‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 36 sur 95 · SCIENCE POLITIQUE DES ANCIENS · texte numérisé non relu

SCIENCE POLITIQUE DES ANCIENS

de publicistes qui ne croient pouvoir trouver ou avoir trouvé ce type immobile du bien. C'est là sans doute une opinion qui dans certaines circonstances peut être fort innocente, et quelquefois même utile. Mais il en est tout autrement lorsqu'elle est adoptée par un gouvernement établi, notamment lorsque celui-ci a la prétention de représenter le type absolu du bien possible, dans les choses humaines. La situation alors devient pleine de périls; car il en résulte une immobilité systématique nuisible tant qu'elle dure, et une fin toujours malheureuse. Telle fut l'histoire d'un de nos derniers gouvernements en France. H tomba pour n'avoir pas voulu un médiocre accroissement du corps électoral. Tout le monde sait que le mot juste milieu, si usité à cette époque, est la traduction d'une définition aristotélicienne.

10. Selon la science grecque, telle qu'elle nous a été transmise par Platon et Âristute, la question sociale tout entière réside dans la forme des gouvernements. Or ces auteurs admettent, et il est nécessaire de le rappeler ici, trois formes de gouvernement types : celui d'un seul, la monarchie ; celui de plusieurs, l'aristocratie; celui de tous, la démocratie; — et trois formes correspondantes qui représentent les dégénérations ou les altérations de celleslà: la tyrannie, l'oligarchie et la démagogie. Toute révolution consiste dans le passage d'une forme à

iipe ^^tr^, et P^tte révolution q toujours pour cauae lsi dagénération d'upe des formes typiques. C^ ^of)t 1^$ douffrapces et les colères produites par c^tte corruption qui poussent les citoyens à la ré*^ vplte ^t m cbangement. Ainsi tout le mouvement soçigl çoiimXG dans cette transition d'un état de^ venu inauvais à un état dont on espère mieux, mais qui à son tour devra se corrompre* Lorsque ie o^rple des expériences est terminé, on le reprend là paéma d'où on était parti, c'est-rà-dire qu'après avoir passé de la monarchie à l'aristocratie et de cellenci h la démocratie, en traversant la tyrannie et l'oligarchie , on revient à la monarchie pour échapper à la démagogie. Ce mouvement cirou* laire est décrit par Platon et par Polybe. Il n'est qulqdiqué par Aristote.

Cette théorie du mouyement circulaire dans les événements humains était en conformité parfaite avec la philosophie générale des ancien^. En effet, Platon et Aristote enseignaient que le monde où nous vivons était éterpcl, mais sujet à de perpétuels changements et par suite à des retpiirs pério«diqges en toutes choses, yécole de Pythagore n'était pas moins positive sur ce sujet. Elle epsei-f gpait que les sopiétési coipnie les individus, avaiept upe vie borpée, qu'elles naissaient et croissaient, avaient leur virilité, leur vieillesse, leur décrépitude, et qu'enfin elles disparaissaient

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de la (»cèna du monde laissant la place à d'autres dont les destinées étaient pareilles. Cette doctrine, qui nous a été transmise par Ocellus Lucanus, a été appliquée à Thistoire de Rome par Velleius Paterculus.

Ainsi^ il y avait, chez les anciens, une théorie générale historique, ou, pour nous servir d'une expression moderne, une philosophie de Thistpire qui était parfaitement en rapport av^c la doctrine politique. L'une semblait la démonstration de l'autre. Et cette théorie, dans sa plus haute géné-> ralité, peut être résumée en cette brève formule: l'espèce humaine se meut dans un cercle de révof lutions toujours seqiblables qui consistent dans le passage d'une forme gouvernementale à ime autre.

Ces opinions sur la marche de l'histoire furent laissées dans l'ombre ou ignorées pendant une longue suite de siècles. Elles furent reprises dans des temps plus modernes et sans grande mo^ |

dificatipn par Machiavel d^abord et ensuite par |

Viqo, Elles étaient tellement oubliées que celui'^ci j

crut pouvoir donner à son livre le titre de science nouvelle.

11 . Dans l'antiquité, qpand la doctrine que je viens de rappeler fut formulée, rien ne devait paraître mieux démontré. On deyait la considérer, notamment en ce qui concernait la politique,

comme une théorie abstraite déduite des faits observés. Mais le terrain de l'observation , quoique très-varié et semé d'accidents de toutes sortes était fort restreint. Ce terrain, en effet, est l'histoire; or l'histoire était alors fort peu étendue. Aussi, lorsq ue, dans la suite des temps, de nouveaux faits surgirent, la théorie se trouva incomplète et le cadre trop étroit. Il fallut d'abord expliquer la constitution de la république romaine. On y parvint sans trop de difficultés. Cicéron et Polybe la considérèrent comme une quatrième forme de gouvernement résultant de la combinaison des trois types primordiaux que nous avons précédemment nommés. Plus tard, en s'approchant des temps modernes, les dissemblances devinrent plus frappantes.

Le système féodal, par exemple, était tout à fait en dehors des prévisions de la science antique. Ce qui l'était plus encore, c'était le gouvernement général de l'Europe dans le moyen âge, c'est-à-dire le fait des deux pouvoirs , spirituel et temporel, indépendants l'un de l'autre, chacun dans leur position, et agissant simultanément au sein des mêmes nations. On essaya néanmoins encore d'appliquer à cet état de choses la terminologie et les définitions aristotéliciennes. Il était cependant facile de voir que dans des états sociaux qui reposaient sur des principes

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