‹ Traité de prononciation française et exercices de dictionChapitre 103 sur 114 · PETIT BOB · texte numérisé non relu

PETIT BOB

par Gyp.

A ceux qui ne se donnent pas la peine de prononcer les e sourds, les / finals, etc., qui se laissent aller aux nég-ligences relevées par le Traité de prononciation et, peut-être, trouvent ridicule qu'on veuille les en corriger, je recommande ce dialogue ; ils y verront la jolie figure que prend le français parlé de la sorte. Quand il s'agit d'un garçon de l'âge de Bob, cette diction n'est qu'enfantine ; chez une grande personne, elle devient vulgaire.

Bob visite avec un abbé, son précepteur, l'exposition des beaux-arts appliqués à l'industrie.

Bob. — M'sieu l'abbé, vous êtes un ég-oïste !

L'abbé. — Bob, vous allez être puni.

Bob. — Qu'est-ce que ça m'fait, puisque j'Ie suis tout l'temps? ainsi... ça changera pas grand'chose

L'abbé, — On croirait, à vous entendre, que vous êtes victime....

Bob. — Oui, q'je suis victime,... travailler quatre heures par jour... à mon âg-e

L'abbé. — Ce n'est rien du tout.

Bob. — Oui, si l'reste du temps j'étais libre,,., mais j'vous ai, m'sieu l'abbé, l'reste du temps !...

L'abbé. — Eh bien ?

Bob. — J'vous promets que j'aimerais mieux travailler deux heures d'plus, et puis pas vous voir après.

L'abbé. — Enfin, où voulez-vous aller?

Bob. — Pour le moment, m'sieu l'abbé, j'voudrais aller voir les cag-es où qu'y a des p'tits oiseaux qui chantent.

L'abbé. — « Où qu'y a ! » Bob, je vous en prie, parlez au moins convenablement; je ne vous demande pas de parler élég'amment, mais....

BoB. — Manquerait plus qu'ça, qu'vous m'ie demandiez, comment que j'parlerais quand j's'rais grand, donc?

L'abbé. — Je vous défends de raisonner ; répétez : « Des cag«s dans lesquelles il y a de petits oiseaux (|ui chantent. » Si vous ne

faites rien de ce que je vous dis, alors ma présence près de vous est totalement inutile.

Bob. — C'est c'que je m'dis tout l'temps, m'sieu l'abbé. Pourtant, c'est pas que j'vous aime pas, contraire, j'vous aime bien,... mais pas quand c'est pas les leçons —

L'abbé. — Quand « ce ne sont pas » les leçons, répétez.

Bob. — « Quand ce ne sont pas les leçons. » T'nez, les v'ià, les oiseaux! m'sieu l'abbé!

L'abbé. — Bob, vous parlez encore plus mal, on dirait que vous le faites exprès. J'en avertirai M™« votre mère, qui est désespérée de votre lang-ag-e et peut-être plus encore de votre déplorable accent.

Bob. — Lequel trouvez-vous l'plus joli, Troug-e ou l'bleu, dites, m'sieu l'abbé?

L'abbé. — Ça m'est ég-al.

Bob. — Pourtant vous d'vez avoir une opinion, m'sieu l'abbé, à votre âg-e?

L'abbé. — Si vous croyez que cela m'amuse, de reg'arder ces bag-atelles —

Bob, avec intérêt. — Ah ! c'est des « bag-atelles! » j 'croyais que c'étaient des mécaniques.

L'abbé. — Naturellement ce sont des mécaniques.

Bob. — Alors pourquoi qu'vous dites q' c'est des bag"atelles?

L'abbé. — Parce que « bag-atelie » sig-nifie une chose de peu d'importance, une babiole.

Bob. — Ça doit pourtant pas être facile, m'sieu l'abbé, hein? d'faire ça ?

L'abbé. — Rien n'est plus malhonnête que de dire à chaque ^nstant : « Hein? » comme vous avez l'habitude de le faire.

Bob. — Pardon m'sieu l'abbé ! Oh ! reg^ardez celui-là qui r'mue ses ailes... et l'autre sa queue, et ils chantent!... Ah ! q'c'est rig-olo !

Laijbé • — Bob, je vous défends de parler ainsi.

Bob. — Est-ce qu'y mandent, ces oiseaux-là, est-ce qu'y boivent, est-ce qu'y?... Est-ce qu'y font des p'tits, m'sieu l'abbé?

L'abbé. — Bob, il est incroyable qu'un enfant de huit ans fasse d'aussi absurdes questions. Gomment voulez-vous que des oiseaux empaillés?...

Bob. — Dame ! y chantent bien ! {Silence.) G'est-y donc plus difficile d'faire un p'tit que d'chanter?

L'abbé. — Je ne sais pas. C'est assez dire de bêtises comme cela.

Bob. — Mais puisque vous d'vez m'apprendre c'que j'sais pas? Puisque vous m'dites toujours d'vous questionner, quand y a quelque chose que j 'saisis pas complètement?

L'abbé. — Quand vous me faites des questions sensées et raisonnables, certainement....

Bob. — Alors, m'sieu l'abbé, expliquez-moi, au moins, c'que c'est q'ies questions sensées et raisonnables.

L'abbé. — Avez-vous assez vu?

Bob. — D'mandez voir un peu combien qu'ça coûte, m'sieu l'abbé.

L'abbé. — Pourquoi?

Bob. — Pour savoir.

L'abbé, s' approchant et parlementant. — Le plus petit est de I20 francs.

Bob. — Eh bien, j'ai i4o francs qu'm'a donnés bonne maman, j'vais l'acheter.

L'abbé. — Je ne vous permettrai pas de faire une dépense comme celle-là sans consulter M"'^ votre mère.

Bob. — Mais puisque c'est pour que j'm'en fasse du plaisir avec, que bonne maman m'ies a donnés, les i4o francs!

L'abbé. — Venez voir fonctionner les machines, là-bas au bout, c'est beaucoup plus instructif pour vous.

Bob. - J'suis pas ici pour m'instruira, j'y suis pour m'amuser; et les machines ça m'ag'ace, j'y comprends rien, et ça fait un bruit !

L'abbé. — Habituez-vous donc à faire convenablement sentir les liaisons en parlant.... On ne dit pas ! « Ça fait un bruit » comme si « un » s'écrivait par un h ; on fait sentir le / qui précède, et on dit : «. Gela fait /'un bruit. » Comprenez-vous?

Bob. — Oui : alors, faut-y dire, à votre avis, m'sieu l'abbé : « sept et trois font onze, ou, font /'onze? »

L'ahbé. — 11 faut dire «.sept et trois font /'onze, » sans hésiter.

Bob, ricanant. — Vraiment? Eh ben, moi, j'crois, m'sieu l'abbé, qu'y faut dire « sept et trois font dixl »

HORACE

par Pierre Corneille.

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