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LES CONDITIONS SOCIALES DE L'EXPRESSION

La plupart des expressions, qu’elles s'expliquent par la psychologie, la physiologie ou la mécanique, sont devenues des langages, en ce sens que nous les utilisons sans cesse dans . la vie sociale pour exprimer fortement des sentiments que nous ressentons à l’état faible ou que nous ne ressentons pas du tout.

Le premier résultat de la vie Sociale consite, sur ce point, £ à faire un signe de ce qui n’était qu’un mouvement ou qu’un cri pour la nature ; c’est ainsi que les choses se sontmanifeste-. ment passées pour le sourire ; du réflexe facial de la satis-. faction et de la joie nous avons fait le sourire conventionnel et voulu que nous utilisons comme un geste ; c'était à l’ori-. gine une simple réaction mécanique, mais, comme cette réaction légère se produit le plus souvent sous l'influence de la. joie, nous en avons fait, par la simple imitation de nous- | mêmes, le signe v ontiies de cette émotion. 4

> Est-il nécessaire de dire qu'entre le sourire naturel, le Simple réflexe et le sourire voulu, réfléchi, il y a place pour une série de sourires qu’on peut appeler automatiques ? Les joies qui amènent sur nos lèvres les sourires spontanés soñb assez rares, et, d'autre part, la volonté est à peu près absente des sourires de politesse que nous distribuons chaque jour ; ces derniers sourires ont pu être voulus à un mo- . ment donné de notre existence, mais de bonne heure l’habitude les à régis. L'homme sourit dans Ja vie sociale, comme . il Ôte son chapeau ; dans le plus grand nombre des cas, il ignore qu’il à souri.

“ On peut trouver, dans là vie sociale, bien d’autres exemples de cette transformation des réflexes naturels en langage d’abord volontaire puis habituel, tels la contraction du frontal, signe naturel de l'attention et volontairement reproduite par politesse, lorsque nous voulons paraître écouter ; l’abaissement des commissures labiales, signe naturel de la tristesse et volontairement reproduite lorsque nous voulons exprimer le désappointement ; la voix basse et l’attitude abattue, que nous prenons naturellement dans la tristesse et volontairement dans une visite de deuil, etc. L’imitation volontaire de nos propres réflexes, de nos propres mouvements et de nos propres attitudes naturelles est une des lois les plus générales de l'expression sociale des émotions, et cette imitation devient très vite automatique par l'habitude, D’une façon générale, on peut dire que la mimique volontaire imite la mimique réflexe, avec plus ou moins de succès, et nous verrons tout à l’heure que limitation volontaire est particulièrement difficile, quand il s’agit de contractions Spasmodiques comme celles du rire ou de sécrétions comme les larmes.

Mais il va de soi, puisque tout signe social suppose un accord et puisque nous n’imitons pas tous les signes naturels d’une émotion, que nous subissons profondément, dans cette imitation de nous-mêmes, l'influence des modèles collectifs proposés ou imposés sans cesse à nos expressions émotionnelles par l’état de la civilisation dans laquelle nous vivons, par notre position sociale et par notre éducation.

… Bien mieux, dans l'expression spontanée de nos émotions,

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en régissent l'usage.

nous sommes habitués, dr Re excessifs où malséants, à | admis, et, dans l'inhibition ou la drame AA réflexe, nous us encore l'infi

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acceptés et connus de tous, et ces ou pan néces sawement une sélection et une élimination, qui euve être absolues ou varier, suivant les cas, dans les dt primitives de la physiologie émotionnelle, Bien mieux, ils ie Sn aussi une mise en valeur Lee ‘une nr 4

« Ainsi, ajoute BLONDEL, chez tout hoïme a tions s’épanouissent dans un milieu social, et. nous n° en connaissons pas d'autre, l'influence d’une systématisation col- - |lective $’ exerce, ne A proportions un: sur

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émotion pour les Nine et ce caractère social, mêlé à à nos joi et à nos tristesses intimes, nous es quand nous en PACA

Cependant, c’est un fait certain que, dans la solitude, nos “expressions émotionnelles sont réduites : ; nous gesticulons peu ; nous nous limitons à des gestes et à des expressions simples, et si, parfois, nous nous laissons aller à une gesticulation un peu marquée, c’est la plupart du temps parce que nous jouons un rôle en imagination, dans des scènes sociales.

En somme, les théories de l'expression que Darwin, Spencer et Wundt& ont formulées, et qui sont restées si longtemps célèbres, avaient, en dépit de la part de vérité qu’élles contiennent, le grave défaut de n’être ni assez physiologiques ni

‘ assez sociales.

Leurs auteurs postulaient soit les hypothèses et la téléo- 1ogie de l'adaptation, soit des principes psychologiques ingénieux, mais ils négligeaient les lois profondes de la physiologie et ils méconnaissaient l’action incessante que la vie sociale exerce sur les données les plus élémentaires de la physiologie pour les transformer en symboles.

Nous avons associé, au contraire, une fois de plus, l’explication sociale à l’explication physiologique que rous croyons fécondes par elles-mêmes et par leur associacion. C’est ce. que nous avons déjà fait à propos des mouvements; c'est ce que nous ferons tout à l’heure à propos du rire et des larmes et dans la plupart des chapitres de ce traité. Peutêtre n’est-il pas inutile de remarquer qu’en agissant de la

sorte, c’est à la pensée d’Auguste Comte et à la direction inaugurée par lui dans l’explication des phénomènes psycho- 1ogiques que nous restons fidèles.

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