‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 13 sur 95 · XX NOTICE SUR BUCHEZ · texte numérisé non relu

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sur ce philosophe, déjà connu dans le monde politique par le procès de presse que lui avait suscité sa célèbre Parabole.

La doctrine exposée par Saint-Simon dans le Nouveau christianisme n'avait que très-peu de rapports avec les idées qu'ont attribuées plus tard à ce grand penseur quelques-uns de ses disciples. Il n'y était question ni du dogme panthéiste , ni de la réhabilitation de la chair, ni de la communauté des biens, ni de la hiérarchie des travailleurs imaginée, quelques années après, par Enfantin et Bazard. Mais les conclusions de Saint-Simon quoique moins hardies n'en étaient 'pas moins neuves ni moins vraies. Il voulait en effet que la société sortît de l'état de doute, d'incrédulité et d'égoïsme où elle se trouvait depuis trois siècles et qu'elle revînt aux idées synthétiques et religieuses. Mais en fait de rehgion , il ne demandait qu'une rénovation du christianisme. Le principe essentiel de la religion chrétienne, disait-il, est que tous Tes hommes doivent se conduire à l'égard les uns des autres comme des frères. Jusqu'au quinzième siècle l'Eglise suivit assez exactement cette direction chrétienne, mais à partir de ce moment elle devint infidèle à sa mission et Luther aussi manqua l'œuvre de la réforme. Il y a donc lieu de procéder à une nouvelle organisation chrétienne dans laquelle le principe de la fraternité devra être présenté de la manière suivante : « Toute société doit travailler à l'amélioration de l'existence morale et physique de la classe la plus pauvre. La so- • ciété doit s'organiser de la manière la plus convenable pour atteindre ce grand but. »

^ Cette formule exprime certainement la plus grande idée qui ait été émise depuis des siècles dans l'ordre des sciences sociales. Jointe à la notion du progrès, à la-

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quelle Saint-Simon la rattachait immédiatement, et à Taffirmation contenue dans le même ouvrage : que dans la religion la morale forme la partie essentielle et que le dogme et le culte n'ont qu une importance secondaire, elle dirigeait la science sociale dans une voie toute nouvelle. C'est de ces principes, en effet, qu'est sorti tout ce qu'il y a de fécond dans le mouvement intellectuel du dix-neuvième siècle. Bûchez en fut vivement frappé et ils ont été le fondement de tous ses travaux postérieurs.

Saint-Simon mourut en mai 1825, un mois à peine après la publication du Nouveau christianisme. Ni Bûchez ni Bazard ne le connurent personnellement; mais Enfantin les mit en rapport avec les membres de son école et ils promirent leur concours au Producteury journal hebdomadaire dont les fonds avaient encore été réunis par Saint-Simon lui-même.

Les articles que Bûchez inséra dans le Producteur furent la première ébauche de l'œuvre capitale qu'il publia huit ans plus tard. Saint-Simon avait beaucoup insisté dans plusieurs de ses ouvrages sur la nécessité d'un travail complet sur la physiologie individuelle, qui pût servir de base à la physiologie sociale. Par le mot Ae physiologie y il entendait ce qu'on appelle de préférence aujourd'hui anthropologie et y comprenait notamment la psychologie. Il pensait que sauf la différence des proportions, les lois de la vie sociale étaient identiquement les mêmes que celles de la vie individuelle. A ses yeux l'œuvre la plus urgente à accomplir dans l'état où se trouvaient les sciences politiques et historiques consistait donc dans la détermination des lois générales de la physiologie individuelle et sociale. Bûchez entreprit ce tiavail.

Les essais qu'il publia sur ce sujet dans le Produc-

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teur * ne pouvaient avoir aucun caractère définitif. Cependant on y voit percer déjà quelques-unes des idées qu'il a mises plus tard en pleine lumière. Mais l'ensemble présentait un cachet d'indécision et d'obscurité qui provenait de ce que Bûchez n*avait. pas encore élucidé suffisamment ses conceptions les plus générales. Il était matérialiste. Sous le premier Empire et la È.estàuration, l'enseignement donné au Jardin des plantes et à l'École de médecine était matérialiste au fond s'il ne l'était pas tout à fait dans la forriie, et un esprit prompt et vigoureux comme Bûchez ne pouvait manquer d'en saisir rapidement les dernières conclusions. Ses traditions politiques n'étaient pas de nature a le prémuni!* contre leà opipioiîs de ses inaî- Ires, et il céda naturellement au courant qui régnait 'alors clans les sciences naturelles et physiologiques. Mais ayant accepté là doctrine matérialiste, il voulut en avoir la théorie complète et 11 en approfondit, plus qu'aucun de ses contemporains, les principes et les conséquences. Ce fut ce qui l'aida à en sortir.

Lé Producteur avait cessé de paraître en 1826, après un an de durée, faute d'argent. L'école saint-simonienne subsistait néanmoins, mais elle était réduite à la propagande orale et ses membres dispersés se livraient pour la plupart à leurs travaux particuliers. Bttcnez se tourna de nouveau du côté de la nîédecine et fonda le Journal des Progrès des sciences et institutions médicales^ destiné surtout à faire connaître en

1. 'trois articles sur la physiologie individuelle dans le loiiie lîl; deux sur la physiologie sociale; un autre Sur la subordination des sciences^ et uil article intitulé : tjuelqucs, réflexions sur la linératuire et les beauaxirts^ dans le tome IV.

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France les plus Importants des travaux étrangers ^ • Ce fut dans le neuvième volume de ce journal que parut pour la première fois, d'une manière complète, son travail sur la physiologie du système nerveux qui a formé une des bases de sa théorie des facultés humaines. Déjà auparavant, il avait publié en collaboration avec M. Trélat un traité élémentaire A' hygiène*» Dans les articles qu'il inséra dans lé Journal des Progrès en 1827 et 1 828, on ne s'aperçoit pas encore que ses convictions matérialistes se soient modifiées. Mais ce changement se voit clairement dans les articles de 1829. C'était à ce moment en effet que s'opérait en lui la grande transformation intellectuelle qui devait xlonrier à ses id^es une base désormais inébranlable.

Les membres de l'école de Saint-Simon avaient formé le projet, à la fin de 1828, de reprendre la publication du Producteur, Bûchez se préoccupait depuis longtemps de la question du plan encyclopédique des sciences humaines, sur laquelle Saint-Simon aussi avait porté son attention, et il s'était chargé d'en faire l'objet d'un article qui devait être inséré dans le premier numéro du nouvel organe de l'école. I^e manuscrit de ce travail a été conservé. Bûchez avait reconnu qu'il était impossible d'établir l'unité encyclopédique des sciences en prenant pour base le matérialisme. Il s'agissait pour lui de reproduire dans ce plan encyclopédique l'harmonie générale du monde ; or le matérialisme ne fai-

i . Il en a paru 2i volumes çn tout , 6 volumes par an, pendant les anoées 1 827, 1828, 1 829 et les six premiers mois de 1830.

2. Précis élémeNtaire d^ hygiène^ par MM. Bûchez et Trélat, docteurs en médecine, tiaris, 1825 (formant le t. XXVIÏI de la Bibliothèque du dix-neuvième siècle).

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