PERCUSSION DES MUSCLES A L'ÉTAT DE I AXITÉ
S 2. Plessimétrisme, ou percussion médialisée des muscles à l'état de laxité. :
423. Les muscles, alors qu’ils sont dans un état de laxité, viennent-ils à être médiatement percutés ? L’expérimentateur: éprouve des sensations malaxiques réunies encore cependant à un sentiment d’élasticité et même à une sorte de sonorité, bien moins marquée du reste que celles auxquelles donne lieu le plessimétrisme des gaz. Pour se convaincre de ce fait, 1l suffit de convenablement percuter sur la plaque d'ivoire la cuisse ou le mollet alors qu’ils sont dans le repos; les organes musculaires ne produisent pas dans ce cas la simple impression d’un corps mou, mais bien celle d’une substance flexible qui semble rendre au doigt une partie du mouvement que le choc lui a communiqué. On ne conçoit pas comment des hommes d’un vrai mérite, mais qui n’ont qu'incomplétement expérimenté la percussion médiate, ont pu croire et dire qu’il n’y ait dans les solides qu’un seul caractère de matité!.. Ce caractère varie de nuances à linfini, et est aussi différent dans les diverses parties percutées que la structure des organes qui ne sont ni gazeux ni solides est elle-même dissemblable.
424. Pour bien juger des sensations tactiles ou acoustiqués qui sont produites lors du plessimétrisme des muscles à l’état de laxité, il faut éviter de percuter dans la direction d’un organe contenant des liquides, des gaz, et surtout des os; et, par exemple, à la cuisse, c’est plutôt à la partie interne de cette partie que sur Paxe du membre qu’il convient de pratiquer la percussion médiatüisée ; si l’on ne prend pas cette précaution, le son et la sensation que l’on obtiendra ne seront pas ceux qui sont propres exclusivement aux muscles, mais ils seront des composés : d’une part, des caractères acou et aphéplessiques propres aux chairs musculaires, et de l’autre, de ceux qui sont produits par les os, les viscères contenant des liquides, des gaz, etc. Cependant, si l’on maintient très-exactement le plessimètre et si l’on ne déprime que faiblement, tandis que, percutant superficiellement et obliquement, on évite de frapper dans la direction des organes profonds, l’on obtient très-distinctement et presque exclusivement les sons et les sensations tactiles propres aux masses charnues.
8 3. Exploration des organes situés profondément sous les muscles.
425. Lorsque l’on veut apprécier par les sons ou les sensations tactiles l’état d’os, de cartilages, d’articulations ou de tout organe profondément placés au-dessous de muscles, il faut presser trèsfortement sur le plessimètre de façon à déprimer ces muscles, à les condenser au-dessous de la plaque d'ivoire, et percuter ensuite; c’est ainsi que l’on parvient à déterminer avec exactitude la disposition anatomique des organes situés dans la profondeur du corps ou des membres.
426. N'oublions pas surtout que, lors de exploration des viscères abdominaux , 1l faut bien faire attention à l’état de contraction ou de relâchement des parois qui les entourent; car, s’il arrive que les parois charnues soient en action, elles forment une enveloppe très-dure qui, donnant lieu à des sensations plesso-sclérosiques parfois limitées à des espaces déterminés, pourraient en imposer pour certains états pathologiques que l’on supposerait à Lort exister dans les organes profondément placés.
S 4. Plessimétrisme des muscles contractés.
427. Le plessimétrisme des muscles contractés donne lieu à des sensations aphéiques et acousiques bien différentes de celles qui se manifestent lors du placoplessisme de ces organes alors qu'ils sont à l’état de laxité. Lors de la contraction musculaire, l’aphé et l’acouplessisme sont éminemment accompagnés d’un caractère sclérosique d'autant plus prononcé, que cette contraction est plus forte. Quelquefois même, l’induration est portée à ce point qu’il y a dans la sensation acouplessique un timbre de sécheresse qui se rapproche assez de la consonnance donnée par des os compacts.
8 5. Applications du plessimétrisme des muscles à la pathologie et à la pratique.
428. À quelles causes faut-il rapporter le degré assez marqué de sonorité et d’élasticité que présentent les muscles lors du plessimétrisme ? Comment se fait-il qu’en comparant la matité du foie aux sensations placoplessiques propres aux muscles, on trouve que la glande hépatique donne un son et une sensation tactiles qui se rapprochent un peu de ceux que produisent les liquides percutés;
tandis que les fibres musculaires retentissent davantage à l'oreille et rendent au doigt une grande partie du mouvement qui leur est imprimé? Après m'être posé longtemps cette question, l’explicaton du fait m'a paru assez facile à donner : le foie contient beaucoup plus de sang que les muscles, et les éléments composant ceux-ci renfermant peu de liquides, étant d’ailleurs disposés en fibres allongées et solides, doivent vibrer mieux que ne le font les granulations qui entrent dans la glande chargée de la sécrétion biliaire.
429. Quoi qu'il en soit de cette manière de se rendre compte des faits, 1l n’en est pas moins évident que les muscles présentent au placoplessisme un degré marqué d’élasticité et de sonorité. En pratique, un très-grand parti peut être tiré de cette observation.
430. Lorsque dans l’étendue d’un muscle à l’état de laxité et donnant, en conséquence , les sensations acou et aphéplessiques qui lui sont propres, on trouve des points sur lesquels on rencontre le tact et le son hydriques, on doit admettre que sur ce lieu il y a des liquides accumulés. On peut facilement avoir la preuve que cette induction est juste en percutant lartère crurale recouverte par les muscles de la cuisse. Sur tout le trajet du vaisseau, depuis l’aîne jusqu’au jarret, on obtient par le plessimétrisme une matité très-appréciable et dépourvue d’élasticité; tandis que latéralement à ces points, les caractères plessimétriques propres aux fibres charnues se dessinent nettement. Je reviendrai sur ce sujet lorsque je traiterai de la limitation plessimétrique des artères d’un certain volume.
431. Aïlleurs, lorsque des abcès circonscrits existent entre les muscles ou à l’entour d’un os, on parvient (ainsi qu'il a été dit au n° 386 et suiv.) à déterminer exactement la présence, le siége et l'étendue de tels abcès par les sensations hydriques observées sur le lieu où ils existent, tandis qu’à l’entour on ne trouve que lés caractères plessiques propres aux muscles. Sagit-1l d’une énorme proportion de pus pénétrant toute la profondeur d’un membre (phlegmon diffus), le son et le act hyperhydriques se prononceront partout où l’infiltration existera. Lorsque sur des régions musculeuses une contusion vient d’être faite ou lorsque des fibres charnues sont rompues, le son et le tact hydriques démontrent que du sang est accumulé dans les points où on les obtient, tandis qu’à l’entour, le placoplessisme indique la présence de muscles et d’un tissu cellulaire sains,
432. L’étude du plessimétrisme des muscles conduit encore à celte règle de percussion qu’il ne faut jamais oublier, et par conséquent que l’on ne peut jamais assez répéter, c’est que dans tous les cas où l’on veut apprécier par la percussion médiatisée l’état d'os , de cartilages, de viscères quelconques situés au-dessous de couches musculaires, celles-ci doivent être mises dans le relâchement absolu, et le malade doit être placé de telle sorte que les fibres musculaires ne se contractent pas.
433. À mesure qu’un muscle s’atrophie, se ramollit, il donne de plus en plus au placoplessisme des sensations malaxiques ; 1l doit en arriver surtout ainsi alors qu’il est atteint de la transformation graisseuse. C’est théoriquement et non pratiquement que J'admets cette dernière proposition ; mais quant aux sensations plessomalaxiques, elles sont d'autant plus marquées que les fibres ‘charnues sont hypotrophiées davantage, il suffit pour s’assurer de ce fait, de percuter les cuisses d’un homme récemment atteint de fièvre grave, et de renouveler cette percussion les jours suivants, lorsque, par suite du mal, il survient une exténuation de plus en plus marquée et d'observer les changements qui ont lieu dans les sons que donnent les masses musculaires. En somme, par le degré de sensation malaxique que donnent les muscles, on peut juger jusqu’à un certain point de l’hypertrophie et de Phypotrophie myosique du malade.
434. Par contre, on apprécie l'intensité à laquelle est portée la contraction pathologique d’un muscle par le degré des sensations sclérosiques auxquelles il donne lieu lors du placoplessisme.
433. Lors des contractures, suites d’une affection de l’encéphale ou d’une lésion de la moelle rachidienne, la matité sclérosique est excessivement développée dans les muscles malades, el il en est ainsi dans le létanos. On peut utiliser ce fait en diagnose, et par exemple lorsque, dans la profondeur de la cuisse, des muscles sont contractés, tandis que ceux qui les entourent sont dans le relâchement, il est certain que l’on pourrait parvenir, en déprimant ceux-ci, à reconnaître l’état des premiers.
436. Lorsqu'il n'existe qu’un léger trismus, alors que le masseter n’est pas contracturé, il se peut faire que le ptérigoïdien . externe soil le siége du mal. Dans ce cas, il n’est pas douteux qu’en percutant la branche montante de l’os maxillaire , il serait possible, à travers cette apophyse, de reconnaître, par une sensation sclérosique très-prononcée , l'organe auquel serait dû le
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resserrement des mâchoires (1), S'il arrivait qu’un muscle traversât une tumeur molle, on constaterait ce fait au moyen du plessimétrisme qui, lorsque l’on provoquerait la contraction de ce même muscle, donnerait lieu, par l’acou et laphéplessisme, à une dureté très-marquée, laquelle se manifesterait sur les points éorrespondants à ceux où siégeraient les fibres musculaires.
437. Dans les fractures et dans les luxations, certains muscles, profondément placés, se contractent avec énergie et occasionnent des déplacements. En déterminant , au moyen des sensations plesso-sclérosiques, leur état de densité, leur siége et leur forme, il serait peut-être possible d’en déduire quelques considérations utiles relativement à la pathologie et au traitement des affections dont 1l s’agit.
438. Remarquons encore que l’on peut juger de la paralysie complète ou de la désorganisation absolue d’un muscle par cela même qu'il ne peut ni se durcir ni donner au plessimétrisme des sons et un tact sclérosiques.