Récemment encore, une vieille femme syphiosémique et
hypémique au plus haut degré, et qui était atteinte de syphiosidermie chronique, présentait à la partie moyenne et antérieure de l’un des tibias, une saillie de plus d’un centimètre et dont l’étendue était de près de trois centimètres de largeur, sur plus de quatre centimètres en longueur. De vives douleurs y avaient lieu chaque nuit. En cinq jours, sous l’influence de l’administration du
phosphate de chaux porphyrisé, du protoiodure d’hydrargyre et de liodure de potassium, la tumeur s’affaissa d’abord, puis disparut complétement. Avant l’emploi du sel calcaire, le son et le tact de la tumeur donnaient au plessimétrisme les sensations malaxiques ; trois jours plus tard les résultats de la médio-percussion étaient les mêmes sur les points malades que sur les autres régions de la face antérieure du tibia. Cependant, la syphiosémie était bien loin d’être détruite, car les syphiosidermies persistèrent encore pendant plusieurs semaines, circonstance qui porte à croire que l'extrême rapidité avec laquelle l’exostose se dissipa était due à l’action du phosphate de chaux et non pas à celle du mercure ou de liode.
413. Que si l’on voulait rapporter au traitement dit antisyphihtique la guérison si prompte d’une exostose , je répondrais que dans des cas très-nombreux ou j'ai vu les affections des os se dissiper sous l’influence des mercuriaux et de l’iodure de potassium, cet heureux résultat n’a été obtenu qu’avec lenteur, tandis que dans l’observation précédente la curation a été extrêmement rapide.
474. J'ai recueilli d’ailleurs beaucoup d’autres faits dans lesquels Padministration du phosphate de chaux, alors que l'on ne faisait prendre au malade ni mercure ni iodure de potassium ont décidé la question, puisqu'il s'agissait d’exostoses ou d’intumescence des os qui ont promptement cédé à l’emploi du phosphate de chaux porphyrisé. Plus tard, à l’occasion du plessimétrisme de la moelle rachidienne, ou plutôt du rachis, de ses articulations et des parties qui l’entourent, je parlerai d’une multitude de faits qui constatent l'efficacité étonnamment rapide de ce sel dans les ramolissements des os. Il est vrai qu’un médecin, bien connu par son extrême légèreté, n’a pas craint de dire en plein amphithéâtre et devant un auditoire qui ne fera jamais défaut à qui raconte des anecdotes avec un talent oratoire remarquable, qu’il était absurde de donner aux malades du phosphate de chaux; mais de telles paroles, dénuées de toute espèce de fondement, mont aucune importance et ne prouvent qu’une chose, c’est que ceux qui les disent n’ont en aucune façon étudié le sujet dont ils parlent ainsi.
475. Un corps étranger est-il engagé dans des os, si sa texture, ses éléments composans sont différents de ceux de ces organes, il donnera lieu, par la médio-percussion, à un tact et à un son
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d'autant plus dissemblables de ceux que ces mêmes organes produisent, que les différences dont il s’agit seront plus tranchées. Lorsque Garibaldi reçut dans le pied le coup de feu dont on a tant parlé, et que l’on était dans l'incertitude sur la question de savoir où la balle se trouvait placée, ma première pensée fut que, à travers la malléole, le tarse, le tibia, etc., on parviendrait facilement, au moyen du ET ne à Re tinaite le lieu précis où ae se serait logée; l'extrême matité du plomb, me disais-je, permettrait à coup sûr de déterminer le siége, la forme du corps étranger, el l’on pourrait ainsi être ie au grand patriote italien. J'aurais peut-être pense à faire le voyage d'Italie, lorsque je lus dans les journaux qu'un autre médecin avait pris les devants. Redoutant que l’on m’accusât de rechercher une popularité qui n’est pas de mon goût, je ne donnai aucune suite à cette idée. Bientôt on sut que la visite à Garibaldi n’avait été faite que sur le papier; mais je n’eus pas à regretter que les choses se fussent passées de cette façon, car j'appris que mon honorable collègue, M. le professeur Nélaton, appelé pour soigner le blessé, avait constaté, au moyen des sons obtenus par la percussion, quel était le siége et la nature du corps étranger. Certes, ce cas si intéressant n’est pas le seul de ce genre où le plessimétrisme pourrait être avantageux; mais Comme je n'ai pas recueilh d’observalions sur ce sujet, je laisse au temps et à la science le soin de déterminer quel peut être le degré d'utilité de la médio-percussion dans la diagnose des corps étrangers qui auraient pénétré dans les os. 416. Les tumeurs des os étant en général de même nature que celles qui se développent dans d’autres parties du corps, il en résulle que les considérations déjà établies sur la diagnose plessimétrique de ces dernières, sont applicables aux célies osseuses. 471. Les tuméfactions phlegmasiques des os ou du périoste produiront ordinairement, par la percussion, un son et un tact moins secs et plus malaxiques que les parties saines de ces organes; s’il s’y dépose du pus ou d’autres liquides, les points où ce dépôt aura liëu donneront naissance par le plessimétrisme à une matité hydrique qui contrastera avec la dureté et la sécheresse des régions compactes d’alentour ; les gonflements articulaires , dits tumeurs blanches, fourniront par le plessimétrisme des sensations plus ou moins sclérosiques, ou malaxiques, ou même hydriques, suivant que la proportion des éléments calcaires, des tissus organisés, des liquides séreux ou pyoïques y seront plus abondants. Certes,
le squirrhe de l’os sera plus dur que lencéphaloïde ramolli, et les sons auxquels ces productions morbides donneront naissance, devront avoir un autre timbre que ceux qui seront produits par les lésions auxquelles on a donné si singulièrement le nom de gommes. Je n’entrerai pas dans plus de détails sur le plessimétrisme des tumeurs des os, parce que je n’ai pas eu l’occasion de recueillir assez de faits sur ce sujet.
418. Il n’en est pas ainsi de l’étude de la médio-percussion appliquée à la diagnose de l’état des synoviales inter-articulaires. Dans l’arthrite produite par une cause accidentelle, dans Phémitarthrite, dans l’hydarthrose (hydrarthrie), il est souvent fort difficile de décider par les méthodes ordinaires d’exploration si les jointures contiennent ou non des liquides; il faut que la sérosité ou le pus soient déposés, en très-grande proportion, dans le genou ou dans l'articulation tibio-tarsienne, pour que l’on puisse y saisir 1° fluctuation ; la tuméfaction des extrémités osseuses ou des parties molles en impose trop souvent pour la présence de liquides dans les synoviales. Le choc de la rotule contre les cartilages du fémur et du tibia, moyen précieux de diagnose, ne, peut être produit que dans les cas où une grande proportion de liquide est contenu dans la jointure ; à la suite d’une contusion, du sang peut y être épanché et la tuméfaction extérieure ne permet pas de s’assurer alors de sa présence, etc.; or, dans tous les cas précédents, le plessimétrisme organographique permet de: dessiner, dans les grandes jointures des membres, les lignes qui correspondent aux limites des os, des parties molles et des liquides contenus dans les jointures. | |
479. Prenant pour exemple l'articulation tibio-fémorale (car il ne serait pas possible de tracer la manière de s’y prendre pour explorer plessimétriquement toutes les jointures), voici comment on procédera à son exploration au moyen de la percussion médiaüisée. D'abord on percute la rotule, en dirigeant successivement la plaque d'ivoire dans le trajet de deux lignes qui se. croisent perpendiculairement au centre de l'os, et rien n’est facile comme de trouver les points où cet os: cesse de correspondre’et ceux où lon rencontre les parties molles oule liquide: qui l’entoure; le son, le tact sclérosiques s’obtiendront tant que la rotule se trouvera au-dessous de l'instrument; le caractère hydrique ou malaxi. que se prononcera tout aussitôt que la percussion s’opérera au niveau, soit des liquides accumulés dans la synoviale, soit des par-
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ties molles au-dessous desquelles, en appliquant fortement le plessimètre et en percutant profondément, on constate, au moyen . d’un son et d’un tact sclérosiques, la présence des condyles du fémur et de l’extrémité supérieure du tibia. Or, s’il s’agit d’une collection de liquides dans la synoviale, en suivant toujours les lignes précédentes par delà la rotule, l’aphé et l’acouplessisme permettent de trouver sur le lieu où existe lépanchement, une matité hydrique des plus prononcées, qui, lors que lon arrive à pratiquer le plessimétrisme sur les muscles, est remplacée brusquement par le caractère malaxique propre à ces organes ; en limitant et en indiquant ensuite avec le crayon tous les points où cette succession de sensations tactiles et acoustiques a lieu, on obtient un dessin parfaitement exact de la forme, de l'étendue et de l'épaisseur de la collection de liquides; on se fait même alors une juste idée des proportions dans lesquelles il est accumulé, et en renouvelant ces recherches plusieurs jours de suite, on constate si l’épanchement continue d’avoir lieu, sil augmente ou sil décroît, et de cette façon on parvient aussi à apprécier l'influence des moyens hygiéniques, chirurgicaux ou pharmaceutiques que l’on met en usage pour s’opposer au mal.
CONSIDÉRATIONS SOMMAIRES SUR L'ORDRE A SUIVRE DANS L'ÉTUDE PLESSIMÉTRIQUE DES VISCÈRES.
480. Les études plessimétriques précédentes ont été dirigées vers des parties de l’organisation qui, jusqu’à ces derniers temps, avaient à peine attiré l'attention des praticiens. La plupart de celles qui vont suivre sont en rapport avec des organes profonds, avec des viscères sur lesquels des recherches de médiopercussion sans nombre se sont succédé depuis quarante ans, soit dans les amphithéâtres, soit sur les malades (1), et tel est immense avantage des faits physiques de diagnose anatomique et des indications à en türer, qu'ils n’ont pas varié et qu’ils sont vrais aujourd'hui comme ils le seront à jamais, tandis
(1) Traité de la percussion médiate, 1826; Procédé opératoire de la percussion, 1833 et 35; Traité de diagnostic, 1837; Traité de médecine pratique, de 1840 à 1850; Atlas de plessimétrisme, 1854; innombrables observations ou communications à l’Académie, etc.
que les conceptions systématiques qui reposent sur une symptomatologie douteuse se sont reproduites de mille façons depuis ces travaux et se reproduiront sous les formes les plus diverses dans les années qui suivront le temps où nous sommes. Je viens de relire les écrits où j'ai tracé depuis 1827 les résultats et les règles pratiques de plessimétrisme, et je n’ai trouvé d’autres modifications à y apporter : que des additions en rapport avec des découvertes, des applications nouvelles, ou d’un ordre différent dans leur exposition. |
481. Au lieu de commencer, par exemple, l'étude des organes profonds par les poumons, comme je l'avais fait dans les ouvrages précédents, j'ai dû m'occuper d’abord de la percussion et de la limitation du foie, En voici la raison. Le plessimétrisme du cœur, des gros vaisseaux, de l’estomac, des intestins et de l’abdomen, celui des poumons et des plèvres exigent avant tout que l’on ait percuté, limité et dessiné avec exactitude l’organe hépatique; il est donc préférable de s’occuper d’abord des règles auxquelles il convient de se conformer pour apprécier plessimétriquement l’état de ce même organe, avant de parler de la médio-percussion des autres viscères. D'ailleurs, le plessimétrisme du foie est moins compliqué et plus facile que celui des appareils inspirateurs et circulatoires ; je vais donc traiter, tout d’abord, de la glande bilaire considérée au point de vue de la percussion médialisée.