est cependant une connaissance implicite
ment contenue, comme Uint d'autres, dans le langa£;e, et dont le développement complet a été certainement de même date : c'est la morale. En effet il paraît aussi impossible qu'une société existe sans morale que sans langage. Si petite qu'elle soit, fût-elle composée d'une seule famille, elle ne pourrait ni durer, ni prospérer sans un règlement de cet ordre* Or, dans le langage, la partie morale n'existe qu'à l'état abstrait, à l'état de simples catégories. Le bien, le juste, le commandement, l'obéissance peuvent être entendus de diverses manières. Pour constituer des règles pratiques^ il faut que ces notions deviennent des préceptes pratiques définis, des formules obligatoires. C'est d'une évidente nécessité. L'histoire même nous montre que certaines de ces déBnitions, certaines de ces formules ne se ressemblent pas toujours, et, bien plus| se succèdent et se remplacent.
Il y a en effet dans la morale deux espèces de préceptes : les uns susceptibles de variations, les autres qui restent constamment les mêmes. Les premiers se rapportent à la marche progressive de l'humanité ; ils sont relatifs à l'œuvre qu'elle accomplit dans une période donnée; ils changent avec l'œuvre elle-même. Les autres sont constants, invariables, éternels en quelque sorte ; ils se retrouvent toujours identiques. Ces derniers
•12 TRAITÉ DE POUTIQUE.
sont de même date que le langage et la société elle-même. On devine sans peine par une simple induction du connu à Tinconnu quelle était cette doctrine primitive. En tète Dieu ou la loi ; comme corollaire» une formule positive des devoirs, puis la responsabilité de chacun, et enfin, comme vertu suprême, le dévouement ou le sacrifice de ses instincts, de ses passions, de ses appétits et même de sa vie au bien de tous. La Bible et tous les monuments des premiers âges nous apprennent en effet que ces principes étaient ceux des premières sociétés, comme ils ont été ceux des sociétés postérieures. La Bible nous apprend en outre quelle fut la morale particulière des sociétés primitives '.
Je n'oublie pas que dans le dernier siècle on a mis en doute cette tradition ainsi que beaucoup d'autres. Aujourd'hui que l'on connaît mieux l'histoire primitive on est moins absolu ; la Bible est considérée par les savants comme le témoignage le plus complet que nous possédions sur cette époque. Néanmoins le préjugé reste chez beaucoup de personnes. On ne peut pas ici, comme en physique, préparer une expérience et la refaire autant de fois qu'on le demande ; mais à défaut d'expérimentation, nous avons l'obser-