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intermédiaires. De même, quand une loi scientifique neuve a établi entre les choses un nouveau rapport simple, les multiples expériences intermédiaires n’ont plus besoin d’être répétées chaque fois qu’on veut utiliser ce rapport. C’est en ce sens que Mach écrivait que « la science est une économie de pensée ». De même, dans le sujet qui nous occupe, l’établissement d’un réflexe conditionné ou la création de mots évocateurs amènerait une « économie de représentations » ; au surplus, cet effacement des images intermédiaires doit être
inégal chez les différents individus. Certains artistes revi-
vent leurs souvenirs dans leur plénitude. Le cas de Flaubert que nous citions plus haut est significatif à cet égard. Quoi qu’il en soit de ce mécanisme, il n’en reste pas moins
que les sensations et leurs images peuvent se superposer aux
réflexes glandulaires, puis déterminer Pactivité des glandes.
Nous allons maintenant examiner un cas tout différent d’association entre des phénomènes psychiques et des sécrétions.
INFLUENCE DES ÉTATS AFFECTIFS (ÉMOTIONS, SENTIMENTS) SUR LES SÉCRÉTIONS
1. Phénomènes sécrétoires déterminés par les états affectifs. — Nous avons montré dans le chapitre précédent qu’il existe un mécanisme simple par lequel un phénomène psychique peut se trouver lié à une sécrétion. Il suffit qu’il soit surajouté à une excitation physiologique susceptible de provoquer un réflexe glandulaire sécrétoire. Mais il existe un mécanisme différent d’association entre un phénomène psychique et une
sécrétion : c’est celui grâce auquel un rapport s'établit entre
une émotion et une sécrétion glandulaire. Nous allons examiner de près ce second mécanisme.
C’est encore l’étude des sécrétions digestives qui va nous
éclairer sur ce sujet. Rappelons d’abord quelques données
physiologiques. Nous avons vu que l'excitation directe de la muqueuse de l’estomac provoque la sécrétion du suc gastrique;
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si on chatouille cette muqueuse, au moyen d’une barbe de plume, chez un chien porteur de fistule gastrique, on voit perler à sa surface des gouttes de suc. De même, si, le chien étant endormi, on introduit de la viande dans la cavité stomacale, les glandes entrent en activité. À la vérité, le suc ainsi produit n’est pas très abondant ; mais enfin le fait suffit à montrer qu'il existe un réflexe inconscient unissant l’irritation de la muqueuse stomacale et sa sécrétion. Y a-t-il un réflexe de même ordre unissant la muqueuse de la boüche, celle de l’œsophage aux glandes gastriques ? C’est ce que PaAwLow a essayé de voir. Pour cela, ce physiologiste sectjohne l'æsophage d’un chien au-dessus du cardia et l’abouche à la peau ; il interrompt ainsi la continuité du tube digestif. Puis il fait une fistule gastrique. T’animal, guéri, pourra être sustenté par introduction directe de la nourriture dans
l'estomac. Quant aux aliments qu’on lui mettra dans la.
bouche, il les mâchera, il les déglutira, il les fera passer dans son œsophage ; mais là, ils rencontreront la fistule et ils tomberont au dehors. L'animal fera ainsi ce que Pawlow appelle des «repas fictifs ». Rien de plus facile que d’explorer, pendant qu'il les fait, l’état de l'estomac et de ses glandes. On pourra ainsi constater l'effet, sur celles-ci, du contact des aliments avec les muqueuses buccale et œsophagienne.
Le chien étant ainsi préparé, Pawlow met dans sa gueule de petits cailloux, ou une pincée de sel, ou des boulettes d’amidon, ou encore une solution acide. L’animal les avale et les rejette par l’abouchement inférieur de l’œsophage. Or, pendant tout le temps que dure ce contact des objets insi-
pides ou des aliments de goût désagréable avec les muqueuses
buccale et æsophagienne, les glandes gastriques demeurent en repos. Une excitation simple de ces muqueuses ne fait pas couler le suc gastrique. Il n’y à done ni réflexe sensoriel ni réflexe sympathique qui les unisse directement aux glandes de l'estomac. |
Ces faits connus, Pawlow imagine une expérience différente, qui transporte la question du domaine physiologique dans le domaine psychologique et qui touche directement à
notre sujet. Au lieu de mettre dans la gueule du chien pré-
paré des objets insipides, l’expérimentateur s'approche de l’'añimal et lui fait flairer un morceau de viande. Immédiatement les glandes gastriques se mettent à sécréter. Le morceau est donné à l’animal qui se met en devoir de le mâcher, de l’avaler, et le rejette par labouchement œsophagien : la sécrétion, pendant tout ce temps, coule, de plus en plus abondante. Elle ne cesse même pas de couler après le rejet de l’aliment. C’est à ce phénomène si remarquable que Paw-
‘low à donné le nom de « sécrétion psychique ». 11 est facile de montrer que ce phénomène nouveau est
| ‘psychologiquement tout à fait différent de ceux que nous
avons examinés jusqu'ici Un morceau de viande est introduit dans la bouche de l’animal : la glande sous-maxillaire
sécrète par voie réflexe et en même temps l’animal perçoit
le goût de la viande : dans ce premier cas, qui est celui que nous avons étudié dans le chapitre précédent, l’état de conscience est lié à une excitation réflexe. Ce même morceau introduit dans la bouche, et son goût perçu, les glandes gastriques se mettent à sécréter ; dans ce second cas, l’état de
conscience n’est pas lié à un réflexe puisque, nous venons de
le voir plus haut, il n’y à pas de réflexe unissant la bouche aux glandes gastriques ; ce qui détermine la sécrétion, ce n’est pas une excitation réflexe, c’est une excitation centrale
liée à une émotion, au «plaisir» qu'a eu l’animal à goûter,
à mâcher, à avaler l'aliment. Ainsi, entre la perception senso-
rielle gustative et la sécrétion se trouve interposé un phéno-
. mène nouveau, que traduit l’état de conscience affectif.
Cela est aisé à prouver. Tel chien préfère la viande cuite
| à la viande crue; on le voit se jeter avec voracité sur l’une,
délaisser l’autre. La première détermine une abondante sécrétion gastrique. Oblige-t-on l’animal à manger la seconde,
» la sécrétion est nulle. Tel autre chien à un goût contraire, | c’est l’effet sécrétoire contraire qu’on observe. Tel autre encore préfère la pâtée de pain, ou le laït, ou le bouillon :
c’est chaque fois l’aliment préféré qui est le facteur le plus puissant de la sécrétion. Et c’est si nettement l’état affectif
… qui détermine le phénomène que l'intensité des réactions … dépendra du caractère du chien. Pawlow, qui, comme tous les
physiologistes ayant beaucoup expérimenté, connaît admirablement les chiens, remarque, en effet, que les expériences d’excitation par la vue des aliments ne réussissent pas avec tous. « C’est, dit-il, qu’on trouve parmi eux des animaux de tempérament positif et froid qui ne se laissent pas illusionner par des chimères, par tout ce qui est hors de leur portée, et attendent, au contraire, patiemment que les aliments leur arrivent dans la gueule. » FRS
Les états affectifs, l'émotion, le plaisir sont donc susceptibles d’agir directement sur la sécrétion‘.
Cette influence directe d’une émotion sur une sécrétion, c’est d’ailleurs un phénomène banal que nous avons tous pu observer; la douleur fait verser des larmes, et la liaison établie entre l'émotion et la sécrétion glandulaire est si constante que la sécrétion est devenue le signe de l’émotion, qu’elle fait partie de son expression.
Chose remarquable, la sécrétion provoquée par Pémotion est plus considérable que celle qu’on obtiendrait par excitation directe des glandes. Pawlow insiste sur ce fait que le «suc psychique » qu’on obtient en faisant mâcher un aliment par un chien dépasse toujours de beaucoup en abondance celui que ferait sécréter le même aliment aimé, si, par la fistule gastrique, on le faisait pénétrer dans l'estomac, en le cachant. Si bien qu’il peut dire sans paradoxe, — et c’est la justification de la gastronomie, — que la meilleure façon d’obtenir
du suc au moyen d’un aliment n’est pas de le faire digérer par un animal, mais de le lui faire goûter ou même de le lui montrer.
2. Phénomènes sécrétoires accompagnant les émotions vio-. lentes. à) Hypersécrétions. — C’est d'autre part un fait que les
4. La distinction capitale que nous venons d'établir entre la sécrétion liée à une perception, à une image qui se surajoute à un réflexe physiologique et celle qui se produit méme en l'absence de tout réflexe sous l'action immédiate d’une émotion n’a pas toujours été faite par les physiologistes. En particulier l'école de Pawlow attribue aujourd’hui le nom de sécrétion psychique indifféremment à la sécrétion qui suit une émotion, comme celle qu'a tout d’abord étudiée Pawlow, et à celle qui est due à un réflexe, conditionné. La eonfusion n’existe pas que dans les termes, et les auteurs. ne semblent pas avoir saisi que les faits ne sont aucunement semblables.
émotions peuvent avoir une puissanee excitatrice considérable. On sait que les émotions violentes s’accompagnent toujours d’une série de réactions, soit musoulaires, soit vasculaires, très importantes. Ces émotions n’agissent pas moins sur les phénomènes sécrétoires. « Tout le monde connaît les salivations de la colère, la polyurie et la diarrhée émotionnelle (des concours, des combats), les modifications de la sécrétion lactée sous l'influence de causes morales. »
Dumas et MALLOIZEL, à qui nous empruntons Îa citation précédente (62), ont fait une étude systématique de ce phénomène. Utilisant la méthode de Pawlow, ils ont expérimenté sur des chiens, chez lesquels ils avaient pratiqué des fistules glandulaires permanentes, fistule sous-maxillaire, cul-de-sac isolé d'estomac, fistule urétérale. Ils ont examiné les sécrétions glandulaires au cours de l’émotion génitale, de la colère, de la peur. Leurs résultats sont particulièrement nets. S'agit-il de l’émotion génitale produite chez le chien au cours de la copulation ? Cette émotion s’accompagne constamment d’une augmentation de la sécrétion salivaire, d’une augmentation de la sécrétion du suc gastrique, d’une augmentation de la : sécrétion urinaire.
S'agit-il de la colère? DuMAS et MALLOIZEL présentent, à un chien porteur de fistules glandulaires et solidement maintenu, un autre chien en liberté et excitent les deux chiens l’un contre l’autre. La vue du second chien amène la colère chez le premier, et cette colère s’accompagne d’une abondante sécrétion salivaire et urinaire. Dans ce cas encore, l’émotion a provoqué une polysécrétion.
. Ainsi done, certaines émotions vives ont une répercussion très nette sur tout un système de glandes sécrétrices. L’émotion peut s'accompagner d’une excitation directe des glandes. «L’ébranlement massif causé par l’émotion, écrivent DUMAS e6 MALLOIZEL (65), amène une réponse globale pluriglandulaire comme elle est plurimusculaire. »!, Ces auteurs pensent que
4. S'il faut en croire CANNON, les phénomènes sécrétoires auraient un Due bien plus marqué qu’on ne pense dans les réactions organiques qui “forment le substratum de l'émotion. Les principales d’entre elles : augmentation du tonus musculaire, modifications pupillaires, modifications vaso-
tout se passe comme si « l'énergie émotionnelle » se diffasait dans Porganisme par action directe du système nerveux sur les systèmes vasculaire, glandulaire et aussi musculaire, suivant la loi de la décharge diffuse de Spencer. C’est d’ailleurs cet « ébranlement du système nerveux que le terme même d’émotion exprime d’une façon #i éloquente et permet jusqu’à un certain point de prévoir ».
b) Inhibition des sécrétions. — T’émotion peut donc produire sur les glandes un effet excitateur. Elle peut aussi déterminer, et cette action paraît aussi fréquente que la précédente, un phénomène inverse, un effet inhibiteur. L'étude des sécrétions digestives donne de ce phénomène des exemples frappants. Tout le monde connaît l'arrêt de sécrétion salivaire, la « bouche sèche » de lorateur ému. CANNON rappelle que, dans l’Inde, une épreuve judiciaire, l’ « ordalie du riz », était fondég sur cette constatation. À Paccusé qui niait son crime, on faisait mâcher une pincée de riz qu’il devait ensuite cracher sur une feuille du figuier saeré. Si la pincée était demeurée sèche, l’accusé était réputé coupable. On supposait sans doute que la terreur Pavait privé de salive. (Cf. Traité, I, 451.)
La sécrétion gastrique, elle aussi, peut s'arrêter sous Pinfluence d’une émotion pénible. Lecomte à montré que si, tout de suite après le repas, on détermine chez un chien une émotion vive, l’activité de ses glandes gastriques se trouve brusquement supprimée. Bickel et Sazaki ont confirmé cette observation. Ils opéraient sur des chiens œsophagotomisés et faisaient l'expérience du « repas fictif », de Pawlow. Ils provoquaient une abondante sécrétion gastrique en faisant mastiquer à l’animal un aliment agréable ; puis ïls le mettaient en état d'émotion violente : la sécrétion s’arrêtait immédiatement. Voici le résumé d’un de leurs essais. Après un
motrices, élévation de la pression sangüine, hérissemené des poils, hyper. glycémie et glycosurie, se trouvent être des phénomènes que peut déterminer une augmentation du taux de l’adrénaline dans le sang. Or Cannon el ses élévesont cru montrer que les émotions violentes sont toujours suivies d'hypersécrétion d’adrénaline. C’est donc par l'intermédiaire d’une actioz sur les glandes surrénales que se produiraient les réactions émotives. La question est exposée longuement et discutée plus loin (f, 650.)
repas fictif de cinq minutes l’estomac sécrète 66 centimètres cubes de suc au cours des vingt minutes suivantes. Après un repas identique pris un autre jour, et au moment où le sue coule à flot, on présente un chat au chien qui entre en fureur. La sécrétion s'arrête net et ne reprend pas pendant les quinze minutes suivantes. | |
Cet effet inhibiteur de l’émotion est parfois si marqué que la fureur peut même avoir sur la sécrétion une action ‘en quelque sorte préventive. Si on montre le chat au chien
avant le repas, le suc sécrété après celui-ci est très peu * abondant (9 centimètres cubes en vingt minutes).
Des phénomènes analogues se produisent chez Phomme, et tout le monde les connaît. Hornborn Boyer à pu les observer directement sur des enfants porteurs de fistules gastriques. Au cours d’un repas, mettait-on ces enfants en colère, la sécrétion gastrique s’arrêtait net.
La sécrétion pancréatique et la sécrétion bilaire $se comportent à ce point de vue comme les sécrétions salivaire et gastrique. C’est ce qui ressort des expériences de Drecbsler. T1 y a donc là un fait très général. Les émotions agissent sur les sécrétions aussi bien pour les inhiber que pour les exeiter.
Oes phénomènes psychologiques, en outre de leur intérêt propre, ont celui de soulever une question plus générale. Dans le cas des phénomènes glandulaires liés à l'émotion, se retrouve le même problème psychologique que dans le cas des phénomènes moteurs, musculaires ou vasculaires ; ces phénomènes sont-ils l'effet de l’émotion ou sont-ils sa substance même ? Autrement dit, la théorie de James-Lange est-elle valable pour les réactions glandulaires comme elle l’est pour les autres réactions corporelles de l’émotion ? La question est à discuter. Il y à, au moins, un des phénomènes de la digestion pour lequel elle se pose avec netteté : c'est l'appétit. Pawlow a fait sur ce sujet des expériences frappantes, dont voiei le court résumé. Si l’on offre à un chien porteur d’une fistule gastrique, une pâtée à une heure qui n’est point celle de son repas, il n’y touche pas et dans l’estomac ne se produit pas de sécrétion ; mais si l’on verse alors dans l'estomac, par la fistule, un peu de solution de peptone, une sécrétion se
produit. Alors, aussi, l'animal va flairer sa pâtée et. se met à la manger : c’est la mise en action du proverbe : « L'appétit vient en mangeant. » Le contact d’un aliment avec la muqueuse gastrique provoque la sécrétion. Pawlow n’hésite pas à penser que c’est la conscience de cette sécrétion qui engendre l’état psychique de l’appétit; 6e qu’il traduit par cette curieuse formule par laquelle il termine un de ses chapitres : « L’appétit, c’est le suc. » Quoi qu’on puisse penser de cette affirmation, il n’en-est pas moins vrai que l’étude des sécrétions peut donner des éléments nouveaux au débat ouvert sur la nature même des émotions.
8. Influence des émotions reviviscenies sur les sécrétions. — Certaines émotions s’accompagnent d’une réaction polyglandulaire ; certaines autres d’une réaction glandulaire spécialisée. Si ces émotions se réveillent dans la conscience, la réaction reparaîtra. Le portrait d’une personne aimée peut provoquer des larmes ; le souvenir d’un danger vous donne la sueur froide ; l'influence des souvenirs émotifs sur les sécrétions est connue de tous.
4, Evocation de l'émotion par une perception qui lui a été antérieurement et occasionnellement associée. — Si la reviviscence de l'émotion elle-même peut provoquer la réaction glandulaire, tout ce qui, indirectement, fera renaître cette émotion dans le souvenir poutra devenir une cause de sécrétion. Une perception qui aura été fortuitement liée à Pémotion pourra désormais l’évoquer. Ainsi le «roi de Thulé », « chaque fois qu’il buvait dans sa coupe », sentait ses yeux se remplir de larmes au souvenir de sa bien-aïmée. Ainsi l’Antoine, de Shakespeare, prêt à soulever le peuple romain, s’écrie : « Si vous avez des larmes, préparez-vous à les répandre. Vous connaissez tous ce manteau... Ames sensibles, vous pleurez rien qu’à la vue de la robe blessée de votre César. »
B. Actions des signes évooateurs de l'émotion sur les phénomènes glandulaires. — L'action mentale qui aboutit à une réaction glandulaire peut être encore plus compliquée que dans le dernier cas que nous venons de viser. Une série de signes conventionnels, une série de mots, peut ranimer dans
ta conscience l’émotion qui, à son tour, provoque les réactions sécrétoires. C’est 1à le terme ultime où aboutissent par complications successives les associations d’images influant sur les sécrétions.
Observons qu'ici se pose une question tout à fait analogue à celle que nous avons discutée précédemment. Les perceptions qui, au cours d’une première expérience, ont été liées à une sensation excitante doivent-elles nécessairement, | dans la suite, évoquer l’image de cette sensation pour être . efficaces ? Certains psychologues, nous l’avons* vu, ne le pensent pas. Ils croient à un processus de condensation qui permet au signe de déclencher directement la sécrétion. De même, les perceptions une première fois liées à une émotion excitatrice doivent-elles ensuite évoquer toujours l'émotion primitive pour provoquer la même réaction ? Les mêmes psychologues pensent qu'ici encore les perceptions associées, les signes de l'émotion peuvent agir directement sur les sécrétions, sans qu'aucune émotion ne reparaisse dans la conscience. On peut être peu sensible et avoir le « don des larmes » et certains acteurs pleurent sans $e sentir émus...
Quoi qu'il en soit de ce mécanisme, il nous faut ner un dernier mot : nous avons vu, dans le cas du réflexe conditionné, que ce réflexe se produira surtout quand non plus une, mais plusieurs des perceptions ou images qui lui sont’ associées reparaîtront. On peut assister à un phénomène analogue dans le cas de l’émotion. Celle-ci renaîtra d'autant plus aisément que plus d'images, que plus de perceptions évocatrices se trouveront réunies. L'art utilise ce phénomène. Il est clair que le théâtre repose tout entier sur lui. Copier, mimer, amplifier tout ce qui est susceptible d’éveiller l'émotion, concentrer l’attention sur ces perceptions évocatrices, d’une part en les utilisant toutes (paysage, costumes, gestes, langage, musique, etc.) et d’autre part en bannissant toute excitation parasite (nuit dans la salle, silence, etc.), c’est l’essence même des procédés dramatiques. Et il est bien connu qu’à ces procédés on ne résiste guère : tel qui restera impassible devant un malheur réel,
versera des larmes au nas dévant ce in sait être: une fiction. 3 Nous voyons, maintenant, comment un nouveau ca 4 nisme peut associer des états de conscience et des réactions glandulaires. Des perceptions sensorielles déclenchent un phénomène psychologique particulier : l'émotion (plaisir, douleur, colère, etc.). Cette émotion s'accompagne de réactions musculaires, vasculaires et, en même temps, de réac-
tions sécrétoires. Dans le cas des émotions d'intensité moyenne, ces réactions peuvent ne porter que Sur certains
groupes de glandes ou bien sur certaines glandes spécialisées ; dans le cas des émotions violentes, la réaction est diffuse et met en jeu non seulement des glandes spécialisées mais toute une série de systèmes glandulaires. Dans tous les cas, entre la perception sensorielle et la sécrétion paraît S’intercaler un phénomène nouveau, traduit dans la conscience par un état affectif. Après une première expérience, l’émotion renaîtelle dans la conscience, la réaction sécrétoire reparaît et tout ce qui évoquera l’émotion pourra provoquer aussi la réaction sécrétoire.
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