I. GÉNÉRALITÉS SUR LES DOSAGES POLARI MÉTRIQUES
155. Formules générales. — Nous avons déjà indiqué au paragraphe 109 le principe du dosage polarimétrique d'un corps dont on connaît le pouvoir rotatoire spécifique [a]. Si une certaine solution de ce corps, examinée dans un tube de longueur l décimètres, donne une rotation, a, la concentration de la solution, c'est-à-dire la masse de corps actif par centimètre cube, est :
Si l'on a préparé la dissolution en dissolvant unemasseMd'un mélange solide ou liquide dans un volume total V de solution, le titre du mélange. c'est-à-dire la masse de substance active qu'en, contient I gramme, est
[a]MZ
Si l'on désire obtenir la concentration C pour lOO cm^ de solution ou le titre X pour lOO g du mélange, il faut multiplier par 100 lés expressions précédentes : •
[a]Z ' [a]MZ.'
Enfin, si la masse dissoute M contient plusieurs substances actives, de pouvoirs rotatoircs spécifiques [ai], Mv"-» la mesure de la rotation a fournit, entre les titres X,, Y... pour 100 de ces substances, la relation :
« = i^(Mxt[«.]Y+..:)
Ces formules supposent que les corps à doser suivent exactement la. loi de Biot ; nous indiquerons plus loin comment on peut, par des formules de correction, tenir compte des faibles variations du pouvoir, rotatoire ' spécifique avec la concentration que présentent des corps comme le sacch^irose ou le glucose. Lorsque les variations sont plus, grandes, on peut utiliser aux calculs des formules empiriques analogues à celles dû paragra-
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phe m; si par exemple, dans l'intervalle de concentration qui correspond aux mesures courantes, le pouvoir rotatoire spécifique est donné par une formule :
[cl] = a -{■ b c,
la rotation observée sous une longueur l est :
OL = a l c -{- b l c^, et on a :
al -\- \' a^l'^ + 4 bla - « + v' «M- 4 b ol/I
Si le coefficient b n'est pas trop grand, on obtient, par un développement en série, la formule :
— ^ ^ A f^\ ^ al a^\lj
Des formules de ces types ont été données par Landolt pour le camphre et la nicotine [568]; on peut aussi, comme l'a fait Popovici pour la nicotine [573], dresser à l'avance un tableau de correspondance entre les valeurs de a et celles de c.
156. Emplois des dosages polarimétriques. — Les dosages polarimé- . triques sont extrêmement rapides, n'exigent pas de manipulations chimiques compliquées, ne détruisent pas la matière dosée : Aussi les emploiet-on toujours pour reconnaître la pureté d'une substance active quelconque, et les a-t-on proposés pour le dosage dans les produits complexes naturels ou industriels d'un très grand nombre de substances actives, parmi lesquelles nous pouvons citer, en dehors des sucres, le camphre [567, 568], les alcaloïdes du quinquina [569 à 571], la cocaïne [572], la nicotine [568, 573], les pyroxyles [574], V amidon [575].
Le dosage précis n'est pas possible lorsqu'il s'agit de corps mal définis : pour V amidon, par exemple, le pouvoir rotatoire spécifique varie d'un échantillon à l'autre, et les différents auteurs donnent des formules dont les coefficients diffèrent assez notablement. Les dosages polarimétriques n^ont alors qu'une valeur d'indication; ils donnent pourtant des résultats intéressants lorsqu'on opère toujours dans les mômes conditions et qu'on compare une série de dosages relatifs à la même espèce d'amidon, par exemple une série de dosages de l'amidon dans la farine ou de l'amidon dans les pommes de terre. D'autre part, il est évident que le dosage polarimétriquc me fournit aucun renseignement intéressant lorsque la substance active est susceptible d'être partiellement raeémisée, comme c'est le cas pour le camphre artificiel.
Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les produits naturels contiennent souvent un mélange de plus de deux substances actives, de sorte que l'analyse polarimétrique ne fournit pas un nombre d'équations suffisant pour' déterminer les titres par rapport à ces diverses substances. C'est ce qui se produit, par exemple, pour les alcaloïdes du quinquina : il faut alors nécessairement commencer par une analyse chimique conduite suivant les méthodes ordinaires; le dosage polarimétrique n'en est pas moins précieux pour contrôler les résultats de l'analyse chimique et vérifier la pureté des alcaloïdes qu'elle a permis de séparer.
Les mesures polarimétriques sont d'ailleurs toujours extrêmement utiles, parce qu'elles permettent de suivre constamment les fractionnements effectués et les réactions chimiques réalisées. C'est ainsi que Vèzes et Dupont [576] ont montré qu'elles permettent facilement de reconnaître la plupart "des fraudes de l'essence .de térébenthine française, en séparant par distillation l'essence en cinq fractions d'égal volume : la présence d'adultérants volatils abaisse notablement le pouvoir rotatoire de la fraction de tête, celle d'adultérants non volatils celui de la fraction de queue,' et des formules empiriques permettent d'évaluer la proportion d'adultérants d'après les différences entre ces pouvoirs rotatoirès et celui de la fraction de coeur. C'est ainsi que les mesures des rotations des sucres des végétaux, et de leurs variations au cours de l'action de différents ferments, ont permis à Bourquelot [577] de réaliser un ensemble de. travaux extrêmement importants sur les glucosides, et d'isoler un grand nombre de porps nouveaux : les mesures polarimétriques fournissent, dans l'étude du produit naturel, des ordres de grandeur qui suffisent à caractériser l'existence du gliicoside, et servent de guide au cours des réactions biochimiques destinées à l'isoler, puis à en effectuer la synthèse.
Les quelques indications que nous venons de donner suffisent à montrer que, dans chaque cas, l'étude d'un dosage polarimétrique comporte d'abord l'étude des moyens propres ii séparer la substance active, à la faire passer à l'état dissous, et à obtenir une solution transparente permettant les mesures. C'est là une véritable, étude de Chimie qui sortirait du cadre de ce traité : c'est pourquoi nous nous bornerons au cas, particulièrement important, du dosage dès sucres, et nous insisterons particulièrement sur le côté physique et général de la question, en nous bornant à des indications sommaires sur la préparation des solutions et l'application aux diverses, matières, alimentaires.
157. Degré saccharimétrique. — ■ Tous , les calculs relatifs au dosage polarimétrique du saccharose (sucre de canne on sucre de betteraves) sont.
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résumés par les formides du paragraphe 155. Mais ce dosage est tellement important, sa répétition est si fréquente dans les sucreries et les raffineries, qu'on a reconnu la nécessité de fixer un' mode opératoire et un mode de graduation de l'appareil de mesure permettant d'obtenir le titre X pour 100 par une lecture directe. Comme d'autre part cette détermination est à la base de toutes les transactions et de toutes les tarifications fiscales ou douanières, on a essayé de définir ce mode opératoire d'une façon qui puisse être appliquée exactement de la même manière par tous les laboratoires, et on a essayé, sans grand succès d'ailleurs, de faire reconnaître les mômes définitions par les laboratoires officiels de tous les pays intéressés. Le principe des diverses définitions est en somme le suivant : ou convient d'employer toujours la même masse Mo de la substance à essayer, masse qu'on appelle la charge-type, de la dissoudre toujours dans le même volume Vq, et de mesurer la rotation toujours sous la même longueur Iq. En admettant que le pouvoir rotatoire du sucre a une valeur [a] réellement constante, on a, en désignant par K une constante :
100 Vq o^ / V = [0^] Mo lo \
T" [aj Mo Zo "^ ~ K V . 100 Vo /
Dans un polarimètre à cercle divisé ( § 51), on lit directement, en lumière monochromatique, la rotation a : il faut connaître la constante K pour la lumière étudiée, et une multiplication par i/K donne X. Pour qu'on n'ait pas à faire cette. multiplication, le constructeur ajoute sur le cercle une graduation dont chaque division vaut K degrés, la valeur K étant celle, qui correspond à la radiation jaune du sodium : si la, rotation pour cette radiation est n 4ivisions de cette graduation, on a a = Kvi degrés et. :
La lecture dé la division saccharimétrique du polari%nèire, employé en lumière du sodium, donne directement le titre X pour lOO.
Dans les saccharimètres à lumière blanche ( § 59), la lecture de là rotation est remplacée par la mesure du déplacement du coin de quartz qui sert à la compenser : ici encore, les constructeurs choisissent la longueur des divisions de la règle divisée sur laquelle se fait cette mesure de façon qu'un déplacement égal à i division augmente de K degrés la rotation du compensateur en lumière du sodium. Un déplacement de n divisions coinpense encore pour cette radiation une rotation a = K^î et la lecture de la division saccharimétrique donne directement le titre X pour lOO.
En réalité, pour les raisons que nous développerons au cours des paragraphes suivants, le titre X n'est généralement pas rigoureusement égal à la lecture n de l'échelle saccharimétrique : c'est pourquoi on' donne un
nom spécial au nombre n lu sur l'appareil, qu'on appelle le nombre de degrés saccharimêtriques de la substance; pour le distinguer du degré d'angle, nous représenterons le degré saccharimétrique par l'abréviation S : le saccharose pur correspondrait, s'il n'y avait pas de corrections, à la lecture 100 S.
La valeur de la division de la graduation dépend du choix fait par le constructeur pour la constante K, c'est-à-dire du choix des quantités Mo, ^0, Vo, qui sont entièrement arbitraires, et de la valeur adoptée pour le pouvoir rotatoire spécifique [a], qui n'est connu qu'avec une certaine approximation. Si l'on opère soigneusement avec les mêmes valeurs.de Mo, /oi Vo qui ont servi à établir la graduation de l'appareil, le degré saccharimétrique lu représente le titre en saccharose avec une approximation — de l'ordre du millième — suffisante daiis presque tous les cas.
5î, au lieu d'utiliser les grandeurs Mo, Iq, Vo indiquées par le constructeur, on utilise, pour une raison quelconque, d'autres quantités M, Z, V, et si on obtient une division n, la rotation a. et le titre X sont :
Tr [aJMo^o ■ V 100 a V V Mo ^o
100 Vo [a]M^ Vo M l
Si, avec un appareil à charge type Mo = 16,29, on a employé une solution dans laquelle on a dissous, dans 100 cm', une masse M = 10 g, il faut multiplier la lecture n par le facteur M/Mq = 1,639.
Toutes les échelles employées 'aujourd'hui sont définies par le volume Vo = 100 cm^ et la longueur Iq = 20 cm. Si par exemple on à dissous, la charge type dans un volume. V = 500 cm**, il faut, pour avoir le titre X, multiplier la division lue par le facteur V/Vo = 5. Si, après avoir préparé la solution normale, on lui' a ajouté un réactif portant son volume à V = IIO cm*, il faut multiplier par le facteur V/Vo = i,l ; on évite ce calcul en employant alors un tube de longueur Z = 22 cm, de façon à avoir I/Iq = l,rct VZo,/VoZ=i.
158. Échelle française. — Dès le début de la construction des saccharimètres, on a adopté pour le volume de dissolution Vq = 100 cm' et pour la longueur du tube polarimétrique Zo = 2 dm". Mais la valeur de [a] était mal connue, 'et il n'était pas possible de fixer la constante K par la formule du pard^graphe précédent : on a chercha à éviter cette difficulté en prenant, par définition, comme point 100 de l'échelle française celui qui correspond à la rotation produite, pour les rayons jaunes du sodium, par une plaque de quartz de l mm d'épaisseur à 20° C.
Il restait à indiquer aux opérateurs quelle valeur de la charge type Mq ils devaient prendre pour obtenir un degré saccharimétrique égal au titré. Cleirget- avait indiqué 10 g, 51 [578], puis 16 g ,47 et 16 g, 35.; Girard et.
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de Luyncs en 1875 ont indiqué 16 g, 19 [579]; enfin, à la suite des mesures de Mascart et Bénard [580], la Commission des sucres et des alcools du ministère des Finances fixa la valeur de la charge-type à 16 g, 29 : c'est le chiffre qtii est encore officiellement employé en France dans tous les laboratoires, des Finances, les pesées étant toujours faites dans l'air avec des poids en laiton] cette charge-type doit être dissoute dans une quantité d'eau telle que le volume total de la solution à 20° C soit égal à 100 cm^ et la solution doit être examinée à 20° C dans un tube de 2 dm.
La définition primitive faisait de plus intervenir, pour l'établissement de la graduation, l'emploi d'une lame de quartz d'épaisseur donnée : elle n'avait pas grand sens, parce que, pour une telle lame, la mesure de la rotation est plus précise que celle de l'épaisseur. Il fut donc également décidé, sur le rapport de Mascart, que, dans les polarimètres à cercle divisé, loo degrés saccharimétriques vaudraient 2ï°40\ décision qui ne fit d'ailleurs que consacrer l'habitude déjà prise par tous les constructeurs français. Ainsi, dans les polarimètres fraiiçais construits pour' la charge-type 16,29, l^ degré saccharimétrique vaut, par définition, 00,216 6*j et la constante K est égale k 0,2166';] d'autre part Iq est égal à 2, et la charge-type de 16 g, 29, pesée dans l'air avec des poids en laiton, représente, en réalité, à cause de la correction de poussée, une masse Mq == 16,29 X 1,00061 = 16 g, 300. L'échelle française donne donc exactement le titre pour lOO, si le pouvoir rotatoire spécifique est :
100 Vo K 100 X ICO X 0.21667 gg^ ^
^ -^ Mo/o 16,300 X 2 '^ •'
valeur qui, dans les conditions usuelles de concentration et pour une lumière convenablement purifiée ( § 79), est certainement exacte à i /500 près ( § 165). Les plaques-types de quartz employées par les constructeurs français pour marquer le point lOO de leurs saccharimètres à lumière blanche ( § 57) sont établies de façon à présenter exactement à 20° C la rotation de 21 040' pour la raie jaune du sodium; leur épaisseur est mm, 9976. Les saccharirimètres à coin de quartz ont donc exactement la même échelle sacchariméirique que les polarimètres à cercle divisé lorsqu'on les emploie à 20° C avec la lumière jaune du sodium (cf. § 163).
159. Écjielle Ventzke. — La difficulté de la détermination du pouvoir rotatoire spécifique du saccharose tient surtout à la difficulté d'obtenir' du saccharose pur et dépourvu d'humidité : tandis qu'en France on essayait d'échapper à cette difficulté en définissant le degré saccharimétrique par l'intermédiaire d'une plaque-type de quartz, Ventzke en Allemagne définissait [581] le point 100 de l'échelle comme correspondant à la' rotation à 17°, 5 C d'une solution normale de sucre, définie elle-même comme une
solution ayant, également à I7°,5, une densité relative de 1,100 par rapport à l'eau. Mais les impuretés salines inactives ont une influence assez forte sur la densité : après avoir constaté que la solution de Ventzke contenait 26 g, 048 de sucre pour 100 cm^, on revint à la définition par la chargetype. Comme d'autre part l'usage s'était établi d'employer aux mesures de volume les flacons de Mohr, jaugés en pesant dans l'air, avec des poids en laiton, la quantité d'eau qu'ils contiennent à I7°,5, on adopta en Allemagne, et dans tous les pays autres que la F"rance, à partir de 1.855, la charge-type de 26 g, 048, pesée dans l'air avec des poids en laiton, dissoute^ à 17°, 5 C dans un volume égal ^100 cm^ de Mohr (soit 100,234 cm^ vrais) et mesurée à 17°, 5 C dans un tube de 2 dm.
L'échelle correspondante, qui est celle des saccharimètres construits avant 1900, est dite Y échelle saccharimétrique de Ventzke \ théoriqueTnent, le point 100 des saccharimètres était marqué en mesurant la rotation d'une solution normale de sucre pur : en fait, devant la difficulté de réaliser une telle solution, tous les constructeurs allemands se servaient de plaquestypes de quartz, et ils avaient assuré l'accord de leurs appareils par l'échange de plaques-types. Schônrock [582] détermina la rotation de la plaquetype correspondant à 100° Ventzke pour la radiation jaune du sodium : il obtint 340,68 à 170,5 C, et340,6'9 à 20° C.V échelle Ventzke correspond donc en fait à une rotation pour la raie D de o°,3468 par dmwow;'commela chargetype y est Mo = 26,048 X 1,00061 = 26 g, 064, le volume Vq ^=^ loo cm*, 234. elle correspond à un pouvoir rotatoire spécifique du sucre :
160. Échelle internationale. — L'emploi, à la définition de la solution normale, dos centimètres cubes de Mohr prêtait à de nombreuses confusions : dès sa première réunion, en 1897, ^^ Commission internationale pour l'unification des méthodes d'analyse des sucres décida de reyenir au centimètre cube vrai. D'autre part, la température de 17°, 5 était trop basse, parce que presque toujours inférieure à. la température des laboratoires : il fut décidé que toutes les opérations devraient être faites à la température do 20° C. Pour conserver la graduation saccharimétrique Ventzke, nialgré le changement de température et le changement du volume Vq, il aurait fallu. ramener la Charge-type de 26,048 à 26,01 g : il parut préférable de définir de toutes pièces une échelle nouvelle, qu'on appelle l'échelle internationale, corres- ■ pondant à une charge-type de 26 g. Cette échelle, qui. est peu éloignée de l'échelle Ventzke, diffère par tontre nettement de l'échelle française, basée sur la charge-type de 16 g, 29, Sidersky et Pellet projposèrent, en 1896, de reniplacer les deux échelles par une seule, correspondant à une charge-
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type intermédiaire de 20 g; on trouvera, dans un article de Saillard [583], l'exposé des avantages et des inconvénients de cette proposition. En fait, elle n'a été adoptée par personne, et l'on a conservé jusqu'à ce jour, en France l'échelle définie au paragraphe 158, dans tous les autres pays l'échelle dite internationale basée sur la" charge type de 26 g, et dont voici la définition théorique :
La charge-type de Vêchelle internationale est une masse Mo == 26 g, pesée dans Vair avec des poids en laiton; elle doit être dissoute à 20° C dans un volume égal à IQO cm^, et la solution doit être observée à 20° C dans un tube de 2 dm. Le point 100 de Vêchelle est défini par la rotation observée dans ces conditions lorsque la charge-type est constituée par du saccharose pur.
.L'avantage de cette définition est que, quelles que soient les conditions d'éclairage choisies, le saccharose pur donne toujours la lecture 100,00 S; en particulier, il est théoriquement possible de graduer les saccharimètrcs pour leur emploi avec la raie verte X = 5461 A du mercure. Cet avantage est illusoire, car les constructeurs ne peuvent pas avoir autant de graduations différentes qu'il y a de sources possibles : les graduations obtenues pour les différentes sources, dans le cas des saccharimètrcs à coin de quartz, seraient trop voisines, et donneraient inévitablement lieu à des confusions. D'autre part, la préparation d'une solution normale de saccharose pur est une opération extrêmement délicate, qui ne peut être faite qu'exceptionnellement : en fait, tous les saccharimètres utilisant l'échelle internationale sont étalonnés à l'aide de plaques.- types de quartz, que les laboratoires de contrôle établissent en mesurant leur rotation pour la raie D du sodium.
Il a donc fallu, après avoir défini théoriquement l'échelle internationale, déterminer expérimentalement la rotation produite à 20° C, pour la raie jaune du sodium, par la solution normale cle sucre : ce travail fut fait par Herzfeld [584] et Schônrock [585], et aboutit à la conclusion que cette rotation était égale à 34°,657; il fut repris plus tard par Bâtes et Jackson [586], qui ramenèrent cette valeur à 340,620, nombre qui fut d'ailleurs critiqué par~iïeî;zfeld [587], mais fut ensuite confirmé par Stanck [588]. Pour satisfaire à là définition théorique de l'échelle internationale, il aurait fallu, 'après la mesure de Bâtes et Jackson, modifier les plaquestypes en usage, qui étaient basées sur la détermination de Herzfeld et Schônrock : on aurait ainsi créé une inextricable confusion entre les échelles des différentes dates et des différents constructeurs, et les laboratoires officiels d'Allemagne et d'Amérique décidèrent de s'en tenir à l'ancienne valeur. Ainsi, la définition théorique de Vêchelle internationale est en fait abandonnée et la définition pratique de Vêchelle des appareils étrangers est analogue à celle de Vêchelle française : le degré saccharimétrique y correspond, par définition, à une rotation K == 0^,34657 (§ 157) pour la raie
jaune du sodium. Comme la charge-type y est en réalité Mq = 26 x 1,000 61 = = 26 g, 016, elle correspond à un pouvoir rotatoire spécifique du ©sucre :
Les constructeurs français fournissent, lorsqu'on le leur demande, des appareils correspondant à la charge-type de 26 g : ils emploient alors l'échelle française, en multipliant simplement la graduation par le .rapport 26/16,29. L'échelle des appareils français, quelle que soit la charge-type, reste basée sur le pouvoir rotatoire spécifique [a] = 660,461; la constante K des appareils français à charge-type 26 g est K = 0,345 80, et 100 degrés de cette échelle correspondent, pour la raie D, à une rotation égale à 34°,58o.
161. Préparation des solutions. — La première opération à faire pour un dosage polarimétrique est de préparer une solution contenant la charge-type dans lOO cm^ (cf. § 107). Nous renverrons, pour les détails de l'opération, aux traités spéciaux consacrés à l'analyse des sucres, et nous indiquerons seulement quelles sont les principales difficultés que l'on peut rencontrer.
Il faut d'abord prélever un échantillon de façon qu'il. représente bien l'ensemble de la masse de substance qu'on veut étudier. Il faut ensuite, après l'avoir broyé, en peser. dans une capsule une masse égale à la chargetype, en opérant aussi rapidemenjt que possible, pour éviter des changements dans son degré d'humidité; il est inutile de chercher une précision supérieure à celle de la mesure polarimétrique : si la lecture ne doit être faite qu'à i /lO de degré saccharimétrique, il suffit largement de faire la pesée à I centigramme près.
Une fois la charge-type pesée] on la fait tomber dans le flacon jaugé de 100. cm^, et on rince la capsulé avec environ 80 cm^ d'eau distillée, qu'on fait passer également dans le flacon jaugé, puis on agite jusqu'à dissblution complète. Si la solution est trouble ou est trop colorée, on y ajoute un réactif destiné à la clarifier : c'est généralement une solution de sous-acétate de plomb; qui précipite les matières albuminoïdes en suspension ainsi que les autres impuretés organiques. On complète ensuite le volume aussi exactement que possible jusqu'au trait de jaugeage, e'est-à-dire qu'on amène le sommet du. ménisque à être tangent au plan que définit ce trait. Après avoir' fait cette opération, on agite énergiquement, de façon à avoir une solution parfaitement homogène et une réaction de clarification complètCi puis on filtre, en ayant soin, pendant toute la durée de, la filtration, de cou-, vrir l'entonnoir avec un verre de montre pour éviter l'évaporation.. On jette les premières gouttes qui passent, qui sont toujours troubles : il est, en effet, nécessaire, pour avoir des mesures polarimé triques correctes, de- n'opérer
282 PRINCIPAUX DOSAGES POLARIMETRIQUES 161
(lu'avcc (les solutions tout à fait claires. Enfin, on remplit le tube et on fuit la.ï,nicsurc pokiriractrique comme nous l'avons indiqué au chapitre IV. ' Ja's nombres olîtenus sont toujours un peu trop forts, parce que le volume V de la solution est en réalitc un peu inférieur au volume V„ ~ loo cnv'; le ballon rempli jusqu'au trait de jaugeage contient, en effet, à la fois la solution et le précipité produit par le sous-acétate de plomb. Cette erreur j)cut être as.sez importante — de l'ordre de 0,5 pour 100 — dans le dosage du sucre des mélasses, et l'on a proposé différentes méthodes, soit pour en tenir compte par une correction [589, 590], soit pour l'éviter [591], D'autre part, la présence de sous-acétatc de plomb dans la solution modifie un peu le pouvoir rotatoirc spécifique du saccharose [592]; il est nécessaire, pour éviter cette cause d'erreur, de n'en employer qu'une quantité aussi fuii)le que possible, de l'ordre de l ;\ 3 cm*'.
Bien enten<lu, le mode 0])ératoirc peut être modifié suivant la nature de l'échantillon à étudier. C'est ainsi que,'' pour les mélasses, on prend souvent une masse de 81 g, 45, correspondant à 5 fois la charge-type, qu'on délaye dans environ 300 cnr' d'eau chaude; on décante dans un ballon jaugé de 500 cm", on ajoute 25 cm" de sous-acétate de plomb, et, après refroidissement, on complète le volume ;\ 500 cm^. I.a masse 5 Mo étant dissoute dans le volume 5V0, la lecture saccharimétrique donne directement le titre pour lOO. Pour l'essai des helteraves ou des cannes, on met généralement la chargetype de râpure dans un ballon de 200 cm^ avec environ 150 cm'* d'eau, et 5 à 6 cm'' de sous-acétate de plomb; on chauffe i heure au bain-maric bouillant, en abattant au besoin la mousse avec quelques gouttes d'éthcr; îiprès refroidissement, on ajoute h la liqueur l ou 2 gouttes d'acide ncétique cristallisable, on comi)lètc le volume à 200 cm'', on filtre, et on exa,mine au saccharimètre dans un tube de 40 cm. La lecture donne directement le titre pour loo, i)iiis<iu'o'n a dissous la charge-type dans un volume 2V0 et qu'on examine la solution sous une longueur 21^.
162. Correction de température. — Nous avons déjà vu (§ no) que la
rotation a, produite par une solution de saccharose à i degrés centigrades dirtere de la rotation a^o Uiitî produirait la même solution dans le même tube à 20" C suivant la formule :
ar==-= «20 U — 0,00044 {t — 20)].
Su])posons d'îibord la lecture du degré saccharimétrique faite sur la division saccharimétrique d'un polarimc.tre à cercle divisé : la, valeur angulaire do la division est indéi3endantu de la température; soit rit la lecture faite à /!"; h 20° la lecture w.-q serait ;
»vo = % '*"^:^7i/[l + 0,000 44 {t — 20)].
Supposons maintenant la lecture faite sur un saccharimètre à coin de quartz, et soient Kla constante de l'échelle saccharimétrique ( § 157), w^ la divi-' ■sion lue. Si le compensateur était à 20° C, il compenserait pour cette division la rotation Kw^; mais,, comme le coin de quartz est à P, il compense { § 104) la rotation :