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CE QU'ON DOIT ENTENDRE PAR THÉORIE PRATIQUE EN POLITIQUE

261 . Les principes de la politique pratique sont les principes mêmes en vertu desquels on gouverne.

La politique pratique est ce que tout le monde doit savoir. C'est la science appliquée^ c'est l'art; mais, comme je Tai déjà dit au commencement de cet ouvrage, entre la science et Tart^ il y a un espace à combler par une théorie que j'appelle* théorie pratique.

Ce livre est divisé en deux parties. Dans la

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première, la théorie pratique générale, je me propose de montrer comment les principes pratiques s'engendrent de la science sociale, et comment ils prennent le caractère de formules positives et applicables. Je veux, en un mot, exposer la méthode propre à transformer la science sociale en une doctrine pratique, ou du moins en donner une idée.

Dans la seconde partie, j'appliquerai ces principes généraux à notre société moderne.

262. Toute action pratique ayant lieu dans un but, ridée de but est toujours le premier élément d'une théorie pratique ; mais la théorie n'est pas le but; elle en est seulement le moyen. La théorie n'est pas non plus la pratique; mais elle est le système qui doit gouverner celle-ci. La théorie est quelquefois un plan de conduite ou d'actions, d'autres fois un système d'institutions ou d'organisation ; d'autres fois enfin c'est le raisonnement spéculatif préparé spécialement pour l'action.

Je sais qu'en employant les mots théorie pratique, je me sers d'une locution inusitée; mais j'exprime un fait réel. Partout la science pure est si loin de la pratique, et de plus il faut pour une seule application le concours de tant de connaissances diverses, qu'il est besoin d'une transition, d'un enseignement intermédiaire qui conduise à l'art et en soit la règle. Ainsi dans les sciences

physiologiques, entre la science proprement dite et l'application qui est le but, il y a une doctrine médicale, une théorie thérapeutique, une théorie hygiénique qui sont les moyens, qui forment la transition et constituent les principes de l'art. Ainsi dans les sciences mathématiques et physiques, on dislingue le savant de l'ingénieur, non pas parce que l'un est plus ou moins instruit que l'autre, mais parce que l'ingénieur a une connaissance spér ciale qui est inutile à l'autre et qui est la. théorie pratique. De même, en industrie, en agriculture, il y a des théories qui sont les guides de la pratique et l'objet d'enseignements spéciaux. C'est ce qui a fait dire qu'une bonne théorie n'est qu'une pratique raisonnée.

Si je suis le premier peut-être qui, dans un traité de politique, ouvre un pareil cadre et en démontre la légitimité Ic^que, je ne suis certainement pas le premier qui ait travaillé à le remplir, comme je l'ai dit au commencement de cet ouvrage. Il faut comprendre dans cet ordre de recherches tous les projets de réforme^ tous les plans de réorganisation sociale, générale ou par* tielle , toutes les utopies. La plupart des traités d'économie politique du dix-huitième siècle étaient des théories de politique pratique. L'admirable livre de Montesquieu sur la grandeur et la décadence des Romains est une étude de politique

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pratique.. Tout réformateur, tout utopiste, tout homme à projets est en réalité un ingénieur politique.

Quelques-uns peuvent avoir parfaitement tort, se tromper grossièrement, follement même ; mais leurs travaux n*en appartiennent pas moins trèspositivement au cadre de la politique pratique. Ils en prouvent l'utilité et la réalité. Il sen faut d'ailleurs que tous ces projets, toutes ces utopies méritent uniformément le dédain qui les accueille. Y a-t-il en effet une chose nouvelle dans notre siècle qui [n'ait été d'abord un projet, une utopie ?

A l'égard des travaux de ce genre, il y a quelque chose de plus profitable et de plus sage qae le dédain ; c'est de savoir pourquoi certains d'entre eux sont applicables et pourquoi les autres ne le sont pas; c'est en un mot de constituer une méthode qui permette de les juger et de les classer. Voilà précisément ce que je veux faire dans ce livre.

Il y a des gens qui professent en politique une horreur particulière contre les théories et s'en défendent comme s'il était possible à Thomme d'agir sans règle et sans but. Cette horreur signifie seulement qu'ils se laissent conduire par la routine sans même en avoir conscience ; car la routine elle-même émane d'une théorie et on n'v

est habile que quand on connaît celle-ci. Nous avons en France une théorie administrative; chaque pays a la sienne; pour s'en servir utilement et à propos, encore faut-il la connaître.

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