‹ Traité de politique et de science socialeChapitre 59 sur 95 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

DE LA FAMILLE OU DE LA CONSERVATION DE LA SOCIÉTÉ PAR LA CONSERVATION DE L'ESPÈCE HUMAINE.

56. Il n'y a point de société où il n'existe un système spécial de prévoyance pour la conservation de l'espèce humaine. De là l'institution du mariage et l'institution de la famille. Le mariage est considérée comme le moyen et la famille comme le but. C'est par ces institutions que la société assure sa perpétuité.

Les hommes ont toujours eu parfaitement conscience de la nécessité ainsi que du résultat de ces institutions au double point de vue de la conservation et de l'accroissement de la population. Cela est si vrai que, dans la plupart des sociétés antiques, le mariage et la famille constituaient iinpri-

vilége politique ; c'était un droit réservé aux castes supérieures ou gouvernantes et à la noblesse. Elles seules également avaient l'obligation et l'honneur de revêtir leurs mariages de la sanction religieuse. Quant au reste de la population, elle était, à cet égard, abandonnée à son libre arbitre ; il y avait quelquefois des usages, mais jamais d'obligation ni de droit ; jamais surtout de sanction religieuse. Ainsi dans ces petits groupes politiques recontrés par les voyageurs dans les îles de l'Océan pacifique, et qui nous rappellent un état primitif par lequel ont passé tous les peuples civilisés de notre antiquité historique, le mariage et la famille sont, comme les droits politiques et la propriété, les privilèges de la caste nobiliaire ou souveraine (la caste des Eris)^ tandis que la promiscuité est le partage de la caste inférieure (celle des Teous). A Rome, le mariage légal et la famille furent, pendant longtemps un privilège réservé aux seuls patriciens, et le mariage religieux, per confarreationerriy le fut toujours. Il fallut une révolution pour donner le droit de famille aux plébéiens. Quant aux esclaves, jamais on ne s'occupa d'eux sous ce rapport ; ils restèrent toujours abandonnés aux impulsions de leurs instincts ou aux caprices de leurs maîtres.

Le mariage et la famille ont le cachet de toutes les choses sociales. L'un et l'autre ont le caractère

d'un devoir et le mérite d'un sacrifice, quoique le plus souvent ils soient la source des jouissances les plus douces, et de ge tranquille bonheur qui s'attache à la satisfaction paisible de nos instincts naturels.

57. C'est par la loi de famille que les hommes ont débuté dans la vie sociale. L'état de famille a été, pendant une longue suite de siècles la seule forme de société connue. Les traditions bibliques et qhaldaïques sont positives à cet égards et partout où Ion peut saisir le commencement des temps historiques on trouve sur ce point des indications précises. Ainsi l'état patriarcal ou de tribu, c'est-à-dire celui où le chef est supposé le père ou l'ainé d'une agglomération de familles se vantant toutes d'être sorties d'un même père et d'appartenir au même sang^ cet état que l'histoire nous montre comme le régime précurseur de la civilisation, présente rarement plus qu'une exten* sion de l'état de famille. Les différences qu'on rencontre (entre ces divers groupes de populations, presque toujours nomades, s'expliquent soit par les résultats de la guerre qui tantôt a subalternisé certaines familles à d'autres, tantôt a établi l'esclavage, soit par Taccroissement de la population qui a exigé ou permis la division du travail ou celle des fonctions.

Dans les institutions primitives de quelques

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cités antiques on rencontre des indications pareilles. On aperçoit , très-obscurément chez les Grecs, dams l'institution des gennètesy mais trèsclairement chez les Romains^ dans le système des gentesy que la cite, au début, ne fut qu'une association de familles. La république romaine, n'était qu'une confédération de gentes et le sénat l'assemblée de leurs chefs. La discipline des gentes formait une partie de la discipline publique. Ce caractère primitif^ ce souvenir des premiers temps ne s'efTaça que sous les empereurs et il ne disparut tout à fait que sous l'influence du christianisme. Il existe encore aujourd'hui des populations à l'état de tribu ; mais, ce qui est plus étonnant il en existe encore à l'état de famille. Dans des contrées que la rigueur du climat plutôt que la distance a jusqu'à ces dei*niers temps soustraites à la civilisation, au Groenland, il n'y avait pas, il y a moins de deux siècles, d'autres sociétés que des familles. Les missionnaires qui leur ont apporté ridée de l'association religieuse et par conséquent de l'association spirituelle ont inspiré à ces malheureux la volonté d'une association plus pratique. Quelques groupes dé population se sont formés. La transformation s'opère lentement, mais enfin elle s'opère, digne récompense d'efforts véritablement admirables !

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