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de PSE RS Rd FO en 7 RE one

LES ÉTATS AFFECTIFES 449

montré que l’hypertonie sanguine provoque d’abord une série de réflexes de défensé qui ont pour objet de compenser la déperdition d’eau. C’est ainsi que se produisent notamment l'accélération cardiaque, l'élévation de la pression artérielle, des vaso-dilatations locales dans les régions qui sont en contact avec le sang hypertonique, des vaso-dilat ations du rein et de l'intestin avec hyperactivité fonctionnelle de ces organes, toutes réactions qui ont pour résultat de rétablir l'équilibre moléculaire et le niveau normal de la tension osmotique. Mais ces actions réflexes ne constituent qu'un palliatif momentané, puisque non seulement elles ne peuvent s'opposer aux dépenses continuelles de l'organisme en eau, mais qu'encore elles arrivent bientôt à accroître ces dépenses et la tension osmotique du sang. En effet, pour trouver de l’eau, les cellules disloquent leurs albumines et solubilisent leurs graisses. Ces phénomènes amènent l’excrétion de nouvelles molécules solides, et par conséquent l’augmentation de l’hypertonie, tandis que l'accélération : des mouvements respiratoires, conséquence inévitable de l’accé lération cardiaque, active l'évaporation pulmonaire, Le mécanisme de régulation réflexe fait donc nécessairement faillite si l’eau n’est pas ingérée, et c’est au moment où toutes les ressources de défense sont épuisées que l’économie éveille là soif (70). Suivant Mayer, toutes les réactions réflexes de compensation et de défense sont le résultat de l’hypertonie sanguine qu’elles ont pour conséquence de diminuer ; le centre de toutes ces réactions est le bulbe ; Mais l'excitation n’est pas apportée au bulbe par voie sanguine ; elle y arrive par voie nerveuse, par l’intermédiaire des nerfs sensitifs des vaisseaux, excités eux-mêmes par le Ssang hypertonique. Quant à la sensation de soif, Mayer n’y voit plus comme Schiff une sensation excentrique, mais une sensation locale dont l'élément chaleur provient de la vaso-dilatation de la muqueuse linguale et bucco-pharyngée et dont l'élément sécheresse tient au tarissement des sécrétions salivaires qui … résulte peut-être, pense-t-il, d’une excitation venue des … centres. Dans tous les cas, c’est encore ici l’hypertonie san- … guine qui est, ou qui paraît être, à l’origine de ces mécanismes.

C’est d’elle-même et par elle-même que la tension te règle son mécanisme chimique, physiologique et psychique de défense.

CANNON a soumis les thôdries venitrales de la soit aux mêmes critiques que les théories centrales de la faim, et il a critiqué de même, tout enles continuant, les travaux qu'a faits Mayer. « La soif, en tant que sensation primaire est décrite universellement, dit-il, comme une impression de sécheresse et de viscosité dans la bouche et dans la gorge. Au Heu d'essayer de rendre compte de cette impression comme telle, on à, au contraire, porté l’attention sur le besoin organique qui l’accompagne ; comme ce besoin est général,on à supnosé que la sensation est générale, et la soif, que tout le monde éprouve et connaît, a été classée comme phénomène secondaire associé ou comme référence périphérique d’une sensation centrale. »

Mais aucune des expériences ou des raisons, par lesquelles on à contesté le caractère périphérique de la sensation locale, ne paraît probante à Cannon.

La section des nerfs afférents de toute la région bucco-pharyngée, même sielle est complète, ne prouve rien, pas plus ici que pour le cas de la faim. « On peut boire par vue du liquide ou par habitude, sans le stimulus d’une bouche sèche, de la même façon qu’on peut manger à la vue des aliments, sans Le stimulus de la faim. »

Quand on 2bolit la soif chez des chiens en leur injectant de l'eau dans les veines, il s’en faut également beaucoup de qu’on ait prouvé que la soïf n’est qu’une sensation générale accompagnée de sensations excentriques, car l'injection peut avoir changé l’état local de la bouche et du pharynx de facon à faire disparaître les sensations locales. 2.

Enfin, tout en rendant justice aux belles recherches qu’a faites Mayer, Cannon rapporte des expériences de Wittendorif, d’après lesquelles une altération sérieuse de la … tension osmotique du sang serait relativement tardive. é L'origine de la soif ne résiderait donc pas à proprement | parler dans des modifications du sang lui-même, mais dans le fait que le sang retire sans cesse de l’eau aux tissus pour î

: à maintenir, autant que possible, une tension osmotique constante, et nous aurions ici l’explication très simple du caractère progressif du besoin.

Après ces critiques Cannon expose une théorie périphérique de la sensation locale de soif, en invoquant des raisons très vraisemblables et les expériences anciennes de Bedder et Schmidt. « Ces expérimentateurs se proposaient d’étudier les sécrétions fluides qui peuvent apparaître dans la bouche en dehors de la salive. Dans ce but, ils liaient chez Les chiens +ous les conduits salivaires. Le premier effet fut une diminution si frappante de la couche fluide sur la muqueuse buccale que ce n’est qu’en maintenant la gueule fermée que la surface restait humide ; quand l’animal respirait par la bouche, ia surface se desséchait rapidement, L'’avidité pour l’eau en était fortement accrue, de-sorte que l'animal était toujours Æenclin à boire. »

En se fondant sur ces expériences, ainsi que sur des considérations zoologiques et physiologiques qui ne paraissent pas COntestables, Cannon conclut « que la sensation locale de la soit provient directement de ce qu’elle est due à une dessiccation relative de la muqueuse de la bouche et du pharynx » (77). Comme les glandes salivaires qui maintiennent humide Ia muqueuse buccale et pharyngienne ont besoin d’eau pour fonctionner, on comprend que le besoin général d’eau, qui se traduit dans l’organisme par un sentiment de malaise, se traduise localement par la sensation de soif. Nous avons à peine besoin de faire remarquer que Mayer avait cuvert ia voie aux explications de ce genre en expliquant la sensation de chaleur par la vaso-dilatation locale,et la sensation de sécheresse par le tarissement des sécrétions salivaires.

Cannon fait remarquer que la soif émotionnelle, celle qui accompagne l’anxiété et la frayeur, s'explique très facilement

dans sa théorie par l'arrêt des sécrétions salivaires. «On connaît bien, dit-il, l’inhibition de la sécrétion salivaire causée par les états émotionneis. La nature inextinguible de la soif qui résulte de l’anxiété constitue une grande partie du malaise de l’orateur novice.

Il n’est pas sans intérêt, pour la psycho- physiologie du besoïn, de rappeler ce qui se passe dans certains états de besoin artificiel comme le besoin de morphine qui peut être créé, suivant les individus, en quelques jours, en quelques semaines ou en quelques mois par l'usage du toxique.

Lorsque le morphinomane est privé de son poison habituel, il éprouve une sensation de malaise, à la fois psychique et physique, qu’on appelle l’état de besoin. |

Cet état se produit, comme la faim, avec une telle régularité qu’il apparaît toujours aux mêmes heures et que le sujet peut indiquer, à une minute près, le moment où sa piqûre devrait être faite. Au point de vue psychique, l’état de besoin se caractérise par un malaise général, une gène plus ou moins marquée de toutes les fonctions mentales compliquée d’anxiété, et par une sensation générale de faiblesse qui rappelle celle de la faim. Parmi les Symptômes somatiques, on note la pâleur de la face, la petitesse extrême du pouls, une courba-

ture généralisée, des sueurs froides, des bâillements. Si l’état

de besoin se prolonge, on peut constater de la torpeur et de l’inertie mentale, de l'agitation, du délire, de la diarrhée, de l’algidité, du collapsus. |

On ne note pas, comme dans les besoins précédents, des sensations périphériques de faim ou d’appétit, puisque l’introduction de la morphine n’est pas liée physiologiquement au. Tonctionnement d’un organe spécialisé et se fait, le plus sou-

vent, sous forme de piqûre par les voies de la circulation ;

toutefois, il est à signaler que les malades qui se piquent arrivent, par association, à lier certaines sensations périphériques à leur besoin généralisé de morphine ; plusieurs avouent qu’ils éprouvent, suivant les jours, un plaisir particulier à piquer telle région plutôt que telle autre ; ils choisissent, par la pensée, la région qu’ils veulent piquer, ils attardent leur imagination sur cette région et sur la douleur prochaine ; ils dégustent en quelque sorte leur piqûre avant de la. faire et, quand ils la font, ils en jouissent en anticipant sur

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* ses résultats. Nous avons connu à Sainte-Anne le sujet de

Chambard, Valentin, qui avait absorbé jusqu’à 13 grammes de toxiques par jour (7 grammes de morphine et 6 grammes de cocaïne) ; il ne tarissait pas sur les sensations locales qu’il éprouvait avant et pendant ses piqûres. « Je suis piquomane autant que toxicomane, nous disait-il. » Les sensations de « piquomane » qu’il accusait n'étaient pas sans analogie avec l’appétit.

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Ces notions physiologiques nous rendent compte de 1a plupart des propriétés psychologiques des besoins. Le caractère Spontané, fatal, impérieux de leur apparition tient précisément à ce qu’ils ont la même origine et la même signification physiologique que la série des phénomènes réflexes qui les Ont précédés.

Si certains d’entre eux sont comparables à des sensations viscérales assez bien localisées, c’est qu’ils intéressent presque exclusivement un organe spécial (comme la vessie dans le besoin de miction). Si d’autres se présentent en même temps

‘Comme un état cénesthésique diffus, tels la faim et la soif, C’est qu’ils traduisent des modifications existant dans tout

l'organisme. Et si à cet état cénesthésique s’ajoutent des Sensations particulières assez localisées, cela tient, non pas, -comme le pense Schiff, à la simple projection à la périphérie de sensations d’origine centrale, mais, comme l'avait indiqué Mayer pour la soif et comme l’a démontré Cannon pour la soïf et la faim, à ce que la même cause est capable -d’entraîner à la fois des réactions organiques générales et -des réactions locales, et aussi, comme nous | verrons plus loin, à ce fait que, chez l’individu qui à acquis de l'expérience, Je besoin se mue en désir, et s’accompagne de représentations, associées elles-mêmes à des mouvements.

Le caractère progressif du besoin s'explique, comme nous Tavons vu, par la progression continue des désordres Organiques, progression accélérée souvent grâce aux processus “Compensateurs eux-mêmes.

Enfin, la dépendance du besoin par rapport aux conditions

organiques se montre encore dans Padaptation de l'appétit aux nécessités du moment. Les individus soumis à un travaïl pénible recherchent les hydrates de carbone et lesalbumines: ils absorbent avec plaisir, en hiver, les graisses énettiquetient thermogènes qu’ils rejettent en été. Cette dépendance se manifeste plus nettement encore dans la réapparition périodique des besoins, en relation constante avec le cycle dez échanges organiques.

Le besoin et le désir.

La description que nous avons donnée du besoin, en prenant . nos exemples dans la faim et la soif, n’est pas absolument conforme à ce que nous enseigne l’expérience. Nous avons essayé, en effet, de mettre surtout en relief, dans l'analyse de ces états, ce qui était vraiment le propre du besoin, c’està-dire les sensations générales ou locales qui traduisent la. gêne ou l’arrêt progressifs des fonctions organiques correspon dantes; et nous avons laissé au second plan les éléments moteurs qui sont physiologiquement et nt à à associés au besoin:

Parmi ces éléments, un certain nombre sans doute APR tent à toute expérience individuelle et paraissent se présenter comme des impulsions sourdes ou précises, tels les spasmes bucco-pharyngés de la soif ou les mouvements de succion liés chez les nouveau-nés aux premières manifestations de la faim ; mais, chez l’adulte, des éléments moteurs ont été groupés et orientés depuis longtemps par l’expérience dans le sens de la satisfaction ; ils peuvent donc se manifester dès les premières manifestations du besoin sous forme de tendances, et quand ils s’orientent de même sous l’influence d’une image, on leur donne le nom de désir. Remarquons d’ailleurs que l'expérience, au sens strict du terme, n’est pas nécessaire pour que le désir apparaisse et que la représentation d’une satisfaction peut suffire, en dehors de toute expérience.

SPENCER écrit à ce sujet (I,546):« La doctrine soutenue par quelques philosophes que tous les désirs, tous les sentiments sont engendrés par l’expérience de l'individu est si manifes-

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tement en désaccord avec un si grand nombre de faits que je ne puis que m’étonner que quelqu'un ait jamais pu l’accepter. Sans m’arrêter aux passions si diverses, manifestées par le jeune enfant, avant cependant qu'il ait accumulé assez d'expériences pour qu’elles puissent servir à produire ces passions, j’indiquerai seulement la plus puissante de toutes les passions, celle de l'amour, comme une qui, quand elle se produit, est antérieure absolument à toute expérience relative, quelle qu’elle soit. ».

Le désir, quand il s’ajoute à la tendance subeonsciente qui - nous porte à satisfaire le besoin, peut donc être défini une tendance consciente vers une fin connue ou imaginée. HôFr- DING dit plus brièvement encore « une tendance commandée par des représentations claires » (303). |

Considérons un sujet absorbé par un travail quelconque, qui laisse, sans s’en douter, passer l’heüre de son repas. La faim se fera sentir chez lui, tout d’abord, par un sentiment vague de vide, de faiblesse, qui correspond aux fonctions diverses qui sont arrêtées ou gênées, en même temps que s’éveilleront des tendances subconscientes traduites par les par les mouvements de se lever, de mâchonner, etc., et qui ne sont pas encore le désir. |

Mais voici que le sujet éprouve des sensations locales, prend conscience de son état de besoin et en reconnaît la cause. Aussitôt s’éveille l’idée du repas nécessaire, avec tout le cortège des ébauches plus ou moins précises des mouvements associés ‘, c’est-à-dire avec une tendance consciente vers une fin connue. |

4. Les réactions sécrétoires ne sont certes pas simultanées, et PawLow en particulier a mis en évidence l’antagonisme des phénomènes moteurs et sécrétoires. Prenons comme exemple le désir suscité chez un chien affamé par la vue d'un morceau de pain sec. I1 se traduira objectivement par une abondante sécrétion de salive fluide, cependant que l'attitude du chien, calme et expectante, exprimera plutôt l'attention que la convoitise. Or, si l'on montre au même chien de la viande, pour laquelle il à un goût très vif, ou même simplement si on lui fait craindre que son repas de pain sec ne lui soit enlevé par un autre chien présent à l'expérience, on le voit s’agiter violemment, tendre sa chaîne, grincer des dents, et cependant le salivation cesse ou n'apparaît point. :— « Dans cette expérience, nous trouvons ainsi une manifestation de ce que nous considérons, dans

-Spontanément tendent alors à se produire les actes divers

qui ont déjà été exécutés lors de la satisfaction antérieure du désir; légers mouvements de mastication et de dégluti- -

tion, mouvements de la langue et des lèvres, mouvements de préhension particulièrement visibles chez l’enfant et chez l'animal en présence de l'aliment.

À des degrés plus élevés, on voit s’accomplir de véritables actes d’impulsion. |

T1 y à donc à considérer, dans la faim, toute une série de mouvements qui rentrent dans la notion physiologique du besoin ; ce sont les mouvements qui s’exécuteraient si le besoin était satisfait et qui tendent vers la réalisation, à l’idée de cette satisfaction. Un besoin organique, comme la faim, considéré sous la forme négative et sous la forme positive, est donc la conscience correspondante à une double série de mouvements. Les uns sont des arrêts de mouvements correspondant à autant de gênes fonctionnelles, les autres des mouvements commencés ; mais il'est facile de voir que, si ces derniers commencent, ils ne se finissent pas, et nous n’avons pas besoin d’insister sur les conditions qui leur manquent pour se terminer. C’est, dans le cas présent, l’objet même de la faim, la nourriture. Si les premiers mouvements sont arrêtés, les seconds le sont aussi en définitive puisqu'ils se bornent à commencer.

Quand il s’agit de désirs psychiques intenses tels qu’on les rencontre dans les passions ou dans certaines formes intellectualisées de la colère, on peut constater de même des tendances correspondant à des mouvements qui s’ébauchent et qui sont le plus souvent corrélatives de tendances correspondant à des mouvements arrêtés. Lorsque Pozdnichew nous raconte, dans la Sonate à Kreutzer de Tolstoi,

comment il est devenu jaloux et meurtrier, ce qu’il constate

‘ la vie psychologique de l'esprit, comme un désir: mais ce désir se mani-

feste uniquement par des mouvements et point du tout par l'excitation des glandes salivaires. Ceci démontre qu'il est faux d'affirmer que le désir passionnel excite l'activité des glandes salivaires..…. C’est un fait connu et généralement admis que des réflexes spécifiques sont souvent réprimés par un désir trop violent...» (PawLow, B, 410.) Il semble que la production des phénomènes moteurs dérive la plus grande partie ou la totalité de l'excitation nerveuse nécessaire à la sécrétion glandulaire.

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en lui, ce sont des tendances d’arrêt provoquées par la trahison de sa femme en même temps que des tendances à la violence et à la vengeance t.

\ Parmi les tendances d’arrêt la plus forte se rattache à l'instinct de la propriété.

.. Sinousl’analysions, nous verrions qu’elle correspond à l’idée que tels ou tels actes de possession, d’affection, de confiance, ne pourront plus s’accomplir librement comme par le passé, - mais les représentations n’ont pas besoin de se détailler et tout : 8e réduit à l’idée d’une diminution et d’un vol qui, même sans se formuler clairement, suffisent à provoquer l'arrêt. Puis viennent à l'esprit de Pozdnichew l’idée du déshonneur, et la pensée du scandale familial. « En présence de la nourrice et de mes enfants, elle me déshonore ! Mon petit Vassia, il verra . le violonneux embrasser sa mère! Que va penser sa pauvre . petite âme! Moi qui avais rêvé toute une vie de bonheur . <onjugal et de fidélité! Moi, avoir une pareille destinée! » Autant d’exclamations, autant d’habitudes mentales gênées, refrénées et en définitive autant de tendances d'arrêt.

Quel sera l’aspect positif du désir ? Quelles tendances s’éveilleront dans l’âme du jaloux ? Le désir de vengeance ou de punir est le premier. « Tout à coup une fureur indicible .. s’empara de mon être, et, au lieu de combattre cette rage, je .. l’attisai, heureux de la sentir bouillonner en moi; la chose

terrible, c’est que je me reconnaissais sur son corps un droit indiscutable, comme si elle eût été la chair de ma chair. » Voilà le désir capital formulé et le drame final entrevu par le mari. Dans ce désir nous pourrions distinguer une série de mouvements commencés qui en sont les éléments constitutifs ; ce serait reproduire, sous une autre forme, l’analyse du désir de manger.

Bornons-nous à signaler les autres tendances qui viennent se grouper autour de la première ; c’est d’abord la haine très nette que le chrétien Pozdnichew conçoit dès le premier jour, . contrele libertin qui fait la cour à sa femme; c’est l’idée qu’il

4. Il va de soi que si nous citons le roman de Tolstoï, ce n’est pas pour lui emprunter un cas documentaire mais simplement pour appuyer notre analyse d’un exemple concret.

va reconquérir par le meurtre son honneur perdu, sa dignité de père et d’époux, c’est l’antipathie ancienne qu’il nourrit contre sa femme, caractère frivole et esprit vide, c’est son ressentiment de chrétien pour la créature sensuelle qui lui rappelle des tentations auxquelles il à trop souvent succombé, ete. | Il faut toutefois se mettre en garde, dans les analyses de ce genre, contre l’intellectualisme qui à faussé, à notre sens, la connaissance des phénomènes affectifs (v. Traité, I, 671), comme d’ailleurs toute la psychologie, en s ébatinad à Es. quer par des représentations claires et des associations d'idées conscientes, des états, dans la genèse desquels la représentation schématique et les reflexes associés jouent un : rôle considérable. Tout désir actuel de vengeance bénéficie dans sa constitution psychomotrice d’un ensemble de réflexes héréditaires ou de réflexes conditionnels établis depuis longtemps et rafraîchis sans cesse par l'expérience, par la conversation, par la participation à des Au ou à des préjugés collectifs, et le fait de la trahison n’a même pas besoin de se traduire en formules claires pour déclencher tous les réflexes

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d'agression et de violence. Certaines images vaguemententrevues, certains mots même suffisent parfois pour exciter des ten- { dances que l’intéressé ne détaille pas, mais dont il éprouve les effets qui se résument dans des mouvements commencés et qui viennent se fondre dans le désir central de vengeance. !

Le désir global est ici, comme tout à lheure, la con- 4

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science des mouvements qui s’exécuteraient pour le satisfaire et qui s’ébauchent à l’idée de cette satisfaction ; mais comme les mouvements qui s’ébauchent dans la faïm, ceux-ci ne se terminent pas et, de part et d’autre, sous la forme négative comme sous la forme positive nous trouvons en défnitive des phénomènes d’arrêt. (Cf. PAULHAN, A.)

Le désir se résume donc, comme le besoïin, en deux séries de tendances, c’est-à-dire en deux séries de mouvements arrêtés ou commencés et de sensations confuses correspondant à ces mouvements; c’est-à-dire qu’il se décompose en tendances d’arrêt et en tendances motrices. \

Mais les tendances positives peuvent se manifester sans que les tendances d’arrêt soient marquées et le désir s’affran-

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chié alors de la gêne et de la souffrance dans la mesure où il peut être une source autonome de plaisirs.

L'instinct génital nous offre un exemple particulièrement net de désirs qui peuvent se lier quelquefois à un état de privation et de gêne, mais qui, de par les plaisirs intenses qu’ils impliquent, peuvent se manifester avec une indépendance absolue à l’égard de cette privation et de cette gêne, et ‘8e manifestent ainsi dans l'immense majorité des cas. | Que des états désagréables de gêne et de privation puis- ‘sent être liés au non-exercice de nos sens, de nos tendances esthétiques ou sociales, de nos inclinations supérieures, et conditionner par là même des désirs corrélatifs, c’est, nous Pavons dit, incontestable, mais on ne saurait contester non: plus que, dans tous ces domaines, le désir ait, plus que par- . tout ailleurs, son indépendance et puisse se constituer sous sa forme idéo-affective, avec le seul souvenir et la seule espérance de sa satisfaction.

Il peut donc y avoir beaucoup de désirs qui né supposent pas des états préalables de gêne, et qui ne sont pénibles que secondairement, dans la mesure où ils ne sont pas satisfaits û

notre vie mentale est sans cesse traversée par des désirs de ce genre. Ce n’est que dans le cas où ces désirs s'installent à demeure et deviennent tyranniques, sous forme de passions, qu'ils peuvent être précédés d’un état de souffrance et de dépression qui correspond à la forme négative du besoin.

Il ressort des chapitres précédents que notre état affectif est à chaque instant déterminé par les rapports du donné matériel, sensoriel ou représentatif avec nos tendances et nos \ inclinations. Tant que ces rapports varient d’une façon pro- . gressive et relativement lente, le ton affectif se modifie corré- . lativement, et reste, par conséquent, constamment adapté à la . situation présente. C’est ainsi que le sentiment pénible de la Dai croît régulièrement avec le déficit FUI et fait place

, progressivement au bien-être à mesure que les aliments sont - ingérés et absorbés. Mais cette adaptation du ton affectif, en -raison des multiples modifications psycho-organiques qu’elle nécessite, ne saurait en général être instantanée‘. Si un - brusque changement des circonstances extérieure exige une ‘modification correspondante de l’é quilibre affectif, cette mo- {dification ne pourra être obtenue, dans la majorité des cas, * qu'après une phase de désordre de durée variable, et se présentera ensuite comme un phénomène de désadaptation ou d’adaptation secondaire (v. DUMAS, À, Introd. et ch. V), et non primaire, comme dans l’exemple, cité plus haut, de la faim. C’est à ce phénomène psycho-physiologique complexe, évoluant en deux temps, qu’on donne le nom d’émotion. Toute émotion se présente donc successivement sous deux formes : sous la forme aiguë d’un choc ou «saisissernent » et sous la forme chronique d’un état ou manière d’être. À la première, on donne le nom d’émotion-choc, à la seconde, celui ’émotion-sentiment. Bien qu’il y ait le plus souvent fusion plus ou moins intime des deux phénomènes, et, presque toujours, passage continu de l’un à l’autre, il y à tout avantage à es étudier isolément.

L'émotion-choc.

Un événement capable d’exciter au plus haut point une “émotion bien déterminée : joie, peur, colère, tristesse, etc., etc. ne provoque d’abord, s’il se produit brusquement ét inopinément, qu’un banal état de désordre physique et moral, sans aucun rapport avec l’émotion qui lui succédera. Un coup de feu surprend un passant égaré dans les bois ; quelques mots d’un ami nous avertissent d’un bonheur immense et inespéré : l'effet peut être le même dans les deux cas : une série de désordres psychiques et physiques éclatent brusquement sans répartition fixe.

4. Cette sorte d'inertie, qui ne permet à l'émotion de se manifester … qu'après un « temps perdu » variable, explique également la survivance de l'émotion à sa cause : l'équilibre organique troublé ne peut se rétablir dnstantanément (cf. REVAULT D’ALLONNESs, À, 62). |

” Les désordres physiques seront étudiés plus loin dans le

chapitre consacré à l'expression des émotions. Qu'est-ce donc, au point de vue mental, que ce choc émotif qui peut n'être suivi d'aucune émotion qualifiée, mais qui précède d’ordinaire la plupart d’entres elles ? Nous parcourons, dans un journal, la partie nécrologique, et nous lisons plusieurs noms avec indifférence, jusqu’au moment où nous ® tombons sur le nom d’un ami dont nous étions sans nouvelles et que nous croyions bien portant ; nous éprouvons un choc * émotionnel. Or, dans le nom que nous venons de lire, qu'est-ce - qui à déterminé ce choc ? Ce ne sont pas les associations et dissociations d’idées provoquées par la mort de notre ami. Tout cela ne viendra que plus tard, quand l’émotion se qualifiera ; l’effet que nous constatons est plus immédiat ; il provient de là rencontre d’un grand nombre de tendances et d’habitudes organiques, lesquelles Supposaient notre ami vivant, avec l’idée de sa mort ; tout cet ensemble qui reposait, pour le moment, en dehors de notre conscience, vient d’être subitement réveillé et heurté ; c’est ce heurt qui est une émotion, et cette émotion-choc est d’autant plus violente que nos habitudes sont plus anciennes, plus profondes et plus

coordonnées,

Que le chocse produise pendant qu’on suit une rêverie ou qu’on délibère sur une résolution à prendre, il aura toujours pour caractère essentiel de rompre les processus de notre idéae tion actuelle et de heurter un nombre plus ou moins considérables de tendances et d’habitudes :.

L’émotion-choc se traduit donc essentiellement, au point de vue intellectuel, par une chute brusque de l'attention et cette

1. Comparez la définition de PaAuLHan (A, 89) qui concerne surtout lémotion-choc : « L'un des principaux caractères que nous trouvons dans l'émotion, c'est la force et la soudaineté de arrêt des tendances. Nous éprouvons surtout une émotion quand quelque chose vient à l'improviste … mettre un obstacle à la continuation de nos habitudes d'esprit et désorga- . niser les tendances les plus profondément ancrées dans notre cerveau. . Ainsi, si l’on nous apprend à l’improviste la mort d'une personne aimée, … ou toute autre nouvelle qui tend à dissoudre des associations existant déjà à dans notre esprit, nous éprouvons une émotion d'autant plus forte que

… l'arrèt est plus brusque, plus fort, et que les tendances arrêtées sont plus “amples et plus systématiques. »

462 LES ÉLÉMENTS DE LA VIE MENTALE chute peut entraîner une série de désordres secondaires. Tantôt c’est un véritable arrêt du cours des représentations, une sorte d’état d’hypnose, de monoïdéisme, tantôt une véritable fuite des idées sur laquelle la volonté n’a aucun contrôle.

Le jugement, le raisonnement sont temporairement impossibles. La mémoire elle-mêmé est troublée, ear le sujet ne peut ; plus dépenser une attention suffisante pour fixer de nouveaux souvenirs ou pour évoquer les anciens. 1)

Tous ces désordres, que l’on trouve au complet dans les À diverses formes pathologiques de confusion mentale émotive (Cf. SÉGLAS et BARAT), se retrouvent, plus ou moins atténués, dans les cas les plus ordinaires d’émotion-choc.

Quand le choc émotionnel est très violent, H peut être très douloureux et s’accompagner de perte de connaissance ; pour peu qu’il soit fort, il s'accompagne toujours d’un sentiment de malaise, même quand il précède des états affectifs qui doivent être agréables. SOLLIER écrit très justement à ce sujet: . « Souvent il faut de la précaution pour annoncer une très bonne nouvelle; quand elle est tout à fait imprévue, invraisemblable, le premier choc gâte la joïe future. » (86-87).

Toujours, lorsqu'un intérêt affectif est en jeu et que le choc initial n’a pas paralysé les fonctions d'adaptation, on voit une sorte de sélection s’opérer entre les divers désordres de l’émotion-choc. Les uns subsistent, les autres disparaissent ou sont même remplacés par leurs contraires. En très peu de . temps, se constitue tout un ensemble psycho-physiologique M approprié à la circonstance présente ; c’est ce qu’on appelle l’émotion-sentiment et plus communément lémotion. 4

L’émotion-sentiment.

depuis longtemps préparés ; mais, qu’il y ait eu choc ou non, . ne Er ae se présente re de la même me #1

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tiellement de tendances arrêtées, et de tendances en voie d’adaptation et de réorganisation, parfois mêlées d’impulsions comme dans la colère et la peur, toujours accompagnées de modifications organiques diffuses et d’un état de conscience correspondant qui peut être, suivant les cas, agréable, pere ou mixte. (V. RIBOT, À, 43).

Ce complexus ae et affectif, bien qu'il représente,

. Par rapport au choc, une adaptation, n’est pas nécessaire-

ment, comme le voudrait Ribot (A, 93), une réaction orga-

aisée de la vie affective, car il y à des émotions dépressives,

comme certaines tristesses et certaines peurs, où l’organisation est assez faible quand elle n’est pas nulle, et, d’autre part, les émotions caractérisées par une grande excitation, comme cerbaines joies, certaines colères et certaines peurs, tendent naturellement vers le désordre de par l'excitation même, En dépit de ces réserves, il n’est pas douteux que chaque émotion constitue un ensemble d'éléments, qui a son individualité, sa coldration propre et peut être analysé comme tel. Les caractères physiologiques de ces ensembles seront étudiés en même temps que ceux de l’émotion-choc.

Comme on ne saurait par ailleurs parler de ces caractères . physiologiques, c’est-à-dire de la physiologie et de l’expression émotionnelles, sans parler du contenu psychique, et notamment du contenu affectif de l’émotion, nous pourrons être brefs dans la description psychologique des émotions.

Et d’abord, il est nécessaire de s’entendre sur deux éléments affectifs que nous allons retrouver partout, le plaisir moral et la douleur morale.

Le jee moral et la douleur morale.

| à Il est assez défile de parler du plaisir moral ou de la

. douleur morale, sans répéter plus. ou moins ce qui a été dit à propos du plaisir et de la douleur physiques. Dans les deux :

\ cas, les mêmes problèmes se posent et les mêmes explications comportent les mêmes réserves.

Disons seulement que le plaisir moral et la douleur morale

à paraissent liés, comme le plaisir et la douleur physique, à

des excitations légères ou excessives, adéquates ou inadéquates à nos habitudes et à nos tendances. |

Disons aussi que le plaisir moral et la douleur morale sont des états agréables ou des états désagréables et non de véritables plaisirs ou de véritables douleurs, au sens où nous avons pris ces termes.

Si nos inclinations et nos instincts se satisfont d’une facon automatique, comme il arrive la plupart du temps, nous n’éprouvons ni le sentiment de l’agréable ni celui du désagréable. Pour que ces deux sentiments se manifestent, il . faut que nous sortions de l’automatisme fonctionnel. C’est là ce que PAULHAN exprime très bien lorsqu'il écrit (C, 130): « La tendance, le besoin, l’instinct qui aboutissent à peu près | parfaitement à l’acte, deviennent inconscients et sont à peine ! aperçus par nous. Légèrement contrariés et tendant vers leur satisfaction sans obstacles trop redoutables, ils provoquent … une impression de plaisir. Plus fortement contrariés et tendant vers un fonctionnement moins harmonieux c’est la douleur qu’ils amènent. Telle est la loi générale, abstraction faite des circonstances particulières et des facteurs secondaires. »

On distingue, en général, la douleur physique de la douleur morale comme différentes de nature, et cétte distinction est fondée si l’on veut opposer par là à la sensation spécifique et bien localisée de douleur, accompagnée par ailleurs d’un élément désagréable, comme la douleur d’un cor aux pieds, le sentiment diffus et mal localisé de désagréable " moral, comme celui que ressent une conscience délicate à. j la vue du crime; mais la distinction devient plus difficile si : À on oppose le désagréable physique au désagréable moral, ÿ 1

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c’est-à-dire une tonalité affective à une tonalité affective ee | ÿ Ce qui nous donne alors l'illusion d’une différence de nature

c’est que, dans les deux cas, nous considérons les causes du désagréable, au lieu de considérer le désagréable lui-même, et . de ce point de vue nous jugeons paradoxale ou même révol- : tante toute assimilation des deux états. Elle est en bien | légitime. L'élément désagréable reste le même, qu'il s'associe à des sensations, à des images, à des idées abstraites, qu'il se lie à la gêne d’une fonction organique comme la vue ou” e

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à la gêne d’une fonction organique ou mentale. Cette afñrmation n’est pas discutable pour qui n’examine que le désagréable tout nu, abstraction faite des concomitants. Si l’on tient à différencier le désagréable physique et le désagréable moral, ce n’est pas dans leur nature qu’il faut chercher la différence, maïs dans le caractère sensitif ou représentatif de leurs causes et dans ce fait aussi, semble-t-il, que nous attribuons volontiers, encore que vaguement, le désagréable physique à notre corps, et le désagréable moral à notre cerveau (v. Traité, T, 681).

Les mêmes remarques valent pour la distinction. si souvent faite entre l’agréable moral et le plaisir physique, et dans laquelle on peut opposer avec raison le sentiment ditfus de lagréable à tel plaisir aigu et localisé; mais entre l'agrément physique qu’on éprouve à respirer une rose et l'agrément moral qu’on éprouve à regarder la Joconde on ne peut établir aucune différence intrinsèque si on ne considère que l'élément agréable. Ce qui nous donne l'illusion d’une différence profonde, c’est que l’agréable d’origine physique accompagne l'exercice de nos fonctions organiques, tandis que l’agréable moral accompagne le jeu de nos tendances psychiques ; nous considérons alors non pas l’agréable lui-même, mais sa cause. Si on veut différencier l’agréable d’origine physique et l’agréable moral, c’est done, comme pour le désagréable, en dehors des tonalités affectives et dans les mêmes conditions extrinsèques qu’il faut chercher la différence.

RIB0T, qui n’a pas suffisamment Hoens l’agréable et le désagréable du plaisir et de la douleur, n’a pas distingué non plus le plaisir et la douleur de la wa et de la joie, et il à été conduit, par là, au sujet de ces deux émotions, à des affirmations que nous croyons contestables.

« Faut-il considérer la tristesse et la joie, se demande-t-il, comme des émotions as primitives et particulières, analogues à la colère et à la peur ? On peut pencher pour Paéfrmatis di Ainsi Lange les à comprises dans les quatre ou cinq émotions simples qu’il a choisies comme types de ses descriptions. Voici, selon moi, les raisons qu’on peut faire valoir contre cette,.

solution : Il est incontestable que la joie et le ‘chagrite présentent tous les caractères qui constituent une émotion : des mouvements ou des arrêts de mouvement, ‘des. changements dans la vie organique et un état de conscience sui generis. Mais alors il faut quele plaisir physique et la douleur physique: soient compris aussi parmi les émotions, car ils présentent l’un et l’autre les caractères ci-dessus énumérés; de plus, il y à identité de nature entre le plaisir physique et la joie d’une part, entre la douleur physique et le chagrin de l'autre; la seule différence est que la forme physique à pour antécédent un état de l’organisme, tandis que la forme morale (joie. tristesse) à pour antécédent une représentation. En d’autres termes, il faudrait classer le plaisir (sans qualification ni restriction) et la douleur (sans qualification ni restriction) parmi les émotions primitives (e: et particulières). Or ces deux prétendues émotions présentent, par rapport aux autres précitées, une différence évidente et parfaite, c’est leur caractère de généralité. La peur est parfaitement distincte de la colère, l'émotion tendre de l’émotion égoïste, et l'émotion sexuelle. des quatre autres par sa Marque spécifique. Chacune d'elles est un état complexe, fermé, impénétrable, indépendant, comme la vision par rapport à l’ouïe et le toucher par rapport à l’odorat. Chacune traduit une tendance particulière (défensive, offensive, d'attraction vers le semblable) et est adaptée à une forme particulière. Tout au contraire, le plaisir et la, douleur traduisent les conditions générales de l'existence, sont diffus partout, pénètrent partout. Il y a douleur dans la peur, dans certains moments de la colère et de l’émotion égoïste ; il y à plaisir dans l’émotion sexuelle, dans certains Ioments de la colère et de l’émotion égoïste ; ces deux états. n’ont pas de domaine propre. L’émotion est, de sa nature, particulière ; le plaisir et la douleur sont, de leur nature,, universalistes. Telles sont les raisons pour lesquelles nous refusons de classer les états agréables et pénibles parmi les émotions primaires. » (15-16).

Malgré les raisons dont Ribot appuie cette conclusion, nous nous permettrons de la discuter. Il est bien certain que: l’agréable et le désagréable pénètrent partout, qu’ils peuvent

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LES ÉTATS AFFEOTIFS 467

être diffus dans toutes les manifestations de la vie affective et qu'ils se différencient très nettement par là des émotions plus spéciales comme la eolère ou la peur dont ils font

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