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OBSERVATIONS PRATIQUES ; SANG ÉPANCHÉ

382. Lorsque les couches superficielles du derme seront saines, tandis que dans la profondeur de celui-e1 1l y aura des indurations, des kystes, etc.; évidemment on trouvera par la percussion superficielle, et en déprimant faiblement la peau avec le plessimètre, des sensations semblables à celle que donne le tégument normal (n° 373), tandis qu’en appuyant davantage la plaque d’ivoire et en percutant plus profondément on obtiendra des sensations tactiles et acoustiques qui correspondront à la structure de la partie malade. Ces dernières considérations sont entièrement applicables aux caractères de diagnose plessimétrique que peuvent présenter les productions variées situées dans les tissus sous-jacents à la peau saine.

S 5. Applications pratiques du plessimétrisme au sang épanché dans les contusions et aux abcès. — Faits remarquables.

383. Les applications à la pratique des faits précédents sont aussi nombreuses qu'importantes; je ne puis indiquer ici que quelques-unes d’entre elles.

384. Lorsqu’à la suite d’une contusion le sang échappé d’un vaisseau rompu s’est répandu en des proportions assez faibles pour que la fluctuation ne puisse être saisie, et lorsqu'une ecchymose n’est pas apparente, le son et le tact hydriques font reconnaître l’hémorrhagie hypodermique et permettent d’en fixer l’étendue.

385. S'il arrive, qu'à la suite d’une phlegmasie, du pus commence à se former dans un engorgement ; tout d’abord que ce phénomène a lieu on constate sur le point suppuré et seulement dans l’étendue de ce même point, une matité absolue (hydrique) qu’il est facile de circonscrire et de distinguer des sons et du tact que donnent les parties d’alentour. De ce fait important résulte la possibilité de pratiquer, dès le principe de la pyogénie (1), une incision dans la partie abcédée (comme je l’ai fait si souvent et avec un succès constant), et, par exemple, de faire dans les seins enflammés à la suite des couches, autant de petites ponctions que l’on trouve de points ou la matité hydrique était évidente.

(1) Voyez pour ce mot l’article Pyogénie du Dictionnaire des sciences médicales, 1819.

386. Quand un abcès vient à se former sous la peau, et même dans la profondeur d’un membre, ce même caractère hydrique obtenu par le plessimétrisme profondément pratiqué, permet de reconnaître la formation et l’accumulation du pus. De là une ouverture prompte et utile de la poche pyoïque, ouverture qui peut prévenir d’affreux désordres lesquels sont souvent les conséquences du retard apporté à cette ouverture. Que de fois à l’hô- .pital de la Pitié, à la Charité, à l’'Hôtel-Dieu, dans ma pratique particulière, n’ai-je pas vu des faits de ce genre !

387. Tantôt à la Pitié 1l s’est agi d’une femme atteinte d’une . pyoïe fémorale très-profondément placée, et qui ne donnait pas lieu à la fluctuation, l’abcès fut reconnu au moyen de la matité hydrique; il contenait de telles proportions de pus, qu’il s’en écoula après l’incision deux pleines bassines. La malade fut promptement guérie.

388. Ailleurs il est arrivé que chez M. BI... un abcès énorme consécutif à une rachisophymie s’était formé dans l’hypochondre gauche; un chirurgien aussi instruit qu'habile, n’avait pas cependant reconnu la présence du pus, et avait prescrit l’application d’un cautère sur la partie engorgée. Les sensations plessimétriques à caractère hydrique ne me permirent pas d’hésiter ; un trois-quarts plongé dans la masse malade livra issue à plus d’un litre de pus; le lavage de la poche purulente avec des injections aqueuses, puis l’introduction matin et soir de la teinture d’iode iodurée au tiers firent obtenir la curation de l’abcès, tandis que le phosphate de chaux et l’iodure de potassium donnés intérieurement remédièrent assez promptement à la rachisophymie. Huit ans plus tard (l’année dernière), M. BL... a éprouvé une rechute du même mal et le même traitement a amené le même résultat.

389. Tout récemment, M. le docteur Gauthier, mon ancien élève et excellent ami, a obtenu ainsi que moi un succès semblable au faubourg Saint-Antoine, chez une dame que l’on disait être atteinte d’une affection rhumatismale, et qui portait cependant un vaste abcès périnéphrique reconnu par le son et le tact hydriques, abcès dont la limitation plessimétrique fut faite, avant, pendant et après l’opération, avec une exactitude parfaite ; la guérison de cette malade fut prompte, etc. |

$S 6. Fistules purulentes.

390. Mais ce sont surtout les fistules purulentes qui se fraient une route dans le tissu cellulaire sous-cutané où même profond, que les sensations hydriques permettent de suivre dans les trajets sinueux que parcourt le pus. Ces caractères plessimétriques donnent les moyens de limiter avec une grande utilité pour le malade les points où le liquide pyoïque se trouve contenu de ceux où il n'existe pas. De là des indications positives pour l’opérateur, de faire des incisions, des contre-ouvertures sur telle ou telle partie, bien que ce liquide n’y soit pas accumulé en assez grande quantité pour que la fluctuation sy manifeste.

391. Un malade de la salle Saint-Charles (hôpital de la Charité), était atteint de rachisophymie. La tumeur formée par la tuméfaction des vertèbres lombaires avait été plessimétriquement circonscrite avec un soin extrême. Voici que les jours suivants on constata à droite de celle-ci une maté hydrique ; peu à peu, en deux semaines, on suivit au moyen de l’acou et de lPaphéplessisme hydrique le trajet que le pus avait parcouru d’abord le long de la erète iliaque, puis sous le ligament de Fallope, et enfin, à l’aine, du même côté, où 1l donna lieu à un abcès dont l’ouverture livra issue à une énorme proportion de liquide,

392. Une femme de la salle Saint-Bernard, n°8, à l’Hôtel-Dieu (avril 1863), fut atteinte, à la suite de ses couches, d’une ethmopyoïe de la fosse iliaque, affection que l’on avait prise d’abord pour une péritonite ; le plessimétrisme permit de circonserire et de dessiner l’abcès qui fut ponctionné et traité par les injections alco-iodiques avec le plus grand succès, mais les jours suivants on put encore dessiner et circonserire un espace mat situé der-rière l’os des iles et qui, large de trois centimètres, s’étendait derrière la fesse. Là se manifestaient des sensations hydriques évidentes. Une ouverture se fit spontanément à l'intestin et le liquide purulent s’échappa d’abord par le rectum, puis 1l cessa de couler par cette voie. Bientôt la matté hydrique se déclara en dehors de los iliaque, et on put la suivre jusque dans la région trochantérienne. Quand le pus se fut accumulé, on lui livra issue par une ponction, puis on injecta plusieurs jours de suite, d’abord de l’eau destinée à produire un utile lavage, puis immédiatement après, de la teinture d’iode iodurée au liers, et cela dans l’intention de

tarir la source du pus. Cette femme qui, réduite à une maigreur extrême, paraissait devoir périr, se rétablit promptement et reprit l’apparence de la plus parfaite santé, seulement une fistule à l'anus se manifesta, et je l’adressai à M. le professeur Jobert qui. voulut bien la prendre dans son service,

393. Un fait à peu près semblable a eu lieu au n° 18 de là salle Saint-Bernard, et les sensations tactiles et acoustiques données par le plessimétrisme permirent de reconnaitre non-seulement un abcès au niveau de la fosse iliaque gauche, mais encore des trajets fistuleux qui se développèrent en dehors de l'os des iles ; ces trajets furent ponctionnés avec succès au niveau des points * déclives où la matté propre aux liquides fut reconnue.

394. Je pourrais joindre à ces faits un grand nombre d’autres, qui, du reste, n’en seraient qu'une inutile répétition, Le dessin que voiei a été fait par M. Gouel, élève très-studieux du service, et cela d’après le tracé linéaire indiqué par le plessimétrisme dans un cas analogue aux précédents el recueilli salle Saint- Bernard, n° 27. |

. Matité hydrique de Fabcès.

. Trajet fistuleux et malité hypohydrique.

{Figure 10.)

395. Le fait suivant vient d’être recueilli par M. C. Miot, élève instruit et laborieux, lequel a dessiné avec une exactitude scrupuleuse la figure 11 représentée ci-contre. Bien entendu que pour abréger je ne cite de cette observation que ce qui a rapport aux applications du plessimétrisme, à la diagnose des abcès. C’est ici M. Miot qui parle.

«Une femme de 23 ans, légèrement hydrémique, a eu plusieurs accouchements laborieux, le. dernier date de plus d’un an. Au mois de mai 1865, après avoir pris un bain froid, elle fut atteinte d’une laryngite, et le lendemain les règles s’arrêtèrent. Le 19 juin, cette femme entra dans le service de M. Piorry, salle Saint- Bernard n° 11. Elle se plaignait de douleurs très-vives dans le bas-ventre et particulièrement vers la région cœcale. On recon- nut tout d’abord un engorgement dans la fosse iliaque droite (n° 2 de la figure 11), vers les ligaments larges. Le plessimétrisme pratiqué sur ce point y fit constater, dans la largeur de 2 à 3 centimètres, une matité malaxique qui s’étendait le long du rebord de l’os des iles. Cette matité existait profondément, et l’on admit en conséquence l’existence d’une pyoïte encore au début, ayant pour siége le tissu cellulaire situé dans la fosse iliaque en dehors du péritoine. Malgré des évacuations sanguines, le mal continua, et les jours suivants une douleur très-vive se déclara en arrière. Alors on fit coucher la malade sur le-ventre; et la colonne vertébrale reconnaissable au son sclérosique sec (n° 4 de la figure 11) qu’elle donnait, fut limitée et dessinée avec soin. En pereutant ensuite sur le côté droit du rachis, jusqu’au sacrum et à la crête 1llaque, on trouva une matité très-marquée dont ie pourtour fut nettement indiqué par le dessin (n° 3 de la figure suivante). M. Piorry examina alors plessimétriquement les téguments qui recouvrent la fosse iliaque externe droite, et il devint évident pour tous que dans un trajet légèrement oblique en bas vers le bassin, au-dessous de l'os, on obtenait dans la largeur de % centimètres sur 8 d’étendue un son malaxique et même légèrement hydrique qui démontrait sur ce point l’existence d’un trajet fistuleux (n° 4 de la figure 411), que M. Piorry annonça devoir s’ouvrir prochainement dans le rectum ou dans le vagin. Or le toucher de cette partie fit alors reconnaître la présence d’une tumeur molle, allongée et située en arrière au devant du sacrum, laquelle n’était autre que le rectum soulevé par une extension de lPabcès. Le lendemain une énorme proportion de pus fut rendue

PLESSIMÉTRISME DES ABCÈS ET DES FISTULES. 137 par le vagin, et les douleurs de la malade furent un instant calmées. Chose remarquable, sur les points où avait existé la matité hydrique (n° 4 de la figure 11), la fosse iliaque droite donna alors un son hypergazique très-manifeste; et, sur le côté latéral droit de la région lombaire, on ne retrouva plus de matité. Dans la journée, la malade rendit abondamment des gaz par le vagin, et le lendemain la sonorité de la fosse iliaque ne se retrouva plus (1).

(Figure 11.)

1,1, 1. Matité de la colonne vertébrale.

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