‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 45 sur 95 · ro/^ee//, 1831-1832, p. 113 et · texte numérisé non relu

ro/^ee//, 1831-1832, p. 113 et

2. Aristote (éd. Casaubon), Politique^ I. III, c. ix. — Il faut remarquer que le mot grec teXoç et le mot latin finis ne

a étë| répétée par tout le monde. Aujourd'hui elle est vulgaire. Il est vrai que nous mettons habituellement le mot but à la place du mot fin*

Il est bien évident que cette formule n'a aucun rapport avec celle qui est inscrite au commencement de ce chapitre. En effet, dire que la société politique a une fin ou plutôt une perfection qui est le bonheur individuel , ce n'est nullement la même chose que dire qu'il n'y a point de société possible entre les hommes sans un but commun d'activité auquel ils dévouent leurs pensées et leurs forces. Il y a disparité complète. Les expressions diffèrent et le sens encore plus.

Dans un traité de philosophie écrit par Tournely vers le milieu du dix-huitième siècle, j'ai trouvé une définition qui, au premier coup d'œil, semble se rapprocher de celle que j'ai présentée. c< La société, y est-il dit, est une réunion de plusieurs

sont pas de parfaits synonymes du mot but. En les traduisant ainsi que nous en avons l'habitude, nous faisons peut-être un contre-sens. Les mots oxotto; et meta^ qui désignent le point à atteindre dans une carrière à parcourir, sont plus en rapport avec l'idée que nous exprimons par but. On peut se demander pourquoi Aristote ne s'en est pas servi. Le mot téXo; veut plutôt dire perfection que but ; de même le mot finig signifie plutôt achèvement, conclusion. Nous avons donné à ce mot une grande extension en en tirant le mot finalité.

hommes dont les forces sont associées pour atteindre une même fin ; » mais bientôt on ajoute que € la société civile est la réunion d'une multitude sous un même régime pour assurer leur sécurité et leur bonheur. » Cette seconde phrase et plus encore les longs commentaires qui la suivent et que j'épargne au lecteur, prouvent que l'auteur n'avait point, dans^sa première définition, Tintention que nous serions disposé à y chercher. Il redevient tout de suite aristotélicien. Il a voulu seulement faire une description plus exacle de la chose. Le but ou la fin n'est point à ses yeux le fait principal, le principe originel ; il est une conséquence et non une causse- La définition nouvelle, exposée au commencement de ce chapitre et qui doit former la hase de cet ouvrage, ne vient ni d'Aristote, ni de la Renaissance, ni même du dix-huitième siècle. Elle a été trouvée dans la philosophie de Thistoire et dans l'étude des lois de la progression humaine. La première nous montre en effet que la Grèce, Rome, la France, l'Espagne, l'Angleterre, etc., ont servi la civilisation et ont été grandes et puissantes parmi les nations en raison même de leur fidélité à un but auquel chaque génération a donné sa part de travail et de sacrifices. L'étude des. lois de la progression humaine nous apprend que c'est le but qui produit les tendances et la mé-

thode de la progression, que c'est lui qui engendre le progrès et en détermine la nature \

Je n'ai pas besoin de dire, en terminant ce chapitre, que dans cette dernière et courte discussion, j'ai voulu non pas démontrer l'originalité d'une idée qui est au fond fort simple, mais, surtout, empêcher le lecteur de faire confusion entre une formule usuelle qui occupe certainement sa mémoire, et une formule très-peu connue dont la suite de cet ouvrage montrera la fécondité.

1. Voyez mon Introduction à la science de V histoire et quelques préfaces de VHiUoire parlementaire.

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