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CHAPITRE IL

PREMIÈRES CONSÉQUENCES SOCIALES D'UN BUT COM- MUN D'ACTIVITÉ. DÉTERMINATION DES CONSTAOTES SOCIALES.

27. C'est le but commun d'activité qui préside à la génération logique des principales constantes sociales dont nous aurons à nous occuper successivement.

Un but d'activité commun étant posé comme principe et fondement de la société politique, il en résulte immédiatement deux conséquences : c'est que la conservation de la société tient à la conservation du principe ; c'est que la société est instituée pour le réaliser. De là des institutions de conservation et des institutions de progression. Indiquons les principales de ces institutions.

Sous le rapport de la conservation, il est néces-

saire que la formule du but, ou en termes plus précis, la doctrine où il est contenu soit transmise d'âge en âge, de génération en génération, toujours pure, toujours complète, sans altération aucune. De là la nécessité d'institutions de con« servation par voie de tradition et d'enseignement, c'est-à-dire d'institutions d'éducation. En outre, il Faut que ce principe, qui par lui-même peut être plus ou moins bon, mais qui pour la société qui l'adopte est toujours ce qu'il y a de meilleur, soit mis à Tabri des hostilités et des violences provenant des principes contraires. De là l'institution des moyens de conservation par la force, c'est-à-dire, contre l'extérieur, par la voie des armes, et à l'intérieur, par la voie pénale ou judiciaire. 11 faut enfin, pour que ce principe ne périsse pas , pour qu'il acquière au contraire la base la plus solide et la plus large, que les hommes, dont il est le lien, croissent en nombre, et en vigueur physique. De là, la nécessité d'institutions destinées à assurer la propagation de l'espèce, la sécurité, le bien-être et la santé des individus; c'est-à-dire le mariage, la propriété, l'hygiène et une justice protectrice.

Mais tous ces moyens ne suffiraient pas à maintenir longtemps Tétat social, si les hommes qui le composent ne sentaient qu'ils sont ensemble, qu'ils sont solidaires, qu'ils font réellement corps, qu'ils

sont en un mot une organisation active et vivante. Or, c'est le mouvement vers le but qui donne ces sentiments de vie. Lorsque le mouvement manque, la société n'est plus qu'un squelette que le moindre accident peut disloquer.

Tout mouvement vers un but est une progression. Si le but est très-éloigné ou s'il embrasse beaucoup d'objets^ la progression se composera d'un nombre très-grand de termes successifs par lesquels il Faudra passer pour atteindre la réalisation finale. Chacun de ces termes est lui-même un but secondaire, une difficulté qu'il faut résoudre avant de passer à celle qui vient après. Le travail nécessaire à chaque solution peut exiger et exige ordinairement des efforts multipliés, de nature diverse, successifs ou simultanés, qui doivent être coordonnés pour atteindre la résultante commune. Il faut donc un système de prévoyance pour déterminer quels buts secondaires sont à poursuivre immédiatement, quels efforts sont nécessaires, quelle division du travail est applicable. Il faut une coordination et une direction, c'est-àdire un gouvernement. La fonction du gouvernement est essentiellement une fonction de progression. Il doit être dans la société politique ce que le chef d'industrie est dans un atelier d'ouvriers. 11 détermine le but, dirige et coordonne le travail.

LE BUT COMMUN D'ACTIVITÉ. li

Ce n'est pas encore assez : il faut à tous ces hommes un lien moral qui les oblige. Souvent, le plus souvekit, la difficulté est grande. Le travail est rude. On opère pour obtenir un bien dont on ne jouira pas; car on y épuisera ses forces et peut-être on y perdra la vie. La satisfaction résultant du mouvement même, la passion qui raccompagne peuvent suffire quand il s'agit d'une action de courte durée ; mais ces sentiments sont du nombre de ceux qui se fatiguent et s'épuiseilt avec le temps ou au moindre échec. Il faut donc plus; il faut le sentiment du devoir que l'éducation a dû transmettre, le sentiment du devoir qui donne la fermeté^ la patience, la ténacité et le courage du sacrifice.

L'institution d'une doctrine du devoir dans une société est nécessaire par-dessus toute autre; sans elle^ il y a insuffisance, imperfection et danger partout. A la doctrine du devoir, doit corÉ*espondre la réalité des droits. Le droit en effet est le moyen d'accomplir le devoir ; il en est en même temps la récompense. Mais le deVoir doit régner aussi bien sur les gouvernants que sur les gouvernés^ aussi bien sur le corps social tout entier que sur le plus chétif de ses membres. C'est le devoir qui protège le droit de l'individu contre les abus du droit gouvernemental ou social luimême. Or, quelle est la puissance qu'une grande

société politique, victorieuse de toute résistance terrestre, peut reconnaître comme supérieure, comme souveraine au-dessus d'elle? Il n'en est qu'une seule : la puissance divine! devant qui, doit-elle s'incliner; devant qui- est-elle responsable? devant Dieu seul. Ainsi la religion intervient comme couronnement nécessaire du système social. Il n'existe pas en effet un but commun d'activité politique , un peu étendu , qui n'ait été, au moins à son début, revêtu de la sanction religieuse. Malheureux sont les hommes politiques qui ignorent cette vérité ou n'en comprennent pas la nécessité !

Celte en umération des conséquences principales qui découlent de la considération d'un but commun d'activité nous explique, ce qui serait autrement inexplicable, pourquoi dans tous les temps historiques, dans toutes les cités, tous les empires, toutes les nations,' les mêmes nécessités sociales se sont toujours reproduites et pourquoi, sous certains rapports, la société a du toujours résoudre les mêmes problèmes. Sans la connaissance du principe de génération logique que je viens d'énoncer, on ne comprendrait pas comment les hommes dont la liberté de conception est à peu près indéfinie et les variations d'opinion presque innombrables, se seraient tous accordés sur un même ensemble, dans la chose même où les doc-

trines différent le plus, où les intérêts sont les plus opposés et les passions les plus vives. La logique aétéy ici, la nécessité qui a contraint la liberté des esprits; sauf dans le degré de perfection, elle a fait que tout s'y ressemble.

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