Cf. Traité, I, 748 sqq
… 3. « La cécité psychique, dit DEERINE, après Munk, est caractérisée par ce
a Société de Neurologie). Une dizaine de cas analogues sont depuis
b24 LES ÉLÉMENTS DE LA VIE MENTALE
Sans doute, si le passage de la sensation brute à la perception élaborée et complète, si la reconnaissance des objets se réalisait par une agglomération d'images anciennes autour d’une sensation nouvelle, alors seulement la cécité psychique impliquerait la disparition de ces images. Mais tel n’est pas le mécanisme de la perception et de la reconnaissance (v. Traité, I, 802, IL, 8, 73.)
Il eût été cependant élémentaire de s'informer si le malade avait perdu la faculté d'évoquer des images mentales. Cela
n’a jamais été fait et DEJERINE signale tout au plus « une fai-
blesse de la mémoire visuelle plus ou moins marquée ».
Encore semble-t-il ne s’en être assuré que par voie indirecte. |
Le même vice de raisonnement enlève toute valeur aux conclusions que Munk tire de ses expériences sur le chien ; et d'autre part, chez l’homme, Burckhardt à pu, sur deux sujets différents, réséquer des circonvolutions classées comme centres d'images, sans provoquer de troubles appréciables !.
Ainsi, dans toute cette série de faits où la lésion en foyer |
était certaine, la disparition des images n’a pas été établie, et dans quelques cas même, leur persistance à été formellement constatée.
Dans d’autres cas au contraire, on croit avoir constaté directement la disparition d’une catégorie d'images, mais on n’a pas établi la production simultanée d’une lésion localisée. On trouve partout rapportée, en particulier, l’observation d’un malade de Charcot, publiée par Bernard dans le n° du 21 juillet 1883 du Progrès médical. Or, cette obser-
vation d’un malade instruit, doué d’une puissance très vive de vision mentale et qu’une maladie bizarre prive exclusi- «
vement eb totalement de ses images visuelles, est absolument sans valeur. D’abord, l’existence d’une lésion corticale
fait que l'individu a conservé sa perception visuelle brute, mais qu'il est
incapable d'en interpréter la signification. Le malade, qui voit, est néan- |
moins incapable de reconnaître les objets les plus usuels, sa maison, les
personnes qui le touchent de plus près; en d'autres termes, il voit les. # choses et les objets comme s’il les voyait pour la première fois. » (D&JERINE,
II, 245.) 1. Observations rapportées par Mourier, 324-393.
LES IMAGES b25
en foyer n’est établie par aucune autopsie, et la marche même de la maladie la rend invraisemblable, Ensuite, la disparition même des images visuelles chez le malade est très douteuse, pour des raisons d’ordre clinique sur lesquelles | nous ne pouvons insister’. Il n’existe d’ailleurs aucune obser- . vation, suivie ou non d’autopsie, où un tel trouble psychique Lait été observé à l’état de pureté : les cas rapportés inté-: ressent soit des malades atteints d’amnésies plus ou moins diffuses, soit des obsédés, des douteurs, des déprimés, qui se plaignent à tort de leur mémoire ou de leur imagination. . Non seulement l’existence de traces cérébrales localisées dans des centres et correspondant aux images n’est démontrée par rien ; mais elle est invraisemblable. Si la sensation est un état psychique complexe et mouvant, elle est bien mieux représentée, au point de vue physiologique, par un influx de nature inconnue parcourant un circuit complexe, ramifié et réticulé, que par l'excitation d’un groupe isolé de cellules. Les traces que laisse son passage ne sauraient donc être limitées à un tel groupe. :
… La notion des centres corticaux d’images répond cependant à une réalité clinique?. Il est hors de doute que certaines lé- Sions localisées entraînent des troubles limités soit au passage de là sensation à la perception (cécité psychique par exemple); soit à l'évocation de certaines images (amnésie verbale). C’est que les excitations sensorielles ne diffusent pas dans le cerveau comme dans une masse homogène, Pour chaque ordre de sensations, l'excitation part du point où se terminent les voies périphériques, et, de ce centre sensoriel cortical,
elle va atteindre à distance diverses parties de l'écorce, em-
pruntant des voies nerveuses assez constantes, Le processus Rerveux correspondant à l’image parcourrait un circuit analogue à celui de la sensation reproduite. La destruction limitée des voies nerveuses ou de leurs relais cellulaires par une lésion en foyer entraînerait des troubles soit dans l'élaboration de
ù 4. Le malade de Charcot apparait, d'après le contexte, comme un psy- Chasténique douteur. Charcot à eu le tort de prendre ses affrmations au pied de la lettre.
… 2. Cf. Traité, I, 182.
la sensation, soit dans l'évocation des images. En fait, il ne s’agit point d’une disparition brutale et massive d'une certaine catégorie d'images, mais d’une plus grande difficulté dans leur évocation. Cette difficulté peut parfois être vaincue par un plus grand effort d'attention, par la répétition de tels efforts ; elle est moindre pour certaines images que pour d’autres, moindre par exemple pour les images auditives verbales des pronoms, des prépositions et des verbes auxiliaires, que pour celles des substantifs et des verbes à sens concret. T1 ne s’agit donc point d’une destruction de telles ou telles | images, mais d’une gêne entravant plus ou moins leur évocation. Pas plus que de destruction d'images au point de | vue psychologique, il n’y à, au point de vue physiologique, de destruction de traces eérébrales. \: 1
L'excitant physiologique des images.
Nous savons maintenant en quel sens on peut parler de. centres d'images. Ce sont des régions dont la destruction in-, téresse les voies habituelles de diffusion des processus nerveux répondant à une catégorie d’images. Inversement; la condition positive de l'évocation ou de l'apparition spontanée d’une image semble être le transfert d’une excitation suivant des voies non pas identiques, mais peut-être analogues à celles qu’a suivies autrefois la sensation originale. ‘4
L'origine et la nature de cette excitation nous sont incon: nues. Elles sont à coup sûr différentes pour la sensation et pour l’image. Dans son apparition, sa durée, son intensité, sa forme et ses variations, la sensation est sous là dépendance d’une excitation extérieure transmise par les voies périphé: riques. Au contraire, l’excitation qui donne Heu à l’image semble être d’origine centrale. Aussi, aucune règle fixe né peut être imposée à son apparition, à sa durée, à son déve- Joppement. Spontanée, elle semble suscitée par le fonctionnement plus ou moins autonome des parties voisines ; évoquée volontairement, elle dépendrait du fonctionnement général de l’encéphale, fonctionnement irrégulier, comme en témoi gnent les oscillations de l'attention. 4
, Ce qui semblele plus certain, c’est que l'excitation d’origine centrale serait de moindre intensité que l'excitation d’origine
périphérique. Elle diffuserait moins loin, atteignant plus rare-
: ment et à un moindre degré les centres psycho-moteurs et
les noyaux moteurs périphériques. Telle est du moins la conclusion auxquelles tendent les mesures plessimétriques, galvanométriques et thermométriques :. On expliquerait ainsi non Seulement la moindre intensité subjective de l’image, mais son moindre retentissement sur les phénomènes affectifs
et moteurs.