S94 TRAITÉ BE POLITIQUE
niositë préyentive. Elle aspire à remplacer Dieu^
car sa prëtoyance aspire à l'infini.
Ce système tend à substituer partout la police à la liberté. Les catholiques disent que Dieu a donné à chacun un ange qui veille sur nous ; c'est une charmante et consolatrice image de son indulgente protection^ Mais ce ne sont point des anges, ni de purs esprits que la police met à nos côtés ; ce sont des gens qui comprennent très-bien le mal et qui se feraient scrupule de n'y pas croire, si bieri qu'ils n'admettent guère la probité. Quoique d'apt*ès les statistiques les plus sévères, celle de la France par exemple, il y ait toujours quinze cents à parier contre un, que le premier passant venu est innocent de tout délit, eux voient partout des suspects, sinon des coupables.
En définitive, le système préventif soumet tous les hommes sous la loi de la suspicion. Sous prétexte d'empêcher quelques délits, il met tout le monde au régime des repris de justice. Sa conclusion est de faire de la société une grande prison où rien ne remue sans permission. Il emploie une partie des citoyens à surveiller l'autre ; il encourage la délation ; il substitue la routine administrative à la spontanéité entreprenante de la liberté. Il fait enfin que nul mouvement, nul progrès n'est possible dans la société, autrement que par une révolution violente. Cependant empêche- t-il ce
qu'il prétend empêcher? INouI 11 y a sous ce régime autant de crimes qu'ailleurs, et de plus toutes les contraventions dont lui même a créé les occasions et les motifs.
L'abus qu'on a fait de la méthode préventive l'a jugée et tuée. Un jour viendra sans doute où on ne comprendra pas bomment on a pu imaginer et supporter un pareil régime. U répugne à la nature humaine ; il blesse ce qu'il y a de plus essentiel en elle, la spontanéité : il la nie^ il l'abâtardit, il l'éteint. Voyez où ce régime a conduit le Bas-£mpire ; voyez ce qu'il a produit en Chine ; il est vrai que le peuple chinois, comme certaines races qui s'habituent à un état maladif, n'en a pas inoins beaucoup multiplié ; mais quel peuple !
La méthode préventive n'est admissible que dans certains cas minimes et exceptiohhels ; par exemple lorsqu'il s'agit d'individus déclassés, mis en quelque sorte en dehors de la vie sociale^ les uns parce qu*ils ont perdu la raison, tels qiie les aliénés et les idiots ; les autres à cause de misères morales, d'habitudes coupables ou dangereuses. Pour les premiers la méthode équivaut à une charité ; pour les autres à une peine. Partout ailleurs, il faut tâcher de l'effacer à ce point qu'elle soit oubliée comme ces coutumes barbares du passé que l'historien seul connaît et dotit il île parlé qu'avec horreuf.