U6 TRAITÉ DE POLITIQUE
seules traces probables qui restent aujourd'hui de ces cataclysmes politiques sont ces bandes de bimanes errants qu^on a rencontrées en Australie, au cap de Bonne-Espërance et dans la Terre de Feu.
J ai déjà dit, et nous pouvons conclure de tout ce qui précède , que la durée progressive d'une société politique est proportionnelle à la fécondité de son but ou à la fécondité de la doctrine générale dont celui-ci émane et qui en est la sanction. Je puis ajouter maintenant que cette fécondité est proportionnelle à la somme de vérités que comprend ce but ou la doctrine générale elle--méme.
Ce que nous avons affirmé à Tégard de la vérité et de la fécondité progressive du but, on doit l'affirmer également à l'égard de la sanction ou de la religion. En effet, toute vérité religieuse devient un but pour les hommes, toute erreur également. Par exemple, le mahométisme, qui est une hérésie judaïco-arienne, et par suite, à un certain degré, une hérésie chrétienne, le mahométisme contient, comparativement au christianisme, peu de vérités et beaucoup d'erreurs, telles que le fataUsme, l'unité des deux pouvoirs spirituel et temporel, la polygamie. Les erreurs ont produit leurs conséquences ; les vérités ont eu une force progressive, momentanée , mais qui est depuis longtemps épuisée. Aujourd'hui les pays musulmans tombent
en dissolution , tandis que les nations chrétiennes sont dans toute la vigueur d'une progression ascendante, dont on ne peut prévoir la fin.
Jusqu'à ce jour, les nations ont déduit leurs buts communs d'activité de leur loi morale et religieuse; et ce qui est merveilleux, c'est qu'en masse elles ne soient point trompées. Le progrès constant de Thumanité et sa conservation même en sont la preuve.
En effet, comme je l'ai déjà dit, cet univers où nous sommes est un tout dont les parties, sans en excepter une seule , sont fonctions de l'ensemble. Cela est mathématiquement; vrai et ne l'est pas moins , quelque raisonnement que l'on invoque, quelque science que l'on consulte. Par suite, il n'est pas un être, si petit qu'il soit, qui n'ait sa loi de création , sa loi ou ses conditions d'existence, et qui ne dût périr s'il agissait contrairement à cette loi. L'espèce humaine est un de ces êtres. La vie sociale , avec toutes ses conséquences et toutes ses conditions, forme sa loi. Nul doute qu'elle ne dût périr si son activité était en opposition avec sa destinée vis-à-vis de l'ordre universel.
Or, de ce que l'espèce humaine s'est constamment accrue en nombre et en puissance, nous devons conclure que non-seulement elle n'a point failli à sa loi d'existence, mais au contraire qu'elle
y a été généralemeot fidèle. Les manquements et les erreurs out été la faute de quelques individus ou de quelques fractions; la masse n'en a point été affectée *.
i. Il y a en sans doute des points d'arrêt et d'ailleurs la liberté humaine a des limites. J'ai traité cette question dans mon Introduction à la science de P histoire ^ 2' édît., 1. 1, p. 179 et suivantes.
GWD