ANALOGIES AVEC LA SENSATION
La conception statique de la sensation et de Pimage et sa critique. Les caractères des images.
Les premiers auteurs qui ont attaché une importance Spéciale à la nature et au rôle des images ont insisté surtout sur leur analogie avec les sensations. Certains poussaient Panalogie jusqu’à une sorte d'identification. « Taine et Galton ont démontré, disait BINET (A, ch. 11), que chaque image est une sensation spontanément renaissante, en général plus
. simpleet plus faible que l’impression primitive, mais capable :
d'acquérir, dans des conditions données, une intensité si grande qu’on croirait continuer à voir l’objet extérieur, » | Des formules analogues se retrouvent dans des ouvrages
plus récents, tels que ceux d'EBBINGHAUS‘, HÔFFDING”*, etc.
Nous trouvons ici indiquée non seulement une identité de nature entre l'image et la sensation, maïs encore la raison de eette identité. Si l’image ressemble à la sensation, c’est, affirment Taine ef son école, qu’elle en tire tous ses éléments : elle ne contient rien qui ne lui ait été primitivement fourni par les sens. Tantôt elle n’est que la reproduction appauvrie et. atténuée d’une sensation vive et complexe, comme dans l’image-souvenir ; tantôt elle semble une combinaison originale, mais toujours les éléments de cette combinaison ont été antérieurement présentés à la conscience dans la sensation. Pour doter un sujet d'images vraiment nouvelles, il faudrait le doter d’un sens nouveau; certaines opérations pratiquées sur des aveugles-nés ont permis de réaliser cette expérience psychologique.
Ce n’est pas seulement par son contenu brut que l’image se rapproche de la sensation. C’est surtout par les conditions de sa durée et par ses connexions avec l’ensemble de la vie psychique.
Taine et ses élèves avaient raison d’insister sur la parenté de l’image et de la sensation. Mais ils avaient une conception fausse de la sensation elle-même. Au lieu d'envisager celle-ci comme un état psychique complexe, riche de tendances, de sentiments et de réminiscences, surgissant à un moment donné au seuil de la conscience, puis s’intensifiant et s’épanouissant avant de s’éteindre ou plutôt de se continuer dans les états suivants, ils ont fixé leur attention sur ce qu’il y avait dans cet état de relativement stable et reproductible. |
De là est née cette conception statique de la sensation qui semble encore, en partie, être celle de la physiologie,
4. « Comparées aux sensations, les représentations ne contiennent aucun élément nouveau. Il en existe autant d'espèces que d'espèces de sensations, avec autant de particularités que celles-ci en ont. S'il manque une classe de sensations, la représentation fait également défaut. » (EBBINGHAUS, B, 105.)
2. « Sous leur forme la plus simple, les représentations sont des sensations reproduites. » (HôrrDin6, 131.)