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LE CHOG ET LES DIVERSES RÉACTIONS ÉMOTIONNELLES

| Et tout d’abord, conformément à la distinction précé- | dente, on doit étudier séparément le choc émotionnel et

Jémotion qualifiée, l’'émotion-sentiment, qui le suit. Or, dans l’émotion-choc on peut distinguer plusieurs degrés correspondant à l'intensité du choc lui-même. Au plus bas degré du choc, on ne rencontre guère que des phénomènes de tonicité, quelle que soit la nature de l'émotion qui doit suivre le choc et s’y mêler. Ce sont ces phénomènes que Brver et Courrier ont particulièrement étudiés, lorsqu'ils ont expérimenté avec des chocs légers dans des émotions de surprise, de dégoût, de joie, d’anxiété.

Ils ont toujours constaté (92) : 19 de la vaso-constriction périphérique ; 2° de laccélération cardiaque ; 3° de accélération respiratoire avec augmentation de la profondeur ; 4° enfin, selon BINET et VASCHIDE, il yauraitaugmentation de la pression sanguine.

A un degré moyen, on trouve des phénomènes d’agitation diffuse, comme les agitations et les désordres respiratoires, les palpitations cardiaques, les tremblements musculaires, les vaso-constrictions déterminant la pâleur des joues et les frissons, tout un ensemble de modifications dont le désordre est la marque distinctive et qui peuvent être pénibles par ce désordre lui-même avant même que l’émotion qualifiée

commence à s’y mêler.

A un degré supérieur enfin, il y à, comme le constate Hal-

lion, des dépressions diffuses des diverses fonctions, angoisse, étouffement, arrêt de la respiration, syncope, résolution musculaire avec dérobement des jambes et relâchement des sphincters, etc.

Dans bien des cas, d’ailleurs, le choc émotionnel est si faible qu’il peut passer inaperçu et que les émotions agréables ou pénibles s'organisent tout de suite ; c’est ce qui arrive pour les émotions légères ou pour les émotions profondes auxquelles nous sommes depuis longtemps préparés.

On a beaucoup usé, pour elasser les émotions qualifiées et | pour expliquer leurs concomitants physiologiques, des notions d'excitation et de dépression que DARWIN (85) définit ainsi :

one ee fon

nt

« Lorsque toutes les fonctions du corps et de l'esprit — mouvement volontaire, sécrétion, pensée — s’accomplissent avec: plus d'énergie et de rapidité qu’à l’état normal, on peut dire de l’homme ou de l’animal qu'il est excité; dans le cas contraire, il est déprimé. »!

C’est là une définition toute quantitative, la seule qu’on puisse donner objectivement de l'excitation et de la dépres- Sion ; nous Pourrons, suivant les émotions, tenter d’y introduire les caractéristiques différentes, mais il importe de signaler d’abord que la définition initiale ne fait appel qu’à des considérations de plus ou de moins. Darwin à essayé d'utiliser luimême les notions ainsi définies, et Lange à classé la joie et la colère en fonction du plus ou du moins d’excitation, la tristesse et la peur en fonction du plus ou du moins de dépression, Sans Sortir de considérations mécaniques ; mais ni Darwin, ni Lange, ni aucun autre ne sont arrivés, par cette distinction, à rien de précis, car la plupart des émotions se manifestent, comme nous venons de le dire, tantôt sous la forme de la dépression, tantôt sous la forme de l'excitation, et si on veut décrire les manifestations de chacune d’ehes, il faut en général les décrire sous ces deux aspects.

On appelle quelquefois abattement la forme dépressive de la tristesse ; cette forme est caratérisée par le relâchement des muscles de la vie de relation, par le ralentissement cardiaque et respiratoire, l’abaissement de la pression artérielle, la diminution des sécrétions. des combustions et des échanges,

… Spéciale d’excitation de déprimé (v. I, 469 et 649) ; nous dirions aussi que

: l'excitation peut produire l'agitation incohérente quand elle déborde ses

; Voies de conduction, comme dans la colère par exemple.

Dans l'émotion nous avons signalé et étudié une période très fréquente et par ailleurs banale de désarroi initial, mais nous avons particulièrement insisté sur le caractère individuel, homogène et souvent adapté que présentent les réactions de l'émotion qualifiée,

le ralentissement de la circulation périphérique, avec Phypo- “thermie et la pâleur qui en sont les conséquences. JS

La forme dépressive de la peur est caractérisée par une dépression subite de l’appareil neuro- AURAS PHONE taire.

Quand le tremblement se produit, ce qui pe énén bte il

résulte de la diminution de l’innervation motrice. L’innervation sécrétoire diminue également et la plupart des sécrétions

se tarissent. Les seules réactions positives qui s'associent à ce

genre de peurs sont les spasmes des muscles de la vie organique, muscles intestinaux, muscles vésicaux, muscles vasomoteurs, d’où évacuations fécales et urinaires. Le cœur est presque toujours accéléré, mais la pression reste basse et ia circulation périphérique, déjà diminuée par la constriction des vaso-moteurs, languit d'autant plus, d’où anémie, pâleur, frissons. Les sujets restent immobiles, incapables de fuir, et parfois ils s’affaissent sur le sol par suite du dérobement des jambes. C’est ce qu’on peut appeler: lictus 4 la peur.

Certaines joies calmes peuvent être dites passives par 0pposition aux joies exubérantes et à la gaieté dont elles ne difierent que par leur degré moindre d’excitation, mais il est des joies plus rares et véritablement passives, dont nous parlerons plus longuement tout à l'heure (1, 681), qui s’accompagnent du ralentissement de toutes les fonctions organiques et mentales et qu’on rencontre PARA ES ES 7. les extatiques, et chez les déments béats.

T1 semble paradoxal de parler de colère passive, tout ce que nous savons de la physiologie courante de la colère rentrant

dans notre définition de l’excitation. Cependant DARWIN

(260-282) signale, dans certaines colères, le bégaiement, le

mutisme, le tremblement, le ralentissement du cœur, la À

pâleur, et FRANÇOIS-FRANCK, qui distingue la colère rouge de ja colère blanche, cite, parmi les caractéristiques de cette dernière, la pâleur de la peau, le refroidissement des extrémités, la concentration douloureuse, la lenteur ou l’alanguissement des pulsations cardiaques, la tendance syncopale, détouffement. (Cours inédit.)

PE A Op SP Te TE

Tous ces phénomènes de paralysie ou d’incoordination tiennent vraisemblablement à l'excès même de Pexcitation, mais, en dépit de cette origine, ils n’en constituent pas moins des phénomènes d’arrêt et rentrent par là même dans la loi générale de l’inhibition.

Si nous considérons maintenant les formes actives de la

joie, de la colère, de la peur et de la tristesse, il est à peine besoin de décxire ces formes pour la joie et la colère où elles sont bien connues. »” Dans la joie active, par exemple, on constate l’hypertonus ‘et la suractivité de tous les muscles de la vie de relation, avec les gestes, les paroles, les cris, les mouvements multiples qui en sont les conséquences, l'accélération cardiaque et respiratoire, l'augmentation de la pression artérielle, l’'augmentation des sécrétions, des échanges, la suractivité mentale, la vaso-dilatation périphénque.

Avec la colère nous retrouvons, mais à un degré supérieur d'intensité, sous la forme d’une excitation violente, tous les phénomènes qui se manifestent dans la joie sous une forme modérée, avec, en plus, un besoinirrésistible de détruire, engendré par l’excitation neuro-musculaire autant que par le souvenir de l’offense ou du dommage subi. Tous les muscles volontaires tendent à se contracter, d’où le serrement des mains et des mâchoires ; le cœur bat plus vite et plus fort ; la pression artérielle peut s'élever à 27, 28 ou 29 centimètres de mercure ; là vaso-dilatation, jointe à l'hypertension artérielle, entraîne des congestions passives, surtout marquées au visage; les yeux s’injectent de sang etils tendent à s’exorbiter, proba-

blement sous la pression que les contractions de l’orbiculaire et des muscles des joues exercent sur la capsule membraneuse $ la respiration devient rapide et profonde; les sécrétions, notamment celles de la salive et del’urine (v. Traité, I, 557), Sont augmentées. e

La peur se traduit souvent par de Pexcitation ; dans ce cas elle donne des ailes au lieu de paralyser les muscles ; le cœur bat d’une façon désordonnée, la respiration est haletante et rapide, la pression artérielle qui reste basse d’ordinaire peut s'élever parfois plus que dans la joie et la colère

(nous l'avons vue monter à 32). Au lieu de se traduire par de la prostration, l'émotion se traduit alors par l'agitation, des cris et la fuite, si la fuite est possible. Seule la cxculation périphérique continue à languir et la pâleur serait constante si l’on ne voyait parfois, dans les paroxysmes d’excitation, passer sur le visage des teintes bleuâtres qui correspondent aux stases sanguines que la vaso-constriction détermine (peurs bleues).

Enfin la tristesse peut se traduire par de l’excitation, et ‘ cette forme active se distingue de la forme passive par l'accélération relative de toutes les fonctions organiques.

L'homme qui souffre moralement exécute des contorsions et des grimaces ; il se tord les mains et verse des larmes, il évoque des souvenirs tristes ou des craintes, il fait entendre des lamentations, tandis que le cœur s'accélère, que la pres-

. sion artérielle s’élève légèrement, que la respiration devient dyspnéique et la circulation périphérique plus active. | En nous tenant aux traits généraux que nous venons de signaler, nous n’avons pu éviter des similitudes, au moins apparentes, entre les formes excitées des émotions les plus opposées, pas plus qu'entre leurs formes dépressives, mais. nous n’avons voulu faire ici qu’une distinction très générale entre la forme excitée et la forme déprimée de la

même émotion.

Ajoutons que, pour une même émotion, les formes actives et les formes passives ont souvent tendance à se succéder ; c'est ce qui arrive dans la joie, la colère, la peur et surtout ; dans la tristesse. Enfin, la forme passive et la forme active, ' quoique distinctes dans bien des Cas, peuvent, dans d’autres cas, se mêler plus ou moins.

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