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Fxiste-t-il une colère passive, comme il y à une joie passive, une tristesse passive et une peur passive? Nous craindrions, en l’affirmant, de céder à ce besoin de symétrie qui fait, en psychologie comme ailleurs, imaginer les oppositions et les ressemblances aux dépens de la vérité ; et cependant __ il y a des colères froides qui se traduisent psychiquement, non par une agitation centrifuge, mais par une concentration douloureuse de la pensée et de l’affectivité. La psychologie n’en est pas faite.
Une forme peu connue de la colère est celle où le mit se borne à à trépigner, à s’agiter, à se rouler par terre, sans aller jusqu’à simuler l'agression, et où la révolte se traduit uniquement par une dépense cOHAEtAbIe d'énergie. Cette . forme de la colère est assez fréquente chez les faibles, et la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant l'a signalée chez 35 enfants sur 183 observés. Rappelons enfin la forme que RIBOT appelle « intellectualisée ou de l'agression . différée ». Il y à, d’après lui, dans cette dernière forme deux . forces antagonistes : d’une part, l’instinct agressif qui pousse + en avant, d’autre part, la raison, le calcul qui enrayent et refrènent la tendance à l'attaque. Le résultat est un retard ou un arrêt, et, à la place de l’agression qui ne s’accomplit pas, les tendances destructives refrénées se manifestent sous forme de haïne, d’envie, de jalousie, etc., etc.
| Il va de soi que toutes ces dcripétonts d'émotions sont : schématisées et simplifiées pour les besoins de l'exposition et que la réalité, sans cesse nuancée d'émotions légères mal délimitées et mal définies, est autrement diverse et complexe ; mais cette schématisation était nécessaire pour montrer quelle différence nous établissons entre les émotions qui viennent d’être décrites.
L'émotion et l'instinct.
… On.a souvent signalé ii parenté de l’émotion et de … l'instinct. W. JAMES à écrit (A, 473) : « Tout objet qui Ke, éveille un instinct éveille en même temps une émotion », “ et nous avons nous-même signalé que, dans les accès de
dépression ou d’excitation cyclothymiques, la diminution ou l’exaltation des instincts entraîne une diminution et une exaltation corrélatives de l’émotivité. (V. DumAS, A, 41)
Quelques auteurs sont allés plus loin et ils ont soutenu que l'émotion est l’aspect affectif de tous les instincts bien développés. « Dans le cas des instincts les plus simples, écrit M4C DOUGALL, cet aspect n’est guère apparent. Toutes les fois, au contraire, que l’instinct est puissamment développé, sa qualité affective est bien marquée. Le langage réserve à ces modes de l'expérience affective des noms particuliers, tels que colère, peur ou curiosité, et il les embrasse tous sous le terme général d'émotion. Chacun des instinets principaux commande ainsi un type d'émotion dont la qualité est spéci- | fique. L'aspect affectif propre à chacun de ces instincts pourrait être appelé une émotion primaire. » (46 sqq).
Plus récemment, RIVERS à emprunté à Mac Dougall cette notion de lémotion et il à considéré, comme lui, que toute émotion est l'aspect affectif d’un instinct ; que la peur, par exemple, est la face affective de l'instinct de la fuite.
Ribot paraît bien, par ailleurs, avoir, comme nous venons de le voir et comme le remarque LARGUIER DES BANCELS (252 sqq), professé la même opinion pour toutes les émotions qu’il appelle particulières et où il ne voit que l'expression de tendances également particulières. La peur, c’est pour lui Pinstinct de la conservation sous sa forme défensive ; la colère, c’est l’instinct de la conservation sous sa forme offensive; émotion sexuelle c’est la face affective de l'amour.
Notons, en passant, que, pour pouvoir soutenir leur thèse, les auteurs ont été obligés de la restreindre et d’exclure de la liste des émotions la joie et la tristesse qui, s’attachant indistinctement au jeu de toutes les tendances, les gênaient singulièrement dans l'assimilation de l'émotion avec la face affective d’un instinct déterminé.
Ribot, nous l’avons vu tout à l'heure, n’a pas manqué de | prononcer cette exclusive, et Mac Dougall suit son exemple lorsqu'il écrit que la tristesse et la joie représentent les
attributs de l’émotion plutôt que l'émotion elle-même. Nous pensons que, tout en contenant une part considérable |
LES ÉTATS AFFECOTIFS 479
de vérité, l’opinion de Ribot et de Mac Dougall n’est ‘pas défendable, sous la forme qu’ils lui ont donnée.
N’insistons pas sur les émotions de joie et de in puisque les auteurs n’en font pas état; mais, puisque nous y voyons, pour notre compte, des émotions aussi caractérisées que les autres, encore que plus générales, remarquons qu’en dehors des instincts très divers qui sont satisfaits ou non satisfaits dans ces émotions, on y peut discerner des processus très divers aussi d'adaptation facile ou difficile, de résignation, de protestation, qui traduisent non pas la satisfaction ou l'arrêt de telle ou telle tendance particulière, mais les réactions de l'organisme mental tout entier et qui font cependant partie de l’émotion.
T1 est bien évident d'autre part, que ni Ribot, ni Mac Dougall ne pouvaient penser à appliquer leur thbne à lPémotionchoc, puisque aucun instinct ne s’y présente sous une forme affective et que le choc lui-même est toute l'émotion, abstraction faite du contenu des tendances qui sont heurtées:
Restent la colère, la peur et autres émotions analogues, L considérées comme spécifiques par les auteurs; mais, même dans ce cas, il est d’une psychologie un peu courte de présenter chaque émotion comme l'envers affectif d’une tendance déterminée, sans tenir compte des éléments qui se surajoutent à la tendance pour former le complexus émotionnel.
Dans la peur, des réactions de paralysie, d’affolement ou de fuite viennent neutraliser et déconcerter, en même temps que traduire, linstinct de la conservation sous sa forme défensive. Dans la colère, de même, des réactions d’incohérence, d’agitation, d’ataxie, d’excitation, viennent encore gêner autant qu’aider l’instinct de la conservation SOUS $a forme agressive.
Nous avons ainsi dans la colère, dans la peur, dans la joie, dans la tristesse et dans l’émotion-choc des réactions de l’orga- . nisme mental et physique qui ne sont nullement impliquées : … dans la notion de la tendance principale, bien que l’existence 4 de cette tendance soit la condition primitive et fondamen-
tale du complexus émotionnel dans lequel elle est heurtée, satisfaite, non satisfaite, gênée, paralysée ou excitée.