CHAPITRE XVII
1460. Ce n’est qu’en 1853, et à l’occasion des travaux si remarquables de M. Claude Bernard sur les fonctions du pancréas, que je me suis demandé s’il était possible d’avoir, pendant la vie, et à l’aide du plessimétrisme, des notions exactes sur le siége, le volume, la forme et la densité de la glande pancréatique. Je n’ai trouvé ni dans les traités de la percussion médiate, ni dans le procédé opératoire, ni dans mon ouvrage sur le diagnostic, aucun document qui s’y rapporte. Je parle, dans le 7raité de médecine pratique, des affections du pancréas, mais seulement pour exprimer le peu de connaissances positives que l’on possède sur ses maladies. Lorsque l’on s’occupait, avec raison, du rôle que peut jouer le liquide pancréatique dans la dyspepsie, je pensai qu'il faudrait, pour porter un élément de plus dans appréciation de
ses fonctions, rechercher quelles étaient les variations que lorgane qui formait ce liquide était, en santé comme en maladie, susceptible de présenter. Voyant tout d’abord que la palpation, pas plus que l'inspection ou le plessisme, ne pouvaient rien apprendre sur la disposition de cette glande, je demandaiï au plessi-
métrisme si cette méthode ne pourrait pas me donner, sur ce sujet, quelques renseignements utiles.
1461. Or, en 1853 et 1834, je tentai de résoudre. cette question expérimentalement; plus de trente malades furent, alors explorés avec la plaque d'ivoire, et je mis à cette recherche.un soin extrême. Je me servis, pour tracer les dessins organographiques, d’une méthode excellente et bien propre à conserver les images que la médio-percussion permet de figurer, c’est-à-dire que je me servis de pièces d’emplâtre diachylum qui, appliquées sur la peau, recouvraient les parties explorées, pièces sur lesquelles je pereutais et je traçais les dessins qui représentaient les résultats plessimétriques. Je réussis au delà de toute espérance, et il devint très-facrle de saisir, à la première vue, le siége, le volume-et la forme du pancréas. Je ne manquai pas de conserver ces dessins, et j'avais l’intention de faire de ces recherches le sujet. d’un mémoire que jé voulais présenter à l’Académie des sciences. Par suite de diverses circonstances, ce projet ne se réalisa pas, et depuis, j'ai continué, une multitude de fois, à examiner le pancréas sur les malades des services auxquels j'ai été attaché, ou des personnes que j'ai eu l’occasion de voir en ville. Toujours, mes recherches ont donné des résultats du même genre que ceux qui étaient en rapport avec mon premier travail.
& 1. Anatomie du pancréas au point de vue du plessimétrisme.
1462. Le pancréas, très-analogue, en apparence, si ce n’est en réalité, aux glandes salivaires, est situé transversalement audevant et au niveau des premières vertèbres lombaires dont il est séparé par l’aorte et la veine-cave inférieure et d’autres vaisseaux moins volumineux. Sa forme est allongée : 1l est plus large, plus arrondi et plus épais vers son extrémité droite, qui porte le nom de téte, qu’à son extrémité gauche, que l’on a désignée par le mot non moins ridicule de queue. 11 présente, en général, par le plessimétrisme, chez l’adulte, une longueur de 11 à 43 ou 14 centimètres ; 1l dépasse moins le côté droit du corps des vertèbres qu’il ne le fait à gauche; 1l est un peu moins épais qu’il n’offre de hauteur. Celle- ei (toujours étudiée plessimétriquement) varie, comme je le dirai bientôt, de 2 centimètres 3 millimètres à un peu plus de 3 centimètres, tandis qu’à gauche du rachis on lui trouve la même dimension de 2 centimètres à 26 millimètres. La tête du pancréas est entourée par la seconde courbure du duodénum, circonstance très-