TRA.1TÉ DE POLITIQUE
Déments qui s'y rapportent, la théorie en un mot. De l'autre côté est l'action qui est la conséquence de la théorie, action par laquelle la société vit matériellement et pratiquement, action par laquelle elle se conserve 5 elle grandit et enfin se sent vivante. De là deux tendances, Tune qui prépare l'avenir, l'autre qui agit dans le présent. De là deux espèces de travaux et la possibilité de deux institutions gouvernementales : l'une qui représente l'idéal ou préside à la théorie de l'avenir; l'autre qui préside à la pratique et à la réalisation de la théorie. Cette division du travail a été représentée, chez les nations catholiques, par la division du pouvoir en spirituel et en temporel. Une sorte de pouvoir spirituel existait chez les Égyptiens, chez les Perses, chez les Juifs et même chez les Grecs. Quant au pouvoir temporel on le trouve partout et souvent avec les attributs de l'autre fonction. Mais organisé ou non, représenté par des institutions ou par le zèle dévoué de quelques hommes, le côté théorique ou spirituel de l'activité sociale ne disparait que dans la décadence des peuples.
45. Si nous quittons le rapport de l'action au but, en nous bornant à examiner isolément le côté de l'action, nous y trouverons le point de départ de nouvelles divisions du travail presque aussi générales que la précédente. En effet, le but étant
LA DIVISION DU TRAVAIL. i29
Je même, il suffit d'une simple difierence dans la forme de raclivité pour produire les dissemblances qui distinguent et séparent les nations. Ainsi, par exemple, Sparte, Athènes, la Macédoine avaient la même religion et le même but guerrier ; mais leurs constitutions différaient. Partout où elles portaient leurs armes, chacune d'elles établissait son propre système intérieur. Cependant, le résul» tat de leur action commune fut en définitive d'implanter la civilisation grecque dans une partie de l'Asie et en Egypte. On peut donc considérer ces nations comme fonctions d'un même but, et les diversités de leurs actions comme le résultat d'une sorte de division du travail civilisateur. Autre exemple : aujourd'hui la France, l'Espagne, l'Angleterre, poursuivent simultanément le même but, l'achèvement et l'extension d'une civilisation de même origine, c'est-à-dire d'origine chrétienne; mais la forme de leur activité diffère; c'est le côté aristocratique, mdividualiste et industriel qui domine dans la pratique anglaise , le côté égalitaire et unitaire chez les Français ^ le côté religieux chez les Espagnols. De leurs elTorts séparés il résultera uneœuvie qui aura la même finalité. On peut dire encore de ces nations qu'elles se sont en quelque sorte divisé le travail. En effet, cette œuvre de civilisation marche plus vite et atteint plus de résultats par la diversité des tendances et des facultés
qu'il ne serait peut-être possible si la tâche entière
était à la charge d'un seul ouvrier.
Je n*ai pas à rechercher comment s'établissent ces diversités dans les formes de l'action vers le but. Il suffit de circonstances minimes pour produire des modiHcations profondes. Quelquefois c'est la position géographique; d'autres fois, l'époque plus ou moins ancienne oùlebuta été adopté, le système social préexistant, des révolutions intérieures, une heureuse initiative. Les exemples de ces variations abondent dans Vhistoirè et les causes en sont toujours visibles.
Après avoir traité de la constante sociale générale, c'est-à-dire du but commun d'activité et de la nationalité qui en découle, nous nous occuperons successivement des constantes particulières qui, comme nous l'avons dit, se divisent en deux classes, les constantes de conservation et les constantes de progression. Parmi ces dernières la plus importante est le gouvernement.
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