RECHERCHES DE BUCHEZ SUR DIVERS POINTS SPÉCIAUX
§ 1. LOGIQUE. THÉORIE DE l'hTPOTHÈSB ET DU CRITÉRIUM.
Bûchez s'est occupé de beaucoup de questions particulières et a émis sur la plupart des vues originales. J'en indiquerai aussi brièvement que possible les principales, en me conformant jusqu'à un certain point à Tordre qu'il a suivi lui-même dans son Traité de philosophie.
En logique, Bûchez a innové sur divers points. Laissant de côté pour le moment sa théorie de Pidée, je ne ferai connaître que les résultats de ses recherches sur la proposition, sur les méthodes générales de la science et sur le critérium.
ex NOTICE SUR BUCHEZ.
Itacbez a vivement critiqué la déBaition ordinaire de la proposition qui ne voit dans cette expression de \a pensée qu*un sujet, un attribut et le verbe substantif être. Il a montré avec évidence que la proposition qui contient un verbe actif n'est pas réductible à ces termes et qu'il est indispensable d'admettre deux espèces de proportions : les unes narratives, qui expriment l'activité, le rapport de cause à efifei; les autres purement dialectiques, qui n'affirment que le rapport du sujet à l'attribut. Vis-à-vis de l'autorité universelle dont jouit l'ancienne définition, il a mis quelque insistance ^rétablir la vérité sur ce poiat,si important pour l'analyse de la pensée * .
Le travail de Bûchez sur les méthodes scientifiques est remarquable surtout par la réhabilitation de l'hypothèse. Déjà Turgot et Saint-Simon avaient revendiqué les droits de l'hypothèse vis-à-vis de l'observation. Bûchez, s'appuyant sur sa connaissance approfondie des sciences médicales et naturelles, discuta complètement la question et arriva à des résultats qui paraissent incontestables. Il fit voir que la méthode scientifique se compose de deux procéclés, le procédé à' intention et le procédé de probation ou de vérification^ et que l'observation et l'expérience auxquelles les savants modernes ont souvent attribué leurs découvertes sans se rendre compte exactement eux-mêmes de la manière dont ils les avaient faites, ne forment en réalité que la seconde moit,ié de la méthode complète, que ce ne sont que les procédés de vérification plus particulièrement employés dans les sciences physiques et naturelles. Il fit voir que l'observation seule ne con4uit à aucune découverte 4 qu'elle n'est fiructueuse qu'à la conditioo
i • Essai dun traité de plùlosophie^ t. !"•
NOTiÇÇ ?UR BUCHEZ. cxi
d^étre guidée par la connaissance prélimiiialre des points sur lesquels 4oit se porter Tattention, qu'elle ne consiste donc réellement qu'à vérifier des principes scientifiques déjà acceptés ou des hypothèses nouvelles^ et que sans un point de départ de cette espèce, elle ne fournit que des faits contradictoires dépourvus de toute valeur scientifique. La véritable méthode d'invention c'est l'hypothèse, par laquelle on aperçoit ou établitj un rapport général entre un certain nombre de phénomènes. Bûchez ne s'est pas contenté d,'aîU6^rs 4^ prouver ki nécessité des hypothèses dans la science; il a donné des règles précises sur l'applieation de cette méthode, et a traité avec détail aussi des méthodes de vérification qui forment la contre-partie indispensable du procédé d'invention, et qui seules peuvent faire entrer une conception nouvelle dans le domaine des faits définitivement acquis * .
D'ailleurs, aux yeux de Bûchez, la science tout entière n'est qu'une méthode, c'est-à-dire un moyen général de prévision. Chaque science, suivant lui, doit donc être définie par son but, c*est-à-dire par la prévision spéciale où eUe tend. H y a deux degrés de prévision scientifique. Le premier résulte de la connaissance de la succession des phénomènes : lorsqu'on sait que les phénomènes se succèdent constamment dans un ordre déterminé, on peut conclure d'un des phénomènes de la série aux phénomènes suivants. Telle est aujourd'hui la prévision en physiologie et en pathologie. Le second degré, bien supérieur au premier, résulte de la connaissance de la loi dé génération des phénomènes, en d'autres termes de la possession d'une formule qui. indique les causes des phénomènes, qui montre com-