XXIV NOTICE SUR BUCHEZ
sait voir que des forces particulières et antagonistes, se livrant une lutte étemelle. Le matérialisme en outre ne fournissait aucune solution capable de satisfaire aux trois grandes inconnues que présente toute série de phénomènes, celles d'origine, de. substratum et de fin. Bûchez constatait, que non-seulement ces trois inconnues étaient les mêmes pour toutes les sciences, mais que c'étaient elles précisément qui formaient Fobjet de la science générale ou encyclopédique, tandis que les lois propres aux phénomènes particuliers ne formaient que Fobjet des sciences spéciales. Bûchez concluait de là que le matérialisme était tout à fait insuffisant pour fournir la formule encyclopédique du monde. Il n^admettait pas que cette formule eût été donnée par la théologie du moyen âge, mais il affirmait la nécessité d'un dogme, d'une théologie en général, et exprimait la pensée que la période future de Thumanité serait religieuse.
Les collaborateurs de Bûchez refusèrent d'accepter ce travail, et alors s'engagea une discussion qui se prolongea pendant toute Tannée 1829 et à la suite de laquelle Enfantin et Bazard aboutirent au panthéisme, à la réhabilitation de la chair, à tout ce qui a constitué le système dit saint-simonien, tandis que Bûchez arriva au christianisme. Ce ne fut pas sur la nécessité d'un dogme et d'une religion qu'ils se trouvèrent en désac* cord. Enfantin et Bazard ne tardèrent pas à prouver qu'ils entendaient aller beaucoup plus loin sous ce rapport que ne le voulait Bûchez. Mais le dogme que les premiers mettaient en avant était le panthéisme, l'identification de l'esprit et de la matière , et déjà ils s'apprêtaient à jouer le rôle de Pères d'une Église nouvelle. Bûchez, de sou côté, avait horreur des doctrines panthéistes et les croyait incompatibles avec les
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principes de la morale. U ne piensait qu'à une réforme du christianisme, telle que l'avait indiquée Saint-Simon lui-même, qui ne prévoyait guère que ses disciples le poseraient en révélateur d'une religion nouvelle. De même que ceux dont il allait se séparer, Bûchez avait une haute idée de la doctrine saint-simonienne; comme eux il croyait qu'il y avait lieu de fonder une grande école qui renouvellerait toutes les sciences et ferait la gloire du dix-neuxième siècle. Mais complètement inaccessible par nature aux sentiments mystiques et non moins antipathique à toute mise en scène théâtrale, il ne songeait qu'à créer une école purement philosophique, et c'était comme philosophe, comme savant qu'il prévoyait un avenir religieux. Tout en étant d'avis qu'il serait utile de centraliser renseignement de la doctrine saint-simonienne , il n'avait en vue que l'organisation de la propagande; aussi n'eut-il pas connaissance des formes de plus en plus religieuses qu'Enfantin s'efforçait d'introduire dans l'école pendant cette discussion même, et fut-il fort étonné quand il s'entendit qualiBer de Père par un nouvel adepte. Bûchez trouvait ces formes ridicules, et la répugnance qu'elles lui inspiraient contribua à le détacher de ceux dont il était déjà séparé par les convictions.
Bûchez cependant n'était pas encore arrivé complètement au christianisme, il n'avait pas encore compris la grandeur du dogme chrétien. Il s'était arrêté sous ce rapport à une sorte de dualisme : il admettait Dieu comme activité et intelligence infinie, mais supposait une matière éternelle, absolument inerte d'ailleurs et privée de toute quaUté active, comme réceptacle de l'action de Dieu. Ce fut un peu plus tard seulement qu'il reconnut que la matière elle-même était une création de Dieu. Nous verrons en étudiant sa doctrine