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LES SENTIMENTS MNÉMONIQUES

L'exercice de la mémoire s’accompagne d’une série de sentiments qui nous renseignent sur les modalités de fonctionnement. C’est ainsi que nous distinguons en général les images des perceptions, et les souvenirs des produits d’une construction imaginaire, que nous reconnaissons des images comme des reproductions de perceptions anciennement et personnellement éprouvées, que nous sentons être en possession d’un souvenir ou l’avoir au contraire oublié, etc.

19 Sentiments d’irréalité.

Lorsqu'une image est évoquée isolément, elle s’accompagne généralement du sentiment d’irréalité actuelle de l’objet représenté par cette image, et un lion qu’on imagine par

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évocation d’une perception antérieure n’est pas confondu avec un lion réel. Quand il s’agit d’une image visuelle, elle n'apparaît nettement dans la plupart des cas que les yeux clos, et la connaissance de cette situation est un élément suffisant pour fournir le sentiment d’irréalité. Mais, pour des images olfactives ou gustatives, il n’en est pas ainsi. C’est alors la moindre intensité de l’image’ qui paraît être le facteur essentiel de l’impression d’irréalité, et c’est d’ailleurs dans Pordre des sensations olfactives qu’il paraît” le plus facile de faire prendre une perception imaginaire pour une perception réelle ?. Mais bien que la distinction soit beaucoup plus difficile à faire de l'imaginaire et du réel pour les sensations très faibles proches du seuil *, on peut en général reconnaître comme réelle une sensation peu intense et comme irréelle une image d’une assez grande intensité. SEMON propose alors de distinguer l’intensité de ce qu’il appelle la « vividité »; une image intense ne serait pas aussi « vive » qu’une sensation faible. Mais, à vrai dire, cette « vividité » paraît surtout exprimer le fait qu’il y a dans un cas un sentiment d’irréalité, et, dans l’autre, de réalité actuelle, D'autre part, des images peu intenses peuvent en certains cas être prises pour des perceptions, être accompagnées d’un sentiment très vif de leur réalité, comme dans le rêve par exemple, où l’on croit à la présence actuelle d’objets dont la représentation estsouvent singulièrement terne etincomplète. Maïs nous n’insisterons pas sur l’origine, probablement <omplexe, de ce sentiment de réalité ou d’irréalité ; c’est là un problème qui concerne les rapports de l’hallucination et de la perception ; nous le situons seulement ici comme un des problèmes qui relèvent du domaine de la mémoire, ce domaine qui pénètre tous les recoins de la vie mentale.

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