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L'HABITUDE ET LA MÉMOIRE 8ù3

métriques ; dans ce dernier cas, la reconnaissance implique nécessairement une certaine localisation, car il ne s’agit pas seulement de reconnaître un objet déjà perçu, mais de reconnaître cet objet comme ayant été perçu dans des circonstances données. C’est à la forme simple de reconnaissance qu s’attachent surtout les sentiments que nous examinons ici. Un certain nombre de théoriciens intellectualistes ont voulu expliquer la reconnaissance par un jugement basé sur la comparaïson de deux images ; mais il est facile de constater que dans bien des cas la reconnaissance constitue une impression immédiate, et qu’il n’y à pas le temps voulu pour une opé- ration intellectuelle préalable :.

T1 s’agit bien d’un sentiment particulier ; Mais ce sentiment peut-il résulter de l'éveil par une perception d’une image antérieurement formée ? Il ne semble pas que ce soit un pro- Cessus nécessaire. A la vue d’un objet habituel, le sentiment que c’est un objet déjà connu se produit avant toute évocation. C’est un sentiment de familiarité tout à fait caractéristique (Woodworth, STRONG, etc.). A quoi peut-il donc être dû s’il précède toute évocation ? Il semble que, avant qu’une évocatian s'effectue complètement, il suffise qu’elle s’esquisse pour donner naissance à une impression particulière : or, lorsqu'un objet est bien connu il à une grande puissance évocatrice ; il part de lui de nombreuses voies associatives bien frayées, et l’on a le sentiment immédiat que le passage dans ces voies serait très rapide et très facile, sans que ce passage s'effectue pour cela, inhibé qu'il est, en général, presque aussitôt ?. |

L. La reconnaissance est d'autant plus rapide qu'elle est plus complète et plus certaine. Il ÿ à là une loi semblable à celle connue sous le nom de loi de Thumb et Marbe, d’après laquelle l'évocation d’un terme par un autre est d'autant plus rapide que le lien associatif entre ces deux termes, leur lien mnémonique, est. plus étroit, plus solide.

2. Une grande controverse s'est élevée en 1889 entre Leumann, soutenant que la reconnaissance se basaïit sur des associations, et Hüffding, d'après qui la reconnaissance pouvait précéder toute association. Il est maintenant bien établi que la reconnaissance peut se faire sans images {Woops}), sans évocation accomplie, mais elle est corrélative: d’une esquisse, d'un début d’évocation, d’un début de réaction motrice et men-

tale appropriée.

804 LES FORMES Gf ÉNÉRALES D'ORGANISATION. ni

La perception qui, d'emblée, se comporte comme en pays de connaissance (« at homeness » de SrRoNG), et se montre douée de liens associatifs nombreux avec les éléments mentaux préexistants, est reconnue par là même.

De même, une image apparue à l'esprit, et qui tend à en évoquer d’autres immédiatement, commandant d’emblée une certaine attitude, aura aussi ce caractère de familiarité, g’accompagnera d’un sentiment de reconnaissance.

Maïs cette reconnaissance reste naturellement vague si l’on ne cherche pas à l’approfondir. Avec des souvenirs d’une grande banalité, on se contente de cette impression non précisée, qui est tout à fait suffisante; mais, pour un souvenir plus rare, on ne se satisfait que quan on le situe dans une chaîne, dans un complexus de souvenirs reconnus aussi, et dont quelques-uns peuvent être très familiers.

Lorsque, aprèsl’impression vague dereconnaissanceinitiale, on n’empêche pas le jeu des évocations qui semblent s’annoncer si bien, on a parfois la surprise de constater qu’en réalité la perception de l’image ne réussit à rien évoquer, eb reste suspendue dans le vide ; on demeure alors inquiet tant qu’on n’a pas réussi à faire aboutir l'évocation, à rattacher ce souvenir à une série d’autres. Si c’est une figure qu’on croit reconnaître, on cherche le nom de la personne, ou du moins le lieu où on l’a vue, l’époque où la perception à pu s'effectuer et les circonstances concomitantes.

Lorsque la localisation s’effectue par le processus associatif normal qu’elle implique, la reconnaissance devient alors complète et entièrement satisfaisante *.

4. On mesure souvent la persistance mnémonique par le nombre d'éléments d’un test donné correctement reconnus, au lieu de faire appel au nombre d'éléments retrouvés. Les deux méthodes, de la reconnaissance et du rappel, qui ne sont pas fondées sur les mêmes processus mentaux, donnent des résultats quantitativement différents, car il y a en moyenne quatre fois plus de mots reconnus que retrouvés (Myers, Mulhall) ; ef, en outre, elles sont différemment affectées par certaines influences : les positions privilégiées des termes d’un test (au début et à la fin), se marquent davantage dans le rappel; l'intention de retenir, qui agit puissamment pour le rappel (des mots plus encore que des syllabes), n'agit que peu sur la reconnaissance (Mulhall) ; le caractère logique des. souvenirs agirait davantage sur la reconnaissance (HozLiNGworru), mais ce dernier fait est

« Toutes les fois, dit William J AMES, qu’une expérience nous rèvient dépouillée de tout ce qui la situe dans le temps, il nous est bien difficile de n’y pas voir une simple création de notre imagination. Mais elle se fait souvenir, etsouvenir de plus en plus précis, à mesure que son image, s’emparant de la conscience où elle dure, s’y environne de $es associés, et que ces associés deviennent de plus en plus distincts. J’entre chez un ami, et j’aperçois un tableau à la muraille de sa chambre ; j'éprouve d’abord un sentiment étrange et déconcertant : sûrement j'ai déjà vu cela quelque part, mais où et comment ? je ne le saurais dire. Le « déjà vu » flotte sur le tableau comme une pénombre que je ne puis percer, quand soudain je m’écrie : « J’y suis ! C’est une copie d’un des Fra Angelico de l’Académie de Florence ; c’est là que je l'ai vu !» Il à fallu que s’éveillât l’image de l’Académie de Florence pour que ma vision du tableau se fit souvenir identifié. » (Préis de psychologie, p. 381.)

Cette reconnaissance qui accompagne la localisation du souvenir à souvent été considérée comme tout à fait essentielle à la mémoire ; mais il y à là une importance excessive donnée à cette satisfaction complémentaire, et cela entraîne à une conception bien étroite !.

La reconnaissance peut d’ailleurs porter sur des perceptions nouvelles ou des images construites, par une illusion qualifée d’illusion du « déjà vu » ou de « fausse reconnaissance ».

En certains cas une perception ou une image paraît consituer un souvenir d’un objet ou d’un événement ancien, ion localisable d’ailleurs, parce que, effectivement, il s’est résenté à l’esprit une image analogue, dans le rêve. Mais il xiste des cas où ce sentiment est provoqué par un phéno-

outeux à cause des grandes différences individuelles. Dans ces différences, n note une très faible corrélation entre la reconnaissance et le rappel : ire supérieur avec une méthode n'implique pas qu’on le soit avec autre.

1. Voici la définition de la mémoire du Vocabulaire technique établi ar la Société française de Philosophie, relative au « sens propre » du ot, d’après le contexte : « Fonction psychique consistant dans la reproaction d'un état de conscience passé avec ce caractère qu'il est reconnu Jur tel par le sujet qui l’éprouve. »

mène entièrement nouveau, là perception « s’auréolant d’un sentiment de passé » suivant l'expression de J AMES. Il peut s’agir de la confusion avec un souvenir réel dont la perception nouvelle prend vaguement la place. Mais parfois le sentiment du déjà vu accompagne toute les perceptions, quelles qu’elles soient, dans des cas pathologiques (ARNAUD). Il se peut qu'’alors le sentiment, plus ou moins permanent, soitprovoqué par une tendance continuelle à des évocations quelconques et faciles, telles qu’en assurent habituellement les seuils souvenirs ; peut-être la perturbation est-elle purement affective.

T1 est d’ailleurs à noter que l'illusion de fausse reconnaissance accompagne souvent l'absence de toute reconnaissance réelle chez des malades présentant de l’'amnésie continue (psychose de Korsakoïf).

Inversement, des souvenirs réels peuvent ne pas être reconnus ; certains sujets ne reconnaissent plus aucun souvenir ; à cet égard, il semble quelquefois que cette non-reconnaissance tienne moins à un trouble de l'évocation, qui continue à s'effectuer correctement, qu’à un trouble affectif! : le sentiment ne se présente plus comme aupavarant, il n’est plus satisfaisant, les souvenirs n’ont plus leur caractère d'intimité personnelle ; ils ont beau s’enchaîner, ils paraissent étrangers et sont véritablement répudiés. Le sujet qui ne reconnaît plus ses souvenirs est alors en proie à une illusion de dépersonnalisation, dont l'étude sera faite à propos du problème si complexe de la personnalité (v. Traité, XI, 547).

30 Seniiments de conservation ou d'oubli.

Lorsque nous nous demandons si nous possédons un S0nvenir, image ou association, nous aVORS fréquemment le sentiment, soit que le souvenir existe bien dans notre esprit, soit qu’il est oublié et ne pourra être retrouvé. Et ce sentiment paraît lié encore à l’esquisse d’une évocation qui semble s’annoncer bien ou au contraire ne pas trouver son che-

1. Le sentiment de reconnaissance repose probablement sur une Cénes-

thésie cérébrale (Washburn), dont le trouble expliquerait certaines des illusions pathologiques

min. Le sentiment peut d’ailleurs être très vite démenti

par les faits : l'évocation qui semblait impossible peut s’effec-

tuer brusquement et l’image surgir ou l’enchaînement ass0o- ‘ciatif se dérouler correctement, et, en revanche, l'évocation

qui paraissait en bonne voie peut s’accrocher et rester définitivement en panne.

Au cours des efforts que l’on exerce alors pour faire aboutir cette évocation difficile, il y a des moments où l’on croit que cela va marcher ! le mot qu’on cherche est « sur la langue »,

on à le sentiment que cela va repartir, puis tout s’enraye à nouveau ; mais parfois brusquement, cela part en effet et l'évocation réussit, ce qui provoque un soulagement et une satisfaction bien légitimes.

Le jeu dynamique des phénomènes associatifs paraît donc bien la source essentielle des impressions subjectives qui constituent les sentiments mnémoniques, impressions d’ailleurs objectivables par le langage ou la mimique, et ayant une influence importante dans la vie mentale. La reconnaissance incomplète et qui vise à une localisation précise du souvenir peut détourner dans un but, parfois inaccessible, Pactivité de l'esprit, et engendrer des obsessions plus ou moins durables, susceptibles de persister fort longtemps dans certains cas pathologiques ; et il en est de même de la recherche d’un souvenir que l’on sent bien qu’on possède sans réussir à l’évoquer

Quel est le mécanisme profond des diverses phases de l’évolution du souvenir, de la fixation progressive, de lévanouissement spontané, des actualisations passagères ? A l’heure

actuelle il n’est évidemment possible de faire appel qu’à des

hypothèses ; du moins ces hypothèses doivent-elles s’étayer de données vérifiables, sans quoi elles n’auraient aucun intérêt scientifique.

19 Le problème physico-chimique.

Ostwald à tenté de fournir de l'habitude, de la mémoire motrice, une interprétation physico-chimique.

Selon lui, au moment où un acte s’effectuerait, le fonctionnement engendrerait tout le long du parcours des influx fonctionnels, la formation, aux dépens des matériaux de réserve nutritive, d’une substance chimique particulière, dont le taux s’augmenterait ainsi à chaque renouvellement de l’acte ; or cette substance posséderait une action désignée en chimie sous le nom de « catalytique », c’est-à-dire une action accélératrice sur les réactions caractéristiques de l'acte. Cette substance accélératrice déchaînerait l’acte, mais à condition d’être rendue active par une excitation ; son influence resterait donc latente et exigerait un complément — tout comme beaucoup de diastases — le complément étant assuré, momentanément, par une excitation particulière. |

Malheureusement on ne voit pas encore le moyen de mettre à l'épreuve cette hypothèse.

Plus facile peut-être à soumettre au contrôle des faits sera hypothèse, d’ailleurs moins complète, de Brailsford Robertson qui envisage surtout la modification susceptible de produire la fixation du souvenir en général.

Robertson a étudié, d’après les chiffres fournis par Ebbinghaus et par Smith, la courbe des vitesses d'acquisition en fonction du nombre des éléments à acquérir (des syllabes en Poccurrence) et il a constaté que les effets d’un certain nombre de lectures, effets dont la valeur était faible au début, augmentaient à un moment donné puis diminuaient à nouveau ; Or les résultats empiriques peuvent s’interpoler par la formule qui représente la loi d'évolution d’une réaction chimique déterminée, une réaction avec autocatalyse, c’est-à-dire où les produits dela réaction ont une influence accélératrice sur celle-ci, mais en même temps monomoléculaire (où intervient dans les deux sens une seule molécule), et telle que loxydation en peut fournir un exemple.

Rapprochant cette coïncidence du fait qu’une dimi-

nution de là teneur en oxygène de l’air inspiré entraîne comme phénomène précoce une incapacité de fixer des souvenirs nouveaux (Speck), Robertson pense que l’acquisition mnémonique doit impliquer une oxydation. Cela ne peut d’ailleurs expliquer aucune des modalités de la mémoire, et le fait même du mécanisme d’oxydation n’est certes point démontré. | |

Ajoutons que la courbe en S de l’acquisition mnémonique, la courbe « sigmoïde », selon l'expression de Waller, représente une relation générale entre des actions physiques et des réactions physiologiques (par exemple la relation, déterminée par Bose, de l’intensité des réponses mécaniques d’une plante à celle des excitations thermiques croissantes exercées Sur elle), et exprime, d’une façon presque constante, l’évolution, au cours du temps, des phénomènes physiologiques, sensation, contraction musculaire, ete. Pour rendre moins significative encore cette courbe, on peut encore faire remarquer qu’elle n’est pas limitée aux phénomènes biologiques, et qu’elle peut même traduire le comportement dans le temps de certains phénomènes mécaniques (mise en marche et arrêt d’un moteur par exemple).

Braïlsiord Robertson à cherché aussi à interpréter l’oubli, en se fondant sur la courbe d’Ebbinghaus : notant la chute immédiate, à vitesse maxima, ce qui rendrait l’évanouissement tout différent de la fixation, il ne trouve que dans des phénomènes de chimie physique une allure équivalente (passage d’un cristalloïde ou d’un colloïde d’un milieu colloïdal dans un milieu fluide, tel que l’extraction de la protamine de spermatozoïdes de saumon par l’acide chlorhydrique dilué). Malheureusement la caractéristique de la courbe empirique qui commande ce rapprochement est justement celle qui tient à l’intervention d’une cause d’erreur impliquée par la méthode d’Ebbinghaus, à une influence effaçante artificielle, La véritable courbe de l’oubli, qui comporte, après un plateau à pente douce, une chute accélérée puis progressivement amortie, est une courbe en S, elle aussi, et dès lors, toutes les considérations de Braïlsford Robertson sont dénuées de fondement.

20 Le problème nerveux.

Plus accessible que le problème du mécanisme physicochimique paraît être le mécanisme physiologique lui-même ; avant de déterminer la nature des processus nerveux en jeu, ne peut-on pas préciser les processus impliqués ?

La mémoire est ÉTdentoers liée aux propriétés fonctionnelles du système nerveux ‘. Quelles sont les variations cellulaires qui en sont D on ?

Pour Verworn l’excitation fonctionnelle d’une cellule provoque l’augmentation de la masse du protoplasma, lacquisition d’un souvenir se ramènerait à une croissance cellulaire ; la trace serait un accroissement de volume, et il en résulterait une augmentation de la réaction spécifique de la cellule ; mais en outre, et ceci concerne la mémoire dynamique, il y a des voies qui sont creusées par l'excitation : la cellule doit voir augmenter son aptitude à franchir les obstacles et à creuser de nouvelles voies pour le passage de l’influx. Seulement le mécanisme de ce creusement, de ce frayage reste inexpliqué.

Cette mémoire associative est attribuée à l’amélioration, par répétition du passage, des connexions entre les terminaisons axoniques d’un neurone et la surface cellulaire ou les ramifications dendritiques du neurone associé (Tanzi, Schiefferdecker), ou bien à un accroissement des ramifcations axoniques, c’est-à-dire à la croissance admise par Verworn pour le corps cellulaire, etétendue cette fois aux prolongements {Cajal)-Et Lugaro déclare que le perfectionnement des associations mnémoniques est dû à des modifications adaptatives minimes des articulations des neurones.

Malheureusement, les histologistes qui émettent ces hypo: thèses voisines n’ont observé aucun, fait susceptible de les étayer.

1. Voici par exemple un phénomène curieux signalé par François- Franck : une excitation auditive provoque une réaction vaso-motrice (vaso- -constriction viscérale); une fois l'excitation terminée, la réaction cesse, mais se reproduit périodiquement au bout detrente Me a trois minutes, cinq minutes. dix minutes. etc.

L'HABITUDE ET LA MÉMOIRE ni )

Et l’on peut se demander si c’est du côté de ces phénomènes morphologiques d’intrication des neurones, au niveau des dendrites et des fibres axoniques, considérés à une époque comme de véritables commutateurs doués de mouvements, que l’on peut chercher le phénomène essentiel du irayage des voies, ebsi ce n’est pas plutôt du côté des propriétés physiologiques des neurones. Chaque cellule paraît en efiet, d’après les belles recherches de Lapicque, avoir son influx nerveux propre, avec sa longueur d’onde particulière, et cét influx agit d'autant plus facilement sur un neurone voisin, pour le stimuler etprovoquer sa réactionspécifique —avec envoi d’influx — que ce neurone est plus proche de lui, queles caractères de son influx sont plus semblables aux siens. Frayer une voie, cela signifie faciliter l'excitation, les uns par les autres, des neurones d’une chaîne déterminée, c’està-dire adapter ces neurones, les rapprocher au point de vue de leurs propriétés, quel que soit le phénomène chimique que cela implique.

Il reste évidemment à établir le fait de cette ptite réciproque des neurones ; il est fort probable qu’on y arrivera.

En somme, il est possible que la trace, si elle ne se réduit pas au frayage associatif, résulte d’une augmentation du pouvoir de réaction fonctionnelle d'éléments cellulaires

par suite d’un accroissement, à la base duquel il y à peut-

être des oxydations de matériaux nutritifs entre autres transformations chimiques ; et le frayage des voies dépendrait d’une adaptation physico-chimique des chaînes de neurones.

Ce sont des hypothèses susceptibles de vérification ef qui provisoirement peuvent servir pOnE des recherches A velles.

Notons d’ailleurs que le mécanisme de la mémoire est objet d'étude physiologique directe en tant que des acqui-

sitions associatives se réalisent à tous les niveaux du système :

nerveux suivant des modes fondamentalement identiques, ne différant que de complexité.

39 Le problème cérébral.

Si la mémoire est liée en général au fonctionnement ner-

veux, nous Savons que notre mémoire, psychologiquement étudiée, est une fonction cérébrale.

On doït alors se demander, sans aller jusqu’au mécanisme nerveux, Ce qui se passe dans le cerveau. À ce point de vue comme au précédent, le souvenir statique peut être distingué des souvenirs dynamiques. j

En ce qui concerne le souvenir statique, c’est-à-dire le pouvoir de production, par un stimulus interne, de la réaction Spécifique d’un neurone sensoriel, mise en jeu au préalable par l’excitant physique adapté, on ne peut le concevoir en dehors des centres sensoriels ; le souvenir sensoriel ne peut pas être différencié de la réaction sensorielle, de la sensation même ; et de fait on n’a jamais pu localiser ces souvenirs en dehors des centres de sensations : l’aveugle qui l’est devenu pour avoir perdu, à l’âge adulte, la zone occipitale du cerveau, n’est plus capable de se représenter ce que peut être une image visuelle non motrice, une lumière ou une couleur, et ne souffre par conséquent pas de sa cécité autant que lPaveugle qui a perdu, tardivement, l'usage de ses yeux, <onserve le souvenir de tout ce qu’il voyait autrefois, peut avoir des rêves et des hallucinations visuels, et regrette d’être privé de sensations dont il ne possède plus que l’écho affaibli.

À côté de ces souvenirs sensoriels, se presse la foule dessou- . Venirs associatifs, qui impliquent des connexions de neurones et qui s'étendent sur d'énormes surfaces de l'écorce, occu- pant les centres d'association, mais pouvant avoir leur point d’origine ou leur aboutissement dans les zones de projection.

Entre ces deux catégories tranchées, on place souvent les images, comme les images verbales, ayant un centre à part. Nous ne discuterons pas ici cette question, objet d’un chapitre spécial (v. I, 733), mais nous pouvons dire, ou plutôt répéter que l’image complexe est une association, une syn-

thèse, d'apparence simultanée, de souvenirs sensoriels, et qu’en réalité elle implique des circuits de connexions interneuronales. Pour ces images complexes, impliquant un dynamisme associatif, il ne peut être question de les localiser dans des neurones isolés, maïs elles impliquent l'intervention de centres coordinateurs.

Certes le nombre des neurones de l’écorce est grand, puis- : qu’il dépasse sensiblement 9 milliards, et que nous ne fixons pas tant d'images, même complexes !. Mais il est.-plus satisfaisant d'admettre, comme des résultantes d’assemblages, différemment constitués, d'éléments déjà fort nombreux, ces souvenirs complexes qu’on appelle souvent des images.

Aussi le rôle donné aux phénomènes associatifs et aux fibres cérébrales — dont le nombre est certainement énorme, là plupart des neurones ayant beaucoup de fibres de connexion — est-il, au fur et à mesure du progrès de nos connaissances physio-pathologiques, de plus en plus considérable. Les amanésies en général, et en particulier les aphasies et apraxies paraissent dues à des ruptures de connexions, à des destructions de neurones associatifs ou simplement de fibres de jonction, de synapses.

Parfois ce sont les voies d’accès au circuit associatif qui sont seules atteintes et il y a amnésie d’évocation ; parfois la destruction porte sur des éléments mêmes du circuit et le souvenir est définitivement aboli.

Enfin, quand les centres sensoriels sont lésés, les-souvenirs sensoriels élémentaires se trouvent à leur tour détruits.

Il y à d’ailleurs toute une catégorie d’amnésies — dites de fixation ?— où les souvenirs manquent, non parce qu’ils disparaissent, parce qu'ils sont détruits, mais parce qu’ils n’appa-

4. Le nombre de nos souvenirs est souvent fort exagéré. Rien que pour le vocabulaire on croit parfois disposer d'un nombre énorme de mots. Enréalité un adulte cultivé ne connaît guère plus de 20.000 mots, etson vocabulai usuel est bien dix fois plus. restreint. Du point de vue physiologique, on est porté, en général, à admettre qu’une grande partie des disponibilités cérébrales restent inemployées chez la plupart des hommes, et qu'avant

la sclérose sénile, ceux-ci seraient susceptibles de faire des acquisitions mentales fort nombreuses.

‘ie On les appelle encore amnésies continues ou antérogrades (v. Traité, 58).

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raissent pas, qu’ils ne sont pas acquis ; et des troubles fonetionnels, des modifications physiologiques suffisent pour

empêcher cette fixation (manque d'oxygène, influences toxi-

ques, ete.).

C’est Pabsence de fixation qui explique l'oubli des événe-

ments récents chez le vieillard, contrastant avec une conservation très satisfaisante des souvenirs les plus anciens constamment ressassés. Cette répétition, ce rabâchage, ne rend pas plus solides les souvenirs à une époque où la sclérose Ôte toute souplesse aux tissus et où les acquisitions ne se font plus guère. Mais il est certain que les souvenirs les plus anciens ont été en général le plus répétés, qu’ils ont acquis par suite une intensité, une force, très considérable, et que, dès lors, suivant la «loi de régression » de RrBOT, au coars d’un affaibissement global de la mémoire, ce sont eux les plus tenaces, tandis que les acquisitions récentes, plus fragiles, moins frayées, disparaissent les premières t,

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