‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 31 sur 95 · fP Épitre aux ThessalonicicnSy m · texte numérisé non relu

fP Épitre aux ThessalonicicnSy m

NOTICE SUR BUCHEZ. cxxxix

et proportionnellement rétribués , où tout travailleur aurait la propriété du ferait de son trayail , où par conséquent il n'y aurait plus de privilèges de naissance, plus d'oisiveté , plus d'ignorance, plus de misère héréditaire.

Mais Bûchez savait que dç telles transformations ne s'opèrent pas en un jour , qu'elles ne peuvent être ni décrétées par un pouvoir, quelque absolu qu'il soit, ni votées par une assemblée patiouale; qu'elles ne sont toujours que le fruit d'une lente progression historique. Aussi se sépara t-il dès l'origine ^ur cette question des autres disciples de Saint-Simon. Tandis que ceux-ci prétendaient réorganiser la sqciété d'en haut en établissant une vaste communauté hiérarchique, Bûchez, qui avait toujours repoussé le communisme et considéré l'échange comme la seule forpe de la distribution des richesses compatible avec la liberté, Juchez pensa que la réforme sociale pq^vait s'opérer au sein de la société même d'une manière toute pacifique et sans léser les intérêts des possesseurs existants. Il crut que c'était aux classes déshéritéKes elles-mêmes à en prendre Tinitiative et qu'il ne dépendait que d'elles de pi^'ép^rer aux générations à venir une existenpc mçiU^u^e. Cpipine moyen il proposa Y association oui^rière.

Bûchez enseigna cette idée çiè» 1830, daps des cours publics; il la développa dans r Européen de 183^-32, et bientôt après, plusieurs associations, dont une existe encore, furent fondées squs ses auspices. En 1 9^S cette idée acquit un grand éclat , et lorsqu'après la chute die la République les associations s'affaissèrent en France , le principe ?e prqpagea sous dep formes diverses à l'étranger, aujourd'hui ce mouviepent prepd un gran4 es^of pi e3^ci|.e dans tquit|e l'Purppp T^jtpntjqn des peuples et des gquverncincnts.

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Mais la plupart des associations qui s'organisent actuellement ne répondent qu*imparfaitement à la pensée de Bûchez. Un certain nombre d'entre elles réussiront sans doute et amélioreront le sort de leurs membres ; mais elles finiront nécessairement par se dissoudre et celles qui viendront après, auront à lutter contre les mêmes difficultés qae leurs atnées. Ni les unes ni les autres n'apporteront de changement essentiel dans Torganisation économique de la société; elles auront pour résultat bienfaisant de répartir le capital entre un plus grand nombre de possesseurs , mais elles ne modifieront en rien les rapports mêmes du travail et du capital, ni la répartition des fruits du travail. Pour arriver à la transformation pacifique de Tétat social actuel, Bûchez demandait que chaque association formât un capital perpétuel et indivisible. En d'autres termes, il voulait que chaque association prélevât tous les ans une part sur ses bénéfices, mettons un dixième; que ce dixième capitalisé servît d'abord à rembourser les sommes que la société pouvait devoir à ses membres ou à des étrangers et qu'il constituât ainsi le fonds avec lequel travaillerait l'association , fonds qui s'accroîtrait annuellement du dixième des bénéfices nouveaux. Dans la pensée de Bûchez, ce fonds ne devait jamais être partagé et chs^que membre de l'association devait renoncer pour lui et ses héritiers à la propriété de la part qu'il pouvait y avoir. Ce fonds serait ainsi soustrait à l'hérédité ; mais tous les membres de l'association auraient part aux revenus 'qu'il produirait, et une fois qu'il serait suffisant pour les affaires de la société , chaque membre jouirait réellement du fruit entier de son travail; car il ne serait plus astreint qu'à l'abandon , indispensable dans tous les cas, de la portion nécessaire pour la conservation

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et raccroissement du capital commun. Il est vrai que l'associé sortant ne participerait plus aux revenus de ce fonds qu'il aurait contribué à économiser , et qu'il en serait de même des héritiers de Tassocié décédé. Mais ce serait toute justice, puisque le capital ne produit pas de lui-même et que c'est le travail seul qui le fait produire. D'autre part, tous les travailleurs qui dans l'association remplaceraient les membres décédés ou sortis jouiraient immédiatement des fruits du capital indivisible, à charge de le conserver et de l'accroître à leur tour. En réalité il n'y aurait que les fondateurs de chaque société qui s'imposeraient un sacrifice; pour leurs successeurs au contraire , pour les hommes de la seconde génération, ce sacrifice peu considérable d'ailleurs serait compensé par un avantage bien supérieur : ils seraient admis gratuitement à l'exploitation d'un capital tout formé, sous la seule condition de le transmettre entier et augmenté à la génération suivante. Il suffirait donc que l'association (ùt généralisée et que, dans chaque profession, il y eût un certain nombre d'associations, pour qu'après un certain nombre de générations, chaque travailleur trouvât toujours un instrument de travail à sa disposition et jouît du fruit entier de son travail *.

Ce système sera-t-il appliqué, ou bien en trouvera-t-on un meilleur, ou bien encore la réforme sociale se ferà-t-elle par la voie des révolutions violentes? C'est ce que l'avenir apprendra à nos descendants. En tout cas Bûchez pensait que la transformation que

i • Les idées de Bâchez sur ces questions ont été développées dans V dissociation ouvrière j industrielle et agricole y par H. R. Feugaeray, 1851, in-8, et dans mon Traité d économie sociale^ 18S1, in-8.

cxLîi j^dTtfcÈ S«R BbCriËZ.

flfevrd ôpétet l^association ne s'ac(;oin{)lirait qUe trèslètitemetit, surtout AànÉ rinjiiistrie â^Hbolë ; il t^akulaîi qu'à partit* même dU moiUent où ce Ulbuvëmeui aurait pris tout son ëssor^ il faudrait pins dé ttoU cktkXÈ ans pour tïieltfe la plus grande partie de \à Jirôpriété fottcière aux niains àeà travailleurs.

On voit que Tidëal de Bûchez était placé loin dàn$ rdveriir. Cette remarque ne ^'applique pas seulement à sa conceptidn sur Torganisation futiire du travail^ maiâ à Fensenible de ses espéi^nces sur les destinées futures delà société dhrétietine. Mais biéii. qu'il eût vivante devant les yeux Tirnage de Tidéd chrétien fet ^u'il crût avec une foi profonde à la transformation future de l'humanité , il consentait rarement à exprimer son bpinion sur ces réalisations éloignées^ car il savait qu'en ces matières on tombe facilement dans l'utbpie et pensait qu'on ne pouvait affirmer avec certitude à regard de Ta venir que quelques hautes généralités.

Ces généralités étaient pour lui à peu près les suivantes :

Tous les peuples de la terre formeront une vaàte fédération i cimentée par la croyance dé tous à la même loi morale et religieuse du christianisme.

Chaque peuple se gouvernera lui-même par ses représentants élus. Il sera établi que la fonction essentielle du gouvërnemeilt est de faire progresser la sqçi^té et on ne tolérera que les pouvoirs qui rempliront fidèlement ce devoir.

Il n'y aura plus de fonctions héréditaires d'aucune sorte, ni dans Torg^anisation politique ni dans Torgaliisatibn sociale. Tbiiis lés hommes seront libres et égaux. Chacun recevra Téducation qui fait l'nonime et le citoyen et Vinstruction nécessaire pour la profes-

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sion qu'il aura choisie; chacun aussi trouvera à sa disposition gratuite Tinstrumeat du travail qu'il est capable de faire. La rémunération du travailleur sera conforme à son œuvre et dans les travaux industriels il aura la propriété de son produit, directement ou par réchange.

Bûchez pensait que l'application de ce dernier principe, jointe à la diminution de la peine du travail matériel qui serait la suite de l'invention des machines et de tous les perfectionnements de l'industrie, aurait pour résultat de rendre la position des classes industrielles plus avantageuse que celle des autres , que celle notamment des agents du pouvoir et de l'administration. Ceux qui rempliront les fonctions politiques et administratives resteront en efiet à l'état de salariés; leur rétribution probablement ne cessera de décroître, et leur responsabilité deviendra de plus en plus sérieuse. Bûchez voyait là un bien, car par suite les hommes dévoués ou du moins ceux qui préfèrent l'honneur d'un devoir accompli aux profits pécuniaires, seraient les premiers, sinon les seuls à aspirer à ces fonctions. Bûchez pensait que le principe du pouvoir avait été transformé par cette parole de Jésus-Christ : « Qu'il n'en soit pas parmi vous comme chez les nations où les chefs dominent avec empire, mais que celui qui voudra être le premiei parmi vous soit le serviteur des autres. » Il considérait la relation sociale que je viens d'indiquer comme une réalisation possible de ce principe nouveau.

A. Ott.

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