M. Scelle-Mondézert, mon élève et mon ami, intro
(1) C'est à des bouviers Suisses qu'il faut attribuer le premier emploi du marteau comme agent de plessisme. Il résulte, en effet, d'une citation de Vanswieten, qu'ils s'en servaient pour reconnaitre sur les bestiaux la présence des hydatides dans le crâne, ce qui les conduisait à pratiquer, par le trépan, l'ouverture de cette boîte osseuse, et à obtenir ainsi des succès. Voici l’annotation que j'ai trouvée dans le savant commentateur de Boërhaave : « Wepfer rapporte qu’en Suisse les bouviers remédient au vertige des bœufs causé par des hydatides de la manière suivante : Primüm malleolo post cornua pulsant. Ubi à sono aliud vacuum Spatium perspicerent statim in pulsato loco perterebrant ac foramine pennam inducunt, attracto spiritu vesicas hujus modi extrahunt.» (Commentaire aphorisme, 1010, t. V, p. 258.) Si la maladie est superficielle, elle cède promptement à la succion ; si elle est profonde, les bouviers disent que le succès leur échappe. Wepfer ajoute avoir été, dans un cas, témoin de cette expérience. Plusieurs hydatides, de la grosseur d’une noix muscade, furent ainsi évacuées. La guérison n'ayant pas eu lieu, le bœuf fut tué, et l’on trouva plusieurs hydatides semblables dans les ventricules du cerveau, surtout à gauche. (Traité de méd. pratique, n° 636.)
duisit un petit bouchon de liége au bout d’une tige de stéthoscope, et ce bouchon lui servit à pratiquer le placoplessisme. M. Jules de Dervieu fit construire un petit appareil, consistant en un plessimètre d'ivoire sur lequel était fixée une petite tige. Celle-ci était surmontée d’une charmière sur laquelle jouait un levier du troisième genre. Un marteau se trouvait à l’extrémité de l’un des bras du levier; une surface polie et allongée terminait l’autre bras, Il suffisait, de presser sur cette dernière partie de l'appareil pour élever le marteau qui, retombant sur le placoplesse, le frappait et faisait alors entendre un son dont les qualités correspondaient aux dispositions moléculaires des parties sous-jacentes. Suivant M. Jules de Dervieu, on trouvait dans cet ingénieux appareil l'avantage de frapper partout d’une manière égale ce qui devait, dans son opinion, donner des résultats positifs. Malheureusement les espérances qu'avait conçues ce médeein ne se sont pas réalisées. Pour bien percuter, pour obtenir tout ce que le plessimétrisme peut faire savoir, il faut imprimer des chocs très-variables en force, en légèreté, en direction, et c’est précisément ce que lPinstrument de M. de Dervieu ne permet en aucune façon de faire, L’appareil dont il s’agit, recouvert d’un stéthoscope, permettait d’ausculter pendant que lon percutait avec le marteau (Pere, méd., p. 21). Je reviendrai sur ce sujet, sur cette combinaison de l’auscultation et du plessimétrisme qui, comme on le voit, a été tentée par mot en 1826.
J'ai proposé un très-petit appareil de ce genre, à l'effet de péreuter Poreille moyenne par le conduit auditif externe. Cette tentative ne m'a pas donné les résultats que j'en espérais.
215: M. le docteur Barry (4) fit construire un petit marteau, composé d'une tige mince d'ébène. Celle-ci était terminée par une olive garnie de baudruche et recouverte de cuir, Ce marteau lui servait à percuter, et est encore employé par plusieurs médecins anglais e£ par des Français qui n'ont pas assez d'habileté pour percuter avec le doigt. (Percussion méd.; p. A7:) | 216. Peu de temps après, M. Leblanc, qui porte dans exercice
(1) Cet honorable médecin suivait, en 1826, mes leçons à la Pitié, leçons que me facilitait la bienveillance de Lisfrane. A cette époque il écrivit, dans un journal de Londres, un article dans lequel il relatait les faits dont il était le témoin. « Les anciens, disait-il, avaient formulé le désir qu’une fenêtre fut placée devant le cœur, pour qe l’on put voir cet organe ; or, ajoutait-il, la percussion médiate et les recherches de son auteur ont réalisé un tel vœu. »
de la médecine vétérinaire un talent d'observation et de recherches qu’il serait désirable de rencontrer chez un grand nombre de ceux qui sont appelés à soigner les hommes, M. Leblanc, dis-je, pensa avec raison que le plessimétrisme pouvait, dans la diagnose si difficile des maladies des animaux, avoir une grande utilité. N'ayant probablement pas l'habitude de se servir du placoplesse d'ivoire, et par conséquent éprouvant de la douleur alors qu’il percutait avec les doigts, obtenant en outre par ce procédé un son trop faible pour distinguer les organes que les viscères sains ou malades des chevaux peuvent présenter, M. Leblanc fit des expérimentations avec le marteau de Barry, dont il se servit pour frapper une plaque plessimétrique. Il recouvrit celle-c1 de gomme élastique (Procédé opératoire de la percussion, n° 4), comme M. Scelle-Montdezert la tapissait de baudruche (ihd., n° 3), et comme MM. Faye et Cottereau l’avaient revêtue de liége (+bid., n°4),
217. Percutant plus fort avec le marteau qu’avec le doigt, il éprouva des sensations acoustiques développées. M. Leblanc publia en commun, avec un médecin, une note détaillée sur ce sujet. Ce dernier, soit qu’il crût pouvoir éviter ainsi l'étude longue et difficile du manuel plessimétrique, soit faute d'habitude, soit qu'il pensât réellement obtenir davantage de la percussion à coups de marteau, que du placoplessisme digital ; soit, enfin, qu’il aimât à faire autrement que l'inventeur de la percussion médiate, appliqua à l’homme les travaux de M. Leblanc sur les animaux, et employa le martelet de Barry modifié plus tard par plusieurs médecins étrangers et français.
218. Un petit marteau ordinaire, tel que celui qu’emploient les tapissiers, et dont faisaient usage les bouviers suisses (note du n° 213), marteau dont le manche serait une tige mince, et dont la surface qui doit percuter serait polie et arrondie sur ses bords, remplirait le même but que tous ceux qui ont été proposés. La tête du martelet a été successivement construite en métal sonore, en bois, en ébène, en os, en ivoire, etc.; comme on voulait éviter les sons que ces substances produisaient par elles-mêmes, on les a remplacées par du liége, du caoutchouc; par de petits tampons d’éponge , de crin, d’étoupe ou de substances emplastiques. On a fait fabriquer des marteaux extrêmement petits et de très-volumineux,; à tel point que la tête des uns avait à peine cinq millimètres de dimension, et que les autres présentaient plusieurs cen-
DES CORES QUI SERVENT A PERCUTER. 69 ümètres détendue; leur forme a été en général celle d’un eyindre allongé, dont le diamètre longitudinal était double, triple, quadruple de celui que présentait la largeur. Les extrémités pesantes des marteaux ont, aux yeux de certaines personnes, l’avantage que le poids des substances plus ou moins denses, que lon place souvent dans l’intérieur de ces instruments, produit un choc très-énergique. On a encore donné à la tête du martelet la forme et le poids d’une balle de gros calibre, etc.
219. La tige du marteau percuteur n’a pas moins varié que l’autre partie de cet instrument : on en a fait d’épaisses et matérielles , de solides et résistantes, de minces et presque filiformes ; de très-élastiques et d’inflexibles; on en a confectionné de cylindriques ; des métaux, de l’ivoire ont été employés pour former ces üges, etc. On trouvera chez le très-habile et très-complaisant M. Charrière, un assortiment au au complet de tous les marteaux percuteurs.
220. Ces tentatives nombreuses ont eu au moins l'avantage de faire voir que l'on attache en général à l'art de percuter une extrême importance ; mais, sous le rapport de l'utilité pratique, elles ont bien peu de valeur. Tout au plus la forme élégante de martelets bien tournés, les sculptures délicates dont on les a décorés peuvent donner aux yeux des assistants quelque relief à ceux qui s’en servent avec adresse ; mais le défaut irremédiable de tous les instruments percuteurs proposés et à proposer pour remplacer les doigts, est de ne pas permettre à l'observateur d'apprécier les sensations tactiles que le plessimétrisme donne. Ces marteaux n’indiquent pas exactement les limites des organes, et ils constituent des appareils embarassants et inutiles. On a fait au plessimètre le reproche de constituer un instrument de plus; mais cette plaque de percussion est indispensable, tandis que le marteau percuteur, non-seulement ne sert à rien; mais encore présente l'immense inconvénient de rendre à peu prés nulles les sensations tactiles.
221. Il ne convient donc, en aucune façon, de se servir d’un marteau pour percuter. Un praticien habile obtient avec le doigt un volume de son très-considérable et plus que suffisant pour établir la diagnose. |
299. Les réflexions théoriques qui viennent d’être établies sur l'emploi du marteau percuteur étant susceptibles, comme tout raisonnement, d’argumentations contradictoires, voulant que les faits prononcent sur la valeur de ces instruments d’une manière
absolue, j'ai eu recours, suivant mon habitude, à expérimentation clinique. Une vingtaine de marteaux, proposés par divers auteurs et que M. Charrière voulut bien me confier, furent, lors de mes visites à l'hôpital de la Charité, publiquement essayés. On compara, d’une part, les divers résultats donnés par chacun d’eux, et, de l’autre, les effets du plessimétrisme pratiqué avec les doigts. Or, voici ce que l’on observa : Lorsque l’on se servait des marteaux percuteurs sans médiation du plessimètre, les malades ressentaient une vive douleur et 1l fallait renoncer à cette pratique; quand on frappait avec ces instruments sur un placoplesse en ivoire, le bruit que produisait cette substance était si fort, qu’il rendait très-difficile l’appréeiation exacte des sons propres aux organes sous-jacents. On obtenait en général, par les martelets, un retentissement très-grand, mais les limites des points où le bruit changeait étaient extrêmement difficiles à déterminer. Le plessimétrisme convenablement pratiqué au moyen du doigt donnaît tout autant de son que la percussion à coups de marteau, et permettait de saisir des impressions tactiles que les instruments percuteurs quels qu'ils fussent ne faisaient point apprécier. La plupart des marteaux causaient, même avec la médiation du placoplesse, une douleur plus ou moins vive. Ils ne donnaient aucune notion aphéplessique (tactile), de sorte que lon ne pouvait dire en les employant : st un organe ainsi percuté était dur ou mou; consistant ou liquide ; élastique à tel degré ou solide a tel autre. Le doigt ou les doïgts, au contraire, fussent-ils même recouverts d'un gant, donnaient des indications positives sur toutes ces qualités des corps, etc.
223. I résulte évidemment de ces faits, sur lesquels tous les assistants ont été d'accord, que, dans l'immense majorité des cas, il ne faut pas se servir pour le plessimétrisme d'un marteau, quel qu'il soit, et que le doigt ou les doigts sont, pour pratiquer cette opération, préférables à tous les autres instruments de percussion.
294. Cependant, si l’on n'avait pas habitué sa main à frapper sur livoire, st le défaut d'habileté était cause que le choc dont il s’agit causât de la douleur à l'explorateur comme au malade, s’il y avait de utilité à très-fortement percuter, si lon voulait enfin faire vibrer au loin et dans une large surface les parties explorées, on pourrait, à la rigueur, se servir d’un marteau percuteur. L'usage de celui-ci, pour les gens inexpérimentés, serait encore plus pardonnable que loubli du plessimétrisme et de Pauscultation, dont trop de médecins se rendent coupables.