partie. Si Ribot avait suffisamment isolé eb défini l’agréable
et le désagréable, c’est avec beaucoup de raison qu’il aurait pu insister sur Ce caractère de généralité, on diraït presque
: d’abstraction, qui fait de l’agréable et du désagréable des . phénüffiènes élémentaires par rapport aux señtiments plus ‘concrets et plus particuliers qu’il énumère plus haut. Mais il
y à chez lui une assimilation illégitime du plaisir et de la douleur physiques avec la tristesse et la joie qui sont des émotions agréables ou désagréables et non des plaisirs et des douleurs, et une assimilation non moins illégitime du désa gréable et de l’agréable avec la tristesse et la joie. :
Les douleurs-sensations et les plaisirs physiques que nous en avons rapprochés ne peuvent pas plus être assimilés à ces réactions de nos tendances qu’on appelle tristesse et joie qu aux tonalités affectives de Pagréable et du désagréable, Quant aux rapports de l’agréable et du désagréable avec la tristesse eb la joie, il est admis que ces {tonalités se lient à des activités faciles ou contrariées, à des excitations légères ou fortes, comme les émotions de joie et de tristesse, qui sont toujours, de ce chef, agréables ou pénibles ; de plus, il existe certainement des joies et des tristesses très simples, de par leur contenu affectif, e& qui se rapprochent ainsi des tonalités affectives élémentaires. Mais il est facile cependant de distinguer de la joie l'agrément qu’on éprouve à regarder un beau paysage, et de la tristesse le déplaisir qu’on éprouve à entendre de la mauvaise musique. On ne pourrait même pas employer les mots de joie et de tristesse avec des diminutifs, pour désigner ces sentiments. C’est qu’en réalité on ne saurait confondre des tonalités élémentaires avec la réaction psycho-organique de nos tendances heurtées, dissociées, réadaptées, réaction par ailleurs agréable ou pénible, que nous appelons la tristesse et la joie !
1. « On peut, écrit PAuLH4N, trouver que la pervenche est une jolie fleur et avoir un certain plaisir, pas très vif, à la regarder, mais le cri de
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Or la joie et la tristesse, ainsi constituées, ne se mêlent pas à la colère et à la peur, et quand elles s’y surajoutent, ce n’est jamais à titre de composantes ; ce sont des émotions aussi particulières, aussi individualisées que les autres.
Tout ce qu’on peut dire, pour les distinguer de la colère, de la peur et des émotions que Ribot appelle particulières, c’est qu’au lieu d’être liées comme la colère, la peur, l’émotion sexuelle à des tendances bien définies, telles que l’instinct de conservation ou l’amour, elles sont liées au jeu des tendances les plus variées dont elles attestent le tr iomphe ou l’échec; de là leur plus grande fréquence et leur moindre spécialisation. LARGUIER DES BANCELS écrit très justement à ce sujet (237) : « Tandis que des émotions comme la colère ou la peur prennent naissance dans des conditions bien déterminées et répondent à des tendances strictement définies, la joie et la tristesse trouvent, à chaque instant, et dans des circonstances les plus variées, Pool de se manifester. Il y à peut-être des hommes qui n’ont connu ni la colère ni la peur. Il n’en est aucun qui ignore la tristesse et la joie. » Et il conclut, comme nous, que la tristesse et la joie sont des réactions émotives aussi typiques, aussi i particulière, que la colère et la peur.
Ceci posé, en quoi consistent, au point de vue mental, ces réactions spéciales que nous appellons émotions et qui sont toujours plus ou moins mêlées d’agréable et de désagréable ?
Pour ne pas nous égarer dans toutes les variétés d’émotions, nous parlerons seulement des quatre émotions fonda-
| mentales par lesquelles s’expriment les variations de l’adaptation et les réactions de l'instinct de conservation, la joie, la tristesse, la peur, la colère, et nous essaierons de montrer que, dans chacune d'elles, notamment dans les trois premières, les réactions psychiques se traduisent tantôt sous une forme active, tantôt sous une forme passive, c’est-à-dire par des processus d'accélération ou d’arrêt.
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Rousseau, en retrouvant la pervenche et les émotions qu'éveille cette fleur, dénotent des phénomènes affectifs bien différents de la simple ‘ sensation affective. » (A, 83-84).
La tristesse.
Dans la tristesse, nous dit RIBOT (45), l'événement initial détermine dans l'esprit du sujet, 1° soit la représentation d’un travail épuisant, d’un effort incessant à recommencer, déjà senti par anticipation (c’est le cas du candidat refusé à son examen et qui ne peut pas y renoncer) ; 2° soit-la représentation d’un déficit, d’une privation, d’un amoindrissement général de la vie affective et intellectuelle (telle la mort d’une personne aimée) ; 3° soit les deux ordres de représentations à la fois ; c’est le cas du millionnaire ruiné qui se remet à l’œuvre pour reconstituer son passé.
Le plus souvent. d’ailleurs, le processus serait mixte.
Dans la tristesse passive, le sujet réagit à la représentation de l'effort du déficit par du découragement, de l’inertie mentale et, d’une façon générale, par de la dépression psychique.
Dani la tristesse active, au contraire, le sujet se révolte | contre l'effort excessif ou la diminution qui lui sont imposés ; il se débat moralement comme physiquement ; il proteste contre le sort, il pleure, il crie, il regrette, il se lamente. On doit noter toutefois que la révolte de la tristesse active est une révolte toujours mêlée de résignation et bien différente de la révolte de la colère. Elle s’étale sur un autre plan affectif et, quand elle croît, ce n’est jamais à la colère qu’elle arrive. mais à une émotion de nature mixte, résignée et révoltée à la fois, le désespoir.
Dans lidéation, il est facile de discerner les signes de la dépression et du découragement sous-jacents à la révolte. Les idées d’humilité se manifestent : « Que vais-je faire, à quoi suis-je bon ? me voilà brisé, inutile pour la vie. » Ces idées sont quelquefois puériles, toujours monotones, coulées dans des phrases stéréotypées, accompagnées de gestes qui ne varient guère. (Cf. Traité, IT, La Pathologie mentale.)
Et en dépit de le protestations et de leurs réactions, les sujets songent rarement à s’en prendre aux autres de leurs malheurs ; ils sont bien plus disposés à s’accuser eux-mêmes,
… à se considérer comme responsables de leurs maux. « Souvent,
dans les faits de ce genre, dit Léon DUMONT (149), on est en colère contre soi-même et l’on est disposé à se traiter comme l’auteur de sa peine; on se frappe la poitrine dans le remords, on s’arrache les cheveux et les vêtements. Ne voiton pas des mères qui viennent de perdre leur enfant s’écrier, en proie à une agitation extrême : « C’est ma faute, Je n’aurais pas dû le laisser faire telle chose! Si je ne l'avais pas laissé seul dans telle circonstance ! » Et autres exclamations analogues qui traduisent toujours le mélange de résignation et de révolte, »
La joie.
Si Ribot n’a pas analysé le mécanisme originel de la joie, c'est certainement parce qu'il considérait ce mécanisme comme inversement analogue au précédent. Dans ce cas, l'événement initial déterminerait dans l'esprit du sujet des représentations correspondantes soit à une adaptation nouvelle et facile (c’est le cas du candidat reçu à son examen), soit à la suppression d’un état de gêne et de privation (c’est le cas du prisonnier qui recouvre sa liberté), soit le plus souvent à une forme mixte où les deux mécanismes précédents s’associeraient et se combineraient (c’est le cas, par exemple, du pauvre diable qui gagne le gros lot).
Quand le sujet se représente la fin d’un certain nombre de: privations, quand il préimagine un certain nombre d’adaptations nouvelles, il y a une organisation générale de tendances diverses autour d’un centre nouveau, et cette organisation, qui est facile, sans être automatique, se traduit par une excitation générale et agréable et constitue la joie active.
Mais il peut arriver aussi que la joie se présente sous une
forme passive tout à fait différente de la précédente. . Dans ce cas, le sujet, au lieu de réagir à son plaisir par une hyper-activité idéo-motrice et une exaltation de l’humeur, éprouve une joie paisible caractérisée par un sentiment général de bien-être, de satisfaction, d’optimisme, bien plus que par un sentiment aigu de puissance.
Ces joies dépourvues d’excitation mentale et motrice se
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us LES ÉTATS AFFEOTIES 471
rencontrent chez tous les normaux, suivant les jours et les heures, et elles peuvent, comme les formes correspondantes de là tristesse, alterner chez un même sujet qui sent tantôt sa joie sous la forme d’une excitation cérébrale, tantôt sous 1a forme d’un sentiment de bien-être. Nous les retrouverons plus loin (Traité, T, 682). |
Il convient cependant de dire tout de suite que, dans cette psychogénie de la tristesse et de la joie, comme-du reste dans la psychogénie des autres émotions, des besoins, du désir et de tous les états affectifs, on à généralement tendance à se montrer beaucoup trop intellectualiste et à exagérer le rôle des représentations préalables.
En fait, le mécanisme que nous venons d’indiquer se trouve presque toujours très simplifié en ce sens que l’arrêt ou l’excitation des tendances se fait, la plupart du temps, avec un minimum de représentations. Lorsqu’à la suite d’un événement qui nous réjouit ou nous afflige, nous somimes joyeux ou tristes, excités ou abattus, c'est presque toujours en vertu d’images et d'associations subconscientes et rapides et quelquefois même sans images et sans associations apparentes, Ce qui est essentiel, et dans une certaine mesure objectif, c'est l'arrêt, l'adaptation aisée ou difficile des tendances qui se traduisent par des signes physiques d’excitation, de souffrance ou de dépression; le reste à été l’objet d’interprétations plus que de constatations véritables et ces interprétations sont très artificielles.
Il se peut qu’à l’origine, chez l'enfant, des représentations aient été nécessaires pour provoquer des émotions de tristesse et de joie, mais il se peut aussi que, dans ce domaine de la psychologie de l’enfant, nous soyons portés à « intel- : lectualiser » des processus qui n’ont exigé qu’un minimum de représentations et d'associations.
Ce qu’on peut affirmer, semble-t-il, sans parti pris de doctrine, c’est qu’à côté des cas dans lesquels les tendances sont atteintes par l'intermédiaire de représentations complètes, il y en a beaucoup d’autres où nos tendances ne demandent,
…. pour s'adapter facilement ou difficilement à une situation
nouvelle sous forme de joie ou de tristesse, l'intermédiaire
d’aucune représentation complète et s’excitent ou SEINS devant de simples schèmes ou même devant des mots capables, par développement ou par association, de provoquer des représentations mais n’en provoquant pas à l'ordinaire (v. BERGSON, 163). |
La nouvelle de la mort d’un être cher peut, avec une représentation simplifiée, schématique, ou même réduite à son expression verbale, exercer sur notre esprit une influence déprimante par un mécanisme simplifié qui permettrait de la comparer à un simple signal. La nouvelle d’une fortune subite peut exercer une influence excitante sans exiger plus de représentations conscientes. Et, sans doute, on pourra toujours prétendre que les processus originels ont commencé par être chargés de représentations avant de devenir schématiques et subconscients, mais, encore une fois, ce n’est.pas établi et, dans tous les cas, il reste possible que les tendances qui constituent notre individualité affective aient pu être dès l’origine révélées, excitées, réprimées, adaptées par des représentations rudimentaires et schématiques. En vertu de nos habitudes intellectualistes, et pour la commodité des analyses, nous avons grossi la partie intellectuelle du phénomène aux. dépens de la partie affective.
Tout en faisant la part des différences individuelles d’imagination et de sensibilité, nous pensons que le mécanisme nettement représentatif fonctionne très rarement et comme par à-coups, tandis que le mécanisme schématique et verbal est au contraire à peu près constant. Si les psychologues croient si souvent rencontrer devant eux le mécanisme représentatif quand ils s’analysent, c’est que la réflexion leur . fait découvrir, après coup, des représentations et des associations d'idées qu'ils tiennent alors pour des éléments nécessaires du processus. Le mécanisme intellectuel, si souvent invoqué, serait done le plus souvent une invention secondaire qui, sous prétexte de rendre la réalité intelligible, la dénaturerait. :
| La peur.
La peur à été définie par James SULLY «la réaction émotionnelle causée par la représentation vive et persistante d’une - douleur ou d’un mal possible » (II, 91). Ribot, qui cite cette définition, remarque qu’elle n’est pas applicable aux formes innées et instinctives de la peur qui ne peuvent être attribuées ‘ à aucune expérience individuelle. Il est bien certain que ces peurs existent ; les poussins nouveau-nés ont, comme l’a constaté SPALDING, une peur instinctive du faucon; les chiens, | | même tout jeunes, ont peur des peaux de loup et de bêtes … fauves, voire même des fourrures préparées. : On a tendance à s’exagérer la précision de ce genre de peur. Preyer à repris l’expérience de Spalding en remplaçant le faucon par un pigeon et il à obtenu les mêmes résultats 5 mais, à cette réserve près, il semble bien que la peur de l’inconnu fasse partie de la constitution de l’animal et que l'instinct de la conservation réagisse aveuglément par de la peur, devant tout ce qui est insolite, violent, et par conséquent avec ou sans profit (RIBOT, 209).
C’est seulement à la peur très consciente de ses causes que convient la définition de James Sully ; l'auteur, parles termes de représentation vive et persistante d’une douleur, désigne très nettement la mémoire affective, et Ribot ajoute à titre de commentaire : « Pour que j’aie peur de l’extraction d’une dent, il faut que le souvenir d’une opération antérieure renaisse avec son ton douloureux, au moins sous une forme faible. Si je n’ai qu’un souvenir tout sec, sans résonnance physiologique, la peur ne naîtra pas. » (209).
Nous nous rallions volontiers à la définition de James Sully et au commentaire de Ribot, sous cette réserve cependant que pour la peur, comme pour la joie et la tristesse et. toutes les autres émotions, il faut se garder d’exagérer le rôle initial des représentations et que la cause de la peur …. est souvent un simple schème ou lieu d’être une repré- … sentation complète qui agit par par l’action vive et persistante de son contenu.
La peur, telle qu’il nous à été donné de l’observer au cours de la récente guerre, peut être liée à une scène de carnage et de mort qui revit dans l'esprit sous forme de représentation, et, dans ce cas, elle réalise tout à fait la définition de James Sully. Elle peut, tout aussi bien, éclater devant un danger possible, avec un minimum de représentations, et son expression physiologique et mimique peut être cependant très accusée, Ici, comme tout à l’heure, une interprétation trop intellectualiste irait contre la réalité et nous ferait prendre pour essentiel un processus d’association qui ne fonctionne en général que par intermittence et qui peut être extrêmement réduit sans que l’intensité affective de l'émotion soit sensiblement modifiée.
L’émotion de peur, comme l’émotion de joie et l’émotion de tristesse, se présente, au point de vue subjectif, tantôt sous une forme passive, tantôt sous une forme active.
Dans la forme passive, quand la peur est intense, le sujet présente en même temps que la représentation claire, confuse, abstraite, schématique, mais particulièrement obsédante du danger, une anesthésie sensorielle et sensible, de l’obtusion, de l’incoordination de toutes les fonctions mentales supérieures et, dans les cas extrêmes, il se rapproche de’la stupeur. Dans sa forme active, quand la peur est in- tense, on peut constater les mêmes phénomènes d’obsession, d’anesthésie, d’obtusion, d’incoordination mentale, avec en plus des mouvements éperdus de fuite, et parfois si peu
réfléchis qu’ils peuvent conduire l'individu à sa perte, comme dans le cas bien connu des paniques. Il se peut d’ailleurs que ces deux formes de l’émotion se succèdent à peu d’intervaile chez le même sujet comme les formes correspondantes de la tristesse et de la joie. Il se peut enfin qu’elles se mêlent et que la tendance à la fuite, encore que présente et forte, soit annihilée par la faiblesse et l'impuissance motrice; mais les deux formes peuvent exister l’une sans l’autre et le sens commun les a distinguées depuis longtemps, puisqu’il parle de la peur qui coupe les jambes et de la peur Ye \ donne des ailes.
LES ÉTATS AFFEOTIES 475
La colère.
BAIN définit la colère « une impulsion consciente qui pousse à infliger une souffrance et à tirer de ce fait une jouissance positive ». RIBOT remarque que cette définition m'est pas risoureusement applicable à la forme inférieure ou animale de la colère. id w Cette forme inférieure ou animale est, pour lui, la forme de l'agression réelle ; elle se voit à l’état pur chez les animaux, parce qu’il n'y à pas chez eux de tendances antagonistes qui la refrènent ; elle consiste dans une attaque réelle où chacun use de ses instruments naturels, dents, griffes, venins, etc. ; elle à la violence des instincts puissants auxquels elle est liée, instinct de la nutrition et de la lutte pour la vie ou pour Pamour. A ceétepériode, l’élémentagréable serait nul ou très faible à cause du caractère aveugle et inconscient de la destruction. Cette forme animale de la colère se rencontre chez Les hommes, non seulement sauvages, mais civilisés (RIBOT, 218). Au-dessus de cette forme Ribot en distingue une autre qu'il appelle « forme affective ou de l’agression simulée ». Elle est surtout humaine et par l'effacement des mouvements d’agression elle lui paraît être la forme vraiment émotive de la colère. On la rencontre chez les animaux supérieurs et notamment chez le chien. | à Psychologiquement cette colère se produit après un événe- “ ment pénible et ressenti comme tel, et l’on pourrait faire ici sur le prétendu jeu des représentations initiales les mêmes réserves que pour les autres émotions; mais le sujet se révolte au lieu de se résigner ou de se lamenter, et comme on 1 me peut se révolter ni contre le destin ni contre la puissance . humaine quand elle est souveraine, la colère ne se produit guère que dans les cas où le sujet à le sentiment obscur ou clair qu’il aurait pu dominer la force extérieure dont il est . la victime. Il y a presque toujours dans cette émotion le senti- . ment de la lutte et par conséquent d’une certaine égalité. Onasouvent dit qu’il y à, dans ce genre de colère, une sorte … d’attrait et d’enivrement; il n’est pas rare en effet d'observer,
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tandis que l’excitation se dépense librement, une sorte de satisfaction obscure liée à la mise en jeu d’énergies surabon-
dantes, et cette satisfaction se double du plaisir d’infliger une
affliction et surtout du plaisir de domination par lequel se satisfait un de nos instincts les plus impérieux.
Toutefois cette jouissance, qui n’est autre que le sentiment et peut-être aussi l’orgueil de la force, est très différente de la joie associée à l’activité non automatique et facile ; et, de plus, cette jouissance est impure en ce sens qu’elle est mêlée d’un sentiment de révolte ou même d’agressivité et du souvenir du déplaisir initial.
Parmi les caractéristiques intellectuelles de cette excitation
violente qu'est la colère, on peut mettre au premier rang là
pauvreté des idées.
L’excitation, quand elle est très considérable, empêche cette sélection d’images et d’idées qui font la pensée; d’où, comme dans la tristesse et pour des raisons différentes, la répétition monotone des mêmes phrases. Bertin, un de nos sujets de Sainte-Anne, qui a des crises de colère toutes les fois qu’un autre malade lui réclame de l’argent prêté, à répété vingt-deux fois « fils de voleur » dans une de ses colères. Quelquefois il crie : oy! oy! oy! indéfiniment, en regardant son adversaire d’un air menaçant, mais sans trouver un seul mot.
Cette difficulté de penser, jointe à l’excitation motrice, met souvent l’homme en colère dans l’impossibilité de s’expliquer clairement, non seulement avec son ennemi mais avec des tiers.
Le même Bertin vient nous dire, après avoir mis son ennemi en fuite, qu’il lui rendra son argent ; mais il bredouille et s’embrouille et il répète : « ÿy tarendrai targent, j'y targerai tardegent ; j’y targenderai, j'y targenderai. »
C’est une ataxie mentale par excitation dont on peut d’ailleurs trouver des exemples dans les joies très excitées.
La conséquence de cette excitation, c’est la disparition de À , tous les freins intellectuels, moraux, sociaux, l’oubli de la à parole donnée, des obligations, des convenances et l’impul- «
sion corrélative à frapper, à tuer, à détruire, etc,
Lie à