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II LE LANGAGE SPONTANÉ, SON (UTILISATION VOLONTAIRE

Chez les animaux et chez le tout jeune enfant, chez lesquels le langage au sens strict n’existe pas, les émotions, les désirs et même les représentations vives, s’expriment cependant par des gestes, desattitudes, des cris. Ceux-ci permettent, dans une certaine mesure au moins, de connaître les états de conscience du sujet et, en ce sens, ils constituent un véritable langage. Ils ne sont point cependant produits volontairement dans ce but, mais en vertu des lois générales qui associent ces divers états de conscience à des phénomènes moteurs (v. Traité, I, 638). Ces mouvements peuvent donc être nommés réflexes ou automatiques suivant qu’ils semblent répondre ou non à une excitation extérieure. Mais ils sont en tous cas irréfléchis et involontaïres. Même chez l’homme adulte cette sorte de langage persiste, dans la mimique émotive, par exemple, ou dans les gestes involontaires dont s’accompagnent certaines représentations vives. Si cette mimique et ces gestes peuvent être considérés comme un langage par Ceux qui en sont témoins, c’est précisément parce que leur association réflexe avec certains états de conscience est assez stable pour permettre une inférence du mouvement directement perçu au phénomène psychique, inaccessible à toute expérience immédiate.

En somme, ce langage automatique ou réflexe n’est qu’un. cas particulier de la motilité automatique ou réflexe.

Cependant, par une série d'expériences, l’enfant apprend bientôt à utiliser volontairement ces réactions motrices automatiques. Après avoir spontanément tendu les bras vers l’objet désiré, et constaté qu’il peut l’obtenir ainsi, il les tend volontairement pour se les faire donner. Ayant reçu son biberon après avoir crié de faim, il crie ensuite pour le

‘recevoir, se taisant parfois lorsqu'il se croit: seul pour re. commencer à l’arrivée de sa mourrice : preuve qu’ilerie pour “être entendu et compris. Cette utilisation volontaire des procédés spontanés d'expression, première ébauche du sym- “bolisme verbal, n’est Pas non plus sans analogie avec les autres formes de la motilité volontaire ; une bonne part des progrès de cette motilité revient en effet à la répétition consciente et réfléchie des mouvements ou actes Spontanés dont Pexpérience a montré la réussite et l'utilité. Cette «imitation de soi-même » se retrouve encore chez l'adulte, qui, devant un bavard ennuyeux, mais respectable, prend une attitude inté- . ressée et attentive ; c’est 2insi que le sourire (Dumas, 98- 106), primitivement lié à une émotion agréable, n’a plus dans les relations sociales que la valeur symbolique d’un compliment, d’une formule de politesse (V. Traité, I, 638).

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