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LE LANGAGE ARTICULÉ

A cette période de la vie de l'enfant, qui précède immédiate. ment l'instauration du langage articulé, les procédés d’expression volontaire ne constituent donc pas une fonction spé- -<iale et autonome, et il serait entièrement vain de lui attribuer un centre cortical différencié. Le développement du langage articulé doit lui-même être considéré comme une partie du perfectionnement progressif des mouvements volontaires, et non comme l’apparition d’une fonction nouvelle.

Sans doute, l’utilisation et le choix des vocables appropriés aux états ou aux objets à désigner nécessitent l'acquisition par la mémoire de certaines images et de certaines associations nouvelles, peut-être même d'opérations intellectuelles

“spéciales. Il s’agit en effet d'apprendre d’une part à former.

un système de sons et d’autre part à associer cessons, émis “par d’autres, à des états ou à des objets, suivant certaines règles convenues, imposées. Mais l'articulation des mots et . des phrases se résout toujours en une série de mouvements

volontaires. Ces mouvements ne sont pas exécutés pour

eux-mêmes, mais en vue de leur résultat éloigné ; il en est de même de la plupart de nos mouvements. Appeler à haute voix un domestique, lui écrire, lui faire signe de la main, ou presser dans le même but un bouton électrique, sont des actes également symboliques et en tout comparables. L'éducation: pratique d’un sujet, surtout s’il est destiné à vivre dans un milieu civilisé, consiste précisément, pour une bonne part, à lui enseigner certains mouvements sans valeur par euxmêmes, mais utiles par leurs conséquences plus ou moins éloignées.

Mais la phonation n’est pas un acte volontaire quelconque. C’est de plus un acte habituel; grâce à un exercice journalier, ilarrive à être exécuté avec la rapidité et la sûreté de l’automatisme : l'attention cesse presque complètement d’inter venir dans son accomplissement pour s'attacher presque exclusivement au résultat à atteindre, aux sons à proférer.

C’est la constitution de cet automatisme qui est la condition essentielle de l’usage de la parole.’

C’est toutefois caractériser insuffisamment la phonation, que de la rapprocher des actes volontaires devenus automatiques par l'exercice, car elle a un caractère particulier, et ceci pour des raisons purement anatomiques.

Pour être devenus automatiques grâce à l'exercice, les mouvements du pianiste et de la tricoteuse, par exemple, ne cessent pas de pouvoir à chaque instant être dirigés par la volonté sous le contrôle de la vue. Dès qu’une hésitation se fait sentir, l’œil guide le doigt, et le mouvement s’accomplit, avec plus de difficulté et de lenteur sans doute, mais avec un égal succès. Il en est ainsi en somme de la totalité de nos habitudes motrices, exception faite pour celles qui se rapportent au langage. Car, par une exception véritablement unique, les groupes musculaires striés affectés à la phonation sont précisément les seuls dont le fonctionnement échappe presque complètement au contrôle de la vue. Nous ne connaissons guère les mouvements des lèvres et de la langue que par l'observation d’autres sujets, et les mouvements du pharynx et du larynx ne sont connus que des anatomistes, et cela d’une façon encore plus indirecte. |

Quant aux impressions tactiles ou kinesthésiques qui nous viennent de ces groupes musculaires, elles sont elles-mêmes particulièrement confuses, puisqu'elles n’ont pu s’éduquer parallèlement à des sensations visuelles. Aussi la majorité des actes accomplis par ces muscles striés (déglutition, succion, mouvements respiratoires laryngés) sont-ils automatiques ou réflexes, et assez analogues en cela aux mouvements des muscles lisses. En dehors des mouvements des lèvres, de la mâchoire et de la langue, sur lesquels nes notions visuelles et tactiles sont suffisantes, et qui s’exécutent d’une façon tantôt automatique, tantôt volontaire, il n’est pas un seul muscle participant à la phonation, dont nous puissions à volonté provoquer et diriger la contraction. On ne dit pas à un sujet : « contractez votre voile » ou «écartez vos cordes vocales » — mais : « dites A » ou « respirez largement ».

C’est l’ouie qui contrôle ces mouvements nécessaires à la phonation, car le procédé par lequel l’appareil pharyngolaryngé peut être employé à des mouvements volontaires, est précisément celui qui à été indiqué plus haut : la sélection, d’après leurs résultats sonores, de mouvements d’abord produits au hasard. C’est grâce à une longue suige d'essais plus ou moins heureux que l'enfant arrive à reproduire volontairement chaque syllabe. Une fois le résultat désiré obtenu, une répétition fréquente fixe le mécanisme du mouvement et permet de le reproduire sans autre point de repère que quelques vagues images kinesthésiques, sur lesquelles l'attention cessera. même de se fixer dès qu’une association solide aura lié les mouvements d’articulation et de phonation à l’image auditive du son à produire. i

L'intégrité du centre auditif verbal est indispensable au fonctionnement correct de la parole comme le montrent les cas de surdité verbale avec jargonaphasie pouvant aller jusqu’à l’aphasie presque totale.

Ce qui fait la supériorité de cet automatisme de la parole, ” de cette technique sur les autres, c’est qu’elle s’apprend dès À les premiers mois et est sans cesse exercée pendant toute l'existence et presque constamment par l'usage du langage extérieur et intérieur,

Mais en quoi consiste: exactement cet automatisme @e ta parole? F. Mourir (187), disciple de Pierre Marie, Doug | gui l’'aphasie est de l’anarthrie, nous dit: « L’anarthrique ne .

sait plus parler; le pseudo-balbaire ne peut plus parler. »

Il n'y à pas paralysie, mais incapacité d’associsr entre eux!

des mouvements restés individuellement possibles, incapacité d’en former des systèmes, de construire les mots et 1

‘ n'apparaîtra souvent point le verbe principal En somme, . le sujet prononce spontanément tous les mots, pronoms,

phrases. C’est exactement ce que dit BAZLET (C), e2 comparant l’apraxie à l’anarthrie, dans une communication à la & Société de Neurologie, avec l'approbation de Pierre Marie lui-même. Celui-ci admet que l’on pourrait appeler Panarthrie (aphasie de Broca seule) capraxie anarthrique ». IL va sans dire que nous ignorons complètement, le mécanisme physiologique qui permet ou ne permet pas ces associations à l’état normal. Certains malades peuvent prononcer quelques mots plus ou moins correctement et les répètent à tout bout de champ, d’autres, incapables de réciter les paroles de la. Marseillaise, peuvent le faire en chantant. On distingue habituellement cette forme d’aphasie de celle que l’on appelie amnésie des mots. Dans cette dernière, le malade se trouve presque à propos de chaque mot, dans la situation où nous sommes quand un substantif, un nom propre, nous à échappé et que, par une tension continue, par l’évocation d'images connexes, par des essais successifs, nous cherchons à provoquer sa réapparition dans le champ de la conscience. Le plus souvent, le malade conserve l’usage d’un assez grand nombre de mots, et peut construire des .«phrases correctes, suppléant par des signes et des périphrases aux mots qui lui manquent.

Ces cas ne vérifient que très mois tenta en la loi de Ribot sur la perte des souvenirs verbaux. En particulier, les verbes à: sens précis et concret sont aussi rarement présents que les substantifs. Ce qui peut causer l’itusion contraire, c’est l'abondance des verbes auxiliaires « être », « avoir », «aller»,

« faire », etc., grâce auxquels le sujet amorce des phrases où

prépositions, verbes auxiliaires et substantiis banaux, que, {

dans la conversation courante, nous prononçons sans porter attention à leurs sens propre. Ce qui.est supprimé, c’est l’évo- , ation volontaire du mot, et tel substantif, impossible à prononcer tant que le sujet s’acharne à le retrouver, jaillira en : quelque sorte, dans le cours d’une phrase où l’aura enchâssé quelque association automatique. Dans bien des cas, sinon dans ‘tous, c’est en cherchant à prononcer effectivement le mot cherché, que le sujet le retrouve. Il semble que, sous la simple forme d'image verbale, le mot soit presqueémpossible à évoquer et à reconnaître.

Fréquemment, au cours de ces essais infructueux, des mots incorrects ou impropres auront été évoqués. Le plus souvent ils seront immédiatement corrigés. Quelquefois la correction manquera. Le langage paraîtra alors bizarre, semé de néologismes inattendus ou d’assemblages verbaux sans signification. Malgré cette apparence démentielle, il ne s’agit en somme que de fausses reconnaissances verbales, d’un trouble de mémoire tout à fait analogue à celui par lequel nous attribuons à une personne ou à un objet un nom autre que le sien. Non seulement l'intelligence peut être intacte, mais la mémoire elle-même peut-être très bonne pour tout ce qui ne concerne point l’usage des signes. Tel malade, auquel manquaient la plus grande partie des substantifs et des verbes, à pu nous faire un récit de voyages dont eussent été incapables bien des normaux. Les périphrases, les gestes. suppléaient aux lacunes du vocabulaire. Les associations habituelles qui permettent l'évocation motrice du mot sont devenues impossibles complètement ou en partie. On peut rencontrer un trouble analogue pour les mouvements de la langue, comme chez un malade de Hughlings JACKSON qui était incapable de passer sa langue non paralysée sur ses lèvres au commandement, mais savait le faire pour lécher ses lèvres après avoir but, | Mais cette perte des mots isolée dont nous avons parlé plus

.1. En employant le mot d'amnésie verbale pour caractériser la forme décrite ci-dessus, il semble que Bxrar ait voulu reconnaître à ces troubles un mécanisme différent des autres cas où il y a aphasie proprement dite, £ette opinion ne nous paraît pas exacte; le terme amnésie qui signifie ici

haut ne s'accompagne d’aucun trouble de la syntaxe. Celz

montre que, s’il était exagéré d’attribuer au mot la place

ém. -

susceptibles d’être prononcées dans une langue sont toutes

suprême dans le langage, comme dans la théorie classique, il n’en joue pas moins un rôle fort important. D'ailleurs F. DE SAUSSURE (152) remarque justement que les phrases

différentes entre elles; elles n’ont de commun que des mots. :

En effet, l'évocation successive et simultanée des mouvements coordonnés, qui se fait probablement par des procédés variés suivant les individus, est guidée normalement par le centre auditif verbal. Et celui-ci, pour A. P10K, comme on le verra plus loin, commanderait d’une part la systématisation des mouvements qui aboutit à la formation des mots, et d'autre part cette systématisation supérieure qui coordonne les premiers dans une phrase suivant l’ordre que la grammaire à imposé.

La parole est toujours soulignée par un accompagnement « musical » qui repose sur d’autres associations automatiques, et qui est, lui aussi, très complexe : ce sont la tonalité, Paccentuation, le rythme des mots ou des phrases. La parole n’est pas complète sans ces manifestations. Elles sont plus ou moins troublées dans l’aphasie, mais ces troubles ont été mal étudiés jusqu'ici. Enfin la mimique accompagne le plus souvent le langage parlé. Elle constitue un langage accessoire, qui lui aussi peut être troublé.

Cette fonction de la parole a son siège dans l’hémisphère. gauche chez le droitier. On a localisé longtemps ce centre dans:

là troisième circonvolution frontale, dite de Broca, et nous.

avons dit pour quelles raisons Pierre Marie a combattu cette localisation étroite. L'accord n’est pas encore fait sur cepoint entre les neurologistes. Quant à la nature physiologique exacte de ce centre, il va sans dire qu’on l’ignore comme pour les autres centres. On le classe pourtant dans les centres

perte de, l'évocation volontaire des mots peut s'appliquer à l'aphasie de Broca isolée où le malade ne « sait » plus former des mots avec des lettres, — Ph. Chaslin.

d'association par Opposition aux centres de projection. Noug FERVOYONS Sur ce point au chapitre consacré à là physiologie des centres nerveux (I, 185).

LA PERCEPTION ET LA COMPRÉHENSION DU LANGAGE ENTENDU Considéré en lui-même, le mot entendu n’est qu’une sensa-

tion auditive, et la compréhension du mot n’est en somme: qu’un cas particulier du passage de la sensation brute à une.

‘perception plus ou moins complexe. C’est donc à juste titre

que les neurologistes et les psychologues de l’école de Taine rapprochaient les conditions de la compréhension des mots de celles de la perception en général.

Malheureusement, les erreurs commises dans leur théorie: de la perception se retrouvent, pour les mêmes raisons, dans leurs hypothèses sur le langage. Nous ne renouvellerons pas ici les critiques déjà exposées en d’autres chapitres. Il nous suffit de savoir que la perception ne se réduit pas à l’évocation d’images anciennes à l’occasion d’une sensation nouvelle. De même, comprendre un mot entendu, ce n’est pas évoquer l’image du même mot autrefois perçu, ni les images visuelles, tactiles, ou autres, de l’objet nommé. En réalité, l’audition d’un mot connu suscite d’abord un sentiment de « déjà entendu », de « familier », qui est d’ordre bien plutôt affectif que représentatif. En même temps, elle détermine une orientation nouvelle de l'attention, une sorte d’attitude, ou plutôt de direction mentale, qui aboutit tantôt à l'évocation effective d'images, tantôt à un mouvement approprié, et tantôt reste improductive, à l’état de simple détermination intellectuelle. Cette direction imprimée à l’activité psychique est le fait fondamental ; les réactions imaginatives affectives ou motrices qu’elle entraîne ne sont que ses résultats, variables suivant les circonstances. C’est en ce sens que le mot, comme la sensation, est le signe de l’objet :, Le son d’une cloche,

4. Il est d’ailleurs des cas, où l’état de conscience d’une personne nous

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