LITE LES LOIS DE LA MÉMOIRE
L'évolution d’un souvenir, depuis la phase de fixation jusqu’à l’évanouissement complet, où pratiquement tel, est soumise à des lois qui commencent à être assez bien connues. Nous allons tâcher de les dégager en suivant cette évolution.
19 L'acquisition.
La fixation des images sensorielles élémentaires eb des nombreuses associations s'effectue spontanément, de façon continue, chez l'enfant et chez l’adulte, sans même souvent qu’on y prenne garde. C’est presque contre son propre gré parfois que le souvenir s’établit, comme pour ces airs populaires, ces rengaines qui viennent à l’occasion chanter dans votre mémoire et vous obséder désagréablement. Et bien des habitudes motrices s’acquièrent ainsi sans qu’on y pense, sans
qu’on le veuille.
Mais souvent l'acquisition d’un souvenir représente un but voulu, et c’est naturellement cette forme d'acquisition qui est le plus facilement étudiable ; on à pu, en s'adressant à elle, examiner la rapidité de la fixation, et les facteurs
susceptibles de la faire varier.
a) Les facteurs de la rapidité de fivation. — On à facilement remarqué que l'acquisition d’un souvenir se faisait d'autant mieux et d'autant plus vite qu’on consacrait à cette acquisition un plus grand effort d'attention. L’infériorité apparente de la mémoire des enfants tient justement, comme on l’a démontré, à cette moindre capacité d'effort fixateur, et, de ce chef, on peut, par l’entraînement, par l'éducation, développer cette capacité, et rendre ainsi plus apbe à apprendre bien et vite’. Il s’agit là du maniement volontaire de la puissance d'attention, de l'efficience mentale. | 4. C'est le principal facteur de ce que, dans l'acquisition des habitudes,
on appelle le « transfert de la pratique » : Le fait d'avoir volontairement appris à effectuer une série d'actes complexes rend capable d'apprendre
De fait, la mémoire occasionnelle, l « incidental memory » étudiée par les psychologues anglais et américains, s’est montrée, dans des conditions identiques de présentation, de per- ception, très inférieure à la mémoire volontaire dans laquelle intervient l'intention de se rappeler, l'effort de fixation.
C’est aussi cette influence de l'effort qui explique la puissance fixatrice des récitations, beaucoup plus grande que celle des simples lectures (GATES).
Mais, en dehors de la volonté, il existe un puissant levier de l'attention, le plus puissant peut-être, c’est l'intérêt, et, de fait, on note que, particulièrement chez les enfants, l’intérêt est le facteur le plus efficace de l'acquisition rapide des souvenirs.
On peut se demander si les émotions vives, qui permettent parfois la fixation, sous une forme presque inaltérable, d'un événement pourtant soudain et passager, n’agissent pas justement comme l'intérêt par l’intermédiaire de l'attention provoquée. Mais, à vrai dire, l’action fixatrice de certaines émotions paraît dépasser de beaucoup celle que peut posséder lPattention la plus vive. Un mécanisme spécial, dont nous SOupÇonnons, sans pouvoir la préciser, la nature physiologique, doit très certainement intervenir.
D’autres émotions d’ailleurs peuvent avoir un effet inverse et empêcher absolument la fixation des Souvenirs, soit parce qu’elles possèdent alors une puissante influence de distraction, soit parce qu’elles exercent une action physiologique inverse t, Il existe d’ailleurs des dispositions toutes physiologiques qui favorisent ou empêchent l’acquisition des souvenirs, et les différences constatées dans la capacité d'apprendre aux diftérentes heures d’une journée relèvent de ces dispositions (GATES); mais on remarque, à ce point de vue, des différences
plus vite une série d'actes tout différents. En dehors de cela, il n’y a transfert que pour des actes comportant des liens associatifs communs (Reed).
1. La même émotion peut, soit pour des différences d'intensité, soit à différents moments de son évolution, engendrer ces effets inverses, de même qu'elle peut accélérer ou ralentir le cœur, dilater ou resserrer des vaisseaux périphériques d’une région donnée du corps, provoquer où arrêter les sécrétions.
individuelles dans la variation physiologique très complexe qui se produit au cours d’un nyCthémère, et telle heure, favorable chez un individu, se montre défavorable chez un autre, d’où l'impossibilité d'établir des règles générales pour le choix des heures à consacrer au travail de mémoire.
Enfin il y a des différences considérables dans la capacité de fixation pour les diverses Catégories de souvenirs, sensoriels où associatifs : certains individus peuvent avoir une très grande puissance d'acquisition élective, comme ceux qu’on a appelés des grands calculateurs, les Inaudi et les Diamandi retenant avec une grande facilité des nombres de chiffres considérables !, mais n’ayant qu’une capacité médiocre pour des lettres ou des mots.
b) Les courbes de fixation. — L’acquisition d’un souvenir s'effectue grâce à une série de perceptions répétées, discontinues. Lorsqu'on détermine quel à été le progrès du souvenir après chaque effort de fixation, jusqu’à la fixation totale et satisfaisante, on obtient des données qui peuvent être graphiquement représentées et constituer une courbe de ce progrès.
Or, on constate que, à une ou plusieurs reprises, il se manifeste un phénomène d'accélération, se marquant par un point d’inflexion de la courbe. Si, par exemple, on cherche à retenir une série de 50 chiffres, on note qu'après une lecture ayant permis d'apprendre 5 chiffres de plus, la lecture nouvelle assure le souvenir supplémentaire de 13, la suivante, de 6, puis une autre de 3, le ralentissement étant généralement de règle à la fin de la courbe. |
Nous verrons qu’on à cherché à interpréter chimiquement
ce phénomène, qui peut être rapproché d’un autre, plusieurs
fois signalé aussi et impliquant une fixation plus économique d’un nombre donné d'éléments quand le nombre total à acqué-
4. Rückle, le mathématicien de Cassel, le plus extraordinaire des calculateurs prodiges connus, apprenait 100 chiffres en un peu plus de quatre
minutes ; il fallait vingt-cinq minutes à Diamandi (Biner). La capacité de retenir un nombre plus ou moins grand d'éléments après une seule présen-
tation est en rapport bien plutôt avec un « champ d’appréhension », qu'avec une grande capacité de fixation mnémonique. I] s'agit là d’une mémoire immédiate relevant en réalité de la persistance sensorielle, comme nous l'avons signalé.