‹ Traité de politique et de science sociale (volume 2)Chapitre 29 sur 40 · DES DIVERS SYSTEMES ADMINISTRATIFS · texte numérisé non relu

DES DIVERS SYSTEMES ADMINISTRATIFS

242. Il y a plusieurs systèmes administratifs, les uns établis par la libre volonté des gouvernements, les autres produits ou inspirés par dés nécessités de circonstance. Je dois donner une idée des uns et des autres. Cette exposition équivaudra à une classification et y donnera lieu.

Il faut d'abord distinguer l'administration centrale qui est placée auprès du pouvoir exécutif et comme inhérente à lui. Elle est destinée à compléter son action, à la rendre simultanée et continue dans toutes les directions. Elle constitue le principal moyen d'établir Tordre, l'ensemble et l'unité nécessaires dans des actes qui exigent presque toujours un effort durable, sans intermittence, et qui sont constamment très-compliqués. Aussi,

n'existe-t-il pas un pouvoir exécutif, quelle que soit sa nature, liéréditaire ou électif, despotique ou populaire, qu'on ne trouve fortifié par cette institution indispensable appelée généralement le ministère.

Cette administration centrale s^ compose d'autant de ministères spéciaux qu'il y a d actions executives spéciales et qui, quoique différentes, doivent cependant être accomplies simultanément. Les organisatiorîs ministérielles soiit très-diverses et jusqu'à un certain point en rapport avec la nature des gouvernements, mais elles ont toujours pour but d'établir Tunité de volonté et d'action. Queiqiièlbîs runiié est constituée parle gouvernement Hu chef de rÉtâi. Celui-ci est là pedséfe et le principe dé môûvéiliènt dont lés miiiistres né àorit que les organes, it y à sans doute dès conseils de ministres; niais ils sont irrégiitiers, souvent |)ârtiels ; le fifînce en outriî y àdjolni qui il jilgè à propos. Il eh a été àifisi dans toutes les monarchies,' lorsque lès jjrlHcés se sont senti la force de gouverner èl oht obéi à lêijr devoir ^Iut6t (^u'â leurs caprices. îî'aùirefoîs^ le chef de TËtàt délègue son pouvoir à iiri premier ministre qui devient ainsi lé principe d'unité et de mouvement dans râdministratiôii centrale. Slontésctuièu considère ce genre de (iélegatiori comme un usage et presque comme îiri caractère des gouvernements despoti-

CLASSIFICATION t)ÊS GOUVERNEMENTS. 3^63

quès. Cela n^est pas complètement exact. Il est très-vrai que, dans l'Orient, ou ce grand puÊlicîsté a pris siès types du despotisme et ou cette ^orme d^e gouvernement est conatne en(femique, il est d^ usage que le suïtan,' lé scnali se fassent représenter par un grand vizir. D'abord ces prmces,' qui fouissent du souverain pouvoir comme d'un privilège sans devoir, comme d'une fîterlè de tout faire, conrimè d'unie propriété dont ifs peuvent user et abuser, enfin comme cf un droit à tous les Bonheurs, trouvent, dans cet usage, un premier avantage : c'est de se débarrasser d'occupations pé nîblés. Mais de plus ce f)reniîer ministre ïès met à couvert; il est en quelque siofte seul en vue. Cèsi une victime qui, par sa position, se trouve, aux yeux du peuple, responsable de leurs propres fautes et qu'ils destinent à èlrêôflferte, dans ('occasion, en sacrifice à sa colère. Néanmoins, iï existe desexèmpïès de gouvernements despotiques ou le prince s^est passe de premier ministre précisément parce qu'il voulait être absolument le maître. Ainsi Louis XiV fut plus despote que Louis XIII et il n'eut point de premier ministre comniè ceïuiîcî. lÀ délégation dû pouvoir exécutit à un premier lîiinistre responsable, dans une moharcbie, ii'esi pas d'ailleurs toujours le fait du monarque lui-même. Ce premier ministre peiit lui être imposé en quehjue sorte constitutionnellement. C'est

ainsi que la coutume Tavait établi en France dans le VI* et le vu* siècle.

Il y a des gouvernements où le ministère est institué comme une partie, un élément du pouvoir exécutif. Dans ce cas, il forme un conseil où Tunité sur les questions résulte de l'accord de ses membres. Ce système est propre aux gouvernements représentatifs où l'unité et la continuité de rÉtat ont pour représentant une royauté héréditaire. Il a été imaginé pour introduire la responsabilité dans le pouvoir exécutif sans compromettre le monarque, c'est-à-dire la constitution elle-même. Si, dans un gouvernement pareil, où une partie des pouvoirs de l'État est élective, où l'opinion publique exerce sa part de souveraineté, on n'organise pas la responsabilité ministérielle, les mécontentements publics et la responsabilité montent jusqu'au monarque et la constitution peut être renversée. C'est ce qui est arrivé deux fois en Angleterre, et autant de fois en France dans ce siècle même.

243. Nous venons de voir qu'il y a trois systèmes d'organisation ministérielle ou d'administration centrale : l'une où l'unité résulte de l'action du pouvoir exécutif lui-même, Tautre où elle est représentée par un premier ministre, l'autre où elle est établie par un conseil et par l'accord de tous les ministres.

CLASSIFICATION DES GOUVERNEMENTS. 365 Il n'est pas besoin, dans un petit État, d*une administration plus étendue. Il suffît de simples chefs de service. C'était le premier des trois systèmes que nous venons de décrire, qui était en usage dans les cités de l'antiquité, à Athènes^ à Sparte, àRome sous le gouvernement républicain. Chaque service public, la police de la ville et des prisons, la perception des impôts, le trésor, la guerre, le culte public, la surveillance pédagogique^ l'administration judiciaire, formaient autant de spécialités dont la gestion était confiée à autant de magistrats particuliers, mais tous temporaires, nommés ordinairement pour un an. Ceux-ci étaient complètement indépendants dans la direction de leur service, en tout ce qui n'avait pas été réglé par la loi; mais ils devaient rendre compte de leur gestion. Alors c'était le peuple ou le sénat qui les avait choisis, qui devenait leur juge. Ce système administratif était donc de ceux où T unité résulte de l'intervention du souverain lui-même qui, à Athènes, était le peuple assemblé, et, à Rome, le sénat et le peuple. Dans les cités qui étaient tombées sous la domination d'un maître, et il y en eut accidentellement un grand nombre, c'était le despote qui, par lui-même ou par son délégué^ constituait l'unité administrative.

244. Dans un petit pays, je le répète, il n'est besoin que d'une administration du genre de celles

366 ^AITÉ DE pOUTlQUE.

qui vieiiuept d'être décrites, c e&l-à-dire d'un ministère ; mais, dans uq grand pays, pour une population nombreuse qui s'étend sur un vaste ,lerritoirje, qui est divisée par groupes, séparée par de gran^ espaces, il .fai:^t davantage. JLes services publics doivent se multiplier ^t se modifier comme l'espace. JLes administrations, sans ^oute, ne sont pas les services publics, mais cjlles en soi^t les instruments, .les moyens indispensables. JElles doivent être partout où il existe des services publics et en rapport avec ceux-ci.

.Or, dans un grand pays, il y a d'abord .deux intérêts principaux à servir : en première ligne, rinlérét du but par lequel on .fait ou on tend à faire çl'une multitude un seijl peuple, une seule nation; en seconde Jigne, les intérêts divers çles localités, pro.yinces ou communes, qui constituent autant de buts particuliers parfaitement circonscrits. Il ^ a en outre une troisième classe de services qui, quoique généraux, se localisent nécessairement et se spécialisent, tçls que les institutions d'éducation, les institutions relatives à la sécurité, les institu* lions judiciaires et autres. Il faut donc, dans tout grand État^ trois espèces d'administration. La première est gouvernementale ; elle est en réalité une extension du niinistère central, une représentation du pouvoir exécqtif, chargée, sous sa direction, d'exercer ses droits de commandement, de sur-

CLASSIFIG^'Ï^PN pes GOyypflNEiVIENTS. 3Ç7 \ei))ance, c|e veto, c^e çoaclion ^éfuc en \o{x\. ce quicoxiçeme riatéréf généra^ ou |e but commua. ]j3l seconde espèce se cpmpose des administrations <^es provinces, (^çs départem,exits, des captons, 4es vUles ou çomçQunes. Çn^n à la troisième es pèce appartiennent les. administrations destinées à assurer les services qui, quoique gén.érau)^ dans ieur but, se particularisent ççpen4ant çt se locailisent nécessairement.

Ces 4onnées générales se retrouvent et so»| &cilemen^ reconnaissables dans les constitutions administratives que nous montre l'^ifeioire 4ç ^ous les granc^ P^ys- Cependant il n'est pas uner de ces constitutions où^ ce plan ai^ é^é rigou,reiisement suivi. U y a, toujours, ^ans quelque partie, excès ou défaut; il y a des modi^cs^tions dont, il est vrar, on peut çrdinairecnea^ saisir les çioti^ originels, mais qui n'en sont pas moins des. altéra- UpQs sous plusieurs rapports. Or, cQmmç^ dans une institution si importante, les naoindresk modifip^oj^s ont des conséquences cçnsicjl^rables, il se trouve que les dif(erences administratives s*ac cusen^^ par d^s effets et, dçs caractères qui équiva- ^ent presque aux variétés qu'offrent \es^ fb»™,<es de gouvernement. Ainsi^ ij» arrive souvent que les délégués, oiiniâtériels, les représentants du pouvoir exécutif d,aiis les provinces. spieqt en même temp^ lesadministrateurs des intérêts locaux propres 2^ ce^.

territoires; quelquefois on leur laisse une part d'initiative qui en fait une sorte de pouvoir gouvernemental; d'autres fois, au contraire, ils n'ont qu'un pouvoir borné en rapport avec leur fonction . Dans certains pays les divisions territoriales de tous les ordres, provinces, cantons, communes, quel que soit le nom qu'on leur donne, diffèrent par leurs constitution administrative , tandis que dans d'autres les formes sont partout les mêmes. Quelquefois encore il y a parité partout et en même temps subordination absolue, même pour les choses qui n'ont pas le .moindre rapport avec le but national ou commun, de telle sorte que rien ne se fait dans une division territoriale, si petite qu'elle soit, qui n'ait été autorisé d'en haut et répété en quelque sorte dans toute la hiérarchie administrative, depuis le ministère jusqu'au dernier magistrat. Tontes ces altérations du type primitif peuvent d'ailleurs se combiner ensemble de diverses manières.

On voit que les variétés sont nombreuses et assez difficiles à classer. On peut cependant les ramener à quelques systèmes principaux susceptibles de se combiner entre eux. Je vais exposer ces systèmes avec quelques-unes de leurs combinaisons, en indiquant en même temps les meilleurs exemples que je connaisse pour chacun d'eux:

CLASSIFICATION DES GOUVERNEMENTS. 369 245. Je placerai en première ligne, parce qu'il paraît avoir précédé les autres dans Tordre des temps, le système où il y a plus de dissemblances entre les parties que de ressemblances. Je l'appellerai, car il faut une nomenclature pour une classification, système de la disparité. Un helléniste lui donnerait le nom de dyskoinie ou de polykoinie, qui serait certainement meilleur.

Une des variétés de ce système, car il n'en existe pas de type absolu, est celle où chaque grande division du territoire, la province par exemple, est soumise à une administration qui est la répétition ou la reproduction de celle qui est au sommet, non pas seulement sous le rapport de l'organisation, mais encore dans le caractère de son autorité. Quoique cette autorité doive être subordonnée, elle a le caractère du gouvernement auquel elle appartient : elle est absolue à regard de la population qu'elle est chargée d'administrer. Ainsi ^ chez les anciens Perses, chaque satrapie était une reproduction, une image de la satrapie centrale ou du pouvoir royal. Il en était de même, il y a quelques années à peine, dans l'empire turc où chaque pacha exerçait une souveraineté pareille à celle du Padischah lui-même. Dernièrement en France, on a cru faire œuvre de décentralisation en augmentant le pouvoir des préfets; on a décentralisé en effet,

mais pour se rapprocher du ftystèoie doni le g'ouverneinent turc aujourd'hui cherdie à grapd'peine à s'afTrapchir. D^ps ce système, en effett il se produit, avec cette similitude apparente au sotnmet^ des différences copsidérables dans Tadministratîon effective. Chaque ch,ef territorial agit à sa guise, dirige et gouverne à sa manière, selon son caprice ou son intérêt. Il n'obéit pas toujours au pouvoifcentral ; il se révolte quelquefpis. Mais il y a d'autres disparités que celles qui résultent de cette indépendance d'action ; il y a celles qui sont propres aux pays administrés. Ainsi, dans l'ancienne Perse, s'il y avait similitude dans l'autorité des satrapies en Egypte, en Syrie, dans l'ionie, daps la Bactriane, etc., il n'y en avs^t aucune dans les institutions propres aux populations de ces p^ys, dans leurs mœurs, leur religion, leuÉp )ois^ e^^ cDe qui est plus, dans leurs tendapces. 11 y avait peu de rapports entre une cité grecque de l'Asie Mineure, un nôme égyptien et une tribu médique ou persane. Il en est de liiéaie aMjouriJ'huî chez les Turcs.

Dans ces pays, ce système disparate a été le résultat de la conquête. Il se produis un phénomène analogue, quoique ;avec moins de disparité en fait^ lorsque l'État a été formé primitive^eqjt par fxne associjttiop 04 une fédération de populations soit d'origines diverses, soit d'habitudes

diflerentes. Ily a un but commun d'aclivitë qui les réunit ; elles constituent une même nation ; mais chacune dVlles ayant apporte avec elle ses coutumes particulières, ses usages civils et gardant son autonomie pour ses intérêts locaux^ il reste une certaine disparité. Dans ce cas il est impossible que le gouvernement soit absolu comme i| Test dans les circonstances précédentps ; ses délégués dans chaque partie de l'association ne le sont pas davantage. Le pou voir central^ quelles que soient ses prétentions^ est obligé de subir le contrôle non-seulement des populations associées, mais celui même de ses propres agents. Tel fut l'état de la France dans le sixième et le septième siècle, ainsi que cela résulte de l'exposé que j'en ai fait dans un chapitre précédent.

Les exemples de disparité administrative sont plus nombreux que ceux de parité. On peut dire que cet état fut général en Europe dans le moyen âge où il existait tant de privilèges ; chaque privilège en effet constitue administrativement une disparité. On retrouve la disparité administra^ tive en France sous Louis XIV et jusqu'en 1789 ; dans les possessions de l'Autriche ancienne et même actuelle, où elle constUueaujourd'lnii un des grands embarras ; dans l'Espagne avant le régime constitutionnel et surtout avant Charles-Quint; enfin dans les Étals-Unis d'Amérique où chaque

372 TRAITÉ DE POUTIQUE.

État possède à sa tête non pas un simple corps admiQistratif, mais un gouvernement à l'image de c^lui de r Union elle-même, gouvernement dont les pouvoirs^ il est vrai, sont restreints par ceux que la constitution a attribués au gouvernement central, mais néanmoins s'étendent à toutes les questions dont celui-ci ne s'occupe pas ou qu'il nerésoud pas.

Dans une telle organisation, il ne peut manquer de se produire des dissemblances qui sont même plus qu'administratives. Parmi les dissemblances administratives il en est une qui est à peu près générale et certainement remarquable, c'est celle des constitutions communales. Tandis que dans certaines communes, dans les villes par exemple, l'organisation est municipale, à peu près comme chez nous, sauf que toutes les fonctions y sont électives, il y a des communes qui s'administrent à la manière des républiques de l'antiquité, d'Athènes par exemple. L'assemblée des citoyens y forme le corps administratif. Elle nomme les fonctionnaires nécessaires à la gestion des affaires naturellement continues; mais chacun d'eux est complètement indépendant dans sa fonction, sauf à rendre compte. Il n'y a entre ces fonctionnaires d'autre lien et d'autre supérieur que l'assemblée elle-même. Il est probable qu'il existerait aux Étais-Unis des disparités plus grandes, s'ils

CLASSIFICATION DES GOUVERNEMENTS. 373 n'avaient été formés primitivement par une population de même origine et apportant les habitudes de la mère-patrie.

246. J'ai dit tout à l'heure que les exemples de disparité sont plus nombreux que ceux de parité.

En effet, on n'en peut citer que très-peu de ce dernier genre ; mais ce n'est pas une raison pour n'en pas former une classe à part. On peut considérer comme un exemple de parité l'organisation administrative établie par les Romains dans les Gaules et en Espagne sous les premiers empereurs. La constitution de 1 790 avait également^' réalisé en France un système parfaitement similaire dans toutes ses parties. Enfin tous les gouvernements de l'Europe tendent aujourd'hui à établir cbê^ eux l'uniformité. Cette classe deviendra probablement un jour aussi générale qu'elle a été bornée jusqu'à présent.

Il ne faut pas confondre la parité avec la centralisation ; celle-ci forme une classe à part. Aujourd'hui en France la centralisation est appuyée sur la . parité administrative; mais sous Louis XIV et sous Louis XV elle existait déjà en même temps que de très-grandes diversifés administratives locales. C'est dans notre révolution que le mot a été trouvé, mais non pas la chose. Ce qui caractérise particulièrement le système centralisateur c'est la marche imposée aux affaires administratives lo-

374 TRAITÉ DE POUXÏQUE.

cales. Dans ce système, tout doit arriver au centre ministériel^ auprès du pouvoir exécutif, pour en revenir accepté ou refusé; rien ne se termine définitivement quH là. Il ne se passe rien en quelque lieu que ce soit et de quelque nature que ce soit, dont l'administration centrale ne doive au moins être instruite; de telle sprte que toutes les questions, toutes les solutions proposées, tout mouvement même quelquefois d'un simple particulier à une extrémité quelconque du pays, doivent remonter une longue filière administrative qui les conduit jusqu'au ministère. Pour établir une pareille concentration il faut qu'il y ait une hiérarchie admiluistrative, rigoureusement organisée et maintenue, qui^ dft sommet, atteigne jusqu'au point le plus éloigné et le plus petit. De cette manière, le pouvoir central a partout des représentants nommés par lui, et comme il faut un contrôle pour être certain que nul d'entre eux ne sera négligent, ses employés sont doubles, les uns chargés de l'action, les autres de la surveillance. Il a une police. Que résulte-t-il d'un pareil système? Un grand mal! c'est que les administrations locales et même les individus perdent l'habitude de Tiniti^itive qui leur serait naturelle. Ils attendent tout du pouvoir; ils ne remuent que sous son impulsion.

l'eut gotiverriement doit tendre à étaiblir la parité administrative, d^abord J)arce i|ii'ëlle est un

CLASSIFICATION DES GOUVERNEJViENTS. 375 reflet de la parité des ^^^ûirs et des droits qui appartiennent aux citoyeHs et ensuite parce qu'elle %ciJite soji actiop. Mais à 1à parité administrative ajouter le mécanise de la centralisiatio;:ty c'est de 4enx choses Tune^ ou Accuser des ititenttons 4^potiquesy ou, de la part d'un pouvoir qui n'est qu'humain en définitive^ faire preuve d'une singulier^ eonfi^inoe dc|ns sa supériorité et son infeilUbiljté iniellectueUje;^ ef s'exposer 1i de <;niels clé* mentis«

247. Pour t]Ue l'unité adoiiaistraitive existe dans unpays, il suffit qu'il y ait une même loi pour chaque chose, en sorte que le citoyen trouve partout les mêmes usages administratifs.

Je distingue l'unité de la parité, même en matière d'administration. On trouvera peut-être la distinction subtile ; mais elle me parait utile et elle repose sur une réalité. En effet dans un pays où la parité est établie, il peut exister un esprit qui ne soit p^s en conformité avec elle, c'est-à-dire ni libéral, ni égalitatre. Ce sont les hommes qui animent le^ institutions et quelque semblables qu'elles soient, ils peuvent leur donner un sens pratique qui ne soit ni le même (Partout, pi le même pour tous. Quelque précise que soit une loi et à plus forte raison la forme d'une institution pratique, elle est sujette à diverses interprétations, susceptible dans Tapplicatioti de plus ou de moins. Tout

:i7r) TRAITÉ DE POLITIQUE.

dépend de l'esprit qui les applique. Il n'y. a qu'une espèce de gouvernement capable d'inspirer >à tous les citoyens une tendance pratique conforma au but en matière d'administration , c'est celle où ils participent au gouvernement lui-même. Cet esprit unitaire ne peut s'ëtablir que dans les gouvernements libres. Or par le mot de parité, je désigne un régime où cette participation peut ne; pas exister. C'est précisément pour établir cet esprit d'interprétation uniforme qui ne résulte pas nécessairement de la parité adn^inistrative, qu'on lui a superposé, en France particulièrement^ le régime de la centralisation. D'ailleurs l'idée de parité n'emporte pas obligatoirement celle d'institutions dirigées par un esprit libéral. La parité administrative existe dans des gouvernements aristocratiques et même despotiques, comme en Russie par exemple. Il faut donc un nom particulier pour désigner une constitution administrative qui , en même temps qu'elle offre les • facilités de l'uniformité, ait été établie dans un esprit de liberté et pour être animée de cet esprit : je prends le mot d'unité.

Le système purement unitaire offre tous les avantages de la parité et tous ceux dont s'autorise la centralisation. Seulement il n'y a d'uniforme, il n'y a de centralisé que le nécessaire. Pour que l'unité existe, je le répète, il suffit que les admi-

CLASSIFICATION DES GOUVERNEMENTS. 377 iiistrations de même genre se ressemblent partout et obéissent aux mêmes lois, tout en conservant leur indépendance de localité et de fonction. Par exemple, dans notre pays^ que Ton peut offrir comme un modèle achevé de parité et de centralisation, où tout semble prévu pour laisser aux citoyens le moins de liberté politique et le moins de spontanéité d'action possible, si on rendait aux départements et aux communes leur autonomie administrative, on entrerait dans le système unitaire ; on y serait davantage si on leur rendait en outre la gestion et la nomination de leur police et de leur gendarmerie et enfin Téleclion de ce que Ton appelle le parquet dans l'institution judiciaire. Par ces mesures on aurait établi l'administration unitaire et libérale qui convient à un gouvernement libre ; unitaire , puisque la même législation régnerait partout; libérale, puisqu'on rendrait aux départements et aux communes la juste possession de leur indépendance et aux citoyens l'assurance et la certitude de leur liberté individuelle.

Mais, cela fait, il resterait encore à la centralisation la plus grande partie de l'administration. Outre ses préfets qui la représenteraient auprès des départements^ elle aurait les finances, Tarmée, la tnagistrature judiciaire, l'éducation et l'instruction publique, les travaux publics, etc. Or^ pour

constituer ce que j'appelle un système administratif complètement unitaire, il suffirait de retirer, à cette centralisation tout ce qui ne lui revient pas nécessairement , tout ce qui ne rentre pas dans les attributions obligées d'un pouvoir exécutif. La nomination et Tavancement des magis^trats judiciairesi sont-ils, par exemple, une de ses^ attributions nécessaires? Itfontesquieu et beaucoup de jurisconsultes disent non. Nos parlements ati*' trefois étaient indépendants. Pourquoi une université et non plusieurs et pourquoi lés universités ne pourraient-elles s'administrer elles-mêmes ? Elles le faisaient autrefois ; elles le font encore en Angleterre et ailleurs. On conçoit qn système d'organisation militaire où la surveillance de l'État suffirait. Je n'en diraji pas davantage. Il y a ici à étudier et à débattre des questions de détail, dans lesquelles je ne puis entrer.

248. Le système administratif, dont je viens de parler, me parait le meilleur au point de vpe d'un gouverneitient libre. Pour en apprécier la supériorité il suffit de rappeler les abus et les dangers de la centralisation.

D'abord elle ne se croit jamais suffisante ; tant que quelque cbose peut remuer sans spn autorisation ou sans qu'elle le sache; elle tend donc constamment à s'étendre et à s'accroître. Danâ sa voloqté de tout prévoir et de présider à toi|t, elle

-concluerait, si on ne rarrêtait pas, au despotisme réglementaire le plus insupportable qui soit au monde. Ensuite, il lui faut une ilortibreuse hiérarchie de fonctiomnalres et ufie armée d'employés. C'est à ce point, dans certains pays, le nôtre par exemple, que si on compte tous les emplois qui sont dans la main du poîuvoir central, si oU y joint l'armée et la marine ^ on trouve que le dixième au moins de la population mâle est à sa solde et à son service. Si oit ajoute à Ce nombre la multitude des solliciteurs, qn comprendra saqs peine qu'un tel pays x\e soit pas le plus favorable à l'indépendance individuelle et à la spontanéité des enl^eprisès. Cependant , malgré le nombre des employés ^ TadministratioU centrale est surchargée d'affaires; car toutes lui viennent, lès petites comme les grandes; elle s'en plaint, elle n'y peut suffire ; aussi tout est en retard ; plusieurs s*oublient et pour beaucoup l'opportunité passe.

Au point de vue économique, ce système est pernicieux. En fait d'affaires, c'est chose mauvaise de répéter deux, trois, quatre fois une opération qui pourrait être terminée en une seule fois. C'est du temps et du travail perdu. C'est aussi chose mauvaise d'avoir une grande armée qui consomme beaucoup et ne produit pas en sécurité l'équivalent de sa consommation. C'est chose mauvaise d'enlever à la production tant de têtes et tant de bras,

380 TRAITÉ DE POttTtQUE.

de déshabituer tant d'iiorames de la vie de famille et de rindépendance personuelle, mais je m'arrête. J'aurais beaucoup à dire eucore et plus à condamner en étudiant Tinfluence de la centralisation sur d'autres services publics. Mais à cet égard on a déjà tout dit, et tout le monde est convaincu. Il suffit d'ailleurs de ce qui précède pour juger le système.

Il ne me reste plus, pour terminer ce chapitre, qu'à en donner le résumé. De ce qui précède il résulte qu'indépendamment du système ministériel propre aux grands comme aux petits pays, il y aurait , pour les grands pays, quatre systèmes administratifs possibles, celui de la disparité, celui de la parité, celui de la centralisation et enfm le système unitaire qui est le meilleur.

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