Le rire du comique
| Mais c’est un fait que cette excitation d’un caractère général peut se produire quand nous percevons un rappo qui nous paraît comique, et c’est ainsi que le comique fait | partie des causes provocatrices du rire. En quoi he
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nions.
Théories morales.
u y à de théories morales comme MA ne là iéel d: tion, esquissée par ARISTOTE et ‘dérelopae par Ha |
: ax, 13) qui attribue le rire « au sentiment soudain de triomphe qui naît de la conception subite de quelque supé- | riorité en nous, par comparaison avec l’infériorité d’autrui owavec notre infériorité antérieure ». L’explication contient une part de vérité, car notre rire signifie souvent en effet que nous ne serions pas capables de telle bévue ou de telle maladresse; mais que de fois nous rions sans avoir aucun sentiment desupériorité, en entendant par exemple un calem- bour! que de fois nous avons le sentiment de notre supériorité par rapport à autrui sans éprouver d'autre sentiment ..que la sympathie ou la pitié; et que de fois enfin nous rions dun objet où l'humanité à mis sa marque, mais qui n’est vas une personne (style, formule, costume, coutume, etc.). BAIN à repris La théorie de Hobbes, en la perfectionnant, : lorsqu’il a écrit que la cause du comique est « la dégradation de quelque personne ou de quelque intérêt possédant une
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tion plus forte (249). Comme le remarque J. SULLY (113),
cette formule à pour objet manifeste de mettre la définition:
de Hobbes à l’abri de la critique, puisqu'il n’est plus question de notre, supériorité, qu’à la dégradation des personnes Bain adjoint la dégradation des choses parmi les causes du | comique, et qu’il exige des conditions limitatives comme l’ab- | sence d'émotions plus fortes. Avec ces restrictions, la formule convient à merveille à certains faits (un chien dans
une église, la noce crottée, un couac de chanteur, un ronfle-
ment au prêche, un éternuement dans une déclaration
d'amour). Il est donc vrai que la dégradation nous fait rire
quand elle n’éveille pas d'émotion plus forte, mais nous rions souvent, d'autre part, SADS avoir perçu un rapport de dégradation.
.:.On pose quelquefois aux enfants cette question Ssau- 1 grenue : : quel est l’animal qui nourrit sa voiture ? Il s’agit de la chèvre qui nourrit son cabri au lait. En admettant que ce jeu de mots soit risible, est-il possible de dire qu’il
à dégrade quelqu'un ou quelque chose : le eabri, la chèvre ou
| Je cabriolet ? « Que ce poulet est maigre!» disait l’auteur dra-
certaine dignité, dans des circonstances n’exigeant pas d’émo-
matique D. à un maître d’hôtel qui le servait. « Monsieur,
il arrive du Mans », fait le maître d’hôtel en se rengorgeant ! « Alors il est venu à pied », répond D. Ici encore, est-il possible de parler sans Sn ératon de la dégradation du poulet obligé de voyager sur les grandes routes comme un piéton, ou de la dégradation du maître d’hôtel qui reçoit cette réponse ? Et dans les drôleries, dans les bons mots, lorsqu'ils ne sont dirigés contre personne, dans les calembredaines, dans les calembours, trouvera-t-on toujours la dégradation dont on à besoin pour expliquer le rire ? Il est permis d’en douter.
Théories intellectualistes.
Il existe, d’autre part, des théories intellectualistes du comique qui font naître le rire des contradictions contenues dans les jugements dont uneidée ou un fait peuvent être l’objet.
On peut rattacher, croyons-nous, aux théories de ce genre, les explications de KANT, de SCHOPENHAUER, de Léon DUMONT et de MÉLINAND.
Pour KANT, le contraste qui produit le rire est moins dans l’objet lui-même que dans les deux attitudes quasi simultanées et toujours contradictoires de l'esprit. D’après lui, le rire peut être défini parla résolution soudaine d’une attente en rien. Quelques cas de risible rentrent sans difficulté dans cette définition, même si on garde au terme d'attente son sens précis. Le clown qui s’élance comme pour franchir un cheval d’un bond et qui s’arrête soudain devant l’animal pour chasser d’une chiquenaude sur la croupe un grain de poussière imaginaire, provoque un rire qui rentre très exactement dans l’explication de Kant.
Et si, d'autre part, on prend le terme d’attente dans le …
sens très général d'adaptation à la vie et à la logique probable des événements, il semble bien, comme le remarque James SULLY, que la surprise qui déroute cette attente et la déconcerte rentre parmi les antécédents du rire quand elle ne s’accompagne pas d'émotions plus fortes. C’est ainsi que l’imprévu dans la tenue, le langage, ne faits, peut être une source du rire.
Mais tout ce qui est imprévu ne fait pas rire, et C’est la preuve manifeste que, si la surprise est une cause du rire,
elle ne l’est que sous certaines conditions de forme et de
qualité qu’il est indispensable d'indiquer. Nous allons d'’ailleurs reprendre tout à l'heure cette explication sous une forme affective et avec plus de précision.
* Pour SOHOPENHAUER, l’origine du rire est toujours dans ce qu’il appelle la subsomption paradoxale et conséquemment inattendue d’un objet sous un concept hétérogène, et le phénomène du rire révèle toujours la perception subite d’un …. désaccord entre un tel concept et l’objet réel qu’il sert à représenter, c’est-à-dire entre l’abstrait et l'intuitif. Plus . ce désaccord paraîtra frappant à la personne qui rit, plus vif sera son rire (III, vrrr, 225).
Dans tous les cas où nous rions, nous opposons donc le réel
à une conception qui, à certains égards, pourrait le faire com- ? ? D prendre, mais avec laquelle ce réel est, à d’autres égards, en
désaccord. « Par conséquent, dit SCHOPENHAUER (III, VIII, 230), Pesprit consiste uniquement dans la facilité à trouver, pour tout objet, un concept où il puisse entrer, mais qui, en réalité, désigne des objets absolument différents. » Un singe est comique parce que, sous le rapport des mouvements et de l'expression, il nous rappelle un homme et s’en distingue par ses caractères essentiels. Lorsque Grosclaude s’indignait, à propos de la guenon syphilisée par Metchnikof, de voir souiller et sacrifier de la sorte un être inoffensif,
Que la Grèce eût jeté sur l’autel de Diane
le comique de la citation s’explique, de la même manière, par ce fait que là guenon jetée sur l’autel de Diane évoque, tout en différant d'eux par ses traits essentiels, les souve-
nirs des sacrifices antiques, des graves tragédies de Racine
et d’Euripide, de l’emphase de Rolla, ete.
Toutes les parodies, toutes les caricatures se laissent faci-
lement ramener à cette théorie que Schopenhauer ne manque pas de leur appliquer. Mais, dans la plupart des exemples . qu’il eite, comme dans ceux qui précèdent, on peut facilement constater que, si l'intuition actuelle, rapprochée du concept + général, produit le rire, c’est que le concept la dépasse en K importance, en noblesse, en dignité et, par conséquent, parce
702 | qu'il y à dégradation dans l'intuition. No ous n sur une théorie déjà discutée et, dans les cas nom où l’idée d’une dégradation n’est pas manifeste, n'est-ce pas limprévu, linattendu, l'incohérent qui nous fait rire plus
que le désaccord de Pintuitif avec le concept hétérogène E dont nous l'avons rapproené par un caractère tout acces- . soire ? Pour prouver que la contradiction, sous la forme limitative où il la conçoit, suffit à nous faire rire lorsqu’elle se rencontre dans un objet, Schopenhauer est obligé de pré- | tendre que nous sourions à la vue d’une tangente à un | cercle, parce que la circonférence et la ligne droite forment, en se rencontrant, une figure géométrique qui rappelle ) un angle et qui pourtant n’en est pas un. S'il à jamais souri dans ces conditions, c’est qu’il avait vraiment le sourire facile.
Léon DUuMonT à repris, en lui donnant plus de prévision logique et plus de raideur, cette théorie du contraste. D’après lui (205), il ne suffit pas d’un contraste pour que nous riions ; il faut encore une contradiction logique entre deux juge- . ments simultanés. « Nous rions, dit-il, toutes les fois que ju notre intelligence se trouve en présence de faïts qui sont de f nature à nous faire penser d’une même chose qu’elle est, et qu’elle n’est pas ; en d’autres termes, quand nous sommes tentés d'affirmer et de nier la même chose, quand enfin notre | ne entendement est déterminé à concevoir simultanément deux | AUS rapports contradictoires. Il est certain qu’on ne peut arriver : de à réunir deux mon contradictoires dans une même conà ception, pas plus qu’on ne peut faire entrer deux corps dans
un même lieu ; mais il peut se faire que deux forces distinctes
tendent à pousser deux corps dans un même lieu, de manière
à produire un choc ou une suecession de chocs ; de même, . | . circonstances diverses peuvent déterminer l’entendement à
faire entrer deux idées contradictoires dans Punité d’une même
conception ; il en résulte une sorte de rencontre intellectuelle dont le rire est la traduction. » Ce serait pour cette raison que nous rions d’un hemme petit qui se baisse pour us sous une porte élevée et d’une vieille femme qui fait coquette et la jeune.
one fassent he même quand elles se à née dans les conditions strictes indiquées par Léon Dumont. Le mouvement perpétuel est aussi contradictoire pour un homme cultivé que le faux triangle de Schopenhauer, sans être sensiblement plus comique. ” Une contradiction, une négation implicite ou formelle du principe d'identité n’est par elle-même ni comique ni 1 grave; pour qu’elle devienne risible, il faut qu’elle tire son | comique du dehors, c’est-à-dire de la dégradation, ou bien encore de certaine forme d’imprévu et de surprise, où de toutes les autres causes de comique qu’on pourra déterminer. La contradiction donne une forme particulièrement nette au comique, mais, puisque réduite à elle-même elle n’est pas comique, nous ne pensons pas qu'elle en soit la. source.
Voiei comment MÉLINAND à résumé sa théorie du comique (A, XXVIII, 693) : | « Nous avons tous ri de l’enfoncement d’une porte de ont un homme rassemble ses forces, contracte ses muscles, crispe À sa face, s’arc-boute sur ses jambes pour pousser une porte; | nous voyons que cette porte est ouverte et nous rions. Que se passe-t-il donc ? Il est évident que l’action nous paraît. d’abord baroque; même absurde. Cette poussée herculéenne, pour vaincre une résistance que nous savons nulle est absolument insolite. Voilà notre première impression, voilà le premier temps du phénomène. Mais il y en a un second, et le tort de beaucoup de psychologues est de ne l'avoir pas vu et d’en être restés là. Au moraent où nous trouvons cet acte absurde, une réflexion rapide nous le fait trouver très simple : … nous songeons que notre homme croit la porte fermée ; c’est » alors que nous rions. » Ainsi, ce n’est pas, comme on l’a di, le fait d’être baroque qui provoque le rire , Mais le fait que le ‘ baroque apparait comme banal et rot Avec beaucoup d’ingéniosité, Mélinand applique sa théorie aux quiproquos du vaudeville, au comique du théâtre decaractère, aux explosions de gaieté que provoque l'acteur qui ne
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sait pas son rôle, qui entend mal et qui récite des extravagances, tel l’acteur qui joue Roland dans Courteline.
LE SOUFFLEUR. Je suis le fameux paladin. — L’ACTEUR. Je suis le fameux Paul Adam !— Salut à mes preux ! — Salut au nez creux ! — Avoir tant de vaillance ! — Avorton de Mayence, etc. etc. — La phrase de l’acteur est absurde (premier temps), maïs hous disons qu’il à mal entendu (deuxième temps) et nous rions. Ce qui fait rire, conclut Mélinand, c’est ce qui est à ia fois baroque, absurde et banal jusqu’à la vulgarité. (B).
Mais la théorie, tout ingénieuse qu’elle soit, ne couvre pas tous les cas possibles ;le chien dans l’église, la mésaventure de la noce crottée font bien plus rire parce qu'ils dégradent que pour les raisons invoquées par Mélinand.
Bien plus, il n’est pas certain que, dans bien des exemples cités par Mélinand lui-même, la dégradation et l’imprévu n’interviennent pas comme source du comique. L’acteur qui joue un drame sans en savoir le premier mot et qui est prêt à répéter n'importe quoi sans comprendre, est déjà un élément de comique parce qu’il dégrade la noblesse traditionnelle du drame, et les quiproquosabracadabrants qu’il commet, tout en étant comiques par eux-mêmes, concourent au même résultat de dégradation, source fréquente du comique en général et du comique de Courteline en particulier.
Enfin, il n’est pas établi que l’on rit parce qu’on passe subitement de l’idée qu’un fait est baroque à l’idée qu’il est naturel. Nous avons vu dernièrement une femme de chambre nous annoncer en riant un étranger qui parlait un français audacieux et barbare. Elle riait parce qu’elle le trouvait baroque, mais elle ne s'était certainement pas dit qu’il était naturel. Que de fusées de rire qui, par la rapidité et la spontanéité de leur déclenchement, prêtent à la même remarque !
Théorie de Bergson.
BERGsON 2 adopté, parmi les psychologues durire, une attitude originale qu’il a lui-même caractérisée. « On peut définir le comique, écrit-il, par un ou plusieurs caractères généraux,
nu =: , | i: RES
extérieurement visibles, qu’on aura rencontrés dans des effets comiques, çà et là recueillis. Un certain nombre de définitions de ce genre ont été proposées depuis Aristote. J’ai tenté quelque chose de tout différent. J'ai cherché dans la comédie, dans la farce, dans la caricature, dans l’art du clown, ete., les procédés de fabrication du comique. J’ai cru apercevoir qu'ils étaient autant de variations sur un thème plus général. J’ai noté le thème pour simplifier, mais ce sont surtout les variations qui importent. Quoi qu’il en soit, le thème fournit une Sete générale qui est, cette fois, une règle de construction. »
On connaît la définition ainsi Hot par Bergson. Elle revient à dire que le rire se produit’toutes les fois qu’à la place de la réaction intelligente et adaptée que l'individu devrait donner, il donne une réaction automatiqueetinadaptée. Telle est, par exemple, la réaction ‘automatique de ces douaniers qui, après avoir sauvé des naufragés, leur demandent s’ils n’ont rien à déclarer; telle est la réaction du savant distrait qui fait l’aumône à un mannequin, -etc., ete. Un des cas les plus propres à illustrer la théorie est le suivant : « Un homme est propriétaire d’un singe et d’un perroquet qui ne sait dire que ces deux mots : « Charmante soirée ! » et qui les répète sans cesse. Les deux bêtes vivent séparées, le singe dans sa cage et le perroquet sur son perchoir. Un soir, en rentrant de diner en ville, le propriétaire constate que le singe, sorti de sa cage,a complètement plumé le perroquet qui n’en continue pas moins à répéter sur son perchoir : « charmante soirée ! — charmante soirée ! »
Dans tous les cas où nous rions, à la vue d’une diftormité, d’une caricature, d’un geste, à l’ouie d’un bon mot, au théâtre, dans la vie, dans ce qu’on appelle le comique de situation et le comique de caractère, Bergson constate toujours plus ou moins dissimulée la même cause ou le même procédé comique qu’il définit : « du mécanique plaqué sur le vivant ».
II est le premier à reconnaître que la définition ainsi obtenue paraît étroite, mais cette étroitesse apparente il l'explique par le fait « qu’à côté de la chose qui est risible par essence et
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par elle-même, risible en vertu de sa structure interne, il y à une foule de choses qui font rire en vertu de quelque res-
semblance superficielle avec celle-là, ou de quelque rapport : accidentel avec une autre qui ressemblait à celle-là, eb ainsi
de suite ; le rebondissement du comique est, dit-il, sans fin, car nous aimons à rire et tous les prétextes nous sonê bons ; le mécanisme des associations d’idées est ici d’une complication extrême : de sorte que le psychologue qui aura abordé l'étude du comique avec cette méthode et qui aura dû lutter contre les difficultés sans cesse renaissantes, au lieu d’en finir une bonne fois avec le comique, en l’enfermant dans une formule, risquera toujours de s’entendre dire qu’il n’a pas rendu compte de tous les faits » (515). | Qu'il y ait là une explication très profonde du comique
nous ne Le contesterons pas. Que cette définition s'applique
à tous les exemples précités dans ce chapitre et qui ont été choisis à dessein parmi les exemples gros, on peut, croyonsnous, le soutenir avee un maximum de vraisemblance. Le poulet qui à maigri pour avoir voyagé à pied :, le chien dans l'église, le ronflement au prêche, la guenon jetée en holocauste à Diane, le singe habillé en homme ou même le singe tout nu, l’homme petit qui se baisse pour passer sous une porte élevée, ete., etc., nous laissent voir plus ou moins évident, mais très réel, un même raidissement d’un geste physique ou moral,
seste substitué à la réaction adaptée qui devrait se produire.
Que cette explication puisse s'étendre à la totalité des faiïts comiques, c’est plus difficile à établir, maïs ce n’est pas imMpossible, et l’on est de moins en moins convaincu de cette impossibilité à mesure qu’on avance dans la lecture de la subtile et péné-
trante analyse de Bergson, surtout si l’on veut bien tenir
. comptedes réserves très prudentes et très justifiées dont il fait
suivre Paffrmation de sa thèse et que nous venops de citer.
Dans ce cas, les explications précédentes par la dégradation, Pimprévu, la contradiction, ne seraient que des expli-
4. H y à aussi dans le rire qui accueilie cette saillie une sorte d’applaudissement pour celui qui l’a trouvée si vite; c'est un peu le rire par
lequel nous accueillons un succès imprévu d’équilibriste, et, par là, nous 4
sortons du comique proprement dit.
nb » cite .