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portionnée à une certaine chasteté entre les époux.
Rien ne nuit plus à Tintelligence, à la santé, à l'amour même, rien n'abrège davantage nos jours que les excès entre époux. Au delà d'une certaine limite, chaque faiblesse retranche en quelque sorte un jour à la vie, et de plus la tristesse et le dégoût succèdent à l'excès.
Rien ne nuit plus à la croissance et à la vigueur corporelle, au développement et à la force de l'intelligence, que le précoce usage des plaisirs de l'amour. On a remarqué qu'il avait à lui seul sur l'économie la même influence fâcheuse qu'exercent ensemble une alimentation mauvaise et incomplète, une habitation malsaine, \e travail précoce, en un mot la misère» Cet abus, et plus encore les tristes habitudes qui le remplacent trop souvent, arrêtent la croissance du squelette et amoindrissent la taille. Il en résulte souvent un développement imparfait du système osseux, quelquefois des ramollissements partiels. I^a nutrition générale n'en souffre pas moins. Des désordres du côté de l'estomac, du cœur, de l'utérus, du système nerveux, du cerveau, la phthisie, Tiocapacité intellectuelle, en sont les suites presque certaines, et elles sont tantôt simultanées, tantôt isolées selon la précocité et rinteosîté de l'abus.
Rien donc de plus fâcheux qu'une puherié
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hâtive. Dans Tordre naturel, dans Tordre institué de Dieu, la puberté paraît devoir être le dernier terme de notre genèse organique, le couronnement de Tédifice. U en est ainsi au moins dans toutes les espèces animales que la domesticité n'a pas modifiées. Mais la liberté qui nous a été donnée, nous a été accordée si largement que nous pouvons changer même cette loi de nature.
Nous avons à notre disposition trois puissances qui influent d'une manière décisive stir la puberté : Téducation, l'exemple et Thérédité. Expliquonsnous. L'effet de la pensée ou plutôt des idées sur les fonctions générales a été mille et mille fois constaté; c'est un fait certain. Cette action est en quelque sorte souveraine. Elle provoque la précocité, la croissance et l'énergie de ces fonctions plus immanquablement encore qu'elle ne les arrête quand elle est dirigée dans le sens contraire. Supposez donc l'éducation et en même temps l'exemple, c'est-à-dire l'idée, et de plus tout ce qui Texcite et la maintient présente, et vous aurez ces pubertés précoces des harems orientaux où une fille est apte au mariage vers dix ans, dans les mêmes contrées où, sous le pagà* nisme, elle n'était pubère que vers quinze ou s^ize ans. Vous comprendrez comment il arrive chez nous que là où cette influence s'exerce dans un certaîo sens, dans ies grandes villes ^ar exem-
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pie, la puberté se montre vers quatorze ou quinze ans, tandis que, ailleurs, sous une influence contraire; comme dans certaines campagnes écartées, la puberté apparaît seulement vers dix-huit ou vingt ans. Pendant longtemps on a cru que la puberté précoce était un effet du climat. C'est une erreur, aujourd'hui parfaitement démontrée d'abord par la comparaison des civilisations et des temps historiques, et ensuite parce qu'on a trouvé, dans des climats presque polaires, exactement la même précocité qu'en Orient. Ainsi, chez les Samoiédes, chez les Ostiacks, chez certaines populations juives de la Russie, par l'effet certainement des mœurs très-abandon nées qui leur sont propres, les filles sont pubères aussitôt qu'à Bagdad, c'est-à-dire vers dix ans. Partout les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Quel que soit l'état qui existe sous ce rapport, soit celui de puberté tardive, soit celui de puberté, précoce, il se transmet héréditairement. Les enfants reçoivent avec la vie les dispositions de leurs parents , bonnes ou mauvaises. 11 faut une suite de plusieurs générations sous l'action soutenue de l'éducation et des exemples pour changer le bien en mal ou le mal en bien. Au reste, lorsque l'on tente de modifier ainsi l'organisme, on est bientôt assuré du résultat définitif. Dès la première génération le changement est sensible. J'ai
assiste moi-même à des transformations de ce genre et j'ai vu des jeunes filles, dont les mères avaient été pubères à treize ou quatorze ans, ne l'être, à leur tour, que vers l'âge de quinze ou seize ans.
La précocité dans la puberté conduit à la précocité du mariage. La jeune fille est femme de corps lorsqu'elle n'est encore qu'un enfant sous le rapport de Tintelligence. Si elle épouse un homme, elle est incapable de le comprendre : il ne peut y avoir société entre un enfant et un homme fait. Si elle épouse quelqu'un de son âge, ils sont l'un et l'autre incapables de comprendre la gravité^ le but et les devoirs de la société qu'ils ont formée.
Dans rOrient polygamîque la précocité du mariage produit tous ses effets. I^ femme, qui est toujours un enfant, n'est jamais en société avec son mari ; elle cesse d'être jolie et féconde à l'âge où elle serait capable d'élever ses enfants et d'entrer en communauté avec lui.
Des parents trop jeunes, quelque vigoureux qu ils paraissent, ne valent pas mieux, au point de vue de la reproduction, que les parents chétifs ou trop âgés. Les uns et les autres engendrent des enfants doués d'une faible vitalité.
L'époque normale ou fixée par la nature pour le mariage est celle qui succède au moment où la
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ct'oissanoe e*t terminée, vers vingt-cinq ans pour les femmes et vers trente pour les hommes. La période de la vie où se produisent les enfants les plus vigoureux est celle de trente à quarante ans pour les femmes, et de trente à cinquante pour les hommes.
Dans l'intérêt de la société générale ou plutôt de la société politique et de tous ses membres, il doit y avoir quant au sexe, entre les enfants engendrés, une proportion qui est à peu près celle-ci : le nombre des mâles doit être à celui des filles à peu près comme seize est à quinze. Cette proportion est approximativement celle qu'on observe en Europe. Dans l'Orient polygame, il naît au contraire plus de filles que de garçons.
Cette majorité dans les naissances des mâles paraît représenter assez exactement le nombre des hommes <|ui, dans un état politique normal, seraient soustraits au mariage par la nature même de leurs fonctions et par les dangers auxquels celles-ci les exposent.
Cette relation des sexes quant au nombre des naissances représente assez exactement la relation qui existe entre la vigueur vitale des parents. Des expériences nombreuses et suivies sur les animaux ont prouvé que le plus fort des deux, au moment de la cx^nception, est celui qui donne le sexe à l'enfant.
U arrive le plus souvent, dans les villes au moins, que le premier fruit du mariage est du sexe féminin. Ce fait est en conforiuité parfaite avec Tobservation précédente. Qu'arrive-t-il en effet alors ? C'est que la femme, qui a été chaste jusqu'à ce moment, apporte dans la conception une force bien plus grande que l'homme, trop souvent affaibli par des excès antérieurs.
Il y a un phénomène physiologique plus remarquable encore que celui-là et d'une plus grande portée. En général, c'est à la fille que se transmettent la nature et les dispositions organiques du père ou de ses ascendants, et au fils la nature et les dispositions organiques de la mère ou de ses ascendants. La ressemblance extérieure suit en général la même loi. Pai* suite le père se reproduit surtout dans sa fille, et la mère dans son fila ; les deux sexes troquent en quelque sorte l'un avec l'autre leurs dispositions physiologiques à chaque génération. Ainsi non-seulement l'homme et la femme ont une âme semblable et de même nature, «aais de plus, afin que rien ne dérange cette parité originelle, ils échangent à chaque génération leur organisme et leur chair. Existe-t-il une preuve plus évidente et en quelque sorte plus tangible de l'égalité que Dieu a voulu établir entre l'homme et la femme, en même temps que la diversité des fonctions !
75. Je viens de m'occuper de ce qui m'a paru le plus utile à rechercher et à connaître au point de vue du plus grand et du meilleur développement de l'espèce humaine ou de la population. Il me reste à dire quelques mots d'une secte toute moderne d'économistes qui est dans une préoccupation toute contraire.
Aujourd'hui quelques hommes se sont mis à craindrecomme un danger ce que les hommes politiques de tous les temps recherchaient comme un bienfait ou plutôt comme une puissance. On redoute l'excès de population. Et cependant, il y a moins d'un siècle, une des raisons que l'on donnait contre Iç célibat des religieux et des prêtres, une des raisons au nom desquelles on demandait la suppression des couvents, était le tort que ces institutions portaient à l'accroissement du nombre des hommes.
Je place ces deux opinions en face l'una de l'autre et je laisse les réflexions au lecteur.
Malthus,, le chef fameux de cette école, prétend que la population croit en raison géométrique, tandis que la production suit seulement une progression arithmétique. De là il conclut qu'un jour arrivera où la terre ne suffira plus à ses habitants, et tout de suite, quoique ce jour ne soit pas prochain^ il recommande tous les moyens propres à éloigner ce fatal résultat. Dans cette nouvelle doc-
trine d'économie politique, on ne condamne plus le célibat, on l'approuve et on l'encourage. On accepte rimmoralitédont on connaît l'action funeste sur la reproduction de l'espèce. On n'ose pas la louer comme une vertu civique, mais on s'abstient de la combattre, et quand on a la main au pouvoir on la favorise et on l'encourage. On s'apitoie sur les maux de la guerre et de la peste, et sur le fléau plus redoutable encore de la misère, maison trouve que ce sont des maux nécessaires et d'une grande utilité puisqu'ils bornent la population.
Beaucoup d'économistes ne sont pas très-éloignés de ranger Maltbus parmi les grands docteurs. A mes yeux c'est seulement un homme qui avait une idée fixe et voyait tout à travers cette idée. 11 avait reconnu Teffroyable misère des classes pauvres de son pays, et remarqué l'accroissement constant, quoique nullement en raison géométrique, de cette population déshéritée et abandonnée. De ce phénomène particulier, de ce fait actuel et local, il a tiré une conclusion relative à tous les temps, à tous les lieux, à l'avenir de l'humanité tout entière. Il a oublié que cette Angleterre produisait bien au delà du nécessaire pour toule cette population^ mais qu'elle en disposait pour enrichir un petit nombre de privilégiés ; il n'a pas vu ou n'a pas voulu voir que cette misère extrême était le résultat, non de l'insuffisance, mais
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de la mauvaise distribution des rtcbesses. Alors, au lieu de chercher une législation du travail qui assurât une répartition plus équitable des produits^ il a cherché et imaginé une hypothèse pour justifier à tout jamais un état transitoire, injuste, et profondément immoral, quoi qu'on en dise.
On a répondu maintes fois à Maithus. On a prouvé que la relation qu il a voulu établir entre ses deux progressions était une erreur; on a dé* montré que la production des subsistances croissait plus vite que la population ; qu'il y avait, en Europe, dans chaque pays, place pour plus du double de la population actuelle, que le monde était encore un vaste désert; on lui a dit que si un jour devait arriver où la terre manquerait à rhomme, cejour était bien éloigné, qu'il fallait au moins l'attendre et ne pas commencer l'applica* don de cette étrange philanthropie avant qu'il fût venu, qu'il y avait enfin plusieurs moyens moins désespérants que les siens de parer à ce danger quand il existerait. Mais il n'est pas de mon sujet de développer ces arguments. Je me bornerai à renvoyer aux ouvrages d'économie politique où ils sont exposés *. Je me permettrai seulement un argument de Tordre politique.
i . Voyez particulièrement le Traité d'économie sociale, par M. A. Ott.
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L'excès de population^ loin d'être un mal^ est un bien pour une nation. C'est le moyen le plus puissant de développer et de propager sa nationa^ lité \ C'est en versant l'excès de sa population sur le monde que l'Angleterre a répandu sa langue, ses mœurs, son but d'activité sur les immense» territoires de l'Amérique du Nord et de l'Australie. C'est par là qu'elle a conquis à son nom, à sa gloire, à ses traditions et à ses intérêts un avenir immense. Si, il y a quelques siècles, à l'époque où elle rédigeait sa première loi sur le paupérisme, l'Angleterre eût connu et adopté l'hypothèse malthusienne et les admirables méthodes de destruction qu'on y trouve, que serait-elle devenue ? Elle n'aurait pas peuplé ces vastes colonies qui ont été le point de départ et la cause de sa vaste industrie et de son grand commerce ; elle ne verrait pas sa langue se répandre et ses institutions prospérer dans des contrées cinq ou six fois plus grandes que TEurope ! L'Angleterre serait un petit pays.
Nos ancêtres les Gaulois ne s'effrayaient ^pas de l'excès de la population. Ils en faisaient un moyen d'agrandissement ; ils en formaient le ver sacrum. De temps en temps, ces masses armées sortaient du pays et allaient coloniser par la guerre. Pour-