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Bain, 297-298 et

l’inaction. Mais dans la vie active, dans les occupations exigeant une série de mouvements rapides appropriés à un but précis, dans le jeu en particulier, la parole intérieure est presque absente et n'apparaît qu’à d’assez rares intervalles. Ce n’est pas simplement, comme semble le croire Egger, toute sensation auditive qui la fait disparaître; c’est toute sensation et peut-être même toute représentation intense, pourvu que: l'attention se fixe sur elle. Les combinaisons de l'artisan, du . joueur de dames ou d’échecs, la résolution d’un problème de géométrie, sont souvent réalisées uniquement avec le secours des sensations ou des images visuelles et autres, sans intervention du langage intérieur. À vrai dire, il y a lieu d’étudier le fonctionnement de celui-ci dans l'imagination libre, dans les opérations intellectuelles dirigées par l'attention, et enfin dans le cas particulier où celles-ci s'appliquent spécialement à l’expression verbale de la pensée.

a. Dans les opérations de basse tension intellectuelle, comme les appelle Janet, dans le rêve, dans la rêverie en particulier, il est rare que le langage intérieur se présente sous forme de phrases complètes, logiquement construites. Le plus souvent, ii s’agit de mots isolés, ou bien de lambeaux de phrase évoqués. et groupés comme au hasard, sous l'influence deslois complexes | qui dirigent les associations d'idées. D’autres fois, la phrase apparaît à peu près complète ; mais elle n’offre avec l’état de conscience dominant qu’un rapport très vague ; ou même les termes qui la constituent, pris au sens strict, ne sauraient. constituer un ensemble logique. Il y a des ellipses, des lacunes, que comblent des images d’un autre ordre.

Dans d’autres cas, les images verbales sont l’élément prédominant de l’état de conscience ; l'intérêt se porte sur elles, mais pour s'attacher beaucoup plutôt aux rythmes ou aux sonorités de la phrase qu’à sa signification. L’imagination

joue avec les images verbales comme elle jouerait avec toute: autre catégorie d'images auditives. |

b. Le rôle de la parole intérieure est beaucoup plus important dans la méditation réfléchie, surtout abstraite. En fait, lorsque nous voulons apprécier la valeur

d’une pensée, l’exactitude d’un jugement, nous l’exprimons intérieurement en une formule qui revêt approximativement la structure logique d’une phrase, et le seul fait le pouvoir se traduire verbalement est déjà pour cette pensée, <e jugement, le signe qu’ils sont au moins susceptibles de vérification. Toutefois, dans ces conditions, il s’agit rarement de propositions absolument complètes, susceptibles d’être prononcées sans modifications. Le langageintérieur peut, dans <es cas, se réduire à des propositions très elliptiques, où les mots les plus essentiels peuvent faire défaut. Souvent alors des images d’un autre ordre, nullement verbales, suppléent au mot absent; souvent aussi, aucune image symbolique n’est évoquée.

c. Les cas où le langage intérieur se rapproche le plus du langage parlé, sont précisément ceux où le premier n’est en quelque sorte que la préparation du second. Le plus souvent, dans la conversation courante, la pensée s’exprime directement en mots et en phrases, sans que le déclenchement des processus moteurs ait dû nécessairement succéder à l'évocation d’une série d'images verbales effectivement présentes à la conscience. Mais dès qu’il s’agit d'apporter dans nos discours une mesure, une précision parfaites, le choix des mots, la construetion des phrases sont entièrement effectués dans notre langage intérieur, avant de passer dans notre langage oral.

Le fonctionnement du langage intérieur verbal exige naturellement l'intégrité des centres moteur et auditif verbaux, mais on peut admettre qu’il existe encore dans l’aphasie motrice isolée, si le malade se sert des images verbales auditives. Chez les aphasiques sensoriels (aphasie de Wernicke), le langage intérieur est très troublé.

Quand il est la préparation du langage extérieur, il s’accompagne comme celui-ci du sentiment de la volonté. Il n’est en somme alors qu’une étape dans Pacte volontaire de la parole. Au contraire, dans le langage intérieur propre, nous n'avons ‘pas conscience, même dans la méditation réfléchie, que nous <ommandions à ce langage. Il est alors aussi peu volontaire que l'évocation de telle ou telle représentation. Nous pouvons volontairement faire attention à un sujet donné, mais dans

« l’intérieur » de ce sujet, les évocations d'images et de mots ge font par le jeu de l’inconscient, — indépendamment de nous. La façon dont la pensée utilise ainsi les mots dépend des habitudes de chacun et est variable suivant les sujets de méditation et les moments. Maïs la méditation n'est-elle pas souvent un entretien avec soi-même ? La pensée, lorsqu’eile est dirigée en dedans, n’est que la représentation de la pensée dirigée au dehors. A. BAIN a dit que penser c’est se retenir de parler et d’agir ; on pourrait peut-être dire plus exactement que penser c’est se représenter sentir et agir, agir et parler. On comprend que l’aphasique sensoriel, à plus forte raison l'aphasique total, puisse être très gêné dans l'exercice de sa pensée, plus ou moins suivant le sujet auquel elle s’applique, par la perte ou l’altération des outils de cette pensée *.

Ces outils, ces matériaux, ce sont les associations automatiques qui interviennent dans la coordination des mouvements phonatoires, dans l’analyse et l’interprétation de la sensation, dans l’évocation et l'identifcation des images. Ces associations ne sauraient se développer sans que, parallèlement, se différencient certaines

‘épions de lé écorce cérébrale dont l'intégrité devient par suite nécessaire à l’automatisme du langage. C’est là vraisemblablement l’application d’une formule généraie applicable à tous les cas où interviennent des associations automatiques compliquées, non seulement motrices (techniques, professionnelles, instrumentales) mais même intellectuelles (musique, calcul mental, etc.). De nombreux cas où ces aptitudes acquises se sont trouvées détruites par une lésion en foyer de l'écorce cérébrale (avec on sans aphasie), montrent la justesse de l'hypothèse. Si les cas d’aphasie sont infiniment À plus fréquents encore, c’est que le langage est une « tech- 4 nique » universellement répandue, une « praxie » et une nn. « gnosie » reposant sur un automatisme sans cesse entretenu, tellement perfectionné que sa suppléance est impossible par les seules ressources de l’activité volontaire. “0

À. Il y a en outre dans ces cas des lésions roulé né et des actions à % À

distance ou des manques d’action (diaschisis de von Monaxow) qui compliquent le tableau clinique. D:

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