. Partout ailleurs des sensations hydriques exis: taient ; elles étaient produites par les matières liquides dont Fins testin hernié était rempli. En quelques jours, je fus assez heureux pour réduire cette énorme tumeur, ce qui, au premier abord, ne paraissait pas possible. Un suspensoir très-bien fait contourna complétement et exactement l’entérocélie. J'avais fait placer des coulissses circulaires et des lacets qui se touchaient dans toute l’é= tendue de ce bandage. Or, serrant successivement par ces lacets tous les points de la tumeur, il arriva que les matières pénétrèrent tout d’abord dans les portions d’intestin que contenait l’abdomen; l'augmentation journalière de l’espace où la sonorité et l’élasticité existaient dans la tumeur en donna la preuve. Peu de temps après, toute la masse entérique elle-même rentra par l’anneau inguinal énormément dilaté ; il n’y eut plus dès lors d'autre trai: tement à faire que de prescrire application d’un brayer conves nablement disposé. C’est quelques mois après que le comte de D. périt de gastrorrhémie survenue à la suite du cathétérisme œso= phagien (Traité de méd. pratique, n° 1391).
1495. J'ai vu depuis lors une multitude de cas où le plessimé: trisme m'a fourni des documents précieux pour établir le dia= gnostic des hernies.
1426. Au bureau central, plusieurs cas se sont présentés dans lesquels j'étais incertain sur la question de savoir s'il s'agissait d'une hydrocèle ou d'une entérocèle. Un son tympanique fourni par l'in: testin me fit reconnaître d’une manière sûre le caractère de la maladie. Mais de tous les cas de hernie où la percussion médiate
PLESSIMÉTRISME DES HERNIES. 591
a été utile, je mentionnerai surtout le suivant, que je dois à mon ami M. le docteur Amussat.
ex Hérnie ombilicale,
Hernie inguinale. .: 5
<—; Hernie crurale.
Hernie scrotale
(Figure 74.)
Résultats du plessimétrisme dans diverses hernies.
1497, Un malade portait, dans le scrotum et du côté droit, une tumeur du volume de la tête d’un enfant, laquelle distendait tellement les bourses et la peau de la vergé, que celle-ci avait entiètement disparu; à la partie supérieure latérale gauche de cette tumeur, on découvrait ouverture du prépuce. MM. Amussai el Delouey crurent reconnaître une hernie : pour s’en assurer, la percussion médiate fut pratiquée. On obtint les résultats suivants : Son tympanique dans toute l'étendue de la tumeur, si ce n’est tout à fait en bas, où la résonnance était légèrement mate, A la partie
592 PLESSIMÉTRISME DES HERNIES.
moyenne du mal en appliquant fortement le plessimètre et en
le frappant d’un coup sec, on trouva dans un espace circonscrit un son obscur dû au testicule qui était situé sur ce point. Le bruit mat de la partie déclive était dû à une légère collection de sérosité. Ainsi, dans ce cas, l'emploi du plessimètre fit reconnaître la coexistence d’une hernie intestinale, d’une hydropisie du sac, et fit juger du lieu occupé par le testicule.
1498. Les propositions suivantes établies dans le traité de médecine pratique, n° 7390, sont les conclusions naturelles des faits précédents.
1429. « Toutés les fois que l'estomac ou l'intestin, remplis de gaz, sont contenus dans une hernie, ils donnent à la percussion un son gazique et une sensation d’élasticité.— C'est à coup sûr le plessimetre qu'il convient d'employer ici, car il faut le percuter légèrement et superficiellement pour obtenir les phénomènes dont il s’agit; la médiation digitale ne donnerait point des résultats suffisants. — La médio-percussion, si la tumeur occupe les parois abdominales, ne doit pas, sur une tumeur herniaire, être pratiquée d'avant en arrière, et cela, dans la crainte de confondre les sons produits par les viscères situés au-dessous des parois, avec ceux qui sont fournis par les organes renfermés dans la hernie. — Pour éviter cette erreur, on fait soutenir la tumeur latéralement par la main d'un aide : on applique le plessimètre du côté opposé, et de façon à ce que la direction de la percussion soit telle qu’elle se fasse latéralement et vers le centre de la tumeur, et non pas en suivant une ligne qui correspondrait perpendiculairement aux viscères ‘situés dans l’abdomen. — Si la portion du tube digestif herniée est pleine de matières, ou si elle est vide de gaz, elle donnera lieu alors à de la matité, et à un certain degré de résistance au doigt.
— Si des gaz et des liquides existent à la fois dans les viscères,
déplacés en grande masse, on trouvera par en bas une obscurité dé son; par en haut, de la résonnance, et une ligne de niveau séparera les points où la matité existera de ceux où la sonorité
sera obtenue; en changeant la tumeur et le malade de place, l’en-
droit où ces divers sons existent variera de position. — Parfois, lorsque des organes herniés contiendront des liquides et des gaz, leur percussion donnera lieu au bruit hydraérique. — Ces résultats se rencontreront dans les Hernies dont toutes les parties de l’angibrôme peuvent être le siége; mais certaines expériences plessimétriques peuvent faire reconnaître quelle est la portion de ce tube
PLESSIMÉTRIMSE DES HERNIES. 593
atteinte de déplacement. — Si, par exemple, c’est l’estomac qui existe dans une tumeur herniaire, le son qui était clair avant l’ingestion des aliments ou des boissons, prend le caractère hydrique immédiatement après l’administration de celle-ci. Si les dernières parties du gros intestin y sont contenues, une injection dans le rectum rend très-promptement mate la tumeur qui, lorsque le viscère hernié contient des gaz, donne de la sonorité au plessimétrisme. — Quand le cœcum ou le côlon transverse est renfermé dans une hernie, les sons ne s’altèrent à la suite d’une injection anale que si la quantité d’eau introduite est considérable et poussée avec force, ou si des pressions faites avec la main sur l’abdomen font parvenir les liquides dans les parties déplacées. — Ki c’est l’intestin grêle que la hernie renferme, la tumeur donnera un son clair dans certains moments et deviendra mate dans l’heure qui suivra la digestion stomacale. — En même temps que l’on trouvera alors que la matité due à l’estomac plein d’aliments occupera dans l’épigastre un espace de moins d’étendue, en même temps, dis-je, le son de la hernie commencera à devenir obscur, et cela aura lieu d’autant plus vite, que l’anse d’intestin sera plus voisine du pylore.— Quand une portion d’épiploon sera contenue dans une hernie, le son y restera toujours mat. — Quand une tumeur semblable sera constituée en partie par des intestins, et en partie par l’épiploon ou le mésentère, 1l y aura des points qui donneront un son toujours obscur, et d’autres qui seront alternativement vides et pleins. Ces différences auront lieu suivant que les intestins renfermeront alternativement des gaz d’une part, des aliments ou des boissons de l’autre. — Quand des viscères ou des tumeurs solides, tels que le foie, la rate, les reins, seront renfermés dans une hernie, le son de celle-ci sera toujours mat, et la résistance au doigt très-marquée.— Quand la vessie s’y trouvera placée, le son, alors que ce viscère contiendra du liquide, deviendra hydrique, et cette matité disparaîtra lorsque l’excrétion urinaire sera opérée.— Dans les cas où une hernie intestinale est engouée ou remplie de matières, la tumeur, qui d'ordinaire présente un son gazique, donnera lieu à un son et à un tact malaxiques; ce fait est très-important à noter relativement aux questions qui se sont élevées sur l'engouement et l’étranglement des hernies. On voit à coup sûr des tumeurs de ce genre offrir tous les signes de l’étranglement, et contenir principalement des gaz, ce qui prouverait que dans de tels cas, les accidents ne seraient
594 PLESSIMÉTRISME DES INTESTINS ; APPLICAT. PRATIQUES. pas ‘dus à la présence des matières; mais, par contre, parfois les symptômes de l’engouemént se déclarent dans des cas où le ‘plessimétrisme démontre que la tumeur est remplie de fèces ou de liquides (Traité de médecine pratique, n° 7390).
1430. «Lorsque des anses d’intestins sont engagées dans des hérniés, ôn reconnaît par la nature des sons que donnent ces organes remplis de gaz qu’il s’agit du tube digestif. Si par les injections dans le rectum ces bruits sont modifiés, il est évident qu'il s’agit du gros intesüin. Il n’est pas de chirurgien qui ne comprenne l'utilité pratique de ce fait. » (Traité de diagnostic, ‘n° 1678.)
4431. ‘« L'importance de ces résultats de la médio-percussion, relativément au diagnostic des hernies, à la détermination des parties ‘qui sy trouvent, à la précision qui-en résultera dans les opérations qu’on songera à y pratiquer, elc:, me paraît être grande. Certes, ce n’est point ici le lieu de comparer entre elles les diverses tumeurs des bourses ou des parois abdominales qui peuvent être prisés pour des dystopies angibrômiques ; mais au moins éonviént-il de faire remarquer : que la présence de la ‘sonorité dans de telles tumeurs, que les bruits que le stéthoscopisme peut y faire entendre lors des mouvements spontanés ou provoqués qui sy passent, sont d’un grand $ecours pour démontrer que des organes remplis de gaz se rencontrent dans les tumeurs dont il vient d’être parlé, ou encore pour faire voir que dés fluides élastiques existent dans le tissu cellulaire. (Traité demédecine pratique, n° 7394.) » |
8 11. Applications pratiques du plessimétrisme des intestins en général.
1432. La question de savoir si des matières ‘solides, liquides ou gazeuses sont contenues dans le tube digestif; celles qui ont rapport : ux parties de l'intestin oùces matières sont accumulées, à leur proportions réspectives, à la fixité ou à la variabilité de leur siège, ces questions, dis-je, ont une telle importance que sur leur solution positive reposent, dans une infinité de cas, les indications propres à guider le thérapisme.
1433. La vie ou la mort du malade dépendent fréquemment de la manière dont cés mêmes indications sont remplies. Un volume éntier ne süffirait pas pour donner tous les détails que ce grave : sujet comporte, et je prie le lecteur de vouloir bien, pour en avoir
PLESSIMÉTRISME DES INTESTINS ; APPLICAT, PRATIQUES .595
la preuve, lire les articles du 7#raité de médecine pratique qui ont pour sujet les entéropathies.
443h4. Or, c’est seulement dans :des cas exceptionnels que la palpation donne des documents propres à élucider les questions qui viennent d’être posées, et le plus souvent avant l'application du-plessimétrisme aux intestins, on n'avait, pour «en .donner la solution, que le vague des circonstances commémoratives ou les inductions de symptômes plus ‘ou moins obscurs. Le plessimétrisme, au contraire, permet presque toujours de faire disparaître les difficultés que présente l’exploration de létat matériel de Pintestin. : LE
1435. Toutes les fois, par ‘exemple, qu'il s’agit d’une affechon dans laquelle il est urgent de savoir s’ilconvient d'employer des médicaments capables de faire évacuer des liquides ou des gaz inteslinaux.C’est en grande partie la médio-pereussion qui conduit à décider si ces moyens doivent ou non être employés.
4436. Le plessimétrisme ‘permettant de constater la présence persistante de :scories dures, molles ou liquides dans VS iliaque ou le colon-ascendant, conduit à avoir recours à des injections purgagatives dans le rectum, et dispense d'employer des médicaments du même genre par la bouche. Ces médicaments auraient parfois une fâcheuse influence pour les intestins grêles, ‘si la partie inférieure de l’angibrôme n’était pas préalablement débarrassée ‘des matières qu’elle contenait.
1437. Dans de thérapisme ‘d’une multitude .de maladies admises par les auteurs, et qui ont surtout l'intestin pour siége, telles que lrléospilosie septiosémique ; Ventérie saturnine, les :ulcérations des intestins grêles, du cœcum, des côlons ascendant et transverse, les phlegmons iliaques, les considérations précédentes ont une haute portée pratique.
1438. C’est le plessimétrisme qui a démontré :que chez les malades dont le cœæcum et le côlon:ascendant sont remplis d'hydroscorres, il suffit pour faire cheminer les matières du côté de l’anus et pour faciliter leur. évacuation par les injections, de faire coucher lepatient sur le côté gauche et de praliquer quelques frictions ide bas en haut et de droite à gauche sur le trajet du côlon ascen- “dant. | | 4439. : C’est cette méthode ‘qui a démontré :que de plus souvent «des hydroscories mélangées de gaz infects séjournent dans l'intestin de gens atteints d'iléospilosie. C’est elle qui m'a conduil à eonseiller,
596 PLESSIMÉTRISME DES INTESTINS ; APPLICAT. PRATIQUES.
dans de tels cas, le lavage très-fréquent des gros intestins à l’aide des lavements aqueux réitérés.
1440. Quand le médecin trouve par la médio-percussion que les intestins sont remplis de scories, il faudrait qu'il fût aveuglé par des préoccupations systématiques pour ne pas chercher, quelle que fut sa théorie, à les évacuer au moyen de purgatifs administrés : par la bouche, si les matières sont contenues dans l'intestin grêle ; ou par le rectum si les gros intestins en sont remplis.
14. N'est-ce pas le plessimétrisme qui, permettant de constater que les intestins contiennent ou non des scories, fera voir s'il s'agit d'une constipation (absence de selles) due à une scorentérosie ou à l'abseñce de matières dans l'angibrôme ; une telle connaissance ne le conduira-t-elle pas à prescrire un traitement en rapport avec le mal?
1442. Dans une épidémie tndoloïosique (choléra asiatique), est-ce que l'absence de gaz et la présence de la matité hydrique dans la généralité de l'abdomen ne feront pas voir au praticien que le malade est dans un état très-grave, et qu'ilest urgent de remédier promptement à la sécrétion de liquides qui se fait sans cesse par l'intestin ?
1443. Une entérorrhée abondante a eu lieu ; on croit l'avoir arrêtée avec un moyen quelconque, et surtout par l'opium, et voici que le plessimétrisme démontre que fout le gros intestin est rempli d'hydroscorie; donc, le mal persiste, et de là l'indication pres-. sante d’évacuer les liquides accumulés et d’avoir ensuite recours aux astringents. Cette dernière pratique; dans la curation de l’entérorrhée, est celle que j'ai adoptée; des succès sans nombre en ont été le résultat, et c’est la médio-percussion qui m a porté à la formuler.
1444, Serait-il indifférent pour le thérapisme de savoir ce que le plessimétrisme démontre si bien, c’est-à-dire : Dans quelle proz portion des matières sont contenues dans le tube digestif ?
1445. Le serait-il encore de déterminer par la médio-percuss sion si le chyme ou les scories sont ou non accumulés , soit dans l'estomac, soit dans les intestins grêles, soit plus bas encore ?
1446. Ne serait-il pas bien utile de savoir chez certains majades le temps que les aliments mettent à parcourir le duodénum et à parvenir dans les autres intestins grêles ; connaît-on quelque autre moyen que la médio-pereussion pour acquérir cette connaissance?
1447, Quelle autre méthode encore apprendra que: les scories ont, comme cela arrive parfois, une extrême liquidité, ce que l’on
PLESSIMÉTRISME DES INTESTINS ; APPLICAT,. PRATIQUES. 597
apprécie si facilement par la rapidité du déplacement de la matité hydrique dans l’étendue de l’espace occupé par les côlons.
1448. Mais voici qu'un malade présente des symptômes d'engouement intestinal par des matières ; qui pourra dire avec certitude et sans la médio-percussion quel est le point où les scories sont arrêtées? J’ai vu les chirurgiens les plus expérimentés et les plus habiles ne pouvoir résoudre la question, Un homme du plus grand mérite, envers lequel on a été souvent bien injuste, mon ami, l’ingénieux et honnête Amussat, m'appelle un jour pour déterminer, dans un cas pareil, le siége du rétrécissement. On croyait que celui-ci existait dans le côlon descendant; le plessimétrisme permit de constater bientôt que tout le côté gauche donnait de la sonorité et de l’élasticitée; et que, dans l’étendue du côlon ascendant, le flanc droit offrait partout une matité hydrique marquée. La sténosie avait donc pour siége le côlon transverse. Amussat ouvrit le gros intestin dans la région lombaire droite; les fèces s’écoulèrent par cette voie, et le malade fut rendu, au moins momentanément, à une position satisfaisante. Je ne sais pas ce qu’il est devenu depuis. Plusieurs fois, j'ai été appelé dans des circonstances analogues ; dans ces cas, alors que tous les autres moyens avaient été inutiles, espérant au moins soulager le malade, j'ai voulu ouvrir l’intestin au niveau des points où la matité était observée ; des masses de gaz contenues dans le cœcum, les intestins grêles, donnaient des sons hyper-tympaniques ou hydroaériques; les vomissements, le hoquet se renouvelaient de la manière la plus désespérante. Une opposition déplorable provenue tantôt des malades ou de leur famille, tantôt, il faut le dire, des consultants, se prononça, et je ne pus prendre le parti que je tenais si fort à mettre en pratique; la mort des malheureux patients ne tarda pas à mettre un terme à ces horribles souffrances. Parmi ces derniers étaient deux jeunes gens dont je me rappelle avec douleur la triste fin. Dans combien de cas des circonstances du même genre ne se sont-elles pas présentées ou ne se représenteront-elles pas ! | |
1449. On admettait généralement, et la plupart des pathologistes pensent encore que, dans l’empoisonnement intestinal par le plomb, . les intestins sont le siége d’une névralgie, et, en conséquence, ils prodiguent l’opium ; or le plessimétrisme a prouvé ou conduit à admettre que, dans de tels cas, les gros intestins et surtout le côlon ascendant et VS iliaque sont alors remplis de matières ;
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qu’ils sont le siége d’une anervismie; que les souffrances ont lieu par suite des contractions des fibres charnues de l'intestin situé au-dessus de lemphraxie et de la stase scorique; que donner ici de l’opium: est une faute, puisque ce narcotique tendrait, encore à paralyser davantage les fibres intestinales ; que l’indication est d’évacuer les scories accumulées dans VS iliaque etle côlon ascendant; de là ma méthode de lavements purgatifs joints à l’administration de l’acide azotique très-étendu, et destiné à rendre le plomb soluble et à le faire évacuer; méthode inoffensive et d’un succès thérapique presque assuré!
1450. Un homime est atteint dhémorrhagies intestinales abondantes et qui l'épuisent ; il cesse soit spontanément, soit sous l’influence de divers médicaments, de rendre du sang par l’anus ; dans l'intention de savoir si la rhêmie est arrêtée, on pereute le gros intestin; il en résulte un son hydrique des plus prononcés dans une étendue de plus en plus grande; donc, le mal n’est en rien arrêté ét il ne fait que s’accroître. J’ai vu des cas pareils (n° 4365); de là des conséquences pratiques de premier ordre, et qui doivent toujours être présentes à l’esprit.
1451. Combien ne serait-il pas utile, dans la fièvre jaune, de savoir sur un malade s'il y a ou non des rhèmies entériques et du sang épanché dans l'intestin; or, quel moyen pourrait être, dans de tels cas, préférable au plessimétrisme ?
1452. Rien que par la forme qu'offre le dessin plessimétrique de l'espace mat qui est en rapport avec la présence du cœcum et du côlon ascendant, ou de VS 1liaque remplis de scories plus ow moins liquides, on est conduit à croire qu'il existe une scorentérasie considérable et à administrer au malade des purgatifs (n° 1360).
4453. À la suite d'une indigestion , arrive-t-il que le jéjunum et l’iléon donnent lieu dans une grande étendue, par la médio-percussion, à une matité hydrique, il est évident que des matières y sont contenues. Alors, au lieu d’avoir recours à d’inutiles applications de sangsues ou à des médicaments narcotiques ou antispasmodiques que Pon prescrirait dans l’intention de faire cesser l’entéralgie existante, on aura recours à une médication purgalive qui, en évacuant la cause matérielle de la souffrance, y remédiera beaucoup mieux que lopium pourrait le faire.
145%. Si des poisons liquides étaient ingérés el étaient parvenus cn assez grande abondance dans DNé pour y donner lieu à de la maté, si l’on découvrait par le plessimétrisme l'existence de
PLESSIMÉTRISME DES INTESTINS; APPLICAT. PRATIQUES, 599
céttematité, ce serait encore là un document précieux pour faire voir qu'une médication évacuante. devrait être. prescrite.
1453. Il est souvent fort difficile de déterminer si une fumeur que la palpation fait sentir dans l’abdomen, existe en effet, ou s’il s’agit seulement de ces scories indurées auxquelles on donne le nom assez singulier de cybales. Eh bien! le plessimétrisme, en faisant reconnaître le siége des gros intestins, leur rapport avec la célie, la forme de celles-ci, elc., donne de: précieux matériaux pour élucider la question.
M. Fabre, rédacteur de la Gazette des Hôpitaux, a consigné dans la ZLancette (vers 1829 ou 1830), une observation intitulée plessimètre en défaut ; c'était la palpation et non la percussion qui avait alors induit ce médecin en erreur; il avait pensé qu’une tumeur trouvée par la main dans le flanc gauche d’une malade de la Salpêtrière pouvait être le rein; mais cette opimion n'était formulée que comme une supposition qui était appuyée sur. le toucher très-lisse et sur la forme arrondie de la tumeur : à deux reprises, celle-ei donna lieu à de la matité; la malade prenait des aliments. A la morton trouva qu’une anse intestinale dilatée, comprise entre deux rétrécissements, lesquels pouvaient encore livrer passage au chyme, avait donné lieu à la méprise du toucher. Quant à la malité, elle était due sans doute à ce qu’au moment où l’on percutait l'intestin, 1l était rempli de matières. M. Fabre, qui s’exerça depuis au plessimètre, convint avec moi qu'il était impossible qu’une anse intestinale pleine de gaz pât donner lieu à de la matité. Peut-être cependant qu’une extrême distension du viscère par les gaz, produisait dans ce cas cette résistance au doigt dont il a été parlé ailleurs (Procédé opératotre, n° 191.)
1456. La présence des gaz dans l'intestin, démontrée par le plessimétrisme, est, dans les affections aiquês, d'une importance extrême. Ces organes en contiennent-ils une très-grande proportion, le ventre devient énorme, partois très-douloureux et refoule les viscères. De là des troubles de respiration et de circulation et une extrême cdyspnée qui favorise les hémostasies pulmonaires et l’hypoxémie. Ces phénomènes sont très-souvent attribuées à l'asthme à la péritonite ; de tels accidents ont à plus forte raison lieu alors que des gaz et des liquides distendent à la fois Pintestin. Il en sera ainsi dans bien des cas d’iléospilosie, de volvulus, de péritonite, etc., etc., et la mort est souvent la conséquence de ces terribles accidens. L'évacuation de ces gaz et de ces liquides,
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dont le plessimétrisme a fait connaître la présence par les sons hypergazique, hydrique ou hydraërique, devient, quelle que soit la maladie, l'indication la plus importante à remplirs et c'est à la connais sance de ces faits et à la pratique qui en a été la conséquence qu'un bien grand nombre des malades de mon service ont dù la conservation de leur vie.
©4457, Quand dans l’entérorrhée, les selles se sont arrêtées à la suite de emploi d’un médicament, il n’en faut déduire que la maladie est guérie, qu’autant que la percussion médiate ne trouve plus de matité ou de bruit hydraérique dans le cœcum et PS iliaque; car dans un grand nombre de cas, la présence de tels bruits, observée dans les intestins, a fait admettre que la diarrhée reparaîtrait, ce que l'événement a vérifié.
1458. On peut encore retrouver, par la percussion plessimétrique, les sons des intestins jusque dans la profondeur du bassin. C’est ce qui a lieu lorsque la vessie et l’utérus sont vides. Pour obtenir cés résultats, on peut déprimer fortement le basventre avec le plessimètre et plonger, en quelque sorte, celui-ci dans la cavité pelvienne, ou bien percuter médiatement le pubis et les échancrures sciatiques. Quand ces dernières parties ou le sacrum donnent un son très-clair, le rectum, l'utérus, la vessie et le péritoine sont dans l’état de vacuité, et de là d’utiles applications pratiques.
41459. Depuis quelque temps, conduit que j'étais par quelques cas d’abcès à l'anus et d’hémorrhoïdes; et d’affections utérines, j'ai cherché à constater si le plessimétrisme ne pourrait pas être utilement appliqué à l'exploration de la partie inférieure de l'anus, et j'ai bientôt vu que, dans l’état normal, la médio-percussion de la partie inférieure du rectum le plus souvent vide de matière (ainsi que l’a fait voir M. Nélaton), donne lieu à de la sonorité et à de l’élasticité. Eh bien, lorsque des matières liquides ou demi-solides sont contenues en grande masse dans cette ultime portion de l'angibrême, on obtient sur ce point, par l'emploi de” la plaque d'ivotre, des sensations en rapport avec la présence de ces matières ; landis que si des gaz y sont renfermés, le son et le tact gaziques sont évidents : s'il advient au contraire que des liquides y soient mélangés avec des fluides élastiques, le bruit hydraérique se prononce. Les points du pourtour de l'anus où une pyoie vient à se former, donnent lieu à une matité hydrique marquée. Les applications de ce fait sont assez évidentes pour ne pas les indiquer ici avec détail, di-
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sons seulement qu’elles sont d’autant plus utiles, que bien souvent les médecins éprouvent un tel dégoût pour toucher le rectum, qu’ils négligent de le pratiquer alors qu’il faudrait absolument le faire.
Pour terminer ce qui a rapport aux applications du plessimétrisme des intestins à la pratique, je ferai une dernière réflexion, c’est que dans presque toutes les maladies aiguës ou chroniques, 1! est d'une utilité extrême de savoir si l'angibrôme contient ou non, ensemble ou séparément , des scories, des liquides ou des gaz, ou bien si le tube digestif est vide. Il en est ainsi pour les affections encéphaliques, myèliques ou même névropalliques, pour les maladies de la peau, etc. La plupart des théories pathologiques ne peuvent être établies où même utilement discutées que si l’on tient compte de l’état matériel présenté par langibrôme dans des cas divers. Ainsi, l'étude et l’usage du plessimétrisme de lintestin sont d’une utilité indispensable à tout médecin ami des malades el de la science. |