Voir plus haut, p
ou tout au moins de l’anatomie, eb que nous avons expo-
sée ailleurs (I, 319 sqq). Mais tout en faisant la part de ce qu’elle contient de vérité, on doit reconnaître, avec W. JAMES, qu’elle se défend pour des raisons pratiques bien plus que pour des raisons théoriques. « Ce qu’il nous importe de connaître, écrivait JAMES, c’est des choses identiques : les sensations qui nous assurent de cette identité ont dès lors des chances de nous apparaître elles- mêmes identiques les unes aux autres sans que nous y regardions de plus près.» (B, ch. 11, 200). R C’est pourquoi les sensations, malgré leurs eonnexions manifestes avec les phénomènes affectifs et moteurs, malgré la courbe assez nette de leur évolution dans le temps, ont pu, par une sorte d’abstraction de tout ce qui en elles était mouvant et nouveau, n'être considérées que dans ce qu’elles contenaient d’identique, ou plutôt d’identifiable. A plus forte raison, cette conception devait-elle s'étendre
‘aux images, dont la liaison aux sentiments et aux tendan-
ces est moins manifeste, les conditions de durée moins précises. Bien plus, pouvant presque à à volonté évoquer les images qui nous intéressent, et celles-ci nous intéressent précisément dans la mesure où elles nous représentent des
choses connues, nous sommes amenés naturellement à les concevoir comme des clichés immuables, comme une sorte de collection de figures imprimées, que nous feuilletons à . volonté.
En réalité, l’image ne se présente jamais isolée à la cons-
cience. Non seulement son apparition peut provoquer celle
d’autres images auxquelles l’associe une sorte d’affinité, mais elle peut s'accompagner, aussi bien que là sensation, de phénomènes affectifs plus ou moins intenses. On à maintes fois remarqué que la qualité du sentiment évoqué n’était pas nécessairement la même pour la sensation et pour l’i-
mage.
Si l’image d’un objet agréable s'accompagne ordinairement, comme la vue de cet objet, d’un sentiment de
plaisir, il n’en est pas toujours ainsi, comme dans le cas de regret; inversement, la représentation d’une épreuve
pénible dans le passé peut s’accompagner de satisfaction :.
T1 est possible aussi que, comme la sensation, l’image soit associée. à un désir, un besoin, une tendance. Quelquefois c’est elle qui a joué le rôle d’excitant : l’image d’un fruit savoureux en à provoqué le désir. Bien plus souvent, la tendance préexistait à l’image, elle l’a fait surgir et la maintient dans le champ de la conscience. |
Si l’image est une manière de sensation reproduite, elle doit, comme la sensation, pouvoir aboutir à des mouvements ébauchés ou complets, réflexes ou conscients. C’est ce que l'expérience vérifie quelquefois. S’abandonne-t-on, les yeux clos, à une rêverie dans laquelle les objets de premier plan sont imaginés comme assez distants ? Les axes des globes oculaires restent presque parallèles et le muscle ciliaire est relâché. Vient-on à imaginer un objet rapproché, ou situé latéralement ? Il est possible, mais non constant que les globes oculaires tendent à converger et à se diriger de ce côté. Plus fréquemment vérifiable est l'association des images auditives, surtout verbales, avec les mouvements des lèvres, de la langue et du larynx.
Ainsi, durant sa présence dans le champ de la conscience, l’image fait partie intégrante d’un état psychique complexe. C’est par une simple abstraction qu’on peut la considérer comme isolée, indépendante des sentiments, des tendances, des volitions, des phénomènes moteurs qui coexisteraient avec elle. Ou plus exactement, ce qu’on obtient par cette opération, ce n’est ni un phénomène psychologique, ni un tragment d’un tel phénomène, c’est un élément de connaisance abstrait, schématique et connotable par un mot. Par an effort d’abstraction analogue, cet élément de connaissance pourra être isolé dans d’autres états psychiques complexes. On aura alors l'illusion d’avoir retrouvé, à des intervalles de temps variables, la même image engagée dans des
4. Il ne faut pas exagérer toutefois la puissance de l’image comme excitant du sentiment. Les exemples cités plus haut se rapportent en effet à des souvenirs complexes, très capables de provoquer la joie ou la tristesse ; mais ces états peuvent être relativement pauvres en images, sans être pour cela indifférents au point de vue affectif.
dr
combinaisons diverses. Il n’en est rien. Assis dans mon cabinet, j’évoque l’image d’un monument : — j'ai imaginé le : même objet hier en me promenant. Ce n’est point la même image que j’ai eue dans les deux cas. L'objet était le même, mais les états psychologiques qui, à des instants différents, le représentaient à ma conscience, n'étaient point identiques. | Ils étaient en quelque sorte datés par leur contenu même de : sensations, d'émotions, de tendances. En un mot, l’image en / tant que fait psychologique n’a d'existence que dans le présent. Elle ne saurait persister ni revivre. Ceci n’est pas une simple vue théorique. Même les images-souvenirs, à la fixité desquelles nous accordons le plus grand crédit en raison des multiples points de repère qui nous permettent de les reconstituer sous un contrôle actif, se modifient en réalité de façon fort sensible avec le temps. PHILIPPE (482) en particulier à bien insisté sur les variations considérables qu’elles subissent, soit devenant simplement plus pauvres et plus voisines d’un pur schéma, soit tendant à reparaître plus confuses et moins distinctes, soit subissant de véritables déformations.
Difjérences entre l’image et la sensation.
Du seul point de vue psychologique, il est difficile de préciser en quoi l’image diffère de la sensation.
Serait-ce par son contenu ? Nous avons vu que la nature de celui-ci était en somme analogue dans les deux cas.
Le bleu imaginé ne nous paraît pas différer du bleu perçu par la vue. Toutefois, dans les représentations complexes À d'objets, le contenu de l’image s'oppose par son extrême . pauvreté à la richesse de la sensation, qui offre à l’observateur une multiplicité presque indéfinie de détails isolément : perceptibles. On cite sans doute le cas de peintres célèbres, … | tels qu'IHorace Vernet, capables de reproduire de mémoire un … paysage entier comme s'ils l'avaient eu sous les yeux. Mais … | reproduire un objet de mémoire n’est pas copier une image mentale. Les expériences portant sur le souvenir ont montré combien l’évocation des images est inconstante et comme
518 LES ÉLÉMENTS DE LA VIE MENTALE accessoire dans les épreuves mêmes où elle est volontiers considérée comme indispensable. Il reste vrai que le contenu de limage est infiniment plus pauvre que celui de la sensation. DEUre Mas c’est plutôt sur certaines qualités de image, que la plupart des psychologues fondent la distinction essentielle. Cette différence qualitative est connue de chacun de nous, quoique extrêmement difficile à préciser. Onpréfèreen général recourir à des analogies ou à des comparaisons suggestives. « La sensation et la perception, dit JAMES (B, 18-19), malgré leurs différences, se ressemblent en ceci que toutes deux nous présentent des objets vifs et forts et présents. Au contraire, les objets auxquels on pense, que l'on imagine ou que l’on se rappelle sont relativement faibles, et dépourvus de ce mordant, de ce piquant, de cette qualité de présence réelle que possèdent les objets des sensations . » ? | Cette vivacité que chacun accorde aux sensations et refuse
aux images, H6FFDING tente d’en rendre compte. Il admet
qu’elle se réduit, en dernière analyse, à la richesse des réactions affectives et motrices provoquées parla sensation. L'image émeut médiocrement l’affectivité et ne provoque qu’un minimum de réflexes musculaires, viscéraux et vaso-moteurs. On peut se demander si ce n’est pas, au contraire, sa vivacité spéciale qui enrichit la sensation d’une foule de réactions associées et en tous cas la vivacité relative de deux images n’est nullement en relation avec l'intensité des phénomènes affectifs ou moteurs qu’elles provoquent. Les hallucinations
qu'Hôffding invoque à appui de sa thèse sont des états com- : plexes où la croyance pathologique est l’élément essentiel, et d'ailleurs certains états hallucinatoires très riches en images s’accompagnent d’une réaction affective ou motrice à peu
près nulle.
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4. De même Essivemaus : « Les représentations on£ une pâleur, uns immatérialité qu'on ne saurait décrire avec précision, mais que chacun connaît, en comparaison du caractère palpable et pour ainsi dire matériel des sensations. » (B, 105.) On reconnaît bien l'opposition entre les « états
forts » et les «états faibles» de Spencer, et on comprend l'expression
de sensation atténuée appliquée aux images par Taine et son école.
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, En réalité, ce qui différencie essentiellement la sensation et l’image, c’est peut-être, comme le remarque SEMON, leur mode de déclenchement (Ausiüsung). Les sensations font partie intégrante d’un système d’éléments représentatifs
riche et complexe, maïs ordonné suivant des lois constantes. Elles se classent en particulier suivant leurs relations spa- tiales, c’est-à-dire sont susceptibles d’une localisation. Très
précise, pour les sensations visuelles ou tacties, moindre pour les sensations auditives, assez confuse pour les autres sensations, cette localisation contribue à conférer à chacune d'elles un caractère d’extériorité qui manque le plus souvent à l’image. Même pour les images visuelles, ia localisation est incertaine et variable.
L'apparition des sensations, leur durée et les variations de leur intensité dans cette durée semblent également être régies par des lois, et en tous cas échapper aux caprices de notre volonté. Il n’est en notre pouvoir, ni de les provoquer, ni de les faire disparaître. L’objectivité, c’est essentiellement une régularité soustraite à nos caprices.
Au contraire, nulle loi précise ne préside à l’apparition des images. Les fameuses lois d'association qui passent pour jouer ce rôle n’ont qu’une valeur toute relative, et ne s’exercent guère que dans ce que Janet appelle les opérations de basse tension (v. Traité, 1, 934). La plupart du temps, l'apparition et la persistance des images sont commandées par l'attention volontaire. Il en résulte une fixité infiniment moindre pour l’image que pour la sensation ‘, car aux oscillations de lattention correspondent des phases d’intensification et d’évanouissement de l’image. Bien plus, dans sa forme même, dans ses rapports, dans son contenu, celle-ci se modifie à chaque
‘instant, suivant que l’intérêt s’attache à telle ou telle de ses
particularités. Il manque donc à l’image les principaux carac-
tères qui justifient notre adhésion spontanée à l’objectivité
des sensations : l’intensité, la régularité, la fixité.
4. L’intensité de la sensation elle-même est, en effet, dans une cerfaine mesure, fonction de l'attention. Cf. Küzre. Ueber den Einfluss der
Aufmerksamkeit auf die Empfndungsintensitat, in Ille Congrès Internafional de Psychologie.
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