‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 170 sur 237 · ML SITE CN | HELP É · texte numérisé non relu

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libre. Dans certains cas extrêmes, il semble que le sujet se satisfasse de phrases absolument sans signification, pourvu que la structure générale du discourssoit conservée. Dans d’autres cas au contraire, l’intelligence de l’auditeur devinele sens de la : phrase à son début, supplée aux ellipses et aux réticences. Il en est de même pour le langage parlé où l'intelligence peut faire un choix dans l’utilisation de son outil sonore et jouer un rôle très actif. Dans la conversation courante, le pur psittacisme des formules de politesse, qui s’échangent Sans aucun effort d'attention ni d'intelligence, alterne avec des phrases émises et comprises avec la pleine conscience de leur signification. Dans bien des cas, le sens attaché à une phrase diffère de son sens littéral. Une conversation farcie de lieux communs peutpermettre d’échanger les plus intimes confidences. Le langage peut être, suivant les cas, prétexte à penser ou à ne pas penser. Il en est à fortiori de même pour l'écriture et la lecture. L'écrivain qui modifie sa phrase après réflexion pense. Le traducteur qui s'efforce de comprendre un texte difficile fait travailler Son intelligence. Le rôle de l'intelligence est en sens inverse de lPautomatisme employé à faire usage de l'outil automatique. Bien qu’il suppose la collaboration d’une activité

automatique et d’une activité consciente, ou plutôt, lutili-

sation de la première par la seconde, ces deux activités ne cessent pas d’être théoriquement distinctes. Certaines

maladies peuvent, nous l'avons vu, atteindre l’une ou

l’autre isolément. Mais tandis que la diminution ou le ralentissement de la compréhension active du langage ne sont qu’une manifestation particulière de troubles atteignant

. Simultanément toutes les fonctions intellectuelles, les opéra-

tions automatiques qui précèdent et conditionnent cette compréhension peuvent être profondément troublées sans. atteinte notable de l'intelligence. C’est la meilleure preuvede l’indépendance relative des deux ordres de fonctions.

On peut de même probablement distinguer l’intelligenceproprement dite d’avec des outils intellectuels autres que le. langage et employés fréquemment par elle, par exemple le calcul, le jeu d’un instrument de musique, etc. On rencontre:

Le

souvent des troubles de ces fonctions particulières accompagnant l’aphasie. Pierre MARIE, Foix, Henry HEAD, chez des blessés de la guerre, ont récemment étudié des cas de ce genre. Pierre Marie veut y voir une confirmation de son opinion ancienne suivant laquelle l'intelligence est atteinte chez les aphasiques. Il semble que l’on puisse dire pour ces techni-

| ques ce que l’on à pu dire pour le langage. Il y en a qui sont

devenues complètement automatiques et ont probablement des centres spéciaux différenciés ‘, L'intelligence ne jouerait pas un grand rôle dans leur fonctionnement. D’autres, au contraire, ne sont que peu ou partiellement automatiques. Il est difficile ici de ne pas admettre une participation beaucoup plus active de l'intelligence et par suite en cas de troubles de ces fonctions un affaiblissement mental réel ?. L’intelligence ne peut pas fonctionner sans des outils automatiques, des habitudes ; ce sont des procédés d'économie indispensables pour employer l’expression de Mach. Mais le rôle de l’intelligence est d'autant plus grand qu’elle s'éloigne de l’automatisme. Il est d’ailleurs très difficile, même chez des blessés de guerre, de savoir la part qu’il faut faire aux troubles localisables et aux troubles diffus, car nous connaissons mal le retentissement des lésions sur le reste du cerveau, et les symptômes présentés par les aphasiques, même blessés de guerre, sont toujours complexes.

R. MOURGUE, dans un travail tout récent, envisage autrement les choses. Pour lui, l’intelligence « fonction de découpage et d'opposition » «ne paraît pas pouvoir fonctionner sans être, pour ainsi dire sous-tendue non par le langage (ce qui est un Cas particulier) mais par un mouvement de même forme générale, sinon réalisé, du moins esquissé ». Tel le calcul par exemple ou autres « mélodies kinéthiques » de von MoNAKoOW à, souvent troublées comme nous l’avons dit plus haut, chez

4. Voyez la communication toute récente de HENscHeN à la Société de Neurologie. ï

2. Nous avons vu dernièrement une femme, très peu aphasique d’ailleurs, qui ne savait plus faire un lit, ranger des chaises en ordre, balayer, ete. IL nous à paru difficile de ne pas attribuer ces troubles à un affaiblissement intellectuel dont la malade se rendait d’ailleurs compte.

3. Ceci se rattache à une théorie générale des centres cérébraux.

%es aphasiques. Il semble done à R. MouRGUE que l’intelligence, étroitement liée tout au moins au langage, soit toujours lésée chez les aphasiques. Ce qui resterait intact chez ceux qui ne sont pas déments, ce serait ce côté de la pensée, instinct, intuition, volonté, distincts de l'intelligence, qui acquéreraient ‘même souvent un renouveau de vie.

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