‹ Traité de politique et de science sociale (volume 2)Chapitre 4 sur 40 · DES INSTITUTIONS MILITAIRES · texte numérisé non relu

DES INSTITUTIONS MILITAIRES

153. Je n'ai à m'occuper ici des institutions militaires qu'au point de vue de leur rapport avec la constitution de l'État et de leurs conséquences politiques. Les expériences ont été si nombreuses à cet égard, elles ont eu des résultats si constamment identiques, qu'il n'y a ni doute, ni discussion possibles. On en a déduit des maximes de politique pratique qu'on doit regarder comme incomtestablesy mais dont malheureusement on ne se souvient pas toujours.

C'est une maxime que, dans un État libre, on ne doit point avoir d'armée permanente, ou au moins qu'elle doit être la moindre possible. C'est encore une maxime que, dans un État libre, tous les citoyens doivent non-seulement avoir le droit des armes, mais encore faire partie d'une milice pour faire leur apprentissage militaire, milice tellement organisée qu'elle puisse^ au besoin, fournir une armée pour la défense de la liberté, de Pordre ou de l'indépendance nationale. Par contre, dans un État non libre ou semi-libre, monarchique ou despotique, il doit y avoir une armée permanente.

les sujets doivent être privés du droit des armes, et, si les circonstances rendent une milice néces* saire^ celle-ci ne doit pas comprendre le peuple tout entier, mais seulement certaines classes ; de plus, elle doit obéir à des officiers nommés par l'autorité ; en un mot, elle doit être organisée et composée de manière qu'elle ait la valeur répressive de l'armée permanente.

Chose singulière, on n'est pas encore fixé sur la définition des mots armée et milice, quoique personne n'en ignore la signification dans des circonstances données. Ce sont de ces mots dont Port-Royal disait qu'il ne faut pas les définir, de peur d'en altérer le sens. Cependant je hasarderai une définition; j'en ai besoin.

Par milice on doit entendre un corps composé de tous ou de la plupart des citoyens réunis pour faire l'apprentissage militaire sous des officiers de leur choix et pour lesquels d'ailleurs la fonction militaire n'est qu'une charge civique et passagère. Tout ou partie d'une milice peut être converti en armée. Par armée, on doit entendre un corps organisé spécialement dans le but de la guerre et contre l'ennemi. Une armée peut être seulement une organisation transitoire qui n'ait de durée que celle de la guerre, comme Yexercitus des Romains, Yostàe^ anciens Français Par armée permanente, il faut entendre autre chose et plus, c'est-à-dire

un corps organisé pour durer toujours, dont les membres sont voués uniquement à la profession militaire^ qui a ses chefs propres, sa discipline spéciale, ses loi^ distinctes, et par conséquent son administration, ses tribunaux, ses intérêts, ses sentiments et un esprit à part, un corps qui, en un mot, forme, dans une nation, comme une so* ciété séparée.

C'étaient des armées permanentes que les castes militaires des Indes et de TÉgypte, les kchatrias^ les hermotybies, les calasiries; c'étaient encore des armées permanentes que les janissaires turcs, les strélitz de Russie, enOn nos barons et notre seigneurie féodale du moyeu âge. L'hérédité est la perfection de la permanence dans un corps militaire comme ailleurs.

Partout ce système a produit des monarchies dont l'autorité avait le caractère absolu du commandement militaire ; mais le despotisme n'était complet qu'à l'égard des populations civiles; il avait pour correctif, vis-à-vis de l'armée, les résistances des chefs et le danger des insurrections. Qu'on se rappelle seulement combien étaient fré* quentes les insurrections des janissaires à Constantinople; qu'on se rappelle les révoltes non moins fréquentes des vassaux de la couronne dans le moyen âge, et l'on aura la preuve que cette constitution militaire n'est ni la plus sûre, ni la

plus paisible pour personne, pour le prince pas

plus que pour le peuple.

154. Quand il s'agit de choses militaires, il n'y a pas d'histoire plus instructive que celle des Romains. Sous la République, et pendant plusieurs siècles, Rome était en quelque sorte un camp ou un corps de milice d'où sortaient des armées. Les guerres étaient courtes; elles duraient ordinairement une campagne, rarement plus de deux; chaque armée ne durait pas plus que la guerre. Lorsque, vers la fin de la République, les guerres furent plus longues et qu'il fallut occuper des contrées éloignées, les armées devinrent de plus en plus permanentes. Alors les généraux furent au-dessus des lois et ils se disputèrent, par les armes, le droit de disposer des destinées de la République. Il ne s'agit bientôt plus à Rome que de savoir à quel maître on obéirait. La permanence des armées conclut à l'empire Le nom d'empereur était lui-même un titre militaire. Après les deux règnes d'Auguste et de Tibère, les armées furent en possession des élections impériales. Celles du nord se disputèrent avec celles du centre, de Test ou du midi, à qui aurait l'honneur et le bénéfice de donner un maître aux Romains. On sait le reste.

Nous avons aujourd'hui sous les yeux des exemples pareils à celui que nous offre l'histoire de

Rome dans cette dernière période. En effet, il . paraît à peu près démontré que la situation toujours incertaine des gouvernements de l'ancienne Amérique espagnole tient à Texistence de leurs armées permanentes. Chacune d'elle, si petite qu'elle soit, veut mettre son général à la tête de son gouvernement et n'attend en quelque sorte que l'occasion d'un pronunciamento. Aussi nul pouvoir n'est solide; nul pays même n'est sur de ses provinces. Les divisions nationales, dans cette population qui est fille d'une même civilisation, qui parle la même langue, qui en un mot se ressemble autant que possible^ ont été par suite poussées à l'extrême. Rien ne prouve qu'elles ne se multiplieront pas encore.

La permanence des armées, dans l'Amérique du Sud, a pris origine dans les longues guerres qu'elle eut à soutenir pour conquérir son indépendance, et le malheur fut que ces armées servirent d'appui aux gouvernements qui s'établirent d'abord et qui bientôt, pour se maintenir, ne purent s'en passer. S'il arrivait malheureusement que, dans les États du Nord^ la guerre actuelle aboutit à l'établissement d'une grande armée permanente, la liberté, que nous y admirons au-* jourd'hui, serait grandement menacée.

Les faits qi;i précèdent prouvent que la permanence de l'armée n'a pas besoin d'être appuyée sur

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rhérédité de la fonctioD militaire pour produire les pires conséquences. En France^ le législateur a cru diminuer le danger de la permanence par les lois qui règlent le recrutement et Tavancement. Le recrutement doit être fixé et voté, chaque année, par les députés de la nation, ce qui permettrait, s'il était nécessaire, d'en réduire assez rapidement le personnel. Ce recrutement doit être opéré par des magistrats civils^ ce qui garantit jusqu'à un certain point le régime et l'autorité de la loi. Le terme du service obligatoire n'est pas assez éloigné pour que le soldat ait le temps d'oublier qu'il redeviendra un jour citoyen. En définitive, il n'y a de réellement permanent dans notre armée que le corps des officiers. Quant à Tavancement, on l'a réglé de telle manière que la faveur y ait la plus petite part et que l'officier jouisse d'une suffisante indépendance en dehors de son service et s'habitue à compter avant tout sur la stricte exécution de la loi. On a fait ainsi tout ce qu'il était possible pour que l'armée n'eût pas d'autres sentiments, d'autres instincts, un autre esprit que la masse de la nation. Si, avec tant de précautions, on n'a pas réussi autant que l'on voulait, que Ton juge du résultat lorsque c'est l'armée elle-même qui est chargée de son recrutement, lorsque le temps du service égale la durée de l'âge viril, lorsque la faveur est souveraine!

1 55. La doctrine qui triomphe aujourd'hui dans le gouvernement de Tarniée, est celle de robéiàsance passive. C'est la religion que Ton veut donner au soldat ; mais c^est, selon moi, la doctrine la plus fausse, la plus dangereuse et la moini) honorable. C'est de plus une doctrine sinistre qui ne s'affiche que dans les mauvais jours et comme une menace contre les libertés publiques. On n'en a pas besoin vis-à-vis de l'ennemi , c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de la véritable destination de l'armée, car là le devoir est clair. On l'invoque seulement lorsqu'on craint que le soldat obéisse à son sentiment patriotique plutôt qu'à la volonté de ses chefs.

Une telle doctrine est admissible chez les mdho^ métans, dont la religion enseigne le fatalisme; mais, chez des peuples chrétiens où la religion et la loi traitent l'homme en être moral et libre, où elles disent à chacun qu'il est responsable de ses actes et de sa complicité dans des ordres coupa-^ bleS) elle est une contradiction* Elle est d'ailleurs toujours fausse en principe. Il est impossible de faire que l'hotiime soit absolument une machine; quelle que soit la puissance de l'habitude, il faut toujours qu'il consente et par conséquent qu'il veuille. L'habitude n'est pas la passivité. On dit souvent, « le moral de l'armée #8t excellent, u ou bien, « le moral de l'armée est ébranlé; ^f^ on admet

donc que le soldat pense et veut. Lorsque les soldais s'arrêtent dans un de ces mouvements dont un exercice répété a fait en quelque sorte une action automatique, n'est-il pas évident que c'est parce qu'ils voient que le commandement est contre la règle ou contre la loi, ce qui est la même chose. Lorsqu'un corps s'arrête ainsi devant un commandement, c'esl-à-dire n'obéit pas, il arrive souvent qu'on le loue. N'est-il pas reçu que tout ordre impossible, c'est-à-dire mal à propos donné ou en termes impropres, ne doit pas être exécuté? On admet donc que le soldat raisonne et veut; on admet donc qu'il y a quelque chose au-dessus du commandement; c'est la règle, la théorie, le but. Et pourquoi alors n'admettrait-on pas la loi? Enseigner l'obéissance passive et en même temps admettre ces règles , c'est enseigner une contradiction.

Au resie, tout est contradiction dans la doctrine que je combats. On veut que le militaire soit brave, c'est-à-dire volontairement dévoué; qu'il soit homme d'honneur, c'est-à-dire qu'il ait plus peur d'une mauvaise action que de la mort ; qu'il soit digne, loyal, désintéressé, et en même temps on prétend qu'il ait une âme servile, qu'il soit passif comme ne l'est pas le dernier des esclaves. On veut enfin que l'opinion publique l'ait en estime ; or, comment l'estime s'attacherait-

elle à un homme qui n'a pas de volonté, qui y a renoncé pour se faire machine, et qui n'a d'autre valeur que celle d'un rouage dans une mécanique !

C'est ainsi que la doctrine de l'obéissance passive est en opposition avec le bien le plus prisé dans l'armée, avec l'honneur; mais, de plus, elle est dangereuse au plus haut point. Elle permet à un chef militaire de tout tenter contre son pays, contre les lois, contre le prince lui-même. Il suffit ici de rappeler l'histoire de la conspiration Mallet. Elle est dangereuse même dans l'état de guerre. On peut citer des occasions où une désobéissance aurait assuré ou complété la victoire, ou bien où elle aurait sauvé une armée. Qu'on lise à cet égard l'histoire de la capitulation du général Dupont en Andalousie. Il est reçu qu'une armée ne doit plus obéissance à son chef du moment où il est entre les mains de l'ennemi; mais il est impossible de déterminer rigoureusement quel est ce moment; le chef peut être de plusieurs manières sous la puissance de cet ennemi sans être encore prisonnier. C'est là évidemment une question d'appréciation qui varie selon les circonstances et dont Tarmée est juge, ce qui ne s'accorde guère avec l'obéissance passive.

Lorsqu'une armée est en campagne, en présence de l'ennemi, ou seulement lorsqu'elle accomplit

les manœuvres d'un simple exercice 9 rôbligation de l'obéissance, non pas passive, mais simultanée, est évidente; la nécessité et le devoir sont clairs ; c'est même le sentiment profond de cette nécessité et de ce devoir qui font ce qu'on appelle le moral de l'armée dans les ei^ercices de la guerre comme dans ceux de l'instruction* Rien ne serait possible sans la simultanéité d'obéissance. Mais les circonstances ne sont pas touJQurs pareilles. Une armée peut être en présence de ses nationaux, en présence de ses concitoyens, dans des troubles civils. Se conduira^-t^elle dans un pays libre, où la souveraineté du peuple est établie en principe^ comme elle se conduirait dans une monarchie absolue? dans un État républicain ou sous un gouvernement repré^ntatif , comme sous un gouvernement purement royal, purement autocratique? dans des débats entre les pouvoirs constitu* tionnelsde l'État, comme s'il s'agissait de défendre la Constitution elle-mém«? Le mieux pour elle dans ces cas serait de s'abstenir ; car l'intervention de la force dans les questions constitutionnelles est toujours illégitime. Supposons cependant qu'elle doive prendre parti; lequel choisira-t-elle ? Sa position ic n'est pas nette et claire comme vis-à-vis de l'étranger. Elle n'a pas en réalité d'ennemis, si ce n'est ceux qu'elle choisira. Son devoir strict est de défendre les lois et la juste cause. Sous Louis-Philippe,

rarmee française s'était posé pour principe de suivre le parti que prendrait la garde nationale, et c'est en général, et à son grand honneur ^ ce qu'elle a fait. Certes, c'était directement le contraire de la doctrine de Tobéissance passive, puisque l'armée, en admettant la possibilité d'un choix, posait en même temps l'éventualité de la désobéissance. Au peste, regardez où conduit cette monstrueuse religion de la passivité; voyez ce que font aujourd'hui les Russes en Pologne. Ils sont à l'occasion espions, tortionnaires, bourreaux, incendiaires. La raison etl'humanité se révoltent contre de pareilles conséquences 1

Mettez à la place des mots obéissance passive les mots obéissance dé{K>uée^ et vous aurez satisfait à tout. Ce sera alors un beau spectacle de voir un nombreux corps où dans tous les rangs de la hiérarchie on obéit au commandement^ parce que celui-ci est toujours lui-même un acte d'obéissance à un commandement supérieur, et parce que le commandement suprême lui-même n'est qu'un acte d^obéissance au devoir.

156. De tout ce qui précède il faut conclure qu'une milice, telle qu'elle a été définie, est la seule force armée qui convienne à un Etat libre. La permanence dans la profession des armes, la permanence des armées est le propre des monarchies et conclut toujours à l'état monarchique.

L'existence d'une niilice est un correctif insuffisant d'une armée permanente nombreuse. Ce qui fait qu'en Angleterre l'armée permanente n'est point un danger, c'est l'abus même de la vénalité des offices militaires. Il en résulte que tous les grades appartiennent à l'aristocratie de fortune et à l'aristocratie nobiliaire qui sont les plus intéressées à la conservation de la constitution. Si, en Angleterre, on supprimait la vénalité des charges militaires, l'armée ne tarderait à y jouer le rôle qu'elle a joué ailleurs.

Sous le point de vue purement militaire, il est reconnu que le système des armées permanentes est supérieur au système des milices. Les premières sont toujours plus exercées, elles sont toujours prêtes, elles contiennent toujours quelques hommes qui ont fait la guerre; mais il reste cependant à faire l'expérience d'une milice organisée, telle que celle de la Suisse par exemple. Une guerre n'est jamais si immédiate, qu'une armée, composée de milices, n'ait pas quelques mois pour se préparer à entrer en campagne, pour se perfectionner dans la discipline et dans tous les exercices, pour compléter ses habitudes militaires, et enfin pour acquérir cet entrain et ce mouvement d'ensemble, cette confiance réciproque, qui font la force dans un combat. On se souvient du rôle de notre garde nationale au commencement de la Révolution.

Elle arrêta d'abord^ puis elle vainquit les armées les mieux disciplinées de l'Europe et dont une partie avait fait la guerre. Elle forma le corps de ces armées victorieuses, la pépinière de ces grands capitaines auxquels nulle force ne résista pendant une suite d'années , et il est remarquable que sous l'Empire , la victoire devint de plus en plus difficile à mesure que ce corps épuisé par tant de campagnes, devenu de moins en moins nombreux, fut insuffisant même pour former les cadres où chaque année la conscription jetait des populations qui n'étaient françaises que de nom. Il faut se souvenir encore de la résistance que quelques corps d'une garde nationale improvisée opposèrent aux armées étrangères en 1814.

Une milice est moins propre peut-être qu'une armée permanente à une guerre offensive, et surtout à une guerre, de conquête, mais elle lui est certainement égale et peut-être supérieure pour la défense du pays. C'est là qu'on peut voir combien la volonté et la passion dans le soldat sont supérieures à l'obéissance passive. Il faut encore ici rappeler quelles furent les armées françaises du commencement de la Révolution et citer toutes ces résistances partielles, véritablei^ent héroïques, quoique improvisées, qu'opposèrent de petites villes aux masses ennemies en 1814 et en 1815.

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Il y a enfin le victorieux exemple de TEspagne qu'on ne peut oublier.

En résumé, une milice citoyenne a sur une armée permanente cet avantage qu'elle n'est jamais un danger pour la liberté du pays, mais toujours un appiii; qu'elle est un exercice pour la vie civique autant que pour les habitudes militaires; qu'elle ne charge point le budget, qu'elle ne détourne point une masse d'hommes du travail productif, enfin et par*dessus tout qu'elle ne dépeuple ni ne démoralise un pays. En effet, Tune des pires conséquences de l'armée permanente, c'est d'enlever chaque année au mariage l'élite de la population, et d'habituer cette élite à une vie qui u'e^ ni celle du travail, ni celle de l'indépendance personnelle, ni celle de la famille. L'une des grandes causes de l'extension qu'a prise la race anglaise, c'est qu'elle a eu toujours les armées permanentes les moins nombreuses possibles et qu'elle les a constamment formées avec des engagés volontaires pris soit parmi des étrangers, soit parmi ces hommes déclassés qui existent toujours comme une exception dans une société constituée.

Dans l'état actuel de l'Europe continentale, il parait impossible de se passer d'armées permanentes. Nul gouvernement, sans cet appui, ne se croirait en sécurité vis-à-vis de son peuple ou visà-vis de ses voisins. Il y a plusieurs puissances,

comme l'Autriche, la Prusse^ la Russie, qui se briseraient en morceaux si leurs gouvernements ne retenaient, unies par la force, des parties qui ont horreur de se trouver ensemble. L'Angleterre même a besoin d'une armée pour garder l'Irlande. Tant qu'un état pareil subsistera, il n'y aura, dans aucun sens, de paix certaine; les libertés publiques, en quelque pays que ce soit, seront choses précaires. Les princes, c'est-à-dire les chefs des armées auront toujours la souveraineté de la force et le pouvoir de tout faire. Nulle constitution ne pourra prévaloir contre leur volonté, et on ne devra compter à cet égard que sur leur caractère et leur Jionneur personnel.

Une armée permanente est une menace continuelle contre la paix. Son instinct est la guerre; son intérêt l'appelle; car la guerre est l'occasion légitime d'acquérir la gloire militaire, la reconnaissance du pays et l'avancement, qui sont les grandes ambitions du soldat. C'est en quelque sorte obligation et même prudence de la part du gouvernement de donner satisfaction à ces tendances. Il faut qu'il cherche la guerre, si elle ne se présente pas; car si le soldat ne peut être occupé ainsi, s'il n'a plus d'espérance de ce côté, il réfléchira peut-être qu il est la force, qu'il peut acquérir à un moindre prix tout ce qu'il désire en intervenant dans les affaires intérieures de son pays.

Âinsi^ chez les Romains, c'est d«iis une période relativement très-pacifique, après Auguste et Tibère, que les armées se rendirent maîtresses des élections impériales. Il n'y eut plus alors de grandes guerres que les guerres civiles.

Rien de pareil n'est à craindre d'une milice. Elle n'est un danger ni pour son propre gouvernement^ tant que celiri-ci reste ce qu'il doit être, ni pour l'étranger, tant que celui-ci demeure inoffensif. Les peuples n'ont aujourd'hui aucun intérêt à entreprendre les uns sur les autres. Un devoir moral peut les conduire à la guerre, mais jamais un intérêt matériel. Tout îe monde comprend aujourd'hui que les conquêtes ruinent ceux qui les entreprennent comme ceux qui les subissent, tandis que le commerce, l'industrie, les échanges enrichissent tous ceux qui y prennent part.

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