DES IMAGES AU POINT DE VUE PHYSIOLOGIQUE
Les «traces cérébrales ».
La découverte des centres d’images a été pour la psych logie aussi bien que pour la physiologie un événement considérable. C’est surtout sur les faits d’aphasie, de surdité ou de cécité verbales ou psychiques résultant de lésions corticales localisées, que les psychologues de l’école de Taine, d'accord avec les neurologistes contemporains, fondaient leur atomisme psychologique. À l’image psychique isolée et fixe répondait la trace cérébrale investie des mêmes propriétés. Le groupement par catégories des traces cérébrales en des régions déterminées de l’encéphale expliquait les troubles spécialisés de la mémoire ou d’autres fonctions psychiques (perception, langage), consécutifs à des lésions en foyer. De même que la sensation résulte d’une excitation portée sur un centre sensoriel, l’image résultait d’une excitation atteignant un centre cortical de traces. |
S’il n’y a pas identité au sens strict entre une image actuelle et une image ou une sensation passées, il est certain qu’il peut y avoir ressemblance. L’image-souvenir d’une perception ressemble à cette perception. La présence d'éléments communs à l’état actuel et aux états passés doit avoir sa raison d’être dans la persistance de quelque disposition psychique ou cérébrale. Nous ne dirons rien de l’hypothèse suivant laquelle les images psychiques persisteraient dans l’inconscient :.
Par contre la persistance d’une modification cérébrale
4. « Qui dit conservation, dit facilité de rappel, et rien de plus... La conservation n’est donc qu'un nom de la possibilité de penser à nouveau,
| et de la tendance à penser à nouveau, une expérience avec ses anciens
concomitants... Au repos, les voies nerveuses sont la condition de la conservation ; en activité, elles sont la condition du rappel... La conservation n’est nullement un fait d'ordre psychologique, mais bien un pur fait physiologique; c’est, à vrai dire, un simple détail morphologique... Le rappel par contre est un fait psycho-physiologique, c’est-à-dire un fait à deux faces. » (JAMES, B, 380-381.)
accompagnant une sensation et susceptible de lui survivre et d’être réveillée par une excitation nouvelle, est extrêmement vraisemblable ; elle est même certaine, car elle n’est que
Vapplication de la loi d'habitude. Non seulement une modification cérébrale accompagne la présence d’une image dans
la conscience actuelle ; mais de telles modifications persis-
tent dans le cerveau et rendent compte, sinon de la conserva-
tion au sens strict des sensations ou des images, aw moins dela
possibilité d'évoquer à diverses reprises des états analogues
et pratiquement identiques. Nous savons d’ailleurs que cette
identité n’est jamais absolue ; maïs de la même manière et pour les mêmes raisons, le cerveau, sans cesse modifié par les impressions qui lui arrivent et les circuits d’excitation qui le traversent, ne conserve jamais un état physiologique permanent et ne saurait même présenter deux fois un état physiologique rigoureusement identique.
En quoi consiste cette modification qui succède à la sensation originale et permet le rappel de l’image ? Ecartons d'emblée les hypothèses invraisemblables d'empreintes cérébrales imdividuellement affectées aux images. Presque tous les auteurs admettemt une hypothèse analogue à celle d’'Eg- BINGHAUS : il s’agit d’«une tendance particulière, une dispo-
sition qu'ont les éléments nerveux à redevenir facilement
actifs dans un ensemble réalisé une première fois »‘. Ce
| n’est pas une solution, c’est l'énoncé même du problème.
Sur les conditions matérielles de cette tendance, nous ne savons absolument rien. Rappeler la feuille de papier déjà pliée et qui de nouveau tend à se plier de la même façon, c’est prendre une comparaison pour une explication : il n’y à dans le cerveau ni empreinte ni pli. Parler de modifications
dans le régime des courants nerveux qui circulent incessam- . ment dans l’encéphale ?, c’est émettre une hypothèse impos- sible à vérifier. Quant aux modifications chimiques des neu-
… rones, elles sont vraisemblables, mais inconnues, et rien ne
UN
prouve qu’elles soient permanentes ou même durables.