TRAITÉ DB POLITIQUE
4e moins mrai, au moins depuis |es temps historiques. II est possible qu'à une époque primitive, voisine de la création ^ cette affirmation fût applicable; mais il n'en est plus ainsi aujourd'hui. Les hommes naissent semblables eq tan| que membres d'une même espèce, en tant qu'i}s ont tous une âme et un corps ; mais d'ailleurs ils diffèrent naturellement en plus et en moinS| de mil)e manières, par les forces physiques, par les facultés sensuelles, par les aptitudes, par la capacité intellectuelle, par la mémoire, par le caractère* Q^ en finirait pas si Ton voulait énumérer toutes )es inégalités naturelles que nous apportons en naissant. Helvétius croyait que toutes les différences entre )es jiommes résultaient de la disparité 'd'instructiop. A|alheureusement l'expérience prouve qu'flelvétius se trompait. 11 y a des hommes qui peuvent apprendre tout ce qu'ils veulent, d'autres très-peu, d'autres enfin certaines choses seulement. 11 n'y a pas plus de parité sous ce rapport que sous celui des forces physiques. Nous avons les mêmes muscles; mais nous ne les avons pas également développés. En un mot, autant il y a de dissemblances entre les figures, autant il y a de nuances entre les caractères ejt les c|ispositions intellectuelles et physiques. 11 n'y a qu'une seule nature qui soit la même c^iez tous : c'est la nature spirituelle, c'est l'aine. Quanta son instru-
L'ÇGAUTB. 407
ment, quant à ^organisme, il diffère autant qu'il est possible dans une oiéme espèce.
L'éga}ité originelle 4^ gommes n'est (Jonc p^s un fait démontré par i'observ^itiop ; elle est quelque chose de plus : elle est un principe inor^l, mp précepte religieux. ÇQmtne j^ l'ai 4^^ indiqué, elle a été affirmée clairement pour la première fois par le christianisme i e)le ^. (s^\i pc^rtie ensuite de son enseignement et a éié consacrée par ses pra):iques. I| en est résu^tç, lorsqu'enfin el)e a été comprise, le devoir pour tous 0\ pour la société de traiter tous les hommes en égaux ; et lorsque ce principe moral a été transporté sur \^ terrain politique, ce de\ pir s'est converti en 4^q[U Telle est historiquement la vérité. Qn ne saurait trop le répéter.
L'égalité n'existe donc que devant la )oi et par la loi, la loi morale d'abord, la loi positive ensuite. L'état social au reste était seul capable de la réaliser pratiquement. Seul il pouvait annuler autant que possible les inégalités originelles en offrant à chacune d'elles une place appropriée, en les convertissant même en utilités et en services ; car ces inégalités sont en définitive comme des appropriations natives aux diverses fonctions nécessaires à l'existence de la société-
On doit aujourd'hui et provisoirement reconnaître deux sortes d'égalités devant la loi : l'égalité civile et l'égalité politique. J^a première est recon-
nue, en Europe au moins, plus généralement que la seconde; elle forme la base du droit civil et pénal. La seconde n'existe encore que d'une manière trèsrestreinte; mais elle est l'objet d'une réclamation universelle.
1 37. Je ne puis me dispenser ici de parler d'un droit légal qui est complètement l'opposé de l'égalité: je veux dire du droit de naissance. La négation de ce droit en 1 789 a ouvert le règne de l'égalité. 11 n existe plus en France qu'à l'état de prétention ; mais il joue encore un grand rôle dans presque toute l'Europe.
C'est un très-grand avantage de recevoir en naissant un nom honoré et illustre. Cet avantage n'a nullement besoin d'être reconnu par la loi pour exister; il trouve une consécration suffisante dans l'opinion. D'ailleurs, la société en profite ; car un beau nom oblige; l'homme qui le porte doit se rendre digne de ses ancêtres et se faire remarquer comme eux par de nobles exemples ; et d'un autre côté, c'est un grand stimulant pour chacun de penser qu'il peut, par ses bonnes actions, créer pour les siens un héritage plus précieux que la richesse. Mais à cet avantage déjà si grand, qui est un fait d'opinion contre lequel la loi ne peut rien, est-il juste d'ajouter des privilèges destinés à placer le possesseur dans une position légale exceptionnelle , ainsi que cela a lieu dans les pays où la