‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 30 sur 95 · ANTHROPOLOGIE · texte numérisé non relu

ANTHROPOLOGIE

J'ai déjà fait connattre, en exposant le système généra) de Bûchez, une partie importante de ses idées sur Fhomme et les conditions de Tactivité humaine. Il me reste à compléter, surtout pour ce qui concerne l'activité spirituelle, les indications que j'ai données sur ce point de sa doctrine.

Bûchez admet avec tous les spiritualistes que ce qui constitue réellement l'homme c'est l'àme, force libre et intelligente, et que l'organisme par lequel elle se manifeste n'est qu'un instrument que Dieu lui a confié pour coopérer librement à l'œuvre de la création. Mais bien que Bûchez ne confonde pas l'âme avec la force vitale, qu'il considère comme une force fatale et aveugle, il croit à une union tellement intime entre l'âme et le corps, que pendant cette vie du moins l'esprit ne saurait faire acte de volonté ou d'intelligence d'une manière quelconque, sans la coopération de l'organisme matériel auquel il est attaché.

Gomme je l'ai déjà dit, tout ce qui dans l'activité humaine est empreint de successivité, de pluralité, de passivité provient, à ses yeux, de l'organisme. Pour Bûchez la propriété essentielle, constitutive de l'âmé, c'est l'activité même, l'activité une et spontanée. Il définit

I . Voir sur les questions traitées dans ce § , outre Ylntro^ diution à la science de C histoire^ le t. III du Traité de philosophie.

V^ipae : La substame de la spQutamité et 4e la person^ nalité humaine. Par son action ^poTk\wksiiy V^sprit pror duit soit des phéf^pmèses int€;l}fi»ctuel9, soit de^ mouYeme»ts corporeUf suivant U partie du système nerveux sur laquelle porte Iil;)rement cett^ actiqn. Q^ Vactioû accomplie natt une idée, qu? l'âme eoi^^rvç da^s ^ mémoire. L'activité librc^f FacUpH et la mémoire spiii* tuelle : voilà doi^c lef^ troi^ propriétés que fofirmt l'ana^ lyse de Tâme et par lesquelles elle est Timag^ de )a Trinité divine. Bûchez n'admet pas d'autres facultés propres à Tâme, et ainsi que je Tai indiqué plus l)^ut, il considère toutes celles qu^ les psychologues ont cru y voir, comme provenant des rapports de Tàme avec les organes divers du cerveau.

Bûchez a invoqué diverses raisons physiologiques pour prouver Te^istence de Tâme, notamment te défaut de tout centre intracrânien capable dç représenter Tunité de Tâme et le renouvellement constant de tpiites les parties de Torganism^. Mais Targument sur lequel il ^ insisté le plus et qui lui est tout à fait personnel, est tiré de la nature progressive de Tbomme, de sa faculté d'agir à priori, de produire du nouveau, de faire des inventions. S'il n'y avait dans Thomme que l'organisme, il n'accomplirait que des actes toujours pareils, car les aptitudes organiques restent totyours les mêmes et se manifestent dans un ordre constant. Du moment où rhomme serait réduit à ces seules aptitudes^ ses actions tourneraient dans un cercle invariable comme celles des animaux qui, ne se mouvant qu à posteriori^ n'obéissant qu a l'impulsion de leurs besoins ou des impressions extérieures, ont conservé les méfies habitl^d^s depuis le commencement du nionde. Si donc l'hofnme crée des idées et des choses novivellçs, s'j^ invente, s'il progresse, c'est la prenve qu'il y a chez lui une forpe

cxx NOTICE SUR BUCHEZ.

spontanée, à priori^ qui ne saurait être confondue avec i

les aptitudes organiques . |

La partie de Forganisme avec laquelle Fesprit se trouve en rapport étant le système nerveux et plus particulièrement Tencéphale, c'est sur ce système physiologique que se sont portées surtout les recherches de Bûchez. Son premier travail scientifique a été un mémoire sur la loi générale du système nerveux et les faits qu'il a constatés dans ce mémoire ont sei*vi de base à tousses travaux ultérieurs sur le même sujet. Il y prouve que les phénomènes nerveux de toute espèce, notamment les impressions que reçoivent les sens et l'action que nous exerçons au moyen des nerfs sur les muscles, sont dus à Une substance particulière qu'il appelle néçrosité et qui est déposée dans l'intérieur des tubes nerveux. Chaque fois que le nerf agit, c'est-à-dire chaque fois qu'il reçoit une sensation ou transmet un mouvement, il y a déperdition d'une partie de cette substance. Mais elle est renouvelée constamment par la circulation du sang , la névrosité étant sécrétée par les tubes nerveux , tapissés par un grand nombre de vaisseaux sanguins. Il résulte de là que les phénomènes nerveux sont intermittents, puisque chacun de ces phénomènes amène une déperdition de la névrosité et en nécessite le renouvellement; que la capacité de produire des phénomènes nerveux est pour chaque partie du système nerveux en proportion de l'activité de la circulation dans cette partie ; que cette capacité est locale, puisque l'épuisement et le renouvellement ont lieu sur des points déterminés. Plus la déperdition est grande dans un instant et un lieudonnés, plus le besoin du renouvellement ou de la réparation se fait sentir. La fatigue est le sentiment du besoin de réparation partielle .ou générale. Le sommeil est l'expression de ce be-

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soin et en même temps Tépoque de la réparation générale.

La faculté de Thomme de prendre des habitudes résulte directement de cette loi du système nerveux. L*habitude consiste dans la faculté que nous avons de faire une action ou une opération quelconque, physique ou intellectuelle, avec d^autantplus de facilité que nous la répétons plus souvent; elle consiste en outre dans le besoin de faire de nouveau ce que nous avons souvent fait précédemment. Or c'est une loi de l'économie vivante que l'exercice d'un organe appelle la circulation dans cet organe ; cette loi s'applique également au système nerveux. A mesure donc que nous exerçons davantage une partie de ce système, le sang y afflue • avec plus d'abondance et la névrosité s'y accumule en plus grande quantité. Par suite l'action nerveuse y devient plus prompte et plus facile et manifeste une. disposition naturelle à entrer en mouvement : de là les phénotnènes de l'habitude.

J'ai déjà dit comment Bûchez avait trouvé dans l'organisation du système nerveux les conditions de la successivité imposée à tous les actes humains, en d'autres termes les lois de la logique humaine. J'ai fait voir comment il ramenait à ces lois la nécessité pour l'homme de procéder du général au particulier ou (^ice çersa^ et l'état de sentiment, de raisonnement et de pratique par où est obligé de passer tout acte humain. Suivant Bûchez, toutes ces aptitudes nerveuses sont représentées dans l'encéphale, lors même que leur siège principal, comme celui des appareils du sentiment et du mouvement, est placé dans d'autres organes. Chacune d'eUes constitue une sorte de sens intracrânien ; mais ces sens ne doivent pas être confondus avec les facultés que les phrénologistes ont empruntées à la philosophie écos«

FiOnCE Sim BUCHBZ.

saûe, car îk sont infiniment phis numbiciui et lépondent à tontes les impressions qne llionune pent recev<Hr, à tontes les actions dont il est capable. Bnchez reconnaissait d'aillenrs qn^il est impossible à la science de déterminer le nombre et la nature de ces sens; mais il admettait qne le cerveau est double conune la plupart des organes des sens et que chacun des deux hémisphères cérébraux contient tous les sens intracràniens. Il tirait même de ce fait, comme nous le verrons, des conséquences psychologiques importantes.

L*esprit se trouvant intimement lié avec Foi^nisme, ils doivent concourir tous deux à la production des phénomènes psychologiques. Quel est le mode de ce concours et quelle est la part qu'y prend chacune des forces intégrantes?

Tout acte de Tesprit devient un fait intellectuel, un fait de conscience. Voyons donc avant tout comment se produisent les idées.

Bûchez n admet pas Texistence d'idées innées. Il reconnaît que certaines idées générales et abstraites sont toujours présentes à Tesprit et que celui-ci ne saurait s^en dépouiller sans renoncer à sa raison même. Telles sont les notions de cause et d'effet, de substance et de qualité, d'unité et de pluralité, etc.; mais il considère ces idées comme Texpression* de la nature même de notre esprit et de notre organisme et croit qu'elles se produisent naturellement par le contact de ces éléments constitutifs de notre être. Il ramène F origine de toutes les autres idées à la sensation et à renseignement.

Sa théorie de la sensation diffère essentiellement de celles des sensualistes du dix-huitième siècle. Il est loin d'admettre avec eux que les seus transmettent au cerveau l'image des objets extérieurs toute formée et que ces objets sont vus chacun dans son enseipble sitôt

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qp'ils se présemçut devant les y^ux. Suqboz prQUVci qu'il ne si^urgit en é^re ^xn&i, liQrfique nos yeux $*quyrent devant un champ de vision quelconque, ce sont à la Ibis d'innoinbrableç impressions luniipctus^ qui ce. peignent; fur notre rétine. Nous ne yoyons aucun objet particulier, mais une foule de couleurs diverses qui offi:*ent les formes planes les plus variées et n'ont aucune unité entre elles. Le même fait se reproduit pour tous les autres sens. Les impressions sensibles ne donneraient donc toujours que des perceptions fausses et confuses, si les diverses impressions appartenant à un même objet n'étaient unifiées ent^e elles par Tesprit et séparées des autres. Ce n'est que par cette unification qu'elles deviennent des idées claires, des sensations réelles. Or à quelles conditions cette unification peutelle s'accomplir.^ Puchez pense qu elle ne s'opère en général que grâce à iipe idée préexistante. L'esprit n'aperçoit une idée pouvelle que par le rapport qu'elle a avec une idée qu'il possède déjà. Ainsi quand nous avons l'idée d'un genre, d'une espèce, nous percevons et distinguons tous les individus qui appartiennent à ce genre ou à cette espèce; quand nous avons l'idée d'un but à atteindre, nous percevons les objets qui répondent à ce bnt. Chaque idée n'est donc qu'un terme de rapport établi soit vis-à-vis d'un système de cUssification, soit vis-à-vis d'un but, d'un usage; chacune n'exprime qu'une relation avec une idée antérieure * .

Bûchez n'admet qu'une seule exception à ce principe; elle concerne les premières idées qu'acquiert le petit enfant et par lesquelles il entre en relation avec ceux qui l'enseignent. Bûchez admet que sous l'impression de ses premiers besoins, de ses premières souf-

i . Ouvrage cité, 1. 1.

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irances et de ses premiers rapports avec sa nourrice, Fenfant parvient à concevoir par lui-même Topposition fondamentale de oui et de non, sous la triple forme de commander et obéir ^ agir et pâtir ^ user et s* abstenir. Ces idées qui comprennent déjà des notions morales, deviennent autant de termes généraux auxquels F enfant rapporte l'enseignement qu'on lui donne et qui lui permettent de le comprendre. Les objets nouveaux qu'on lui apprend à connaître se classent sous ces notions premières et il acquiert ainsi peu à peu toutes les idées qui ont cours dans la société.

C'est donc à l'enseignement que chacun de nous doit la presque totalité de ses idées générales et toutes ses idées morales. Cet enseignement, dont le premier homme a reçu les éléments de Dieu même, forme la base indispensable du travail intellectuel par lequel nous accroissons à notre tour la somme des idées existantes et ajoutons des connaissances nouvelles à celles que la société doit transmettre à nos descendants.

Mais l'enseignement, et en général toutes les communications intellectuelles ne sont possibles que lorsque les idées sont revêtues de signes, et d'autre part sans signes les idées ne pourraient même être conservées dans la mémoire. Le langage constitue donc la condition fondamentale de la pensée même et de la transmission de la pensée. Or le signe est nécessairement une forme matérielle, capable de faire impression sur les sens et qui, par conséquent, est représenté dans le cerveau par un mouvement nerveux quelconque. Toute idée qui ne repose pas sur une impression directe, étant représentée dans le cerveau par un signe, c'est-àdire un mot ou une combinaison de mots, il s'en suit donc, comme je l'ai déjà dit, qu'à toute idée correspond dans l'encéphale un élément matériel, et que tout acte

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intellectuel est produit par le concours de Fesprit et du cerveau.

Cette dualité que nous offre le fait intellectuel par excellence, la formation de Tidée, nous la retrouvons dans tous les autres phénomènes psychologiques. Reprenons en effet les trois grandes formes de l'activité humaine, le sentiment, le raisonnement et Faction pratique; la dualité nous paraîtra évidente dans chacune d'elles.

Le sentiment d'abord suppose nécessairement Tintervention de l'esprit. Quoique l'état émotif consiste dans une disposition du système nerveux, il a besoin pour devenir un désir déterminé, de s'attacher à une idée positive, c'est-à-dire il faut que l'âme lui ait donné un nom et un but. L'esprit a en outre la faculté d'exciter à priori l'appareil sentimental, de le mettre en jeu spontanément, ou bien de résister à ses impulsions, de les modérer, de les détruire. C'est quand le sentiment nous pousse avec violence à satisfaire des penchants égoïstes de l'organisme et que la morale nous commande de sacrifier ces désirs personnels à un but supérieur, que l'antagonisme et en même temps l'union intime de ces forces constitutives de notre être apparaissent avec évidence. Là est le terrain du libre arbitre et de la lutte morale, là se présente pour l'âme le choix de mettre sa volonté au service des impulsions organiques en devenant l'esclave des sens, ou bien de dominer et de régler les émotions de sa nature charnelle en les faisant servir elles-mêmes à l'accompUssement du but posé par la morale.

Cette opposition entre les deux natures se manifeste surtout dans la différence entre l'amour matériel ou charnel et l'amour spirituel ou la charité. Le premier n'est qu'un effet de la sympathie que j'ai décrite plus

cxtyi NÔttCE SOk BUCrtEZ .

haut. Lft sympathie produit une tsottcorUâiIce pâifaitè entre deux individus, une assimilation parfaite dé pliisieiirs personnalités entre elles, ihàls rien de plus. L'amour spirituel dont saint Pau la donné une simagnifique description sous le nom de charité, est tout différent; il se manifeste chaque fois qu'on sacrifie quelque chose de soi-mémê à son semblable, à sa femme, à son enfant, ou même à un être abstrait comme la patrie, le devoir. Dans les actes de ce genre nous sacri-* fions non-seulement nos désirs égoïstes, mais souvent nos sympathies mêmes, tomme lorsqu'un père corrige son enfant malgré la peine qu'il en éprouve. Ce n'est que de l'âme que peuvent émaner des actes pareils. Ils sont le produit d'une conviction profonde de l'esprit, c'est-à-dire de la croyance ou de la foi. L'amour sym-^ pathique au contraire ne repose que sur des habitudes de l'organisme.

Le concours de l'élément spirituel et de l'élément organique ne se montre pas moins positivement dans les opérations du raisonnement. Le jugement, Taiffirmation d'un rapport quelconque sont des opérations analogues à celle par laquelle nous percevons des sensations, nous formons des idées. Ce sont des actes de l'esprit par lesquels nous établissons une unité entre des éléments multiples. Comme nous l'avons dit, ces éléments sont représentés dans le cerveau par des impressions sensibles ou des signes ; à chaque impression et à chaque signe correspond un filet nerveux ou une combinaison de filets de ce genre et ces éléments, sont eux-mêmes reliés entre eux par une foule de filets intermédiaires. A l'ensemble de nos idées acquises répond donc un réseau nerveux sur lequel agit l'esprit pour créer des idées nouvelles, pour former les mille combinaisons que nécessite tout raisonnement. Sans

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actes spirituels d'une part, sans éléments nerVeux dé l'autre, aucune opération logB^ue ne serait donc possible. Du reste, le rôle du réseau nerveux apparaît clairement dans Tassociation des idées. Chacun sait que lorsque deux ou plusieurs impressions nous ont Frappés simultanément avec une certaine force, il suïBît que Tune de ces impressions se reproduise pour que les autres apparaissent en même temps. Ce phénomène est dû évidemment aux trajets nerveux qui lient entre eux les nerfs où siègent ces impressions diverses. L'association des idées se trouve parfaitement expliquée de cette façon.

La même observation s'applique â là mémoire matérielle. Bûchez admet deux espèces de taiémoire , la méiiloire tnatérielle qui i'éside dans le cerveau, la mémoire spirituelle qui constitue une faculté fondamentale de Tesprît. La première est une sorte d'association des idées combinée avfefc l'habitude. C'est la faculté en vertu de laquelle nous apprenons par cœur un morceau de littérature ou Une suite de mots quelconques, ou nous nous représentons exactement les détails d'une figure, d'un paysage que nous avons vu plusieurs fois. Quand en effet une série d'impt-essions nous frappe à plusieurs reprises dans le même ordre, le système nerveux s'habitue à celte reproduction et nous pouvons rappeler à volonté toute la série des impressions ainsi associées.

Mais en dehors de cette mémoirie matérielle, il e:&iste une mémoii^ spiritilelle dont les carâctèi-es ne sont plus les mêmes. C'est par elle que nous conservons daris l'esprit le souvenir des connaissances que ilous àvotls acquises, des idées que nous avons eues, des actions que nous lavons faites, non le souvenir actuel et j^résent , mais ce souvenir latent de tout ce

cxxviii NOTICaE SUR BUCHEZ.

que nous avons appris , de tout ce que nous savons, que Tesprit porte toujouis avec lui et qui, sans se manifester dans la pensée actuelle, concourt à tous nos jugements, à toutes nos actions. Pour que ce souvenir apparaisse dans la pensée actuelle, il faut la présence du signe ou de l'impression sensible, c'est-à-dire de l'élément matériel ; nous trouvons donc là encore la coopération de Fâme et de l'organisme, indispensable à tous les actes intellectuels. La mémoire spirituelle forme aux yeux de Bûchez une des trois facultés fondamentales de l'âme. Elle est pour chaque homme le gardien incorruptible , non-seiilement des idées géné« raies qu'il a acquises, mais des actions bonnes ou mauvaises qu'il a accomplies ; elle constitue pour ainsi dire sa conscience et sa raison, et il est impossible de ne pas y voir une modification substantielle de l'âme même. Elle est donc impérissable, et nous l'emportons avec nous dans la vie future où elle est le signe inniable et infaillible d'après lequel nous sommes juges.

Enfin, Bûchez croyait que l'idée du moi et la réflexion par laquelle nous nous rendons compte de nos propres actes tenait à certains rapports de l'esprit avec l'organisme. C'est là qu'il faisait intervenir son hypothèse de la dualité du cerveau humain. Il supposait que Tesprit agit dans l'un des hémisphères du cerveau, que cette action se trouve répétée dans l'autre par l'eflfet des liens nerveux qui font communiquer les deux hémisphères entre eux, et que dans ce dernier l'esprit aperçoit sa propre action qui se présente à lui sous la forme d'une impression objective. C'est en se voyant ainsi agir lui-même comme dans un miroir que l'esprit acquiert l'idée du moi, qui suivant Bûchez n'est nullement une idée première et qui n'apparaît qu'assez tard chez le petit enfant. Cette hypothèse est fondée

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sur diverses observations d'où il résulte que le seatiment du moi et la réflexion disparaissent, quand Tun des deux hémisphères du cerveau est paralysé. Bûchez, a basé sur les mêmes considérations une théorie de la monomanie ou folie raisonnante, tandis qu il expliquait la manie ou folie générale par des irrégularités dans la nutrition du cerveau.

Dans l'action pratique c'est le rôle du corps qui paraît prédominant et Fesprit ne semble manifester sa présence que par l'impulsion qu'il donne aux organes du mouvement et par la direction générale qu'il imprime à l'ensemble de l'action. Il en est ainsi en effet quand on ne considère qu'une action isolée. Mais quand on prend toute la vie pratique d'un individu, quand on envisage surtout la succession des individus dans la société, on voit que même dans cette phase de l'activité humaine , l'esprit exerce l'influence prépondérante. La force spirituelle, en effet, ne se borne pas à imprimer des mouvements à l'organisme, elle approprie les organes mêmes à la fonction qu'ils doivent accompUr et les transforme jusque dans leurs parties les plus dures et les plus résistantes.

C'est par un phénomène analogue à l'habitude que s'opère cette transformation. J'ai déjà dit que l'exercice d'un organe y développe la circulation; par suite, cet organe agit non-seulement avec plus de facilité, mais il se nourrit mieux et s'accroît en volume. Il dépend donc de l'homme de changer les proportions qui existent entre les diverses parties de son organisme en général et de son système nerveux en particulier, d'augmenter le volume et la puissance des unes en y appelant la circulation par l'exercice, d'amoindrir les autres en les laissant dans l'inaction. Cet effet résultera surtout des habitudes qu'il prendra « Ces habitudes

cxtt Nottcfe suii bUCtïEZ.

pouttoht Sirb bohtiës i3U hiaavâièës, b'éki-à-tlii^ iivoir eti vue l'â'(JbohiJ>liéséthfeht de devoirs faioralii ott téhdbe 1itl{({Uemëtit â deë isatisfabtiHnS égot^tbs. Il Aé^bM de là irolonté de chaque îndiVidli de dêVëlop^ei* sfeè br- ^m^i dân^ Uh Hë ides sëiis b\ï dans r^iitré. Sui^laiii lëckoiîtjii'il fferàj ce serbhtlëssëtitîinetitssytii^àtliicjiles, les facultés intellectuelles, les tehd&hces vëH Ife bîeh, ôtl lë^ 'à{>pétits ^tbssiers et bt-utàiii de hêtre hature àtiithàlë q\ii pts^tàudtont dânà son Systèthfe hèrVëùi. Lesnibdiâë&tiohs qui s'qpètëtit.dkûs èe syâtëthe ëii Vëftu d'itifltlëiicëâ pàreillëâ sôilt tèlleiheiit i'éellés qu'elles téagi^sént tnêitie Sur leà bbganës eitéHeurs et appàrâisseiit à châëtih au prëthiër bbtlti d'œil.

Or; c'est uh feit constaté par là éciencë tjuë le^ dîspoàitibtts du systèhie tterVeui; liatut'elles ou acquises , de itlêbie ^^ë belles de tous les orgaiiës {Physiologiques^ se transihettënt héréditairement des parehts aux enfants. Les habitudes aclj[uises par le père se traduiront donc chez Tenfant par une disposition, une aptitude à acquérir des habitudes analogues, et lorsque cette transmission aura continué pendant une série de générations, les derniers arrivés pratic^ueront Sans peine et avec facilité ce que leurs ancêtres ne pouvaient accomplir qu'au ^rix d'une volonté énergique et de vigoureux efforts.

Cette facilité plus grande provient avant tout du développement même des oi^anesqui sont le siège des aptitudes acquises. Ce développement cohiihence par le système nerveux; mais c'est un fait d'expérience que le Isystème nerveux transforme à son tour le système musculaire et le système oiseux. Â mesiire que le cerveau s'élargit par suite du développement des habitudes intellectuelles, le crâne s'accroît pour contenir cette plus g)rande masse nerveuse, tandis que les os de

NOTICE SUR BUCHÊE. cxxxi

la face diinitiuem en proportion. Céiii-ci augEnentetit au contraire et se rapprochent des formes atiimales lorsqu'une suite dek générations se livre uniquement amt impulsions des instiiicts égoïstes. Toutes les autres parties du corps subissent des transformations analogues, et c'est ainsi que dans une soeiëté doniiée; la conformation physique de la knajorité des individus dépend dlss habitudes morales et intellectuelles qui y domitiènt bu y ont dominé.

De là, là formation de races diverses dans Tespèce humaine; De ces races; lés unes sont |)rogressives; qiian d les croyances morales qu'elles profossent sont dénature à perfectionner dé plus en pliis leur organisme j les autres sont en dégénérescence, qiiand chez elles les habitudes purement instinctives ont pris le dessus.

§ 4. 4»ÔUTI<itJÈ k± SCifeNCÈ SOCIALE*.

Je pourrai être bref sur les doctrines politiques et sociales de Bûchez, puisqu'dile^ sont exposées pour la plupart dans Touvrage auquel est joint cette notice.

L'idée qui les domine est celle dti progrès, et bomme je Tai déjà dit^ Biichez en élevant le progrès aU rang d'une loi universelle., s'est trouvé placé à ud point de vue qui diffère absdlunient de .celui qui sert de fondement au plus grand nombre des théories morales et sociales.

Dails la plupart de ces théories, c'est le bonhebr qui forme le but dernier de l'homme; Le bonheur leur sert de point de départ â toutes, et. elles ne diffèrent qu'en ce que suivant les unes l'iddividii doit chercher la satis-

4 . Voir notanimetlt sttr les queMibiis traitées daUs ce §, les deux séries de C Européen et là Revue nationale.

cxxxii NOTICE SUR BUCHEZ.

faction de ses désirs sur la terre, tandis que les autres placent la félicité dans la vie future et reconnaissent qu'ici-bas nous ne pouvons que la mériter. Beaucoup d'entre elles ne proposent à Thomme que d'aspirer à son bonheur individuel, quelques-unes seulement demandent qu'il se préoccupe avant tout du bonheur général ou de l'utilité collective. Mais toujours c'est pour lui-même que l'honune est sur cette terre, et ceux mêmes qui admettent qu'il doit coopérer à l'utilité générale ne le font que parce qu'ils y voient le moyen du bonheur ou du mérite d'un plus grand nombre d'hommes.

Au point de vue du progrès, il n'en est plus ainsi : l'humanité n'est plus qu'un rouage de l'organisme universel, une fonction de l'œuvre progressive à laquelle concourent sous l'œil de Dieu, toutes les créatures. Cette fonction elle la remplit librement et volontairement il est vrai ; tous les individus qui concourent à l'accomplir acquièrent par cela même un mérite et ont droit à une récompense. Mais ce mérite ne constitue pas plus que les satisfactions légitimes qu'ils peuvent éprouver sur terre, le but même de leur existence. Si le progrès est en effet une loi universelle, ce but n'est pas dans les individus, il n'est pas même dans les sociétés, ni dans l'humanité entière. Il est dans le plan divin qui régit le mouvement universel.

Et évidemment dans le progrès qui embrasse tout le monde créé, c'est l'humanité entière qui remplit la fonction himiaine, ce ne sont pas les sociétés particulières, encore moius les individus humains. L'humanité est fonction du progrès universel, les nations sont fonctions de l'humanité, l'individu est fonction de la nation dont il fait partie. Ainsi se trouve renversée l'hypothèse ordinaire qui ne voit dans la société que le moyen du

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bonheur individuel et dans rhumanité que la collection des sociétés, c'est-à-dire une sorte d'entité abstraite dépourvue de vie et d'unité.

Est-il besoin de dire que le point de vue de Bûchez est le seul qui s'accorde sinon avec les théories des philosophes, du moins avec la morale religieuse et sociale de tous les lieux et tous les temps ; le seul qui explique pourquoi l'individu est obligé de réprimer ses penchants égoïstes et de se faire ouvrier d'une œuvre commune, pourquoi la société peut lui demander jusqu'au sacrifice de sa vie, pourquoi l'abnégation, l'amour des autres, le dévouement à la patrie, le sacrifice au devoir ont toujours passé pour les plus hautes vertus ? Ces principes suprêmes de la morale, Bûchez les avait toujours reconnus et proclamés hautement, même quand il était matérialiste. Mais il ne lui avait pas été difficile de comprendre qu'ils étaient en contradiction directe avec le matérialisme. En réalité, il n'y a que la loi du progrès universel qui puisse en rendre compte rigoureusement.

Le sacrifice et le dévouement, imposés à l'homme par la morale, ne sont à ce point de vue que la conséquence de la loi générale qui se résume par ce mot : Nul être n'est créé pour lui-même. Cette loi s'applique à toutes les créatures que nous connaissons. Le monde physique ne se conserve qu'au prix de destructions incessantes. Les végétaux ne vivent qu'à la condition de décomposer le sol qui les nourrit, les animaux ne semblent destinés qu'à en dévorer d'autres et à être dévorés par d'autres à leur tour. Chez l'homme le sacrifice n'a pas ce caractère fatal , irrésistible ; il est libre et volontaire et renfermé dans des limites restreintes. L'homme est rarement obligé de donner sa vie pour ses semblables. Mais son sacrifice de tous les jours consiste

cxxxiv NOTICE SUR BUCHEZ.

dans la domination qu'il exerce sur les penchants et les instincts égoïstes de sa chair, dans sa ferme volonté de toujours préférer le devoir et Tintérêt général à son intérêt particulier, dans les privations et les peines qu'il s'impose pour le bien de ses semblables. Ce sacrifice aussi a ses mérites et il est peu d'hommes qui s'y soustraient complètement.

Mais de ce que l'homme, pas plus que les autres êtres p'est créé pour lui-même, il ne suit pas qu^il ne puisse aspirer à aucune satisfaction personnelle. En d'autres termes si le bonheur n'^stpas son but, qn ne saurait en conclure que sa destination soit d'être malheureux. Qn a remarqué que les prescriptions de fa morale coïncident avec l'utilité bien entendue, non pas toujours de chaque indivjdu en particulier, maïs du plus grand nombre des individus et de la société. Les buts moraux qui ont été jusqu'ici proposés à l'homme tendaient tous en effet à constituer le corps de l'humanité elle*méme, c'est-à-dire à peupler le globe d'hommes offrant toutes les perfections spirituelles et organiques propres à leur espèce et à les unir dans )a croyance à un devoir commun. La réalisation progressive de la morale a donc toujours eu pour résultat l'augmentation du bien-être social. C'est la confirpiation de la parole : Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donqé par surcroit. Aussi n'est-il pas pour la société de moyen plus assuré de favoriser l'utilité générale que d'obéir à la loi morale et de réaliser des progrès qu'elle commande. L'amélioration du sort matériel de la majorité des individus, l'élévation du niveau intellectuel et n^oral, la prospérité sous toutes ses formes, la seicurité, la grandeur, la puissance, tels sont les fruits que recueille toute nation qui marche énergiquement dans la voie di» progrès. L'individu aussi, quoique son

NOTICE SUR BIJCHBZ. c^^y

tm ne so}t pas 1^ |30Dhei|r ^\ qi^'il lui spit. jipppsçiblç d'attendre la félicité parfait^ ipj-l^^s, trpHY^ dap^ 3a qature la sourcq de maia^^s s£^tifaç|;ions qui ne sqpt p^s contraires au cjevoir. En yert^j di^ f:;ar^ctài'e gpnéi:al4'wtilitë que p?-ésentent Ips presçpp|;ipns morales, eljçfi \\\\ commandent plutôt qu'elle? np lui déf^ncjent d'aspireç au bien-être et de développer ses facultés intellectvieUes, pourvu que ce ne sojt pas au^ dépqu^ d^ ses semblables, et elles ne^igei^J. de ]}xi ni saOrifiçp ni nip^tification qyd n'ait pas pn vue le bien géqéral. ^'ailleurs graceàTorganj^a^pn ^eryeus^ de l'homme, |e$ sacrifices qu'il fait tous les jours (Jeyiennent popf lui une l^abitude et cessent d etie pénibles, et popf celi}i qui croit profondément à la moral^, l'^ccompli^siçqîent 4^ 4^" voir et même J'abnégatjpn poujssép ai( plus liapt degfjè constitue une satisfactioi^.

Les considérations qui précè^eu^ ^^pnent la cljsf ^p la théorie politique de Bûchez.

Évidemment sa conception générale ne l|ii perippttait pas d'accepter le principe que la société n'a d'^i^j^re buf que la garantie des droi|;s et des intérêts ipdiyi4uels. Il posa donc un principe ppuveaii en établissant qp'une société ne peut se former que lorsqu'on but coipmun d'activité réunit tous ceux qui doivejif en faire partie dans une pensée et dans une oçuvre çoipmune. Up ^ut pareil, capa]3le de servir de lien 4 4^s populaffons popibreuses pendant une Iqpgiie suit^ (Ip gépératioBis, ne peut émaner suivanj. lui que 4'Rne mpralp yejigiepsp. J'ai fait voir en exposant sop système historique, coufment il explique Tapparitiop de ces buta dans les époques organiques de l'bupiapité ej; pom^ient leur réalisation constitue ^ ^es yeux le progrès gçnéf al dç notre espèce.

C'est parce qu'il existe des buts communs d'activité

cxxxvi NOTICE SUR BUCHEZ.

qu'il se forme des nationalités. Quand une population a été unie pendant un certain nombre de générations dans une même pensée religieuse et morale, dans la marche progressive vers un même but, il s'établit entre les diverses parties dont elle se compose, cette unité de sentiments, de traditions, de croyances, d'habitudes qui constitue la nationalité. Bûchez a le premier appelé l'attention, en 1831 sur le principe de là nationalité qui joue un si grancl rôle dans la politique contemporaine, et il Ta posé immédiatement dans son vrai jour, en en éliminant ridée de race et en faisant voir qu'il a sa source principale dans une croyance morale.

Les nations sont les membres de l'humanité ; elles se divisent entre elles le travail de la réalisation du but général. Mais les nations elles-mêmes sont des organismes dont la forme générale dépend des conditions imposées par le créateur à l'activité individuelle et sociale et des relations de l'homme avec le monde physique. Bûchez appelle constantes sociales les organes ou fonctions permanentes qu'offre tout corps social et les institutions qui représentent ces fonctions, et il les divise en deux classes, les constantes de conservation et les constantes de progression. Parmi les premières figurent l'enseignement , la famille , la propriété, la liberté individuelle, l'administration, l'organisation judiciaire et militaire , etc. La principale des constantes de progression est le gouvernement. Bûchez ne reconnaît à ce dernier , qu'il sépare complètement de l'administration, d'autre fonction réelle que d'être l'agent du progrès. C'est quand ils comprennent cette fonction et l'exécutent , que les pouvoirs acquièrent la force et l'autorité; quand ils la méconnaissent, ils périssent à un terme plus ou moins éloigné, mais certain.

NOTICE SUR BUCHEZ. cxxxvii

Bûchez, ayant traité longuement du but d'activité, de la nationalité et des constantes sociales dans Touvrage auquel est joint cette notice, je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur ces questions. Mais je dois faire connaître ses vues sur Téconomie sociale et Tensemble des transformations de l'avenir qu'il n'a fait qu'y indiquer.

J'ai dit que la question sociale, posée par Saint-Simon, avait vivement préoccupé Bûchez depuis le moment où il avait connu les travaux de ce philosophe, et qu'il avait contribué pour beaucoup à la critique de l'état social moderne, faite par l'école saint-simonienne. »

Les résultats généraux de ses travaux sur le progrès ne firent que le confirmer dans ces idées. Il lui fut facile, en » effet, de constater que si l'on excepte l'esclavage, l'organisation économique de la société moderne est encore la même que celle du monde antique au temps de l'empire romain. Les principes relatifs à la propriété sont restés les mêmes; quelques particularités seulement qui provenaient du droit romain primitif et qui s'effaçaient dès lors, ont complètement disparu depuis. Comme alors la terre et le capital, c'est-à-dire les instruments du travail, se transmettent héréditairement, et la possession de ces instruments donne à celui qui l'a acquise le moyen de prélever une rente, un intérêt, un bénéfice sur le travailleur, en vivant oisivement luimême. Par suite les positions sociales sont elles-mêmes restées héréditaires jusqu'à un certain point, car ce n'est que rarement et par exception que ceux qui naissent dans les familles dépourvues de capital parviennent à s'élever aux positions supérieures , aux travaux du gouvernement, de l'administration, des lettres, des sciences, des beaux-arts , mieux rétribués par cela même qu'ils forment l'apanage d'une classe privilégiée. Enfin si la

cxxxviu NOTICE SUR BUCHEZ.

sqdété n'est plus divisée en maîtres et ex\ esclaves, elle Y^t en possesseiirs de Tipstrament 4e travail e% en salariés , et par Teffet du jeu de nos institutions écononoiques, le sort de ces derniers est quelquefois morale^ ment et nia};ériellement si misérable que des pubjicistes ont pu prétendre que, celui des esclaves antiques lui était préférable sous certains rapports.

Une telle situation répond-elle aux principes de r^É^vangile? L'Évangile dit : « A chacun selon ses œuvres » et si ce principe est applicable sur terre, c'est surtout en matière de rétribution du travail. \l dit encore : « Celui qui pe veut pas travailler ne doit pas qianger^ » De tels préceptes sont-ils coinpatîbles ayec Toisive^é que la possession héréditaire des i^^sfruments du travail assure à une partie des membres dq la société, avec les inégalités extrérpes qu'oflTre la rémunération di; travail, avec Topulence d'une minorité qui vit s^ns rien faire et )a n^isè^e de la plupart de ceux qifi se livrent aux plus rudes labeurs ? Évidemment noij.

Bûchez trouvait dans cette profonde confradiptipn entre les principes posés par l'Evangile et Tét^t social des peuples mode^ne^ 1^ vérif cation d'un des points de sa théorie historique. Elle lui prouvait de nouveau que l'œuvre du christianisme est loin d'être terminée; que si l'art et la gcience ont été transformés, Fécqnomie sociale réponse presque en entier encore sur ses bases antiqijps. ]\ pensait donc qup l'avenir réservait à l'humanité upe forme sociale nouvelle, par laquelle les principes de la nioraje chrétienne seraient complètement réahsés , pu chacun trouverait à sa libre disposition l'instruction et le papital nécessaire pour toute espèce de tr^y^il utile , o]^ tous |es travaux seraienji j^stejXïent

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