RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Si nous résumons les notions que nous venons de passer en revue, nous voyons que des états de conscience et des sécrétions peuvent s’agréger dans deux cas différents,
Premier cas : certaines substances sont susceptibles d’exciter les terminaisons nerveuses sensorielles et de déclencher des réflexes sécrétoires; cette excitation physiologique est toujours accompagnée de certaines perceptions qui lui sont associées ; ces perceptions reparaissant, les phénomènes sécrétoires se montrent de nouveau. Dans ce premier cas l’état de conseience a donc été lié à un réflexe sécrétoire.
Deuxième cas : Certaines perceptions mettent en jeu un
phénomène psychologique particulier, lémotion, et cette ‘émotion s'accompagne de réactions sécrétoires; dans ce
second cas, l’émotion agit elle-même comme un excitant glandulaire.
Mais dans les deux cas, la liaison une fois formée entre l’état de conscienee et la sécrétion, tout ce qui fera renaître ’un, fera renaître l’autre. Or, pour les réveiller l’un et Pautre, il n’y à plus, semble-t-il, qu’un mécanisme qui est commun à tous les cas, c’est celui des associations d'images. Ce méeanisme comporte trois stades, de complexité croissante.
1° Un objet, un aliment par exemple, est le stimulant physiologique d’une sécrétion. Il à une certaine sayeur, eb la
. perception de cette saveur se surajoute à l'excitation glandu-
laire réflexe. Mais il a aussi d’autres qualités : couleur,
. poids, ete... Ces qualités sont naturellement associées à la
perception gustative. De même les traits, la figure d’une amie morte, sont naturellement associés à Pimpression qu’elle produit. Lorsque ces perceptions normalement jointes à la cause d’excitation reparaissent, elles provoquent les sécrétions salivaire ou lacrymale.
29 Des perceptions peuvent occasionnellement s’accoler, soit à la perception excitatrice, par voie réflexe, soit à l’émotion directement excitatrice. Un certain air de musique à été joué pendant qu’on goûtait tel aliment, l’amie perdue portait, à tel jour, une certaine robe. Si cette perception reparaît, elle va provoquer indirectement la sécrétion. C’est le réflexe conditionné de Pawlow dans le premier cas, c’est l’évocation fortuite du souvenir affectif dans le second.
3° Enfin, certaines perceptions peuvent être conventionnellement unies à l’un ou l’autre des états de conscience excitateurs ; elles peuvent alors, elles aussi, déclencher à leur tour le réflexe glandulaire : c’est le cas du langage ou de l'écriture.
.-Ce mécanisme est d’une merveilleuse souplesse. Il permet à l'association d'acquérir peu à peu une complexité extraor-
dinaire. C’est qu’en effet il repose sur une sorte de transfert
du pouvoir d’excitation sécrétoire.
Ce pouvoir appartenait primitivement, soit à un excitant
physiologique, soit à un excitant psychologique affectif. . Nous l’avons vu ensuite passer aux états de conscience qui
LR
leur sont normalement assoeiés, puis aux images qu’ils évoquent. De là, il se transmet aux perceptions occasionnellement liées aux états de conscience primitifs, et enfin, aux signes conventionnellement unis à ces états de conscience,
qui sont des lors susceptibles d’en faire naître la représenta-
tion. Ainsi, de proche en proche, se fait le long de la chaîne des images le transfert du pouvoir d’exeitation; ainsi se compliquent progressivement les rapports entre les sécrétions et les états de conscience.
Comment les sensations, les images, les signes associés à la sécrétion et qui ont aussi acquis le pouvoir excitateur déterminent-ils la sécrétion ? Par quel mécanisme intime agissent-ils ? Nous avons vu qu’on peut faire deux hypothèses. Ou bien la sensation associée, le signe, évoque l’image spécifiquement excitatrice eb même toute la chaîne des images qui aboutit à celle-B ; ou bien ils agissent directement, sans images interposées. Nous avons vu qu’on peut aussi penser qu'après avoir au début de son développement évoqué les images, la conscience s’en dispense en quelque sorte peu à peu. Par un processus de condensation, elle ferait économie de ces représentations interposées. Elle unirait directement la sensation, l’image, le signe et la sécrétion.
Pour examiner le bien-fondé de ces hypothèses, de nouveaux travaux seront nécessaires. En tout cas, et dès maintenant,
les faits étudiés sont assez nombreux, assez suggestifs pour
que l'influence des phénomènes psychiques sur les sécrétions mérite de retenir l’attention au même titre que celle de ces mêmes phénomènes sur les réactions musculaires ou circulatoires. ;
Bagxin. Die äussere Sekretion der Verdauungsdrüsen. Berlin, 1914. BtreczArow. Matériaux pour servir à la physiologie de la différenciation des excitanis externes. Thèse de Saint-Pétersbourg (en russe).
Cannon (W. B.). Bodily changes in pain, hunger, fear and rage. An account of recent researches into the functions of emotional excite- w
ment. New York a. London, Appleton, 1918.
«A — ee ES Te à
EXOITATION PSYOHIQUE ET SÉCRÉTIONS - 565
Dencaer-Deceuze (M.). L'image et les réflexes conditionnels dans les travaux de Pawloæ. Paris, Alcan, 1914.
Dumas (G.) et Marrorzez (L.). De l'expression polyglandulaire des émotions, (Soc. de Psychologie, 3 déc. 1909). Journal de Psychologie, 1910, pp. 62-66.
HENRI (Victor) et MaLLorzeLz (L.). Comptes Rendus de la Soc. de Biologie, 1902, pp. 329, 333, 467. 1
KosryLerr. Les trapaux de l’école psychologique russe, R. phil, 1910, II, 483-507. j
MazLoizez (L.}. A. Comptes Rendus de la Société de Biologie, 1902, : p. 761. «
— JB. Etude de la sécrétion salivaire réflexe, expériences chez le chien par la méthode des fistules permanentes. Thèse de la Fac. des Sciences de Paris. Saint-Amand-Montrond, A. Bussière, 1905.
ORBÉL1 (L. A.) Réflexes conditionnés du côté de l'œil chez le chien.
Arch. des Sc. biol. de Saint-Pétersbourg, XIX, 1914, p. 1-116. Pawzow (J. P.). A. Le travail des glandes digestives. Trad. Pachon
et Sabrazès. Paris, Masson, 1901.
— B. Die physiologische Chirurgie des Verdauungskanals. Erge-
bnisse der Physiologie, I, 1902, pp. 246-284.
— GC. Naturwissenschaft und Gehirn. Ibid., XI, 1910, pp. 345-356.
— D. Ein neues Laboratorium zur Erforschung der bedingten
Reflexe. Ibid., 357-371.
— ÆE. L’excitation psychique des glandes salivaires. Journal de
Psychologie, 1910, pp. 97-114.
— F. Les sciences naturelles et le cerveau. Ibid, 4912 pp: 1:13: — G. Znhibition interne en tant que fonction des deux hémisphères. Mélanges biologiques dédiés à Charles Richet. Paris, Maretheux,
—. H. L’inkibition des réflexes conditionnels. Journal de Psychologie, 1913, pp. 1-15.
— I. Die Erforschung der hôheren Nerventätigkeit. Internat. Congr. der Physiologie. Groningen, 1913.
Voir aussi les analyses des travaux du laboratoire de Pawlow, publiés en russe, in Zentrablatt für Biochemie und Biophysik, article Reflexe (notamment t. XII, 1911-12, et t. XIII, 1912).
ZELIONY. À. Matériaux pour servir à La question de la réaction du chien aux excitations auditives. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1907 (en russe).
: — B. Une espèce particulière de réflexes conditionnés. Arch. des
. Sc. biol. de Saint-Pétersbourg, XIV, 1909, p. 1, et Ac. des Sc. de
Saint-Pétersbourg, oct, 1909.
— CG. Pour servir à Panalyse des excitants complexes des réflexes
conditionnés. Arch. des Sc. biol. de Saint-Pétersbourg, XV, 1910, P. 437-453, et Acad. Sc. Saint-Pétersb., avril 1910.
D Beobachtungen über gehirnlose Hunde. Soc, des Médecins
+ er de pr 1912 à (té in &
| lagspesellschait, 1913).
Zirowrres. Sur la PAU ds Sosde ‘ste
Médecins russes de Saint-Pétersbourg, mr Saini- Pétersbourg, 1911 (en Fa NA
nu