ÈlsicU d'un ttaité de philosophie^ 1. 1 et II
cxii NOTICE SUR BUCHEZ.
ment ils naissent Tun de Tautre et quelle est leur dépendance mutuelle. La loi de la gravitation universelle est une formule de cette espèce, et grâce à elle Tastronomie se trouve à ce degré supérieur de prévision. Ces formules d'ailleurs n'ont de valeur qu'à l'égard des phénomènes qu'elles expliquent. Leur attribuer une valeur absolue, et en général vouloir connaître la nature intime et absolue des choses, serait dépasser les limites de la science humaine qui ne peut atteindre que des relations. De telles recherches ne conduiraient en outre à aucun résultat, comme le prouvent les tentatives stériles de tous ceux qui ont prétendu dévoiler l'essence des êtres * .
Enfin Bûchez admet qu'il existe un critérium assuré pour toutes les questions à l'égard desquelles il est important pour la science et la société de posséder une certitude, et suivant lui ce critérium est la morale. Comme on saisit difficilement au premier coup d'œil les rapports que diverses sciences, notamment celles qui ont trait au monde physique, peuvent avoir avec la morale, cette idée a paru étrange et a soulevé de nombreuses objections. Mais en général elle n'a été repoussée que parce qu'on comprenait mal la pensée de Bûchez. Pour lui toute connaissance spéciale trouve son critérium, sa vérification, dans la pratique; pour savoir par exemple si un médicament a les vertus qu'on lui suppose, il s'agit de voir s'il opère la guérison désirée. De même chaque science a son critérium pratique dans les prévisions qu'elle fournit, lorsque ces prévisions sont confirmées par les faits. £n général la pratique forme, en toutes choses, la vérification des idées et des théories
i . Essai dun traité de philosophie^ t. II. ^ IiUroduction à Vétude des sciences médicales •
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humaines. Or pour rhomme social, pour Thumanité quelle est la grande loi pratique? C'est la morale. Cette loi se vérifie elle-même par la pratique; car si pour rindividu Taccomplissement du devoir constitue souvent un sacrifice, pour la société la pratique générale des prescriptions morales est toujours une source de prospérité et de grandeur. La loi morale est donc ce qu'il y a de plus certain pour Thomme. Si la majorité des hommes n'y croyait pas d'une manière absolue, c'en serait fait de toute vie sociale, de tout progrès. Mais cette vérité première ne peut se trouver en contradiction avec aucune autre vérité. A ce point de vue la morale peut donc être considérée comme un moyen de vérification, un critérium, non pour les faits particuliers, mais pour les hypothèses générales, pour lesidéesqui dominent tel ou tel ordre de recherches. Ce critérium est applicable directement à toutes les sciences qui ont pour objet rhomme moral et la société, puisquela réalisation de la loi morale forme le but même de ces sciences. Il ne s'applique qu'indirectement, ou, si l'on veut, négative ment aux sciences physiques et naturelles ; mais là encore il peut-être employé utilement puisqu'il permet de déclarer fausses toutes les idées, toutes les conceptions générales qui concluent à la négation de la morale ; or, il ne manque jamais de ces conceptions dans les sciences de tout ordre, témoins toutes celles que le matérialisme a introduites dans la physiologie et la médecine. Dans ces limites et en tant qu'il ne s'agit que d'idées sur lesquelles l'humanité a besoin d'une certitude absolue, la loi morale forme donc bien un critérium universel * .
i. Essai d^ un traité de philosophie j t. II.
cxnr • NOliiCE SUR BtïiîfaEZ.
5 i. ONTOLÔGtE. LES LOIS GÉTIÉRALES Dt MbW0E t»tlYSlQUfe. FORCES SERIELLES ET CIRCULAIRES.
Daas son Traité de Philosophie^ Buehez a discuté au point de vue de sa doctrine générale toutes les grandes questionsd'ontologie et réfuté avec beaucoup de vigueur les systèmes opposés au spiritualisme chrétien. Il a dirigé notamment contre le matérialisme une critique accablante et définitive, car il connaissait à fond cette doctrine dont il avait formulé lui-même dans le temps les conclusions inévitables. Ses preuves de Vexistence de Dieu sont en parties nouvelles et il en est de même de sa théorie de la Trinité , dans laquelle il considère le Père comme l'activité et l'intelligence absolue, le Fils comme l'action créatrice, représentative de l'activité divine^ et le Saint-Esprit comme la mémoire absolue de Dieu. Je ne m'arrêterai pas sur ces divers points, qui m'entraîneraient dans trop de détails. Par la même raison je ne parlerai pas des vues de Bûchez sur le système encyclopédique des sciences, quoiqu'il se soit beaucoup occupé de cette question ^ . Mais je dois faire connaître ses idées sur les grandes forces de la nature et le mécanisme universel.
Bûchez admet l'existence, dans le monde créé, de la matière inerte, absolument passive, mais réceptacle de tous les mouvements , et de trois espèces de forces : les forces circulaires, les forces sérielles et les forces spirituelles. Ces dernières se distinguent par le libre arbitre et l'intelligence ; nous ne connaissons scientifiquement
1 . Voir sur ces divers points V Essai dCun traité de philoso^ phie^ t. II et III, et pour le système encyclopédique, V Introduction à rétude des sciences médicales et la 2* édition de V Introduction à la science de VhistoirCy t. II,
Nb'tïCE SUk BtJCïttei. cHr
pariili elle^ que l^âtne humaine. Les forces cirbul^ires et Sérielles que Bûchez coilsidèrecoiiiiîie des puissances motrices aveugles et fatales, nous sont révélées par Tfelude du mouvement universel.
Ce mouvement se présente en effet sous deux aâpects bien tranchés : il est à k fois circulaire et pt'bgnessif . Le mouvement circulaire est le plus tisiblë ; c'fest cfeltiî qu'on a remarqué le premier. La nature nous offre en effet une foule de phénoniènes qui sb reproduisent eà cercle, de telle façon (|u'ë le preitiier paraît être là câîîse des suivants et du dernier, et que celiil-ci engéndbé dé nouveau le premiter avec lequel le cei^cle rèconitiiëtice. Ce mouvement apparaît avec évidence dans les ellipses que les planètes décrivent autour du soleil. Màiis il n'est pas moins manifeste dans une fotile d'aulines phénomènes naturels. Ainsi les vapeurs deà eaux de TOcéàti qui condensées en nuages vont alittiénter les fleuves et le retour de ces eaux à la mer par k pënté naturelle des terres présentent un mouvement circulaitie bieù marqué. Des mouvements du même genre se mohtrettt dans la vie des plantes et des animaux et dans les relations de ces êtres avec la nature inorganique. Biichet reconnaissait que dans l'état actuel de la science ces sortes de mouvements ne pouvaient s'expliquer que par l'action combinée de forces diverses, produisant chacune un effet constamment identique^ semUableà à la force centrifuge et à la force d'attraction dont l'action combinée engendre le mouv^nent planétaire. Mais il pensait qu'on arriverait àcbmprendi^ tous les phénomènes de cet ordre àous une même formule générale : la loi circulairey et croyait que le mouvement même ou la vitesse fournirait les éléments de cette loi. Il n'adme t pas que ce mouvement puisse se perpétuer par lui-même . & Tordre circulaire existait seul, il aboutirait à Timm o-
cxvi NOTICE SUR BUCHEZ.
bilité, puisqu'il y a constamment des mouvements et des vitesses qui se perdent; dans les êtres organisés, il a pour conséquence Tépaississemeut des tissus qui entraîne infailliblement la mort. Il faut donc d'autres forces pour donner sans cesse de nouvelles impulsions au mouvement circulaire. Ces forces existent, ce sont celles de Tordre sériel.
Le type de la force sérielle pour Bûchez, c'est la force qui se manifeste dans le développement du germe de l'être vivant, c'est la force dont l'embryogénie décrit les effets. L'œuf fécondé du mammifère subit une série de transformations en vertu desquelles il présente successivement les formes propres à la série des animaux inférieurs, pour s'arrêter enfin au degré de l'échelle où se trouve l'espèce dont il fait partie. Un phénomène analogue se produit chez les animaux de toutes lès classes; l'embryon passe toujours par la série des classes inférieures. Bûchez voit dans ces faits la preuve de l'existence d'une force ou d'un système de forces qui préside à la formation de toute la série animale et végétale et qui en général détermine la forme spécifique de tous les êtres créés. A ce titre la force sérielle devrait aussi imprimer aux minéraux le caractère de leur espèce. Bûchez admet en effet qu'il en est ainsi et qu'il existe même dans les atomes chimiques une série analogue à l'échelle animale et végétale. Mais il reconnaît que la science n'est pas assez avancée pour qu'on puisse rien affirmer sur ce point, et que de même il est impossible jusqu'ici de savoir'si les combinaisons de la chimie organique et la nutrition des végétaux et des animaux appartiennent à l'ordre circulaii*e, ou comme c'est plus probable à l'ordre sériel.
C'est donc la force sérielle qui engendre constamment de nouveaux êtres et qui maintient la viedans l'univers.
NOTICE SUR BUCHEZ. cxvu
C'est elle qui est l'agentcle la progression que manifeste la série des êtres. Pour que la force sérielle puisse agir, il faut en général que la force circulaire ait préparé les circonstances dans lesquelles cette action doit se produire. Pour que le germe végétal se développe, par exemple, il faut que la circularité astronomique e^ météorologique ait amené les conditions favorables à la végétation. L'équilibre de la nature paraît donc reposer sur l'action combinée de ces deux forcesopposées, la force sérielle engendrant sans cesse de nouveaux et innombrables germes de mouvement, tandis que la force circulaire entraîne les êtres existants dans un mouvement qui conclut invariablement à l'immobilité et à la mort *.
Bûchez est entré sur ces questions dans des détails qui sont de nature à intéresser les savants spéciaux, mais que je ne puis exposer ici. Dans les dernières années de sa vie il avaitrepris, comme je l'ai dit, l'étude de la force sérielle par excellence, de la force vitale et embryogénique, et fait d'assez nombreuses recherches sur ce sujet. Mais ce travail est resté inachevé. En dehors de la médecine et de la physiologie, il n'a étudié spécialement qu'irae seule science naturelle, la géologie. Ayant voulu vérifier par lui-même les phases du progrès géologique, il trouva que la formation du globe avait eu lieu en six périodes, subdivisées chacune en deux périodes secondaires. Il fut ainsi probablement le premier qui rapprocha les résultats de la science géologique de la tradition conservée par Moïse. Bûchez ne croyait pas au feu central et pensait que chacune des périodes géologiques avait été suivie d'un grand bouleversement produit par un changement dans la position de l'axe de la
i . Essai ttun traité de philosophie^ t. III.
cxvm NOTICE SUR BTJGREZ.
terre. Son travail figure ê^s \es deux éditions de VintrodueUoH à la science de Vhistoire et a été Vobjet en )833 d'un rapport de Geoffroy Saint-Pilaire à FAcadélaie des sciences.